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 [Event] Ingérences [01/503]

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MessageSujet: [Event] Ingérences [01/503]   Sam 4 Avr 2015 - 14:10


« Je vous prie d’aller droit au but, Aëlis. Vous n’avez certainement pas demandé une audience avec moi pour échanger des trivialités. »

Cid II, roi de Midgard, fixait l’elfe sylvain devant lui. Sa vision, affectée qu’elle était par le sortilège lancé sur lui bien des lunes auparavant, ne lui laissait pas voir les infimes nuances du visage parfait de son interlocuteur. Mais il connaissait bien Aëlis, le chasseur. Un elfe typique, politicien de surcroît, gardant toujours ce sourire charmeur qui ne trahissait que très peu ses émotions. Sans doute que derrière ce masque se cachait une irritation profonde à devoir plier l’échine devant un simple humain.

« Très bien, votre Majesté. » L’elfe répondit d’un ton un peu trop aimable. « Nous avons cru comprendre qu’il y a eu un… incident fâcheux à Argos. »

« Le mot est faible. » Difficile de minimiser les événements, impossible de les nier. Le roi ferma les yeux une seconde, las. « Un vampire se serait déchaîné sur la foule. Un nombre important de citadins auraient perdu la vie avant que les soldats réussissent à l’abattre. »

« Un vampire mature aurait été beaucoup plus subtil. Il s’agit sans doute d’une goule. »

« C’est ce que nous pensons également. Mais dans l’immédiat les Invidia tiennent rigueur au seigneur Heyerdhal de ne pas avoir assez bien surveillé les frontières du Novigard. » Et à mes propres troupes de ne pas avoir assez bien patrouillé la région, ajouta mentalement le roi. Nul besoin que les elfes l’entendent dire que sa position risquait d’être compromise, ils savaient lire entre les lignes. Et sans nul doute ne tenteraient-ils quelque chose contre les Invidia que s’ils étaient, eux, menacés. La bonne entente entre les peuples avait ses limites, qui étaient généralement celles de l’ingérence, même si dans le cas des elfes c’étaient plutôt celles de l’indifférence.

« N’oubliez pas que la vie de vos sujets n’est pas la seule chose à être en danger, Votre Majesté. » ajouta Aëlis, d’un ton où perçait une nuance de réprobation. Évidemment, les pertes humaines lui étaient souverainement indifférentes. « Si la route jusqu’à l’Utgard n’est plus assez sûre, le commerce de joyaux et de métaux entre les nains et les Munt-Elfen sera menacé. Inutile de vous dire que les conséquences en seraient funestes pour tout Yggdrasil. »

Aëlis exagérait à peine. Plus de commerce extérieur pour les clans d’Utgard, plus de bijoux et d’armes runiques pour les elfes et les humains, plus assez d’armes si même les routes de l’Est devenaient trop incertaines. Plus assez d’armes, c’était être à la merci d’assaillants mieux préparés que soi, plus riches, ou qui ne dépendaient pas du métal pour leurs armes. Les Osfrid et les Invidia avec leurs flottes, les Varallisius avec leur or, et les créatures de toutes sortes avec leurs crocs et leurs griffes, deviendraient soudain des menaces beaucoup plus pressantes. Par chance les principaux circuits commerciaux passaient loin du Novigard… mais Argos aussi était loin du Novigard.

« Je ne l’oublie pas, Aëlis. » répondit donc Cid. « La menace vampirique nous affecte tous, d’une manière ou d’une autre. Nous devons faire front commun. »

Le roi tenait réellement à cette idée d’union des peuples qu’il s’efforçait de faire accepter depuis des années. La libre circulation et le respect des étrangers sur les terres de Midgard n’étaient que le premier pas. Il voyait loin Cid II, il voyait grand…

« A ce propos, qu’en est-il de ma dernière requête ? »

…mais ses contemporains voyaient petit et proche. Même l’elfe, qui avait retrouvé son habituel sourire. Pourtant le roi pouvait difficilement se rétracter sans lui concéder quelque chose.

« Les discussions avec le seigneur Heyerdhal sont encore en cours. » Pour prévenir toute intervention du type "un roi devrait être en mesure d’imposer sa volonté à son beau-frère", il explicita : « Il n’acceptera pas votre présence sans garantie, comme vous devez vous en douter. »

Le roi songea au mot "ingérence" qu’avaient écrit les jumeaux Wigantonn, commandants de la Tout Rouge, lorsqu’ils avaient été informé des projets des elfes – "projets", et non "requêtes". Ce dernier mot, sorti de la bouche d’un elfe, se traduisait de toute façon par "demande de signature au pied de la page, tout est déjà décidé il ne manque plus que votre sceau", ce qui revenait au même. Cid II voyait certes loin et grand, mais pas au point d’abdiquer sa souveraineté immédiate.
Le visage d’Aëlis s’était paré d’un imperceptible dédain, même affaiblis les yeux de politicien du roi ne pouvaient le manquer.

« Je ne comprends pas comment ils pourraient refuser. Notre aide réduirait considérablement leurs pertes lors des prochaines escarmouches nocturnes. »

Insinuer que les capacités de soldats aguerris étaient médiocres au point de nécessiter une aide étrangère pouvait constituer un excellent motif de refus... mais comment l’expliquer diplomatiquement à l’envoyé…

« Votre présence remettrait en cause leur capacité à se défendre des vampires. »

Les elfes avaient du mal avec la notion d’ingérence. Puisqu’ils étaient supérieurs en tout point à leurs voisins à l’existence si fragile, quel mal y avait-il à leur apporter leur aide ? Une chance qu’ils soient suffisamment respectueux du protocole et de son autorité pour lui demander son accord au lieu d’envoyer directement leurs hommes à la Tour Rouge…

« Ils feraient mieux d’écouter la voix de la raison plutôt que celle de l’orgueil. » lâcha sentencieusement l’elfe.

Le roi se redressa légèrement, son regard se fit plus sombre derrière le voile qui les couvrait, sa voix un rien plus sèche. Les propos de l’elfe frôlaient la menace et n’avaient pas leur place dans la salle du trône.

« Vous attendrez la fin des discussions. »

L’elfe s’inclina imperceptiblement. Il avait senti l’avertissement.

La voix de la raison soufflait surtout à Cid II que les elfes n’avaient que peu de raisons de se mêler de cette affaire. Il était peut-être idéaliste, mais pas stupide. Pourquoi vouloir à toute force envoyer un détachement en territoire humain ? Ne pouvaient-ils se contenter de rogner du terrain aux vampires depuis leurs terres, comme ils le faisaient à l’occasion sur ces régions sans véritable frontière ? Il ne voyait pas ce qu’ils pourraient attendre des hommes en échange de leur aide. Espéraient-ils un retour de faveur ultérieur ? Ou planifiaient-ils quelque chose de moins avouable…

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