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 Bonjour; Adieu - [Terminé]

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MessageSujet: Bonjour; Adieu - [Terminé]   Mer 4 Aoû 2010 - 22:11

[HRP : Premier post de l'histoire de FH II, je suis émue °°]

    Le soleil était au zénith et pourtant, dans le cœur d'Adrena, tout était en tout point semblable à une nuit éternelle. Un jour noir. D'une part, les rayons éblouissants du soleil de lumi étaient obscurcis par une épaisse couverture nuageuse d'un gris noirâtre qui donnait une pâleur éthérée au cimetière, d'autre part le silence étouffant était tombée sur les stèles de pierre avait la densité d'une chape de plomb et, enfin, elle ne pouvait pas, pas un seul instant, détacher les yeux du trou gargantuesque dans la terre qui, comme la gueule béante d'une hideuse créature, s'apprêtait à avaler goulûment ce qu'elle chérissait le plus. Elle avait pleuré toute la nuit et tout le jour qui la conduisirent aux abords de Mannheim sans cesser de relire encore et encore le billet en espérant que tout ait été l'œuvre de son imagination fantasque et qu'il ait disparu de la même manière qu'il était arrivé dans ses mains; comme un coup de vent. Ou un coup au cœur, pour ainsi dire. Mais non, bien trop tôt elle avait rejoint sa famille qui l'admirait pour sa force intérieure et son calme apparent, dans ce sordide endroit où les tombes s'alignaient comme des pieds de tomate. Et sa mère de dire qu'« il est vrai que tu l'adorais comme ton propre père, Adrena... C'est si triste ! ». Triste... Oui, on peut voir ça comme ça.

    Elle se noyait dans ses pensées lorsque la célébration passa devant elle. Ses yeux, encore rougis par les larmes mais pour le moment secs, suivirent avec une fascination morbide le cercueil encore ouvert qui contenait le cadavre de l'homme qui lui avait tout enseigné, qui lui avait transmis sa droiture et son mauvais caractère, son sens de l'honneur et la chevalerie qui courait dans ses veines. Un par un, les proches du vieillard passèrent devant ce que la jeune fille considérait comme une carcasse vide. On honorait pas ainsi les morts, tout comme on honorait pas les chevaliers morts par les morceaux de membres qu'on retrouvait d'eux. Ridicule. Lorsque vint son tour – elle s'avança droite, comme il l'aurait désiré - , elle fut bouleversée de voir qu'il avait souhaité qu'on l'enterre avec un ensemble qu'elle lui avait elle-même offert; C'était une longue robe de velours vert, ceinturée de cuir sombre et brodée de fils d'or qui formaient le blason des L'Ulaun. Entre ses mains croisées, son épée de combat gravée de sigles effacés et à son front, un bandeau serti d'émeraudes sombres comme les ténèbres, qui retenait ses cheveux grisonnants du dessus de son visage. Un visage serein. Les rides qui barraient sa peau inerte étaient plus creusées que jamais et... Oh ! Il avait l'air tellement vieux ainsi ! Pourquoi n'avait elle jamais remarqué que la mort avait déjà happé le plus beau de ses jours ? Pourquoi ses yeux, fermés à la cire, étaient-ils condamnés à ne jamais plus se rouvrir alors qu'ils étaient, une seule année plus tôt, si pleins d'une vigueur qui ne semblait jamais prendre fin ?

    Adrena sentit sa gorge se serrer et fit de son mieux pour refouler les larmes qui piquaient déjà ses prunelles, en cet instant plus noires que la plus noire des abysses. Elle ne put articuler un mot, se pencha sur le cadavre et déposa un baiser sur le front glacial. Pour la forme seulement, car il était évident pour tout le monde que cette poupée cireuse n'avait rien de comparable au marquis Rhya L'Ulaun de son vivant. Mais il le fallait. On déposa la boîte au fond du trou, dans un silence respectueux, et commença à jeter de lourdes pelletées de terre humide. À la première, sa femme et son frère s'effondrèrent. À la seconde, ce fut au tour des parents de la jeune fille et de son frère de partir dans une de ces crises de larmes hystériques qui suivent le dernier Adieu. Enfin, à chaque pelletée qui suivit, quelqu'un quitta l'assistance. Quand, il ne resta plus qu'elle devant la pierre tombale fraîchement posée, la tension dans l'air était à son comble et elle put, en même temps que de petites gouttelettes commençaient à noircir le sol, laisser aller son désespoir. « Pourquoi ? »

    Quelques larmes coulèrent d'abord et, après une grimace, des flots de ces gemmes de sel inondèrent ses yeux, dégoulinèrent le long de son menton et finirent par aller rouler sur le métal de son armure devenue bien fade, à ses yeux. Elle tomba à genoux devant la tombe, les bras posés sur le dessus de la stèle, le visage au creux des coudes. Et elle pleura, pleura en silence pour ne pas attirer l'attention sur elle, pleura sur l'âme de son pauvre oncle, pleura pour elle même, enfin. Elle se sentait si seule alors... L'heure tourna et tourna encore, Adrena assise par terre, sous la pluie battante et le tonnerre grondant, essuya l'orage comme s'il s'était agit d'une brise d'air. Quand enfin la tempête sembla s'apaiser, la jeune femme se sentait purifiée et, ultime honneur à cet homme, décida de reprendre sa route sans attendre. Alors qu'elle s'apprêtait à sortir de cet endroit dont elle ne voulait plus voir ni la pelouse verte, ni l'arbre planté au croisement de quatre tombes, ni même encore les fossoyeurs qui, inlassablement, creusaient ces gosiers avides de cadavres froids, un mouvement attira machinalement son regard vers la droite.

    Un jeune homme, d'une vingtaine d'année, était assis avec la négligence la plus absolue sur une des dalles mortuaires et mangeait, engloutissait, un en-cas en déversant un flot de miettes sur le sol et faisant un bruit de tous les diables.

    Elle vit rouge.

    « Non mais oh ! Vous là bas, faut pas vous gêner surtout ! C'est un lieu de recueillement ici ! Barrez-vous ! »


Dernière édition par Adrena L'Ulaun le Dim 8 Aoû 2010 - 2:14, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Bonjour; Adieu - [Terminé]   Mer 4 Aoû 2010 - 22:14

Sa quatrième bouchée fut soudainement interrompue par le beuglement d'une femme à son intention, dont le timbre de voix lui signala immédiatement à son cerveau qu'elle devait être jeune.

« Non mais oh ! Vous là bas, faut pas vous gêner surtout ! C'est un lieu de recueillement ici ! Barrez-vous ! »

La cuisse de poulet qu'il dégustait depuis quelques minutes était vraiment savoureuse : pour un produit acheté à aussi bas prix, la qualité était parfaite, de part son onctuosité qui faisait frémir son palais et son goût absolument divin. La quatrième bouchée s'annonçait pourtant si bien... Son air si croquant, si délicieux, si... Beau. Il fallait vraiment qu'une enquiquineuse de première choisisse ce moment précis, ce moment d'extase et d'émerveillement devant la nourriture, pour venir perturber sa dégustation. Pourtant, en relevant la tête, Cëryl ne trouva rien à redire. Celle qu'il avait supposé être une jeune femme en était effectivement une. Et quelle beauté ! Une chevelure d'or, des yeux verts brillants d'éclat, et un visage ravissant... Pour une chevalière qui plus est. Ce n'est effectivement qu'en second lieu qu'il remarqua l'armure, étincelante au contact des quelques rayons de soleil qui perçaient la couverture nuageuse planant au dessus d'eux. Portée par une splendeur pareille, une cuirasse aussi impressionnante créait un paradoxe plutôt ambigüe. Que faisait une belle et jeune femme au visage si charmant à servir l'armée ? Cëryl ne comprit pas.

Il s'aperçut néanmoins qu'il la dévisageait depuis au moins quarante secondes, un morceau blanchâtre de poulet dépassant du coin des lèvres, les mains grasses à force de triturer l'os avec ses doigts et un air béat en supplément. D'un habile mouvement de langue, il camoufla - même s'il était sans doute trop tard - le morceau de nourriture en l'ingurgitant au plus vite, leva son repas au niveau de sa bouche et engloutit une dernière et énorme, inhumaine bouchée. Tout ce qu'il restait de feu le poulet victime de son boucher était un os d'une vingtaine de centimètres. Cëryl se leva d'un air désinvolte et jeta nonchalamment ce morceau dur et jaune derrière lui. Puis, il éclata d'un rire sinistre qui résonnait lugubrement dans l'atmosphère oppressée par les ténèbres du cimetière, qui s'accordaient à celles du ciel.

« Dans un tel endroit, un os de plus ou un os de moins ! »

Son rire se poursuivit pendant quelques instants, hystérique, avant qu'il comprenne qu'il en faisait un peu trop. La femme en armure ne devait pas apprécier du tout son sens de l'humour au vu de son regard pétillant de mépris. S'il continuait son délire, il risquait vraiment de se prendre une gifle, assez méritée d'ailleurs. C'était souvent comme ça quand Cëryl n'allait pas très bien, il fallait qu'il évacue sa nervosité en se lâchant un peu sur les convenances et en débitant quelques sarcasmes, même si celui là relevait plus d'irrespect totalement injustifié envers les défunts. Le jeune mage s'en aperçut et se hâta de mettre fin à son insolence. Malgré cela, il douta que la beauté ne lui en veuille pas pour son injure ouvertement lancée aux morts.

Le garçon était arrivé en ville aux aurores après un long voyage de nuit, avait salué sa mère et son frère, s'était effondré sur son lit pour dormir jusqu'à midi, puis s'était équipé pour manger et était parti au cimeterre rendre visite à son défunt père. Mais comme à chaque fois, la maussaderie s'était emparée de lui, et après avoir contemplé la tombe de l'homme en question il s'était effondré devant elle et s'était mis à faire la seule chose qui lui remontait généralement le moral : avaler quelque chose. En l'occurrence, du poulet. Beaucoup de poulet. C'était là sa quatrième cuisse. Le nombre d'ossements s'accroissait dans l'herbe asséchée qui poussait ça et là dans ce lieu de repos éternel. C'était une épreuve qu'il s'imposait à lui-même, aller voir son géniteur au moins une fois tous les deux mois au minimum pour lui raconter ses aventures. Mais cette fois il avait vite fait le tour, puisqu'il ne lui était rien arrivé d'intéressant. Cette réalité, s'ajoutant à sa tristesse passagère, ne fit rien pour arranger les choses, au final. Il avait juste besoin de quelque chose pour lui remonter le moral, lui rappeler qu'il était encore jeune et qu'il avait du chemin à parcourir, des choses à voir, et surtout à manger.

Cëryl s'approcha de la chevalière et put la distinguer de plus près. Il ne s'était jamais trop penché sur les questions ayant trait à la gente féminine et n'avait jamais vraiment trouvé de fille à son goût - peut-être bien parce qu'il n'y accordait que trop peu d'intérêt - mais celle-ci était vraiment très belle, indubitablement. Quoique se sentant un peu idiot du spectacle qu'il venait d'offrir, le mage n'en perdit cependant pas son sens de la politesse et de la courtoisie sur le ton duquel il s'adressa ensuite à elle :

« Ma Dame, veuillez me pardonner, je peux me montrer rustre. Des fois pire. J'étais ici pour rendre hommage à mon père, mais mon ventre a crié au désespoir et je pense que le satisfaire était le seul moyen que j'avais de le consoler. Au moins, lui, est bien vivant et me le montre. »

Son visage se rembrunit quelque peu.

« Un mort à déclarer ? Je ne vois pas bien ce que peut faire d'autre une jeune femme comme vous dans un si triste endroit, à moins qu'un pilleur de tombe n'ait fait parler de lui. » ajouta-t-il en obliquant son regard curieux sur l'épée imposante qu'elle portait à la ceinture.


Dernière édition par Cëryl Eludia le Sam 28 Aoû 2010 - 23:44, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Bonjour; Adieu - [Terminé]   Mer 4 Aoû 2010 - 23:42

    Sous la lumière éclatante, la personne qui se tenait devant elle aurait pu laisser n'importe quelle autre femelle béate d'admiration. Pas elle. En dépit de la flagrante finesse de cet inconnu, Adrena ne pouvait s'empêcher de fixer l'os rongé jusqu'à la moelle dont la graisse maculait ses doigts délicats et le pourtour de sa bouche, dessinée au pinceau, et sur le morceau de poulet gras qui pendouillait horriblement du coin des lèvres alors qu'il la fixait intensément avec un air d'attardé, lui donnant l'air d'un animal sauvage, débile et fasciné. Pathétique. Une exhalaison de graisse rance lui retourna l'estomac à l'instant même où il se mit à bouger. Ses yeux d'émeraude, écarquillés, le scrutèrent lorsqu'il se leva, et elle fronça les sourcils comme pour lui demander des explications. Il n'ouvrit la bouche que longtemps après... Pour faire résonner dans l'air saturé un rire aussi tonitruant qu'hystérique. Parfaitement effrayant, il semblait être l'allégorie de la démence; ensorcelante, illogique, grossière. Elle posa la main sur la garde de son épée, prête à dégainer à tout instant, persuadée de faire face à un fou furieux.

    « Dans un tel endroit, un os de plus ou un os de moins ! »

    La jeune femme, crispée à en avoir le souffle court, regarda le sol jonché d'os et, lorsqu'il s'approcha, une décharge électrique sembla la traversa de part en part, qui fit émettre un soubresaut à chacun des muscles de son corps; répugnée par le contact. Elle bondit et, dès lors, n'entendit plus rien de ce qu'il essayait de dire. Dégainer son arme, héritage de son grand-oncle, ne fut pas suffisant; elle la tint bien droite devant elle avec une facilité déconcertante, comme elle aurait tenu un bouquet de fleurs... De fleurs empoisonnées. La lame s'arrêta à quelques centimètres de la gorge pure de ce qu'elle assimilait à un mage, comme lui interdisant de faire un pas de plus. Son visage, d'ordinaire si beau, était déformé par une rage contenue; ses yeux, devenus sombres, avait l'éclat meurtrier des condamnés à mort.

    Elle articula clairement, modérant son langage, appuyant sur chaque syllabe.

    « Je vous ai demandé de... »

    Elle marqua brusquement un arrêt, effrayée par la résonance délirante du ton de sa voix et son bras retomba mollement, la pointe effleurant le sol. Ses yeux de givre continuèrent cependant de fixer le jeune homme, imperturbables. Il venait d'offenser les morts, c'était un fait... Mais n'était-ce pas une plus grande offense encore que d'apporter la mort et la souffrance dans le lieu du repos éternel ? Elle n'était pas dans son état normal, de toute évidence, et lui non plus ne devait pas l'être, mais surtout, il fallait qu'elle évite un geste qu'elle pourrait regretter plus tard. Adrena soupira d'un air las et tourna les talons, pressée d'oublier l'incident et d'enfouir ses souvenirs sous de nouveaux, plus édifiants.

    « Non, j'aimerais mieux avoir fait face à dix mille pilleurs de tombes... Mon instructeur, qui était comme mon père adoptif, est mort. »

    Elle se tourna une dernière fois et croisa les yeux bleus de l'inconnu qui lui faisait face; « De toute beauté », eut-elle le temps de penser à la fois sérieuse et amusée. Car il est vrai qu'elle les trouvait beaux, ces yeux. Indéniablement, elle aurait aimer coller ce visage de porcelaine pour en examiner chaque millimètre et se perdre dans la contemplation de ces minuscules vagues, s'y noyer avec délectation. L'amusement, quant à lui, venait de l'apparence générale poisseuse du jeune homme qui, en plus de son attitude grotesque, avait tué tout ce qu'il y aurait pu avoir de plus charmant chez lui, selon elle. La chevalière lui demanda néanmoins quel était son nom en montant sa jument avec une grâce toute naturelle.
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MessageSujet: Re: Bonjour; Adieu - [Terminé]   Mer 4 Aoû 2010 - 23:43

« Cëryl Eludia, mage voyageur, ma Dame. »

En retour, la femme en armure lui donna le sien, Adrena L'Ulaun. Cëryl trouva le nom noble, et adora surtout le prénom. Adrena. Celui-ci avait une sonorité plutôt chantante qui plut beaucoup aux oreilles du jeune mage, le trouvant beau et poétique. Le garçon venait de manquer de perdre la vie à cause de son humour noir, mais ne s'était pas inquiété outre-mesure. Vu la façon dont elle venait de le regarder, le tuer aurait été la chose la plus incompréhensible de l'univers. Toutefois, il avait quand même senti une légère crispation nerveuse au moment où l'acier froid de la lame s'était approché de lui. Il n'avait jamais été à l'aise avec les armes, et cette épée lui faisait un peu peur, en sachant qu'un mouvement sec de ce tranchoir suffirait à lui traverser la gorge et faire voler sa tête au dessus des tombes, lui faisant rejoindre le monde où demeurait son père depuis un moment déjà. Ne voulant pas perdre cet embryon de conversation et voir partir son seul contact de l'après-midi, Cëryl s'approcha du cheval qui paraissait calme, au détriment de la tension orageuse qui régnait autour et au dessus d'eux. Il passa une main sur son flanc, tandis que la chevalière montait avec classe et dignité sur la bête, avant de s'essuyer les coins de la bouche avec l'autre.

« Toutes mes condoléances, à propos. J'imagine que ce devait être un homme bon, même si la définition d'un homme bon m'échappe, je n'ai encore rien lu de concret sur le sujet. Ma philosophie n'est pas encore suffisamment développée, elle a pris racine mais ne s'est pas encore décidée à pousser bien loin, voyez-vous. » dit-il sur un ton qu'il jugea lui-même légèrement pompeux après coup.

Il croisa le regard du cheval qui le toisait, semblant désireux de vouloir lever le camp avec sa cavalière, et au plus vite. A l'aide de quelques caresses, Cëryl essaya de l'apaiser, comme pour le convaincre qu'il n'avait nul besoin d'être si pressé. Il se sentait à présent assez petit par rapport à Adrena qui le surplombait d'un bon mètre, mais il n'eut pas la sensation d'être rabaissé pour autant. Il espérait ne pas la retarder dans ses affaires, malgré qu'il désirât entretenir un peu le feu de la discussion, qu'il monopolisait cependant. Face à ce dilemme, il trouva une solution.

« Écoutez, je sais que l'endroit et le moment sont mal choisis pour faire connaissance mais vous me semblez être une combattante aguerrie, rien qu'à voir la manière dont vous avez failli m'égorgez à l'instant. Je suis sûr et certain que vous devez avoir pas mal de récits de voyages conservés bien à l'abri dans votre fourreau, je me trompe ? En tant que pauvre vagabond itinérant et étudiant dans l'âme, j'aimerais apprendre et écouter les récits de personnages tels que vous. Que diriez vous de me retrouver ce soir, aux environs de 20h, à la Fleur du Lac ? Si vous avez du temps à perdre bien sûr. Mais on en a souvent, lorsqu'on est en deuil. Autant se changer les idées, vous ne croyez pas ? »

Cëryl prêta alors attention à la réponse de la jeune femme, qui se fit entendre l'instant d'après.


Dernière édition par Cëryl Eludia le Sam 28 Aoû 2010 - 23:45, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Bonjour; Adieu - [Terminé]   Jeu 5 Aoû 2010 - 0:39

    La nuit avait commencée à tomber, trace imperceptible d'une plume dans la neige, et déjà quelques étoiles faiblardes brillaient dans le ciel d'un bleu sombre, la lune faisait alors son apparition tel un filigrane. Les nuages s'étaient retirés peu de temps après leur rencontre et n'avaient plus pointé à l'horizon. Il s'appelait donc Cëryl, songea-t-elle. Adrena tira sèchement sur les rennes et s'apprêta à donner un coup de talon pour ordonner à sa monture de partir au galop mais la voix, fluide et légère comme de l'eau, résonna à nouveau contre les tombeaux sombres. Elle faillit frissonner en en entendant les intonations douces, presque suaves, si proches d'elle. Il avait un pas léger, assez pour que la chevalière ne l'entende pas et caressait pensivement l'encolure de la jument en lui présentant ses condoléances.

    La jeune femme en vint à se demander ce qui n'allait pas chez cet homme pour plusieurs raisons; la première, et plus logique, était de savoir pourquoi il se refusait à la laisser tranquillement repartir vaquer à ses voyages sans but, la deuxième était tout simplement aberrante.

    « On n'étudie pas la bonté des gens dans les livres mais dans leurs actes... » déclara-t-elle d'une voix douce, toutefois outrée, les yeux baissés.

    Adrena sentit sa jument se tendre, peu rassurée par cette approche fantomatique et encore moins par le fait que cet inconnu lui barrait la route sciemment. Tout comme elle, elle se sentait piégée sauf que si la cavalière ne la contenait pas, sa monture serait capable de le piétiner; elle la gratta entre les oreilles et, posant sa main nue sur celle du jeune homme qui caressait l'animal, lui demanda silencieusement de ne pas le toucher. Alors qu'elle s'apprêtait à ne jamais le revoir une troisième et, elle ne le savait pas encore, dernière fois, Cëryl lui proposa quelque chose d'aussi incongru, que de terriblement enviable. Quoi qu'elle puisse dire, la jeune femme n'avait guère envie de passer la soirée seule et, assurément, le mage n'avait pas du tout le même comportement que dans les minutes qui précédèrent. Il avait même un peu de charme si on y regardait bien. « Un peu seulement »; un poulet traversa son esprit. Pourtant, près d'elle, il avait le visage tourné vers la pâle lumière du ciel; Ses cheveux à la douceur sablonneuse retombaient avec nonchalance et grâce sur un visage presque parfait. Mais surtout... Elle ne pouvait détacher le regard des profondeurs de ses yeux aussi clairs que le fond de ses pensées, d'azurs.

    « ...20h, à la fleur du lac ? Si vous avez du temps à perdre bien sûr. Mais on en a souvent, lorsqu'on est en deuil. Autant se changer les idées, vous ne croyez pas ? »

    Elle cligna plusieurs fois des yeux, réveillée brusquement d'un rêve, et bafouilla un « oui » irréfléchi en essayant de se souvenir à toute vitesse ce qu'elle avait accepté. Un « Non ! » fulgura dans son esprit, lame acérée. Lorsque cela lui revint, elle fut à la fois rassurée et gênée; elle comptait repartir au plus vite et n'avait certainement pas le temps de s'arrêter tirer la discussion avec le premier rêveur du coin qui se prétendrait « vagabond itinérant et étudiant ». La jeune femme ouvrit la bouche pour décliner l'invitation mais un regard dans sa direction lui fit comprendre qu'il était en fait trop tard. Les yeux de Cëryl brillaient d'une excitation à peine cachée. Elle sourit avec un air de résignation.
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MessageSujet: Re: Bonjour; Adieu - [Terminé]   Jeu 5 Aoû 2010 - 0:40

La Fleur du Lac était pratiquement déserte, en cette obscure soirée de Lumi. Le ciel était toujours aussi noir, la température lourde et l'orage prêt à éclater. Les chandeliers accrochés aux murs de l'auberge éclairaient la pièce principale d'une faible lueur jaunâtre. Les crépitements de leurs flammes constituaient l'un des seuls bruits audibles dans le bâtiment, en plus de celui des quelques verres qui glissaient sur les tables ou le comptoir. La fleur du lac était une auberge située du côté du lac, dans le quartier des quais, permettant aux locataires d'entendre le roulement des vagues les jours de vent. Sa réputation était donc celle d'un lieu apaisant, où les personnes cherchant paix et quiétude pouvaient manger ou dormir, bercées par le murmure de l'eau proche. Les tables en bois de la grande salle étaient toutes séparées de plusieurs mètres, renforçant l'aspect sombre et solitaire des voyageurs fatigués qui s'y asseyaient pour boire ou avaler quelque chose.

Cëryl ressemblait, ce soir là, à un de ces personnages perdus dans leur pensées, l'air si mystérieux que l'on ne pouvait déterminer s'ils envisageaient leur futur ou ressassaient leur passé. Le jeune homme, s'accoudant à l'aide d'un bras sur une petite table installée près d'une des fenêtres de l'auberge, mâchonnait un morceau de pain croustillant avec entrain. Ses yeux cependant ne regardaient pas derrière la fenêtre, mais dans un vide lointain où il essayait de réfléchir à sa prochaine destination. Il avait tourné en rond dans la région ces derniers mois, sans vraiment savoir où aller, et n'avait pas découvert grand chose. Son désarroi était profond, et il s'accentuait à chaque fois qu'il jetait un rapide coup d'œil à la paperasse qu'il avait étalé sur la surface devant lui. Son journal de voyage, ouvert à la dernière page, montrait quelques notes griffonnées rapidement, souvent barrées du fait de leur inutilité, et Cëryl crispait le poing quand il se rappelait que ces maigres échappées d'encre symbolisaient ses deux derniers mois de pérégrinations au sein de Midgard. Avant de s'intéresser aux autres nations, il voulait connaître la sienne par cœur et visiter tous les endroits valant le coup pour un intellectuel de s'y intéresser, mais il ne voyait plus du tout où se rendre à présent. Bien sûr, il avait vu des paysages magnifiques et avait fait le tour d'un certain nombre de villes, mais la lassitude le recouvrait peu à peu en lui rappelant qu'il n'avait rien trouvé qu'il lui eût émerveillé l'esprit.

Quand arriverait-elle ?

Cette pensée fugace lui traversa la tête et le surprit avec étonnement. Il sentait qu'il avait hâte de revoir la jeune femme, qu'elle aurait des choses à lui raconter, qu'il ne s'ennuierait pas. Et puis... Il y avait une certaine attirance, étrange, qui l'envahissait quand il pensait à elle et son angélique visage. Il secoua la tête pour mettre court à ces bizarreries et repensa à sa rencontre de l'après-midi : il n'aurait jamais pensé découvrir quelque chose d'intéressant en plein milieu de la mort. La chevalière lui avait dit quelque chose qui l'avait fait réfléchir, tout à l'heure : « On n'étudie pas la bonté des gens dans les livres mais dans leurs actes... ». Elle avait raison, après tout, et c'était ce que Cëryl pensait également, mais comment savoir ce qu'était la raison, d'ailleurs ? Après tout, ils n'étaient tous deux que de minuscules point lâchés dans l'infinité de l'univers, et Yggdrasil elle-même ne symbolisait guère plus qu'une pétale de fleur, à l'échelle cosmique. Cëryl se ressaisit : il ne se perdait que trop souvent dans ce genre d'idée, idée qu'il n'était rien par rapport au Tout universel. C'était là ce que devaient ressentir beaucoup de mages ou de personnes possédant un savoir un minimum élevé. Et puis, les livres lui montaient à la tête, comme aurait dit Athos.

D'ailleurs il se demandait bien ce que devenait Athos, son vieux et ronchon précepteur magicien. Il lui aurait volontiers rendu visite, mais cela attendrait quelques jours, voir quelques mois, au pire. A chaque fois qu'ils se voyaient, Cëryl se sentait rabaissé par le vieil homme, malgré toute l'affection qu'il lui portait. C'était la pédagogie d'Athos, être sévère pour faire progresser. Une pédagogie qui avait bien fonctionné avec le jeune homme, d'ailleurs, mais qu'il devrait à présent arrêter d'exercer sur lui, car le jeune homme en question commençait à trouver cela exaspérant.

Cëryl commençait à s'ennuyer et appela le gérant de l'auberge, qu'il connaissait bien, pour lui demander l'heure. Mais avant même que celui-ci ne réponde, la porte de l'auberge s'ouvrit.


Dernière édition par Cëryl Eludia le Sam 28 Aoû 2010 - 23:45, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Bonjour; Adieu - [Terminé]   Jeu 5 Aoû 2010 - 11:34

    Il était dix-huit heures lorsque la chevalière quitta le cimetière sordide au galop. Chevaucher... Elle adorait ça. Elle aimait sentir les muscles de l'animal se contracter sous elle alors qu'il remontait la croupe pour s'élancer sur la route, déserte devant lui. Elle aimait plus encore sentir le vent frais qui faisait voler sa longue crinière derrière elle, comme une bannière, fouettait sa peau douce et chaude, la faisant frissonner d'excitation. Deux heures... c'était pile le temps qu'il lui fallait pour rejoindre la demeure de Rhya, heureusement vide, se faire un brin de toilette – elle avait chevauché un jour et une nuit complète, son visage avait à peu près la forme et la couleur d'une pomme pourrie -, et revenir à son... Rendez-vous. Qu'elle se maudissait encore d'avoir accepté. Enfin... presque. La silhouette du large bâtiment de pierres claires se profila enfin à l'horizon et elle fut obligée de ralentir le rythme de course pour ne pas piétiner les passants dont l'afflux se fit de plus en plus dense au fur et à mesure qu'ils quittaient les marchés.

    Montant les escaliers, comme par habitude et poussant la lourde porte en bois qui fut la sienne pendant son apprentissage, pour y déposer ses affaires, elle ne put s'empêcher d'esquisser un sourire en se rappelant comme elle avait eu du mal à pénétrer la pièce, la première fois. Adrena fut étonnée, dans un premier lieu, de la petitesse de la pièce qui lui avait apparue, jadis, comme faisant le double ou le triple de surface. Après quoi, elle remarqua que pas une seule particule de poussière n'envahissait le lieu; il était propre et frais, les draps avaient été changés et de l'eau claire se trouvait dans le bac posé sur la petite table à gauche de la porte. Mystère. Elle ôta – après moult tortillements grinçants – le haut de son armure, le reste se fit sans mal, et se dirigea à pas mous au centre de la pièce. Le miroir, plaqué sur la porte de l'armoire, lui renvoyait l'image d'une femme nue qui, sans les cernes et la transpiration, aurait pu être belle. Elle s'approcha de l'eau, glaciale, et se débarbouilla en frissonnant.

    Après quoi, elle sortit un paquet de son sac et déplia le papier kraft, dévoilant une étoffe légère et voluptueuse. Assurément, elle ne remettrait pas son armure mais garderait tout de même son arme. Elle leva la robe en face de ses yeux et fut attendrie de la voir éclatante comme au premier jour. Elle était simple pourtant. Longue, blanche et souple. Le col brodé d'argent, en V, prenait naissance sur ses épaules presque nues et venait se perdre à la naissance de sa poitrine fournie. Les manches étaient longues et amples, nouées au niveau des bras, en croisillons, par d'épaisses cordelettes et la taille est ceinte d'un bandeau de couleur argentée. Elle partit presque immédiatement après l'avoir passée tout en nouant sur ses épaules sa lourde cape de velours. La chevauchée se fit froide, la température avait baissée en même temps que le jour et la plupart des gens étaient rentrés chez eux, à cette heure-ci. Ainsi, elle pouvait jouir pleinement de l'adrénaline que lui donnait la vitesse. Elle arriva à la Fleur du Lac un petit quart d'heure après, presque en retard. C'était une auberge d'apparence miteuse mais à l'intérieur très confortable. L'espace était grand, les tables, très espacées, laissaient peu de place à l'indiscrétion. Dans la chevalerie, c'était ce qu'on appelait une plaque tournante. Un endroit qui n'avait, semblait-il, rien à se reprocher mais dont la clientèle faisait dans la plus grosse contrebande de la ville. Adrena fit la moue et eut un haut-le-cœur lorsque l'empyreume qui se dégageait du feu vint lui chatouiller les narines.

    Elle s'approcha du comptoir en veillant bien à cacher son épée sous sa cape et demanda au à la personne qui tenait la boutique s'il avait vu un jeune homme correspondant à la description de Cëryl. Mais il ne semblait pas enclin à lui répondre et la dévisageait, avec ses yeux porcins, de haut en bas avec cette manière si grossière qu'ont ces primates lorsqu'ils veulent quelque chose d'elle.

    « C'est vot' copain ma p'tite Dame ? Pac'qu'alors, risque pas qu'j'vous dise où'il est. »

    Sourire béat.

    « Ce n'est sûrement pas mon copain et, elle dégagea sa lame à la seule vue du patron, vous avez intérêt à me dire où il est sinon je vous dénonce au roi. »

    Il se tut les yeux fixés sur le pommeau et blêmit, l'ayant visiblement reconnue. Il tendit un doigt gras et tordu vers un coin de la pièce et la jeune femme s'étonna de ne pas avoir repérer le mage plus tôt. Il était en blanc sur un fond noir, on ne voyait que lui qui, de surcroît, mâchonnait bruyamment. Elle s'approcha de la table et s'installa en silence. Comme il faisait assez chaud dans l'auberge, elle retira sa cape et le dévisagea, attendant qu'il dise quelque chose. Voilà qui promettait d'être une longue soirée.
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MessageSujet: Re: Bonjour; Adieu - [Terminé]   Jeu 5 Aoû 2010 - 11:37

Cëryl fut subjugué par la magnificence de la jeune femme. Elle ne ressemblait plus à la chevalière en armure, vaillante combattante au service de sa patrie, prête à prendre les armes à tout moment. Elle ressemblait à présent à une jeune citadine belle et rayonnante dans sa robe blanche qui dévoilait toute sa sensualité et son charme en même temps. Cëryl fut choqué pour la deuxième fois de la soirée en s'apercevant qu'il avait stoppé net ses mouvements dès l'entrée d'Adrena. Il ressentit une sorte de honte en y pensant, et se demanda ce qui pouvait bien lui arriver. Il reprit contenance et termina d'engloutir son pain pendant qu'Adrena avait l'air de demander où il se trouvait lui-même à l'aubergiste. Quand elle l'aperçut, il finissait à peine de mastiquer le morceau en émettant un bruit retentissant. Il se dit alors qu'il devrait faire plus attention à ce genre de détails avec les personnages de sexe féminin qu'il n'avait pas l'habitude de côtoyer bien souvent. Athos avait dû lui refiler cette mauvaise manie : à 75 ans, le vieil homme mangeait toujours comme un vrai porc. C'était malheureusement le seul enseignement que Cëryl aurait dû éviter d'apprendre de son maître.

Lorsqu'elle enleva sa cape, elle parût encore plus belle aux yeux du mage. Celui-ci était néanmoins remit du choc. Il rassembla rapidement les papiers sur la table et les ramena à lui, sans les ranger dans son sac toutefois, pensant plus judicieux de le faire plus tard pour ne pas faire attendre la jeune femme. Il leva la main et interpella le tenancier pervers, dont il connaissait l'étendue de la vulgarité :

« Hey ! Tu nous sers un verre d'eau et... » Il regarda Adrena « Quelque chose qui vous ferait plaisir ? Je règle, j'ai un peu monnaie en trop ! »

La jeune femme lui fit savoir qu'elle apprécierait de l'hydromel, et Cëryl commanda donc ce breuvage sucré au gérant. Même pas une minute plus tard, deux nouveaux verres étaient disposés devant eux, en plus d'un coup d'œil avide de l'homme pour le décolleté d'Adrena. Cëryl lui adressa un regard noir en même temps qu'il maugréait quelques remerciements. Son attention revint pleinement pour la personne en face de lui, et, agrippant son verre d'une main, il engagea la conversation.

« Alors... Dites moi un peu... » Il but une gorgée et sembla tout à coup se rendre compte de quelque chose à mesure que l'eau cascadait dans sa bouche.

« Non, finalement, ne me dites rien... Enfin, non pas que je ne désire pas vous entendre, hein, bien entendu... C'est juste que vous devez me trouvez bizarre, je me trompe ? Un glouton qui vous demande en plein cimetière s'il peut écouter vos récits pour passer le temps... »

Cette fois le rire qui s'échappa de la bouche de Cëryl était franc et chaleureux, un rire apaisant qui met de bonne humeur. Quand il se calma, aux bout de quelques secondes, il reprit :

« Je vous ai donné mon nom et mon titre, mais pas mon histoire ! Je suis originaire de cette cité, où nous nous trouvons en ce moment même, j'ai révélé dès ma naissance un certain potentiel magique... » Au moment où il prononça ces mots, il claqua des doigts et une bougie qui venait de s'éteindre au dessus d'eux se remit brusquement à brûler, comme allumée par une force invisible. Il sourit en voyant le visage de sa voisine de table et enchaîna : « Au début, mon père voulait me faire travailler comme lui, mais il a fini par respecter mon amour pour la lecture et mon désir d'étudier la magie. Alors j'ai pu avoir une chambre chez un mage de Lleya et apprendre à maîtriser mes pouvoirs là bas. J'ai d'ailleurs suivi les enseignements d'un des plus grand mages de la ville, le sage Athos... Enfin, « sage », c'est une question de point de vue ! » fit-il dans un large sourire, révélant complètement ses dents blanches et droites. « Donc... Après quelques années j'ai finalement atteint un bon niveau et j'ai décidé de partir dans une genre de... « Quête personnelle » vous comprenez ? Un voyage d'initiation au monde extérieur, en quelque sorte... Découvrir, explorer... Et accumuler tout un tas de connaissance grâce à cela. Je crois que mon cerveau est comme mon estomac, il n'en a jamais assez ! » Sur ce, il vida son verre d'un trait et le posa devant lui, le lâchant enfin.

« Et vous... Voudriez vous me raconter votre histoire ? Et vos ambitions ? Si je ne suis pas trop indiscret, bien sûr... »

Mais il sentait bien que la jeune femme était toute disposée à lui répondre, de la même manière qu'il avait senti qu'elle viendrait, ce qui le fit sourire de nouveau.


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MessageSujet: Re: Bonjour; Adieu - [Terminé]   Jeu 5 Aoû 2010 - 22:39

    Adrena sentit le regard pisseux du bartender coulisser dans son décolleté et ne put s'empêcher de rougir, à la fois gênée et écœurée par ce comportement si vulgaire. Silencieusement, elle supporta ce regard outrageant jusqu'à ce qu'il tourne les talons et s'en aille. Après quoi, comme pour se purifier, elle but d'un trait la boisson brûlante qui, entrée au contact de sa langue, sembla se volatiliser. Hydromel tu parles, il devait au moins faire 60° cet alcool ! La jeune femme bougonnait intérieurement lorsque Cëryl commença à parler; Sa voix douce et reposante flotta un instant dans l'air et, comme un rêve, s'évapora. Charmée, elle ne put s'empêcher de lever le regard vers lui et croisa ses yeux bleus perçants, en cet instant jaunis par la lumière des bougies, avant de tomber, vaguement, dans la contemplation des mouvements sensuels de sa bouche. Quasiment. Poulet.

    La bougie qui s'alluma brusquement au dessus d'elle la sortit de sa rêverie. Elle la regarda, et ses yeux brillaient, avec l'enthousiasme enfantin qui lui rappela la première fois qu'elle vit de la magie – Des tours de passe-passe sur le marché -, et pensa, amusée, qu'il n'y avait pourtant rien de comparable à ça. Elle fixa l'objet, les yeux brillants, un sourire bienheureux étirait alors ses lèvres pleines et creusait ses pattes d'oies; charmante. Lorsque son regard retomba sur le mage, lequel arborait un air chaleureusement fier, elle ne put s'empêcher de rougir de sa conduite, laquelle n'était pas réellement convenable pour la chevalière qu'elle était. Lorsqu'il lui demanda de s'ouvrir elle-même à lui, Adrena hésita un instant, se dandinant sur sa chaise, puis se leva en souriant.

    « Que diriez-vous d'aller près du lac ? Je ne peux plus supporter le regard de ce vieux pervers. »

    Il acquiesça.

    À peine eut-elle passée la porte, la jeune femme respira à pleins poumons l'air frais et chargé d'humidité qui tourbillonnait, chargé des effluves d'herbe mouillée. L'orage n'allait pas tarder à éclater mais cela n'avait aucune importance, elle avait besoin du croassement faible des grenouilles, de leur plongeon parfait dans l'eau du lac, besoin de voir les éclairs mauves strier le ciel comme un tigre astral alors qu'ils essayaient, en vain, de crever les nuages, besoin encore de voir la lune, comme une tasse de lait sous la couverture nuageuse, qui déversait une douce luminosité sur l'eau sombre. Cette dernière était calme. En vérité pas une seule vague ne ridait sa surface parfaitement unie; il lui semblait faire face à un immense miroir d'argent. La jeune femme s'approcha de la rive et s'assit à même le sol, espérant secrètement que Cëryl en fasse tout autant. Elle songea vivement qu'elle appréciait sa compagnie, en fin de compte, et tressaillit légèrement lorsqu'il s'installa, toujours aussi silencieux. Adrena entreprit son récit.

    « Pour tout vous dire... Tout à l'heure, j'ai juste eu l'impression que vous étiez un malade mental à qui trancher la gorge aurait été une profonde marque de soutien,
    elle rit, un rire clair sonore et tintant comme des clochettes. Heureusement pour vous, vous avez réussi à me faire changer d'avis. Me voilà même assise à vos côtés, sous un orage près à éclater, en train de vous raconter des choses que sans doute peu de personnes savent... »

    Elle fit une pause légère et, prenant une pierre plate, la fit ricocher à la surface de l'eau avant qu'elle ne s'enfonce dans les profondeurs. Les ondes de chocs se répandirent et s'entrecroisèrent avec une précision parfaite; harmonieusement pourtant, l'étendue revint à son calme habituel.

    « D'après certains dires, j'ai commencé à m'intéresser à la chevalerie dès mes quatre ans. Je rendais visite à mon grand-oncle qui m'a avoué un jour m'avoir vue tenter de soulever une de ces lames rutilantes qui me plaisait tant. À douze ans je pris ma décision et il était clair dans mon esprit que mon chemin était tout tracé : Je devais devenir chevalier. Mes parents ne s'y opposèrent jamais même s'il est vrai que ma mère rêvait de me voir rejoindre la ferme familiale comme le désir aujourd'hui mon jeune frère. »

    Elle entrechoqua des galets et continua.

    « La formation, longue, se passa sans évènements notables. J'eus quelques anicroches avec un page plus âgé que moi dont j'ai aujourd'hui oublié le nom et fut adoubée il y a aujourd'hui un peu plus d'une année. En fait, mon histoire n'a rien d'intéressant ! » déclama-t-elle, une pointe de frustration dans la voix.

    Elle se mit à rire.

    « Quant à mes ambitions... Je peux considérer qu'elles sont semblables à la plupart des chevaliers : voyager, servir et défendre le Roi, son peuple et son honneur. »

    La jeune femme se tut enfin et la lune, brillante, jetait une lueur éthérée sur son doux visage levé face au ciel. Ses yeux verts pétillaient et elle ne cilla même pas lorsque une goutte d'eau s'écrasa au coin de son œil, lui donnant l'air de pleurer.
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MessageSujet: Re: Bonjour; Adieu - [Terminé]   Jeu 5 Aoû 2010 - 22:55

Cëryl, allongé sur les galets à côté d'elle, son sac posé un peu plus loin, vit la pluie commencer à tomber. Pour le moment, seules quelques gouttes chutaient docilement sur la plage mais il sentit qu'elle ne tarderait pas à augmenter d'intensité, vu l'aspect menaçant des nuages. Le mage regardait la jeune femme lancer un caillou plat à la surface de l'eau dans le but de le faire rebondir, tout comme il aimait lui-même faire. Il buvait ses paroles avec attention, conscient qu'elle lui livrait amicalement sa vie, alors qu'ils se trouvaient sous ce ciel qui pleurait, durant cette nuit de deuil. Lorsqu'elle marqua une pause, Cëryl se leva et exécuta le même rituel qu'elle, en lançant quelques galets qui sursautèrent sur la surface du lac avant de se noyer. Après quelques lancés, dont un raté, il s'exprima à nouveau.

« Vous avez une longue vie devant vous, pour servir notre Roi, et vous y parviendrez certainement. Je ne pense pas que le prestige vous intéresse, n'est ce pas ? Vous n'avez pas l'air d'une femme orgueilleuse, même si je ne suis pas très bon en analyse. La question est, combien de hauts faits accomplirez vous avant votre mort ? Tout comme ces pierres qui vont le plus loin possible avant de sombrer dans ce lac... A quel point servirez vous votre nation ? Jusqu'où irez vous ? Votre détermination se lit dans vos yeux... Magnifiques, d'ailleurs. »


Cëryl n'en revint pas d'avoir osé dire ça. Il avait sans doute, inconsciemment, importé cette réplique toute faite d'un des personnages des quelques romans à l'eau de rose qu'il avait dû lire plus jeune, sans doute recommandés par Athos. Encore et toujours ce vieux sénile, qui raffolait de ce genre d'œuvres. Il se sentait une nouvelle fois un peu idiot.

Au lieu de se justifier où de changer de conversation, le jeune mage plongea dans la puérilité et s'amusa à déplacer la goutte tombée sur le visage d'Adrena. Tel un marionnettiste, un bras levé, il la fit descendre jusqu'à ses lèvres, la fit passer doucement dessus, comme un baiser aqueux, puis caressa ses joues avec et remonta jusqu'à son front. D'un coup, il la fit rouler vers le bas jusqu'à son nez qui lui servit de promontoire pour s'envoler et s'écraser sur l'un des galets de la plage. Cëryl se remit à rire, d'un rire à la fois enfantin et mature, celui d'un adulte qui retombe quelques instants en enfance. Il sentit une certaine chaleur s'installer entre eux et en fut pleinement satisfait. Un peu d'amitié, purement et simplement, voilà ce dont il avait besoin pour reprendre confiance en lui et aller de l'avant. Au dessus d'eux, la lune entourée de nuages se reflétait dans l'eau dormante du lac. Le spectacle rendu était magnifique.

L'un des rayons lunaires vint éclairer le corps de sa compagne, relevant ses formes somptueuses et délicates sous sa robe légère, qui firent rougir instantanément le jeune homme. Son regard s'attarda et il craignit qu'elle le remarque, détournant alors vite la tête vers l'immensité noircie par la nuit que représentait le lac. Ce lac, Cëryl le connaissait presque par cœur, puisqu'il devait le longer chaque fois qu'il voulait faire le chemin entre Lleya et Mannheim. Il aimait se sentir près de lui et renifler l'odeur douçâtre des eaux claires et limpides qui le constituaient. Et c'était bien mieux encore quand il avait un en-cas sur lui.

La lune avait disparut sous un nuage, recouvrant les deux jeunes gens d'obscurité. Cëryl put de nouveau se risquer à observer sa charmante compagnie, et n'aperçut que le très faible scintillement de ses yeux verts émeraude. Il sentit qu'il fallait qu'il dise quelque chose, mais il se contenta de soupirer, heureux, et murmura quelques mots.

« Si chaque soir pouvait être aussi délicieux. »

Il s'allongea de nouveau et ferma les yeux. Il se sentait réconforté par la présence près de lui, et n'avait besoin de rien d'autre pour le moment, que de celle-ci.


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MessageSujet: Re: Bonjour; Adieu - [Terminé]   Ven 6 Aoû 2010 - 0:06

    Le mage était de plus en plus entreprenant et, loin de trouver ce comportement gênant, Adrena semblait on ne peut plus à l'aise à ses côtés; y penser la fit rougir instantanément mais au fond, elle ne pouvait s'empêcher de penser, reconnaissante, que ce jour n'était pas si horrible et ce grâce à lui. Elle se félicita d'avoir proposé l'intimité de la nuit sans étoiles pour discuter avec lui, c'était le genre de détail qu'il valait mieux se cacher de montrer. Il semblait s'amuser ainsi et loin de la gêner, elle adorait ce contact... Pour le moins étrange. Cëryl était d'une compagnie agréable, comme elle en avait rarement connue; c'était une personne simple à qui il était agréable de parler et qui, comme elle, conservait la candeur de l'enfance. D'ailleurs... Quel âge avait-il ? Elle fronça les sourcils avant de laisser tomber ses questionnements dans les abîmes fluctuantes de ses pensées et s'allongea à côté de lui.

    Des éclairs zébraient de temps en temps le ciel mais les gouttes tombaient toujours aussi faiblement, délicieuse et sensuelle caresse. Elle étendit ses bras le long de son corps mince, s'étirant, et sentit sa main effleurer quelque chose. Quelque chose de chaud qui tressaillit à son contact. Elle la rabattit vivement sur son ventre, s'accrochant à sa ceinture comme à une bouée, la gorge serrée, soudainement aussi immobile qu'une statut de cire. Mieux valait faire comme si de rien n'était et continuer de parler, parler encore et toujours pour enterrer l'incident. La chevalière essaya d'assurer sa voix lorsqu'elle parla; ce fut une réussite. La voix d'Adrena, un beau soprano léger comme un bruissement de feuille et clair comme l'eau la plus pure, s'éleva dans la nuit noire, presque
    irréelle.

    « Vous avez raison... C'est une soirée délicieuse. J'ai presque du mal à vouloir parler de l'avenir... En vérité si je le pouvais, je resterais ici éternellement à regarder les gouttes d'eau tomber, à les sentir couler sur mon visage, aussi agréables que les baisers d'un amant. » Elle fit une pause et esquissa un sourire.

    « Il est vrai aussi que je ne recherche pas la renommée,... Qui de toute manière me trouvera d'elle-même. Comme toute femme qui se respecte, je suis tiraillée. Tiraillée entre ma passion, servir mon pays, et ce pourquoi je suis née, donner naissance. Quant à la mort, je ne préfère pas y penser... Elle pourrait très bien me cueillir demain vous savez. Un combat pour l'honneur du Roi. Un coup mal placé qui s'avèrera fatal. Et voilà la faucheuse sur son destrier de feu, un sourire à ses lèvres décharnées, tranchant net le seul fil qui me retient à la vie. »

    Elle marqua une pause, réfléchissant et lorsqu'elle eut trouvé ses mots, la jeune femme se redressa sur un coude et plongea son regard sombre dans celui de son compagnon.

    « Je n'ai pas d'avenir, Cëryl. »

    Elle se rallongea, silencieuse, le regardant du coin de l'œil et remarqua que la pluie commençait à s'intensifier.

    « Vous devez trouver ça horrible... » ajouta-t-elle avec un sourire triste.
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MessageSujet: Re: Bonjour; Adieu - [Terminé]   Ven 6 Aoû 2010 - 0:07

Adrena semblait attristée, Cëryl le vit dans son regard avant même qu'elle ne commence à parler. Dans l'obscurité, il discernait ses lèvres bouger et le contour de son corps sensuel. Le mage n'y prêta cette fois-ci pas de grande attention, bien qu'un instant auparavant, lorsque sa charmante compagne l'avait effleuré dans le noir, il avait tressaillit comme s'il venait de recevoir la plus douce des caresses. La main qui l'avait frôlé avait brièvement embrassé sa propre peau, et son contact fut pour le moins enchanteur. Après coup, il compara cette sensation divine à celle du passage d'un vent chargé de fraîcheur sur un visage ruisselant de sueur, en bien plus intense encore. Il n'y réfléchit cependant que fort peu de temps : Adrena s'était remise à lui parler, et comme à chaque fois qu'elle lui parlait, il l'écoutait, la bouche très légèrement entrouverte, les yeux suivant les mouvements de ses lèvres pulpeuses, l'esprit emprisonné à l'intérieur même de cette douce voix qui s'offrait à lui.

« Vous devez trouver ça horrible... » fit-elle à la fin de son introspection.

Cëryl se tourna vers elle, faisant pivoter son corps mince à 90 degrés dans sa direction. Il était à présent face à face avec elle. Leurs têtes étaient proches, l'intimité était à son paroxysme. Étrangement, son cœur se mit à battre plus vite à mesure qu'il parlait :

« Je ne trouve pas ça horrible Adrena... Vous êtes encore jeune, tout comme moi, vous saurez quoi faire en temps et en heure. Pour le moment, profitez simplement de la vie... Si vous êtes heureuse ainsi, à servir notre bon Roi, à combattre pour votre pays, vous n'avez pas de regrets à avoir. »

Cëryl se leva, dissipant quelques peu la chaleur intense qui commençait à bouillir dans son ventre. Il s'avança vers le lac et leva les deux bras en l'air, avec un air de défi dans les yeux, tournés vers l'horizon nappé d'eau.

« Regardez-moi donc ! » s'exclama-t-il soudainement.

Une gigantesque vague sortit de l'eau et s'élança vers eux, comme pour les happer et les avaler d'un seul coup. Cëryl interrompit cependant celle-ci au dernier moment, alors qu'elle atteignait la plage et la fit exploser dans un grand retentissement sonore. Des milliers de gouttes voletèrent un peu partout autour d'eux, s'ajoutant à celles de pluie, pour s'écraser sur le sol pierreux.

« Regardez moi ! Je suis un mage ! Je suis né différemment, ait été élevé différemment, et suis censé vivre différemment ! Bien plus longtemps qu'un humain normal, sans doute bien plus longtemps que vous. Si je deviens suffisamment cultivé sur le plan magique, je serais peut-être même, comme les plus grands des mages de ce monde, immortel. Mais qu'ai-je à faire de l'immortalité ? J'aimerais mourir. J'aimerais mourir, même si je ne sais pas quand... A 40 ans ? A 70 ans ? Du moment que la façon dont cette foutue faucheuse me prend soit bonne. J'aimerais mourir d'une belle mort, une mort qui aurait servi mes idéaux, une mort qui aurait suivi le sens de mes pensées. Une mort dont je serais fier, parce qu'au moment précis où elle m'atteindra, je serais heureux, comme le voyageur libre cherchant un chemin, cherchant une compagnie, que je suis actuellement. C'est tout ce qu'il m'importe. Je pense que si vous mourrez heureuse, rien ne vous importera aussi. Êtes-vous heureuse Adrena ? »

Il s'était retournée et avait posé sa question le plus sérieusement du monde, ses yeux d'un bleu profond fixant avec intensité les pupilles vertes de la chevalière en robe, attendant une réponse claire et franche.


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MessageSujet: Re: Bonjour; Adieu - [Terminé]   Ven 6 Aoû 2010 - 0:20

    Elle se leva et épousseta sa robe, déversant sur les galets de minuscule particules de terre grisonnante. Une terre humide, chargée de la tension qui soutenait l'air et le rendait pesant, presque irrespirable. Elle s'approcha gracieusement du jeune homme, maintenant debout près de la rive et sourit aux nuages. La pluie s'abattait toujours sur le lac et faisait claquer les feuilles des arbres environnants entre elles, en un bruissement sourd et reposant. Adrena adorait ce genre de temps, à vrai dire... L'Orage était, selon elle, le phénomène naturel le plus doux qui soit, malgré l'apparent déchaînement des éléments. Le vent soufflait dans les arbres, droits face à la tempête, alors l'eau et le feu céleste ne faisaient plus qu'un. « Naturellement beau » pensa-t-elle et, comme pour l'approuver, un coup de tonnerre violent roula, grondant, dans l'atmosphère saturé en allumant pour un court instant le ciel d'une tendre couleur violette. Il se rapprochait, pas de doutes et bientôt, le chevalier et le mage n'auraient d'autres choix que de se mettre à l'abri.

    Mais pas pour l'instant.

    « Oui... Oui je pense être heureuse aujourd'hui. Mais peut-être le serais-je encore plus demain ? Qui sait ? Je ne suis pas de ce genre de personne qui croit au destin. Par conséquent je pense que la mort peut nous frapper à tout moment, et pas simplement à celui où nous nous en sentons prêt. Non, sûrement pas. Je ne pense pas que cette fillette désarticulée qui est morte sous mes yeux, happée par un cheval fou, était prête à mourir ou n'avait rien à regretter. »

    Évoquer ce souvenir était douloureux; elle secoua la tête pour faire s'échapper les sombres images du flot de ses songes. Images qui la poursuivraient sans doute jusqu'à sa mort. Des instants simples, sans autres saveurs que l'amertume, sans autres odeurs que la chair calcinée et le sang frais; un cri, l'air rance et chaud qui suivait le passage de l'animal, la traînée rougeâtre, le corps mou... Et la mort qui, dans sa grande bonté, mettait fin aux souffrances d'un enfant dans un long râle. Adrena jeta regard à Cëryl qui ne semblait plus broncher, debout sur sa rive et se dit avec une grimace qu'elle avait véritablement plombée l'ambiance. Elle s'approcha encore de lui, son visage à quelques centimètres de celui du jeune homme, et lui sourit, visiblement gênée.

    « Pardonnez-moi... Je ne voulais pas vous mettre mal à l'aise. Si vous voulez tout savoir, aujourd'hui tout ce que je désire c'est apporter le plus de bonheur au peuple. J'irais même plus loin, ceci me vaudrait un emprisonnement, je serais prête à sacrifier ma vie et celle du Roi, son honneur et le mien, pour sauver la vie d'un enfant. Je ne lui ai prêté allégeance que pour servir mes idéaux. Et mon idéal, c'est la charité. »

    Après quoi, sans crier gare, elle poussa le mage dans le lac.

    « Et ça c'est pour m'avoir mouillée avec vot' vague ! »


    Elle explosa avec d'un rire franc et chaleureux, et s'assit près de l'eau.
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MessageSujet: Re: Bonjour; Adieu - [Terminé]   Ven 6 Aoû 2010 - 0:27

Cëryl fut projeté dans l'eau noire par la chevalière, et sentit la fraicheur du liquide agresser chaque pore de sa peau. Le lac était peu profond sur la rive, et le mage ne dut probablement pas s'enfoncer à plus de 50 centimètres sous la surface aqueuse. Le froid qui s'empara de lui fut violent sans être glacial non plus, puisqu'au bout de quelques secondes il sentit que le choc n'était pas si terrible que ça. Alors que son visage ne contemplait rien d'autre qu'un sol invisible dans un environnement dénué de sonorité, de visibilité et d'oxygène. Il repassa rapidement dans sa tête les mots qu'avait prononcé Adrena un instant plus tôt, ceux qui avait rendu l'atmosphère autour d'eux aussi froide que l'eau du lac. La mort d'une enfant avait dut être une expérience traumatisante pour la jeune femme, et il l'avait comprit rien qu'en entendant son intonation, nostalgique et douloureuse. Cëryl ne cautionnait pas, bien entendu, la mort d'un enfant, certainement trop jeune pour trouver un quelconque bonheur ainsi qu'un sens à sa jeune vie. Il souhaitait justement que les enfants qui mourraient chaque jour ne puissent comprendre ce qu'il leur arrivait mais plutôt s'éteindre avec douceur dans la candeur de leur existence. Le jeune homme s'accrochait à cette idée, lorsqu'il s'aperçut qu'il manquait d'air. Il plaqua une de ses mains au sol où il sentit quelques roches glissantes, s'y agrippa et tendit d'un coup son bras pour remonter à la surface. Lorsqu'il émergea, il entendit le rire cristallin de sa charmante compagnie planer sous la lune. Elle était assise, près de l'eau, à le regarder en riant. Cëryl, choqué, les yeux grand ouverts, s'exclama avec sarcasme :

« C'était de la charité, ça ? »

Après quoi il leva un bras, fit trembler le sol sous la jeune femme, qui tomba sur les fesses dans l'eau après que les pierres se soient mises à la faire glisser en avant.

« Non mais ! Je croyais que vous aviez du sang noble ! Quelle honte ! » conclut-il, avant de s'esclaffer à son tour.

Le mage se releva doucement, et, toujours riant, s'avança lentement vers elle. Après quoi, il donna un coup de pied dans l'eau pour l'éclabousser un peu plus. Littéralement plié en deux de rire, il se laissa choir sur la berge et manqua de s'étouffer, avant de se tourner vers le ciel, les deux jambes encore dans l'eau. La petite pluie continuait au même rythme, et l'orage grondait de temps à autre. Un flash de lumière blanc se manifesta, et Cëryl s'amusa à compter le nombre de lieux qui les séparaient du point d'impact.

« ...Trois, quatre, cinq, six... Oh ! Six. C'est drôle, généralement, ce genre de temps m'effraie. L'orage me fait peur. Mais pas ce soir. Ce soir, j'apprécie la sensation de cette titanesque puissance qui s'abat comme un marteau divin sur nous, pauvres mortels. J'arrive presque à sentir cette énergie déferler en moi, l'harmonie du corps et de la nature, en quelque sorte. Mais tout de même, Adrena, n'est-ce pas un coup à attraper la mort, justement, de rester là sous la pluie et trempés comme nous le sommes ? Et si nous rentrions à l'auberge ? Ou une de votre choix, si vous la préférez à la mienne et à son aubergiste pervers. »



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MessageSujet: Re: Bonjour; Adieu - [Terminé]   Ven 6 Aoû 2010 - 23:51

    « Vous avez raison... Allons-y ! » avait-elle dit.

    Mais voilà, l'auberge en vue, ses carreaux multicolores déversaient une douce chaleur sur le sol froid, et il fallait lui dire, à ce jeune homme, lui dire que c'était probablement la dernière fois qu'ils se voyaient. Elle baissa les yeux d'un air vaguement triste, consciente toutefois que son devoir l'appelait ailleurs, Mannheim n'avait pas besoin d'elle mais... Mais il était tellement rare qu'elle s'entende aussi bien avec quelqu'un ! Le courant, entre eux, passait à merveille, peut-être même un peu trop pour deux personnes qui viennent à peine de se rencontrer, elle en était absolument persuadée. Alors que Cëryl s'apprêtait à passer la porte d'un air enjoué, elle stoppa net à proximité de sa jument, laquelle émis un hennissement rauque, preuve d'une grande satisfaction.

    « Cëryl je... Je vais y aller. » Elle plongea son regard dans les prunelle opalines de Cëryl, lisant de ses yeux perçants les tréfonds de son âme candide. « Je vais quitter Mannheim dès demain soir... Je pense que, elle déglutit, nous ne nous reverrons plus. Ce fut un agréable mom... han. »

    Cëryl s'était figé, comme frappé par la foudre et la regardait de ses grand yeux bleus, éclatant comme des pierres fines, en cet instant plein d'une incompréhension mêlée à une tristesse indéfinissable, un peu de déception aussi. Elle n'acheva pas et lui sourit; À croire qu'elle ne pourrait pas se débarrasser de lui avant un long, long moment. Avait-on jamais rencontrer quelqu'un d'aussi attac... Collant ? Ressentir cette peine au moment de se séparer, était-ce les prémices d'une amitié naissante ? Que ce fut cela ou non, elle était soulagée, voire heureuse, de remettre la séparation à plus tard.

    « Alors plutôt que de moisir dans cette auberge miteuse ! Je vous propose de passer la nuit dans ma demeure familiale; celle de mon défunt grand-oncle. Il n'y aura personne alors, vous pourrez vous mettre autant à l'aise qu'il vous plaira. » dit-elle d'un air allègre.

    Elle monta sa jument et lui tendit la main, pour l'aider à monter; elle l'avait tendue machinalement comme si, dans son esprit rien n'aurait pu se passer autrement, elle l'avait tendue comme on tend sa main à une personne qui s'enfonce inexorablement dans des sables mouvants. Et cette main, il la saisit effectivement sans l'ombre d'une hésitation, tout comme il n'eut aucune gêne à enserrer sa fine taille quand ils partirent au grand galop. L'averse s'abattit plus puissamment que jamais pendant la chevauchée; les traînées d'eau fouettaient littéralement leurs visage dénudés et leur faisaient plisser les yeux. Sa robe blanche, devenue translucide, était gorgée d'eau et pendait lamentablement sur ses épaules lorsqu'ils arrivèrent dans le couloir donnant aux chambres. Adrena n'avait qu'une hâte, rejoindre les couettes et dormir. Consciente de sa mi-nudité, elle passa rapidement la cape sur les épaules et indiqua à Cëryl :

    « Face à nous, c'est ma chambre... Si vous avez besoin de quoi que ce soit, trouvez-moi là. La chambre d'à côté c'est la vôtre, elle sera à priori propre, faîtes donc comme chez vous. Si vous avez faim – Elle commençait à bien le connaître - , c'est au bout du couloir en bas des escaliers, porte de droite. »

    Elle poussa la porte de sa chambrée et juste avant de fermer, dans l'entrebâillement, lui souhaita bonne nuit avec un tendre sourire.
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MessageSujet: Re: Bonjour; Adieu - [Terminé]   Ven 6 Aoû 2010 - 23:53

Cëryl avait senti la tristesse le submerger quand il avait comprit que le temps des adieux était arrivé. Mais Adrena l'avait apparemment remarqué et lui avait proposé de passer la nuit dans sa demeure. Enchanté, le jeune homme avait aussitôt attrapé la main - non sans frissonner étrangement à son contact doux et tiède - qui se tendait vers lui avant de monter à la suite de la chevalière sur son fidèle canasson. Arrivés dans la maison, Adrena avait indiqué à Cëryl sa chambre et la localisation de sa réserve de nourriture, puis était parti se coucher. Lui souhaitant bonne nuit à son tour avant qu'elle ne referme la complètement sa porte, le mage se retrouva seul dans le couloir, trempé des pieds à la tête. L'eau de pluie mêlée à celle du lac coulait le long de sa peau, ses cheveux clairs étaient plaqués à son crâne, et de grosses gouttes se formaient de part et d'autre de son corps pour se laisser tomber délicatement sur le sol, créant peu à peu une flaque sous ses sandales. Il pensa alors aider Adrena à éponger le liquide le lendemain. Mais pour l'heure, il se dirigea vers la cuisine.

La bâtisse d'Adrena était magnifique, la décoration somptueuse, et le jeune mage alluma une flammèche de bonne taille dans sa main pour mieux contempler ce qui l'entourait. Les meubles de la maison semblaient tous sculptés dans un souci de la perfection, les tableaux accrochés au mur peints avec une grande dextérité, même si le jeune homme était trop fatigué pour les admirer de plus près. Après une traversée entre les murs tapissés et silencieux du couloir, il atteignit ce qui lui parut être la cuisine. Il fouilla rapidement dans le buffet, comme s'il était chez lui, et s'empara d'une saucisse qu'il ajouta à un bout de pain pour se faire un... Repas de minuit. C'est ainsi qu'il l'appelait. Avec Cëryl, il y avait davantage de repas nécessaires et officiels que chez tout autre être humain normalement constitué. Il prit soin de tout ranger à sa place d'origine et de jeter les miettes avant de retrouver sa chambre.

Celle-ci était aussi soigneusement arrangée que le reste. L'ensemble était coquet, composé d'un grand lit à deux places au centre, d'une petite table de nuit, d'une penderie et d'une fenêtre sur le mur qui devait certainement donner une belle vue sur la ville, lors d'une journée bien lumineuse. Cëryl jeta son sac encore humide sur le lit, se déshabilla et alluma le chandelier au dessus du lit d'un simple claquement de doigts dans sa direction. Il entreprit de poursuivre un peu son dernier livre en cours avant de rejoindre le monde des rêves. Allongé sur sa couche aux draps soyeux et rouges, il lut plusieurs dizaines de minutes l'ouvrage de théories magiques qu'il étudiait depuis quelques jours. Le pavé, constitué d'un bon millier de pages, inculquait quelques principes de la maîtrise des ténèbres et de la lumière. Cëryl espérait un jour pouvoir pratiquer l'une des deux branches. Il engloutit quelques chapitres en même temps que son casse-croûte improvisé, prenant soin d'éviter de salir l'oreiller. Finalement harassé par la fatigue, il referma son livre et le posa sur la table de nuit. En moins de quelques minutes, il dormait déjà.

Il était debout, au bord du lac. Le ciel n'était pas noir mais d'un orange-rouge crépusculaire, et à ses côtés se tenait un homme, il le sentait mais ne pouvait se tourner vers lui. C'était comme si l'homme l'éblouissait tellement qu'il craignait de se brûler la rétine en lui lançant un regard direct. Devant eux, sur le lac, Cëryl distingua une barque retournée qui commençait à sombrer dans les profondeurs, tandis qu'un bateau gigantesque passait près de lui. Le bateau semblait être un navire de guerre, et faisait voile vers une destination inconnue. A ses pieds, il vit une rose rouge, trempée, comme si elle avait été transportée jusqu'ici par les vagues. En la ramassant, il fut saisit d'effroi, une étincelle de lumière noire s'échappa de ses doigts et la consuma en l'espace d'un instant. La silhouette à ses côtés prononça quelques mots énigmatiques, d'une voix qu'il croyait connaître, ressemblant à celle d'Athos.

« La rose meurt, et, création ou destruction, il en sera fatalement de même dans les deux cas, Cëryl. »

Alors il se retourna finalement vers la silhouette et


se réveilla. Il avait dormit assez longtemps, il estima d'après le soleil qu'il devait être aux alentours de 9 heures du matin. Il s'habilla rapidement, remit son lit d'invité dans le même état où il l'avait trouvé la soirée précédente, fourra son livre dans son sac et se dirigea vers la porte. En l'ouvrant, il s'aperçut que celle de la chambre voisine était ouverte également. Il s'avança donc vers la chambre de son hôtesse. Il était assez songeur en repensant à son rêve, mais il n'y pensa plus quand il l'aperçut. Il eut un sourire bienveillant et s'exclama :

« Bonjour vous ! Je n'ai jamais aussi bien dormi depuis des lustres... Votre lit est si douillet que le dessein de vous le voler m'a pénétré l'esprit. Comment allez-vous ? »


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MessageSujet: Re: Bonjour; Adieu - [Terminé]   Sam 7 Aoû 2010 - 12:42

    Adrena ferma la porte délicatement et resta un petit moment immobile, le front collé au bois sombre et poli du battant, son sourire tombé en un instant. Les senteurs de cire l'avaient agressés à peine avait-elle passé la porte et s'étaient évanoui pratiquement instantanément. Elle n'était pas réellement fatiguée en ce soir d'orage mais n'avait qu'une seule hâte, une seule envie; Le souhait secret qu'en se réveillant demain matin, toute trace de la journée sombre de la veille aurait disparue. Plus d'orage, plus de billet, plus de... Cëryl. Elle secoua la tête et songea qu'il était temps pour elle d'effacer, d'un revers de main, le 24 Guaria. Gracieusement, elle laissa choir son vêtement au sol, dévoilant à la lueur faible des bougies l'intégralité de son corps nu. Après quoi, ayant préalablement épongé le sol et sa peau couleur de lait, elle enfila une robe de nuit d'un bleu pâle et sortit le billet.

    Ce billet qu'elle avait reçu à peine avant-hier et qui semblait déjà avoir des millénaires. Le papier était craquelé, jauni, l'encre sèche presque effacée par le voyage et les nombreuses relectures. L'écriture bouclée de sa grande-tante laissait, sur le papier, une trace sanglante et les quatre mots égrainés sur toute sa longueur l'avaient – elle s'en souvenait dans une grimace – faite entrer dans la tristesse la plus sombre à laquelle elle eut jamais à faire face. Elle s'éloigna prudemment du lit et tendit le papier parcheminé au dessus de la chaleur d'une des bougies qui éclairaient la petite pièce. Une petite cloque ce chaleur se forma d'abord mais la feuille commença soudain à se consumer lentement. Le petit rond noir de papier carbonisé s'étendit pour enfin ronger l'intégralité de la missive, ne laissant que des cendres sur le sol patiné. Libérée, elle éteignit les flammes une à une et rejoignit la douceur de son lit d'enfant, toujours trop grand pour elle. À la voir ainsi, on eut pu penser qu'elle avait quitté cet endroit depuis des lustres... « Cela ne faisait pourtant que... ». Elle s'endormit en y pensant et ne fit aucun rêve.

    Ce furent les rayons miellés du soleil qui la réveillèrent, comme souvent. Il devait être à peine huit heures du matin lorsqu'elle posa ses pieds nus sur le dallage glacial, frissonnant à leur contact, étouffant un bâillement. La ville au dehors était déjà en activité depuis plusieurs heures et elle même, dans peu de temps, suivrait le flot des voyageurs destination nulle part. Elle se débarbouilla quelque peu et enfila des vêtements de voyage simples. Il était inutile de s'encombrer d'une armure pour le moment et elle aurait sans doute besoin de l'aide de Cëryl pour la mettre, pensa-t-elle amusée. Adrena déplia la carte sur son bureau et l'étudia avec attention; elle pointa Mannheim du doigt et compta le nombre de lieux qui la séparaient de Demether, sa prochaine destination, qu'elle entoura du doigt. Elle en aurait approximativement pour 12 heures de route mais répartirait le voyage sur une bonne semaine, pour laisser respirer sa jument et se rassasier. Des rations pour trois jours seraient amplement suffisantes, après quoi... Elle chasserait.

    La jeune femme empaqueta sa robe et quelques autres objets et les fourra dans son sac de voyage. Une besogne en cuir plus solide que ses bottes et qui pouvait contenir plus qu'il ne le laissait penser, mais dont elle n'avait pu enlever l'odeur de cheval. Après quelques mois, elle avait abandonné, d'ailleurs. Elle sourit.

    La chevalière espéra que le mage se réveillerait bientôt et se mit à songer aux différentes façon de lui dire de décamper de la demeure de son oncle. « Ce type est une vraie sangsue ! » pensa-t-elle, mauvaise. Elle sourit après coup en se disant, qu'en vérité elle n'en pensait pas un mot et, plus encore, elle ne tarderait pas à regretter le départ de son ami. Son cœur se serra réellement quand elle vit son visage souriant passer à travers la porte; pour ne rien laisser penser, elle le lui rendit.

    « Je vais bien, merci. J'ai moi aussi rarement aussi bien dormi que cette nuit là. »
    Elle baissa les yeux et ajouta.

    « Cëryl, j'ai rarement rencontré avec qui je m'entends aussi bien que vous et c'est pourquoi je suis d'avance désolée de devoir vous dire ça mais, je reprends ma route, non pas ce soir mais dès ce matin. J'espère être à Demether d'ici une semaine, en comptant de nombreux arrêts... Donc je pense que c'est ici que nos chemins se séparent ! »

    Il y eu un blanc lourd de sens qu'elle combla avec maladresse, gênée.

    « Sauf si, bien sûr, vous désirez m'accompagner à travers Yggdrasil ! » ajouta-t-elle dans un éclat de rire séduisant.

    Adrena ne plaisantais qu'à moitié. Sous ses airs amusés, elle espérait et craignait à la fois qu'il distingue l'espoir de s'entendre répondre : « Pourquoi pas ? ».
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MessageSujet: Re: Bonjour; Adieu - [Terminé]   Sam 7 Aoû 2010 - 12:46

« Et bien... Pourquoi pas ? » fit le mage avec un grand sourire, avant de voir les yeux de la jeune femme pétiller à cette réponse. Il n'avait pas encore choisi de destination précise, n'ayant aucune idée d'où aller, et de plus, il n'avait jamais vu Demether. C'était l'occasion pour lui de voir un peu du pays, tout en faisant connaissance avec sa nouvelle amie.

« A vrai dire, je n'avais aucune idée d'où aller quand nous nous sommes rencontrés, et jusqu'à maintenant, je n'en avais toujours pas. Demether ? Je ne suis jamais allé par là bas. C'est une occasion en or ! Escorté par une grande chevalière du royaume... Qui plus est. Je me sentirai plus rassuré que si j'y allais seul ! » ajouta le jeune homme, un air guilleret peint sur le visage.

A l'air ravi de sa compagne, il sut qu'il venait de lui faire grandement plaisir en acceptant sa proposition. Lui aussi, d'ailleurs, se sentait au moins aussi heureux qu'elle. Il le montra en étirant encore un peu son éclatant sourire, puis porta une main à son ventre qui gémissait.

« Mais avant de partir, il nous faut manger ! »

Sur quoi ils rirent tous les deux, puis s'attelèrent au préparatifs. Quand ils eurent fini, Cëryl demanda à Adrena s'ils pouvaient passer chez lui avant de quitter la ville : la chevalière acquiesça. Ils partirent de la demeure prêts et repus, Adrena scella sa jument et aida Cëryl à monter derrière elle. Comme la nuit précédente, Cëryl eut une drôle d'impression en entourant la taille de la jeune femme avec ses bras. Sous sa robe, il sentait sa peau lisse, si douce et si agréable au toucher... Il revint cependant à la réalité lorsqu'ils parvinrent devant la maison familiale. Le jeune homme mit pied à terre et invita Adrena à le suivre. Il poussa la porte de la maison qui s'ouvrit alors – Sa mère laissant toujours la porte ouverte quand elle était présente dans la demeure – et s'avança dans le petit couloir qui faisait office de hall d'entrée. La propriété était vétuste et joliment décorée, pour une famille de paysans. Cëryl se tourna vers la chevalière et lui fit un clin d'œil, il rentra ensuite dans le salon pour apercevoir sa mère en train de broder. Elle leva les yeux quand elle entendit le bruit de ses pas.

La femme rondouillarde aux cheveux presque blancs se leva, jetant presque son travail de broderie sur la chaise à côté d'elle pour s'élancer dans les bras de son fils. Cëryl en eut presque le souffle coupé et l'enlaça tendrement. Sa mère le serrait fort mais il n'y prêta pas attention, il ne prêta attention qu'à l'amour qu'elle lui portait, et en eut les larmes aux yeux. Il fut plutôt heureux qu'Adrena soit derrière lui, lui épargnant cette vision gênante du jeune homme sensible qu'il offrait alors. Doucement, il repoussa sa mère et lui demanda comment elle se portait. Elle répondit, la gorge nouée par des sanglots qui ne tarderaient pas à venir.

« Oh... Cëryl... Je vais bien ! Je m'inquiétais pour toi... Comme toujours au bout de deux mois ! Les terres d'Yggdrasil sont dangereuses et tu le sais... Il y a des créatures qui pourraient t'avaler d'une bouchée ! Pourquoi s'y aventurer autant ? Oh... Cëryl... »

Elle se colla de nouveau contre son fils en commençant à pleure, puis aperçut Adrena. Elle essuya ses larmes d'un revers de manche.

« Oh ! Pardon... Je ne vous avais pas vu mademoiselle...? Seriez vous la fiancée de Cëryl ? » fit-elle, l'air fascinée par la beauté de la jeune femme.

Les joues du mage se teintèrent d'un rouge tomate presque instantanément.

« Maman ! Adrena est une amie... Je l'ai rencontrée hier ! Nous partons à Demether aujourd'hui, et je passais te rendre visite ! Ne sois pas aussi... Aussi... »

Il cherchait ses mots comme un enfant qui essaie de justifier une bêtise. Finalement il ajouta l'adjectif « grossière » au bout de sa phrase, même si ce n'était pas vraiment ce qu'il voulait dire. Ne laissant pas le temps à sa mère de renchérir, il continua :

« Je suis allé voir papa, hier. »


Sa mère semblait contente d'entendre cela, et sourit à son fils, du même sourire qu'elle lui avait transmit.

« Oh... Je vois... Il serait fier de toi, tu sais ! Ramener une aussi jol... »

Cëryl l'attira contre elle comme s'il voulait l'étouffer, pour interrompre ses allusions. Soudain, il entendit une petite voix l'appeler par son prénom à l'autre bout de la pièce. Son petit frère se tenait là, un bâton - qui lui servait probablement à s'entraîner - dans les mains.

« Cëryl ! Cëryl ! » hurla-il dans sa direction. Puis il se précipita dans les bras de son grand frère. Le grand frère en question se retourna vers Adrena pour lui adresser un sourire complice qui voulait tout dire : « Vous voyez ce que je dois supporter à chaque fois ? ». Néanmoins, il passa la main dans les cheveux noirs de son petit frère et déposa un baiser sur sa tête.

« Toujours pas chevalier Yvan ? Qu'attends-tu donc ? » railla-il à son adresse. L'adolescent fit la moue mais, comme charmé par l'affection de son ainé, n'y prêta pas grande attention. Cëryl eut un soupir de bonheur en cet instant et desserra peu à peu son étreinte sur ce qu'il restait de sa famille. Il regarda de nouveau sa tendre mère.

« Désolé maman, mais je passais juste vous dire que j'étais en vie, fit-il, taquin. Ne t'inquiète pas, la prochaine fois je resterai quelques jours. Et puis, regarde, je pars avec Adrena, c'est une combattante chevronnée, elle me protégera ! »


Son petit frère fit remarquer que généralement, c'était les hommes qui étaient chevaliers et qui protégeaient les femmes. Pas l'inverse. Cëryl lui administra une pichenette sur le bout du nez avant de lui tirer la langue. « Et bien, tu vois, il faut savoir être original dans la vie ! Allez, on y va nous deux. N'oubliez pas que je serai là plus longtemps la prochaine fois alors prépare des provisions, maman ! » sur quoi il éclata de rire et s'éloigna en compagnie d'Adrena vers la porte, après avoir embrassé sa mère et son frère et échangé quelques derniers mots chaleureux aux deux.

Une fois dehors, Cëryl leva ses poings en direction du ciel et se retourna vers sa compagne de route.

« Et bien... Et si nous y allons ? »


Il n'avait pas remarqué qu'une larme de joie coulait le long de sa joue.



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MessageSujet: Re: Bonjour; Adieu - [Terminé]   Dim 8 Aoû 2010 - 1:55


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Bonjour; Adieu - [Terminé]

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