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 Demether, nous voilà ! - [Privé]

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MessageSujet: Demether, nous voilà ! - [Privé]   Dim 8 Aoû 2010 - 2:13

    Adrena sourit, attendrie, et essuya doucement l'unique larme qui coulait sur le visage du jeune homme et dont il ne semblait même pas s'être rendu compte. « On y va ! » dit-elle enjouée. Ils remontèrent sur le dos de la jument et elle consulta une dernière fois sa carte parcheminée avant le grand départ; Elle n'avait qu'à suivre la grand'route, tout comme elle le faisait chaque fois qu'elle se rendait à Demether. Pour taquiner le jeune homme, lequel avait passé ses bras autour d'elle et était fin prêt à partir, elle ne put s'empêcher de railler « Fiancée, hein ? » avant de filer au grand galop. La virée chez la famille de Cëryl ne l'avait pas grandement retardée - elle ne regrettait rien, de toute façon ! Avait-on jamais vu plus beau spectacle ? - mails il était tout de même près de midi quand ils décollèrent direction Demether, où se trouvait en ce moment même, l'intégralité de sa propre famille. Les voyageurs avaient mangé avant de partir et la jeune femme espérait que l'estomac du mage ne se manifesterait pas avant la nuit tombée; l'espoir faisait vivre, n'est-ce pas ?

    Pour son plus grand bonheur, la longue route de terre bordée d'arbres qui menait à Mannheim était pratiquement vide; quelques marchands rejoignaient encore la capitale avec leur roulotte de bois - le mage avait d'ailleurs failli succomber plusieurs fois à des marchands de pâtisseries -, très peu de particuliers, et la plupart étaient des chevaliers, l'utilisait. À travers le feuillage émeraude qui formait un plafond au dessus de sa tête, elle pouvait apercevoir le ciel bleu, vierge de nuages, dans lequel brillait un lourd soleil, réchauffant et aveuglant. Les branches, fournies même en cette période de l'année, rendaient le chemin frais et agréable, leurs bruissements cristallin accompagnaient admirablement le galop du cheval. D'ailleurs, le bruit rauque de sa lourd respiration mit un coup au cœur de la chevalière qui pensa un instant que cette pauvre créature était obligée de supporter le double de poids; il lui faudrait sans doute plus d'arrêts que nécessaire et lui fournir plus d'énergie aussi. Ou bien, n'avait-elle qu'à faire courir Cëryl après eux. Elle gloussa.

    Un peu moins d'une heure après être partis, les légions d'arbres sur sa droite avaient laissé place à une immense esplanade de champs cultivés; blé, très abondant, seigle, avoine, maïs, millet... Les cultures de blés s'alignaient et formaient une mer éclatante et ondoyante sous la douce brise de lumi dont la gamme de teintes évoluaient du doré pâle au vert profond. Il faisait particulièrement chaud, en ce jour, pour la période, bien plus chaud que les jours qui avaient précédé et pourtant Adrena, couverte de sa cape de velours, ne put s'empêcher de frissonner légèrement. Pressentiment. Le genre de frissons qui précèdent une mauvaise fièvre. Elle fut même obligée plusieurs fois d'admettre, intérieurement, cela va s'en dire, qu'elle s'arrêtait aussi bien pour sa jument que pour elle-même, incapable de tenir le bord plus longtemps, la vision troublée alors qu'un étau métallique sans pitié enserrait son crâne plus fragile qu'un flocon. Elle espérait néanmoins repartir assez vite pour que Cëryl ne se pose pas trop de questions, feintant la hâte d'arriver à leur première escale nocturne, comme s'il ne sentait pas sa peau brûlante sous la chemise de coton. Le mage cassa la croûte pas moins de trois fois depuis leur départ; ce qui ne choqua pas Adrena, bien consciente que le jeune homme était capable de pire, mais ne ressentait pourtant aucune lassitude quant à sa présence, à la fois rassurante et... Elle fronça les sourcils. Et quoi, déjà ?

    Enfin, tout doucement, le soleil commença à décliner. Il inonda alors le ciel de cette peinture flamboyante qui savait marier le bleu, le mauve, le rouge, l'orange et le jaune. Bientôt les fenêtre des bâtisses fermières s'allumèrent une à une, comme de minuscules bougies dans le lointain, et le ciel prit la couleur de l'encre sombre, des myriades d'étoiles commencèrent à y scintiller. La lune, qui n'en était qu'à son premier quart ascendant, jouait à cache cache avec les misérables boules de coton qui traversaient la demeure des dieux mais déversait tout de même sa tendre lueur sur la route poussiéreuse. Il était temps de faire halte. Adrena quitta la route et s'enfonça dans le bois cherchant l'abri des arbres pour éviter de faire trancher la gorge dans la nuit. Quand enfin elle mit pieds à terre, ce fut pour s'effondrer lamentablement sur le sol sous les regards stupéfaits de son ami et de son destrier - fabuleux destrier ! - auxquels elle adressa une sourire enjoué qui n'avait rien de sincère. « Ce que je peux être maladroite » rigola-t-elle. C'était faux. Elle se leva et alla chercher de quoi faire du feu; en dix minutes, grâce à la magie de Cëryl, un âtre brûlant flambait devant eux. Après avoir nourri sa monture, et avalé un morceau de biscuit, la jeune femme déplia sa couchette au plus près des flammes et s'y allongea, prétextant qu'elle n'avait pas très faim, que ce voyage l'avait épuisé et qu'il n'avait qu'à se servir dans les réserves. Après quelques minutes, elle ajouta qu'ils partiraient à l'aube et lui souhaita une bonne nuit. Son ton était fiévreux, presque suppliant et deux tâches rouges s'élargissaient sur ses joues, ses yeux hagards avaient fui le regard presque trop dur du jeune homme.

    Elle réprima un frisson et essaya de s'endormir en faisant abstraction des mâchonnements, obnubilée cependant par la couleur des flammes.

    Après coup, le jeter à l'eau était une mauvaise idée.


Dernière édition par Adrena L'Ulaun le Jeu 12 Aoû 2010 - 23:58, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Demether, nous voilà ! - [Privé]   Dim 8 Aoû 2010 - 2:16

Cëryl avait senti que quelque chose n'allait pas avec Adrena. Il en aurait mit sa main à couper. Elle avait été bizarre durant l'après-midi, à certains moments, et elle avait feinté d'aller bien. Tout en mangeant, il regardait la silhouette recroquevillée dans sa couverture et voyait, presque imperceptibles, de légers tremblements la parcourir. Sa respiration émettait des sifflements plutôt inquiétant. Au bout d'une dizaine de minutes à la voir frissonner en dormant, il n'en put plus supporter davantage et la recouvrit de sa couverture en supplément. Il la regarda. Des gouttes de sueur perlaient sur son front. Lorsqu'il posa la main dessus, il s'aperçut qu'elle était brûlante. Mais même malade, il la trouvait vraiment belle... Il comprenait ce qu'était la beauté quand il la regardait, malgré cet air souffreteux. En fait, il comprit qu'il avait comprit la notion de beauté, depuis qu'il l'avait rencontré. Ses yeux verts semblaient si purs, ses cheveux si éclatant, sa bouche si suave... Quelle douce vision.

« Et bien ma p'tite dame... » murmura-il pour lui même dans la nuit noire. Autour d'eux, la forêt les observait sous la clarté lunaire. Cëryl sentait les arbres qui les dévisageaient d'un air mystérieux, sans doute imités par quelques animaux des bois. Comme pour affirmer ses réflexions, le jeune mage vit une chouette s'envoler au dessus de lui.

Il ferma les yeux et sentit l'énergie l'envahir et descendre le long de son bras. Grâce à ses études importantes de la magie curative, il savait comme s'y prendre avec les fièvres. Ainsi, aspirant peu à peu la chaleur qui la brûlait de l'intérieur, il apaisa son corps, qui cessa de trembler. Il la veilla une bonne demi-heure pour vérifier que tout était redevenu normal. Cëryl fut satisfait du résultat, mais, en se relevant, failli s'effondrer dès le premier pas. Il avait un peu trop usé de magie ces derniers jours, et ce dernier sort avait fini vider de son énergie. Il rampa à quelques centimètres d'Adrena pour s'endormir, terrassé par l'épuisement. Il laissa échapper quelques mots dans un ultime effort pour se maintenir éveiller avant de sombrer :

« Et ce n'est que le premier jour... »

Il revoit le bateau. Il revoit la silhouette. Sans la voir, bien sûr. Cette fois la barque a disparu, la rose est cependant toujours là. Quand il essaye de la prendre dans ses mains, elle se consume à nouveau, et il sent des larmes monter à ses yeux. Lleya, ou ce qu'il pense être Lleya, lui répète les même mots. Il est frustré, frustré et en colère contre lui-même, de ne pas parvenir à attraper cette rose sans la détruire. Il se sent faible. Alors, sans savoir d'où il tire une telle vigueur, il s'élance et plonge dans l'eau, il plonge dans l'eau car il veut atteindre le navire, car dans le navire il y a des hommes, et les hommes sont

la tête en bas, accrochées aux branches. Il discerne ces chauve-souris dans un état de semi-inconscience, puis s'endort à nouveau. Cette fois, il ne fait plus de rêves.


Dernière édition par Cëryl Eludia le Sam 28 Aoû 2010 - 23:42, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Demether, nous voilà ! - [Privé]   Mer 11 Aoû 2010 - 0:58

    La fine couverture duveteuse qui recouvrait l'azur du ciel déversait sur la région une lumière diffuse et éthérée, idéale pour les longs voyages. Ce furent les chants étouffés des merles qui perturbèrent son sommeil, profond en cette matinée à peine entamée, qui la quitta à l'instant où elle ouvrit les yeux, immobile. Son premier regard fut pour l'âtre dont les braises encore rougeoyantes se dispersaient aux quatre vents, disséminant, dans l'air saturé d'une épaisse fumée grise et âcre, leurs minuscules particules de cendre. Son suivant, pour une petite colonie de fourmis qui s'agitait autour des charbons ardents, récoltant grain après grain, les miettes du repas de la veille, celui auquel elle n'avait pas eu le loisir de participer à cause de sa fièvre. La maligne semblait d'ailleurs l'avoir quittée. Elle en eut pour preuve les couettes - Deux ? - humides de sueur et la moiteur froide qui persistait à perler sur son front et dans sa nuque. Si le feu qui la rongeait de l'intérieur l'avait quittée, Adrena n'en conservait pas moins un air maladif. Ses cheveux poisseux étaient collés à ses tempes tandis que de larges cernes violettes soutenaient le vert de ses yeux purs; elle espérait les voir partir d'ici la fin de la journée.

    Il restait deux bonnes heures avant le lever du soleil, elle devait en profiter pour récupérer au maximum, ne pouvant se permettre de flancher à nouveau. La jeune femme esquissa un sourire et se tourna, se permettant de trouver une meilleure position; dormir en pleine nature n'était jamais agréable, mais il y avait plus de cailloux que d'ordinaire.

    Son dernier regard fut pour Cëryl.

    Son visage à seulement quelques centimètres du sien, elle pouvait sentir à loisir la chaleur de son souffle, l'odeur de sa peau au grain parfait, voir les veinules violettes sur ses paupières fermées, ses cils, de longs plumeaux immobile et ses cheveux d'or blanc qui époussetaient son front avec délicatesse. Elle aurait même pu se délecter du goût de ses lèvres, si près des siennes qu'elles s'effleuraient.

    Elle n'en fit rien, cependant, et se contenta de mettre un peu plus de distance entre eux. Ce qui ne fut pas simple, en vérité; elle était collée à l'âtre, il était collé à elle, recherchant sans doute– Elle déglutit amèrement – un peu de chaleur au milieu de la nuit luminale. En effet, recroquevillé, il était allongé à même le sol et dormait d'un sommeil qui ne devait pas être véritablement reposant. Adrena le jaugea alors qu'une bouffée de culpabilité l'envahissait et posa la paume tiède sur sa peau véritablement glacée.

    « Tu m'as veillée ? Vraiment...? » susurra-t-elle doucement en le recouvrant par les épais carrés de laine chauffés par son propre corps, et posant sur lui un regard attendri et contrit.

    Elle alluma un feu. Seule. Il était bien évidemment plus simple d'utiliser un mage, mais aux grand maux, les grands remèdes, disait-on. Elle frotta donc deux morceaux de bois jusqu'à ce que la friction y mette le feu, donnant naissance à un nouvel âtre, jaune pâle, déjà mourant.
    La chevalière se dirigea vers sa jument, qui hennit doucement, et sortit un breuvage et quelques morceaux de viande sèche, emballés dans du papier, qu'elle engloutit, s'étouffant presque. Après quoi, elle sortit plusieurs boules d'une espèce de pâte molle qu'elle tendit un moment au dessus du feu; une odeur douce et sucrée envahit instantanément le lieux et elle ne put réprimer son sourire en voyant que Cëryl commençait à s'agiter.

    Le soleil venait à peine de se lever et quelques percées bleue sombre se faisaient à travers les nuages inoffensifs, annonciateurs du beau temps à venir. Adrena se demanda un moment ce qu'il avait pu se passer après que le sommeil l'eut gagné; la mage gisait près d'elle comme s'il n'avait plus eu la force de bouger et devait s'endormir de manière pratiquement précipitée, obligatoire. Son flot de pensée fut brusquement interrompu quand un œil s'ouvrit. Un œil magnifique dont on pouvait apercevoir au creux des vaguelettes qui semblaient y danser, un éclat d'une intelligence rare.
    Une mer de lave.
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MessageSujet: Re: Demether, nous voilà ! - [Privé]   Jeu 12 Aoû 2010 - 22:30

Quand le jeune mage se réveilla, ce n’est pas le regard d’Adrena le dévisageant avec douceur qui le marqua le plus, mais l’espèce de poulet géant située à quelques mètres derrière elle. Se redressant brusquement sur son séant – ce qui provoqua une vive douleur aux niveau de ses abdominaux, peu habitués à ce genre d’efforts physiques – ses yeux s'écarquillèrent dans une sorte de stupéfaction mêlé à un… A un désir, à une faim se réveilla soudainement avec violence et férocité. La bestiole qui les regardait semblait furieuse, mais surtout… Dodue. Très dodue. Cëryl se contint pour ne pas saliver devant Adrena qui devait se demander ce qu’il se passait exactement dans l’esprit du garçon pour aborder un air si étrange. Cëryl se leva complètement et examina le monstre de loin, voyant qu’il s’agissait d’un gros poulet sans ailes d’environ cinquante centimètres de hauteur. Son imposant bec paraissait aussi coupant qu’une lame courbée et ses serres semblaient plutôt tranchantes. A la vue de ces dangereuses armes naturelles, l'enthousiasme du jeune homme décrépit quelque peu. Il n’en perdit pas moins son idée de départ, qui avait germé à l’instant où il avait comprit ce qu’était – en gros - cet étrange créature.

« Adrena, on DOIT goûter à cette chose. Ce serait contraire à l’éthique gastronomique de Midgard de ne pas faire honneur à un tel repas… Qui se présente à nous… »


Cëryl était fasciné par la bête, qui s’impatientait et menaçait de charger à tout moment, grattant avec colère le sol de ses pattes griffues. Le mage comprit qu’elle devait avoir été attirée par l’odeur de la nourriture de la veille, flottant encore dans l’air environnant de la forêt. Il comprit bien vite que ce n’était pas la seule. Sentant un mouvement derrière lui, il fit volte face pour se retrouver face à trois espèces de…

Tomates ?!


La bouche de Cëryl frémissait désormais. Il avait l’air d’être en transe, comme possédé par un démon extérieur. Mais c’était juste la gourmandise qui le tenait. Il savait que c’était un vilain défaut mais s’en contrefichait totalement. Il n’avait qu’une envie, manger des tomates farcies au « poulet ». Bien sûr, il avait reconnu qu’il s’agissait d’une coquatrice après coup, mais le terme « Gros poulet » lui plaisait plus. Et puis si un poulet normal était délicieux, quel était le goût d’un « gros poulet » ? Était-il proportionnel à sa taille ? Le jeune homme tremblait maintenant, tellement désireux de planter ses dents d’affamé dans sa future pitance qu’il ne pouvait plus se contrôler davantage.  

« Je prends ceux-là, occupez vous du poulet, mais ne le salissez pas trop, je vous en conjure… »


Il bondit en avant en direction du premier « homme tomate » (bien qu’il apprit plus tard de la bouche d’un tavernier que le terme exacte était « Tomate folle ») et fit jaillir un jet de flamme de sa main gauche. Il l’utilisa pour brûler sa proie qui ne manqua pas de se tordre de douleur et de se jeter à terre en agonisant faiblement. Ses deux compères ruèrent vers le tueur de légumes et entreprirent de le piquer aux cuisses avec l’espace de solide dard qui sortait de leur tête. Cëryl n’étant pas très agile, il esquiva tout juste le premier assaut en s’écartant d’un pas mais la seconde petite peste lui perfora légèrement le mollet. Il jura, et dans un mouvement de hargne, la repoussa d’un coup de pied étonnamment bien placé entre les deux yeux. Il espérait que sa compagne s’en sortait avec le gros poulet.


Dernière édition par Cëryl Eludia le Sam 28 Aoû 2010 - 23:42, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Demether, nous voilà ! - [Privé]   Mer 25 Aoû 2010 - 1:11

    Adrena, que les premiers rayons miellés du soleil éblouissaient, fut abasourdie, voire vexée, par l'air lointain qu'arborait le jeune homme à son réveil, d'où il était d'ailleurs sorti comme un beau diable. Pas un regard pour les petits pains tout chauds ? Sérieusement ? Un craquement dans son dos lui fit bien tôt comprendre qu'il ne fixait nullement un horizon invisible mais bien une énorme boule de plumes. La jeune femme, adossée à un rocher de granit considéra la créature en quelques instants. Mal peut-être puisqu'elle ne s'attarda que sur les détails grotesques de son apparence gauche. D'un bon demi-mètre, son plumage brun et foisonnant cachait un embonpoint qui semblait la faire culbuter en avant et ne devait pas laisser son compagnon indifférent; et, en effet, il ne l'était pas.

    « Adrena,.. »

    Non, ne le dis pas.

    « … on... »

    Hors de question.

    « … DOIT... »

    Il va pas le dire, hein ? Il va pas faire ça.

    « … goûter à cette chose. »

    Ah ben si, il l'a dit.

    Soupir.

    Adrena n'écouta même pas la suite, se détachant à la contemplation de l'animal qui la fixait de ses yeux de lave, jugeant cela trop stupide. Au moins autant, d'ailleurs, que cette andouille de mage qui se jetait à corps perdu sur les espèces de tomates sur pattes qui avait subrepticement surgit derrière lui; une menace imminente, pas de doutes. Allait-il s'en sortir seul ? Elle pouffa, c'était du menu fretin. S'il ne se faisait ne serait-ce qu'effleurer par un de ces moustiques, elle le poursuivrait de sarcasmes tout au long du trajet.

    « Allez, tires toi de là la cocotte avant qu'il te dévore toute crue. »


    L'animal, maintenant à sa hauteur, la dévisagea de son regard imbécile, plein d'une lourdeur bestiale. Amusée, la jeune femme imagina un instant les pensées incrédules du coquatrice lorsqu'elle ajouta.

    « Tu ne me crois pas ? Je te jure qu'il en est capable le bougre ! »

    Le ton de la phrase ne dut pas lui plaire. Peut-être trop agressif; il était vrai que les sonorités en 'r' n'étaient jamais les plus voluptueuses mais tout de même ! Cette bestiole n'allait pas se mettre en rogne pour ça, non ?

    « Côôôôôôôôôôôôôt ! Côôôôôôôôôôôôôôôôt ! »


    Ah ben si.

    L'animal essaya d'abord de lui picorer le mollet avec hargne et violence et Adrena n'avait de cesse d'esquiver - de justesse ! - les coups de bec acéré qui, sans nul doute, pouvait lui faire très mal. La chevalière sautait d'un jambe à l'autre, prise dans une danse ridicule et frénétique, endiablées; rythmées par le va et vient du cou musclé et épais comme une grosse branche d'arbre. Elle sauta in extremis sur le rocher et regarda la poule tourner autour d'elle, tel un banc de requin furieux et avide de sang. Le sang qui se trouvait dans ses yeux, un sang sombre, le même qui pulsait dans les oreilles d'Adrena, le même qui... coulait de la jambe de Cëryl.

    Non mais j'vous jure...

    La jeune femme secoua la tête et tendit la main pour saisir le manche ouvragé de son épée, négligemment posée contre la pierre grisonnante et froide, partiellement couverte de mousse. Il lui fallait faire attention à ne pas glisser, elle pourrait mal tomber et, dans le meilleur des cas, se frapper le coccis. (Ce qui, au demeurant, pouvait faire atrocement mal.) Elle agita le bras pour saisir le métal argenté, à porté de sa main mais qu'elle effleurait à peine. C'était sans compter sur la créature, vive comme l'éclair mauve d'un orage de chaleur, fit claquer son bec à quelques centimètres de sa chair tendre et fragile, la pinçant légèrement.

    « N'y touches pas, ma belle, ce sera toi contre moi. » lisait-on dans son regard fou. Un sourire carnassier déformait sa gueule béante.

    L'équilibre précaire de la lame céda aux forces gravitationnelles et elle tomba dans un bruit sourd. Un de ces bruits horribles et pleins, ceux qui rappellent la chute d'un corps mort, tombant inerte dans sa froideur cadavérique. Elle vit avec horreur le coquatrice s'asseoir dessus d'un air de victoire et la défier des yeux.

    « Allez, ma belle, viens donc la chercher ! »

    Bon allez, finit de rire.

    La chevalière à la rose descendit de son perchoir et se dirigea d'un pas lourd vers l'animal qui, dans un premier temps ne bougea pas. Le second temps vint au moment du coup de pied furieux que lui asséna la jeune femme, qu'il fut obliger d'esquiver en fuyant, déplaçant son énorme masse de graisse avec une rapidité étonnante. Elle la ramassa et là... Juste là où il avait posé ses fesses énormes et grasses restait une trace. Une seule et unique trace huileuse sur le clair de la lame, altérant la brillance, la brillance parfaite d'un entretien régulier.

    « J'ai astiqué cette lame... HIER ! »

    Silence.

    « Côt ? »

    « Ma grosse, c'était ton dernier côt.... »
    déclara Adrena.

    Elle se jeta sur la créature. Les coups, transversaux, furent d'abord parés par les griffes, coupantes comme des lames de rasoir, qui terminaient le bout de ses ailes atrophiées et déplumées et battaient l'air avec rage. Mais la cadence soutenue de ce corps entraîné ne plut guère à celle que nous appellerons Poppy par mesure de facilité et qui s'envola dans les airs, jouant des armes naturelles dont Dame nature l'avait parée. Coups de griffes, de bec, de pattes... C'était comme se faire attaquer de partout et nulle part à la fois. Adrena devait parer et esquiver sans relâche, un rythme effréné dont elle avait heureusement l'habitude. Il y avait une faille. Oui, cette bestiole devait avoir une faille. Une patte griffue lui entailla la joue, juste sous l'œil dans le moment d'inattention qui suivit sa réflexion.

    Sous l'aile.

    Sans hésiter, elle piqua la grosse Poppy de la seule façon qu'elle ne pouvait parer; un coup facial, vif et pointu. C'était lâche mais efficace puisqu'elle s'écrasa au sol à l'instant où la lame déchira le tendon qui liait son aile droite à son corps.

    « On fait moins la maligne, hein ? Regardes toi... Tu peux même pas te remettre sur pattes. »

    Et il était vrai que le coquatrice, tombé sur le dos, n'arrivait pas à contrebalancer sa tête, vide, et son corps, énormément plein. Elle fulminait, faisant des « pieds » et des « mains » pour se redresser,en vain. S'il était possible de comprendre son langage, elle profèrerait assurément une chaîne de noms d'oiseaux à l'adresse de la jeune femme. Un coup sec de lame dans la gorge fit taire ses caquetage dans un gargouillis rauque et écœurant. La boue rougeâtre dégoulina sur l'herbe comme une gelée visqueuse et collante et Adrena faillit bien avoir un haut-le-cœur, qu'elle évita en tournant la tête. La vision de Cëryl lui rappela soudain pourquoi elle avait été entraînée dans ce combat ridicule.

    « Toi... »

    Ses yeux lançaient des éclairs.
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MessageSujet: Re: Demether, nous voilà ! - [Privé]   Mer 25 Aoû 2010 - 22:29

Il sentit une vague d'énergie négative déferler sur lui, dans son dos. Un frisson lui parcourut l'échine. Il avait peut-être un tantinet exagéré dans son hystérie de glouton et il était possible qu'Adrena lui en veuille quelque peu d'avoir engagé la bataille d'une manière aussi brutale et... Affamée. Enfin, elle lui pardonnera.

Cëryl regarda les deux monstres à face de légume qui se tenaient, hargneuses, devant ses yeux. Il les observa longuement, ces petits humanoïdes dénués d'intelligence, seulement constitués de violence au plus profond de leur âme. Comment pouvait-on vivre en n'ayant pour seul but dans l'existence que t'embêter les gens ? Ces créatures étaient décidément bien bêtes. Cëryl leva un bras, recouvrant à peu près son sérieux. La portion de terre autour des deux nabots se mit à trembler et ils glissèrent sur le postérieur. Le jeune mage courut malgré sa légère douleur dans la jambe qui le picotait un peu, et bondit sur la tête du premier homme tomate. La bouillie que devint son visage en l'espace d'une seconde éclaboussa le sol forestier sur un rayon d'un mètre autour d'eux et le cri que poussa la teigne s'étouffa dans un gros « SPLLLOOOORCH ». Terrifié, la deuxième petite peste, celle qui l'avait touché, tenta de s'enfuir à toute vitesse, à la vue de cette méthode de psychopathe. Le jeune homme ne lui en laissa pas le temps et le carbonisa dans une nouvelle projection de feu sortant de sa paume. Lorsque Tête de tomate eut fini de se rouler par terre en gémissant, Cëryl se retourna vers sa compagne qui en avait déjà fini avec le poulet et l'observait d'un air où se manifestait de l'agacement. Le garçon se gratta la tête avec la grimace de quelqu'un d'un peu gêné, honteux d'avoir agit comme un... Comme un... Un ogre ?

Avant d'expliquer son comportement, il jeta un œil à sa jambe et vit que le petit trou que lui avait dessiné l'un des nabots sur le mollet laissait couler quelques gouttes de sang sous son étoffe. Il pensa qu'il recoudrait le tissu plus tard, et s'appliqua à se soigner en approchant sa main couverte d'une douce lueur bleutée de la petite blessure. La plaie disparut en quelques secondes, rappelant au jeune mage ô combien ses pouvoirs pouvaient être pratiques. C'était bien moins contraignant que de devoir appliquer une compresse le temps que l'écoulement ne s'arrête. Il se redressa et proféra quelques paroles hésitantes à l'attention d'Adrena.

« Hum... Heu... J'ai peut-être un tantinet... Exagéré, je vous prie de m'excuser pour cet élan de... »

Face au regard inquisiteur de sa nouvelle amie, il soupira et poursuivit - lassé de mentir - beaucoup plus crûment :

« … De gourmandise. Oui, je sais, je suis un monstre, un ventre. J'adore manger, et la vue de nourriture me met dans tous mes états. Vous avez déjà dû le remarquer, de toute façon. Maintenant, si vous me le permettez, il faut qu'on goûte à tout ça ! »

A nouveau excité, il s'attela à préparer un petit déjeuner avec ces ingrédients de fortune, qui gisaient explosés ou cramés autour d'eux. Les ayant rassemblé, il fit cuire le poulet géant après l'avoir suspendu, empalé sur une branche basse et l'avoir bourré de ce qu'il restait des Têtes De Tomate. Du jus de tomate plein les bras, Cëryl ressemblait à un assassin venant à peine d'arracher le cœur de ses victimes à mains nues. Il s'occupa ensuite de la cuisson : il entassa quelques bouts de bois sous la « broche » et y mit le feu. Les flammes léchèrent le cadavre du poulet qui cuisit en une dizaine de minutes seulement. Affamé, il tendit une des cuisses du monstre à sa compagne de voyage et en arracha une pour lui même. Il croqua dedans, non sans attendre un hypothétique goût savoureux qui devait remplir sa bouche, faire jouir son palais et l'amener au septième ciel de la nourriture. A la place, c'est dans une chair élastique et immonde qu'il planta les crocs, et il recracha instantanément le morceau de volaille périmée. De la volaille périmée, voilà ce qu'était cet immondice. Dégouté, il n'eut même plus envie de goûter à la tomate et s'assit par terre, boudeur, en colère contre la forêt, en colère contre lui même, en colère contre ces foutues bestioles même pas comestibles. Adrena, quand à elle, semblait morte de rire après sa démonstration soudaine de rejet du poulet. Elle se calma peu à peu et entreprit de le consoler. Cëryl fit la moue quelques instants avant de retrouver le sourire et même de rire un peu de la situation, finalement comique, il lui fallait bien l'admettre.

Ils partirent un peu plus tard, alors que le soleil ardent débutait sa montée dans le ciel vide de tout nuage. Sur la monture au galop de la chevalière, Cëryl profitait de la caresse de l'air qui lui ébouriffait les cheveux et contemplait le paysage de droite à gauche, comme un nouveau né qui s'émerveille de tout après sa venue au monde. La forêt disparaissait peu à peu au nord laissant place à la grande plaine de Nebesha qui s'étendait à perte de vue. Cëryl aperçut quelques humains voyageant également, à cheval ou à pieds, dans toutes les directions. Quelques montagnes s'élevaient à divers endroits sur la ligne d'horizon de la grande étendue, comme d'immenses piliers soutenant la voûte bleutée du ciel.

Ils chevauchèrent toute la journée et montèrent le camp le soir venu, fatigués, piochant un peu dans la réserve de provision préparée la veille. En grignotant un morceau de pain rempli de morceaux de lard près du feu, Cëryl pensa que cette soirée, sous une lune douce et protectrice, constituait une nouvelle occasion aux jeunes adultes de discuter pour mieux se connaître. Mais avant cela, il sortit son journal et sa plume. Il nota un bref compte rendu de leur « combat » de la matinée et fit un croquis des deux types de monstre rencontrés. Il écrivit en dessous du coquatrice : « Gros poulet, très mauvais » et souligna cette indication deux fois et termina en ajoutant quelques autres indications sur le voyage. Il s'allongea ensuite sur le dos et engagea la conversation à Adrena, juste à côté de lui, en contemplant les étoiles, points blancs de l'infinité cosmique s'élevant au dessus d'eux.

« J'aime consigner tous les événements originaux de ma vie là dedans, ça m'aide à m'en rappeler, et puis, écrire quelques mots a tendance à m'apaiser. Qu'est ce qui vous apaise Adrena, pendant vos moments de solitude ? »


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MessageSujet: Re: Demether, nous voilà ! - [Privé]   Mer 25 Aoû 2010 - 23:32

    La journée avait filé comme une comète en ne laissant, dans son sillage brûlant, que de vagues souvenirs étincelants, encore nets, déjà lointains; irréels. Les évènements de la matinée n'était plus dans sa mémoirequ'une succession comique d'images muettes rappelant la légèreté et la candeur de ces spectacles de marionnettes silencieuses qui amusent les enfants. Ils avaient ri. Le reste de la journée ne fut en aucun cas notable; la température avait baissé de quelques degrés par rapport à la veille et le chemin de poussière était recouvert d'une fine couche de givre rutilant qui craquait sous les sabots de sa jument, reste d'une rosée trop audacieuse croyant pouvoir rivaliser avec le froid de lumi. En vain. Les paysages aux couleurs éclatantes s'étaient succédés à un rythme effréné. Sous le ciel d'un azur opalin, - lequel semblait délavé par l'ardeur du soleil – les champs avaient laissé place à une vaste plaine plus connue sous le nom de « Plaine de Nebesha ». Là, les herbes hautes ondulaient comme une mer d'or sans fin et les vagues gigantesques semblaient être capables de déverser leur fureur à tout instant. Cependant, ce tableau mouvant était figé pour toujours.

    Les jeunes gens avait chevauché toute la journée et la seule pose qu'elle accorda à l'estomac de Cëryl fut celle du déjeuner. Sus au goûter, l'ami ! À son plus grand désarroi et à la mauvaise humeur qui la poursuivit toute la journée.

    « Punition pour ta gourmandise ! » lui assura-t-elle avec un sourire séduisant.

    Leur itinéraire, simplement tracé, était celui qui longeait la lisière de la forêt, laquelle offrait un abri idéal le soir venu. Certes, la route à parcourir était plus longue mais n'avaient-ils pas le temps, après tout ? À peine s'en étaient-ils rendus compte que le voile nocturne du crépuscule obscurcissait la lumière mourante du jour, la tête coupée du soleil inondait alors les nuées d'un sang ardent et rougeoyant comme un brasier. Et le brasier mourut. Il mourut de sa longue et sempiternelle agonie, bleuissant, peu à peu submergé par la roideur et la froideur de la mort. La mort intransigeante et avide de lumière vient chercher son dû, jour après jour. Bientôt ne restera plus dans le domaine des dieux que ce fantôme languissant que l'on nomme hypocritement « Lune » et qui attendra le jour de sa résurrection en déversant sur les terres sa pâleur laiteuse et éthérée.

    Il était l'heure de s'arrêter et, comme pour appuyer ses songes, le ventre de l'homme installé derrière elle et s'accrochant fermement à son corps mince émit un gargouillis rauque. Immédiatement suivit d'une plainte : « J'ai faiiiiiiiiiiim. »


    Oui, oui. Je sais.

    Ils mangèrent en silence. La douce chaleur des flammes jaunâtres réchauffait leurs corps courbatus par la longue journée de chevauchée et que le froid gagnait peu à peu; conséquence fortuite de l'immobilité. Ils s'allongèrent côte à côte, emmitouflés dans leurs couvertures épaisses sous le ciel enténébré et couvert d'étoiles scintillantes. « La nuit loin des villes est d'une beauté incomparable... » pensa-t-elle. Cachés dans l'épaisse forêt, à la jonction de plusieurs arbres de belle taille, ils écoutaient en silence les prémices d'une vie nocturne nouvelle qui s'éveillait.

    Là les chouette hululaient faiblement, là un battement d'ailes. Était-ce un oiseau ou une chauve souris ? Là encore le bruissement d'une créature rampante tapie dans la pénombre des fourrés mais trop effrayée pour approcher ces immenses créatures qui émettait une drôle de fumée en respirant comme des bœufs. La nature à l'état naturel; c'était avec elle, dans une harmonie parfaite, que les elfes vivaient. Aussi détestables qu'étaient leur orgueil et leur mépris – Adrena en avait rencontré plusieurs -, n'avaient-ils pas entièrement raison sur ce point ?

    Bercée par la caresse du vent et ses pensées tremblotantes, elle commençait à s'assoupir lorsque, comme sortie d'un rêve, la voix douce et mélodieusement grave du mage s'éleva dans les airs. Elle ne cesserait jamais de s'étonner de la volupté de ce timbre, parfaitement accordé à son porteur, d'ailleurs.

    « J'aime consigner tous les événements originaux de ma vie là dedans, ça m'aide à m'en rappeler, et puis, écrire quelques mots a tendance à m'apaiser. Qu'est ce qui vous apaise Adrena, pendant vos moments de solitude ? »

    Ladite Adrena mit un long moment à répondre. Premièrement, elle ne voulait pas gâcher l'impression fantasmagorique de l'instant où ce son aérien sortit d'un rêve. Deuxièmement, son cerveau embrumé avait du mal à assimiler la question. Enfin, parfaitement éveillée, elle mit un temps certain pour y réfléchir. Dans le noir, elle se tourna vers lui et parvint à distinguer son visage.

    « La musique... Quand je me sens seule, ou apeurée par la solitude, que ma famille me manque, je fredonne une chanson. Ça marche toujours. »

    Elle ajouta après un silence.

    « Si on compte passer du temps ensembles, il serait bon de se tutoyer, non ? Nous avons au moins jusqu'à Demether. C'est conséquent ! »

    Rire.


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MessageSujet: Re: Demether, nous voilà ! - [Privé]   Jeu 26 Aoû 2010 - 21:31

« Si tu veux. Je me suis habitué à vouvoyer les gens, c'est comme ça qu'on faisait à la tour des sages de Lleya, entre camarades. Une espèce de tradition. Les mages sont très courtois, parfois un peu trop ! »

Il laissa échapper un rire voluptueux qui s'évanouit à mesure qu'il s'envolait au dessus d'eux, en direction des étoiles. Le feu crépitait doucement, quelques papillons de nuit virevoltaient autour de lui, attirés par la lueur chaleureuse des flammes sans craindre de se brûler les ailes. L'odeur de la nourriture planait autour de Cëryl, mêlée à celle de la terre, de la nature et de l'atmosphère si particulière de la nuit. Les ombres bougeaient sur le sol, alimentées par la lumière issue du brasier incandescent. Les prunelles d'Adrena gardaient leur éclat d'émeraude, cet éclat que Cëryl trouvait si apaisant de nuit comme de jour. La couleur verte luisait dans l'obscurité et semblait chasser tout ce qui pouvait se tapir dans l'obscurité affamée qui ne demandait qu'à engloutir le camp des deux compagnons. Elle agissait comme un bouclier, pour Cëryl, plus efficace que n'importe quelle magie : la vision de ces joyaux était aussi rassurante qu'une armée pour les protéger d'un éventuel danger. Il pensa que c'était sans doute cela, la confiance.

Cëryl s'approcha du feu et s'accroupit pour mieux tendre ses mains vers lui et se réchauffer, quelque peu transi par le souffle de la lune. Il pensa que Demether se rapprochait, il pensa aux yeux d'Adrena, il pensa à la mort de son père, à ses rêves étranges, à sa mère, à son frère, à tout cela en même temps. Ses pensées tourbillonnaient avant de rejoindre l'âtre de la nature et de se consumer à l'intérieur. Quand sa tête se fut vidée de toute cette combinaison fulgurante d'émotions, il leva les yeux vers le ciel noir et vit les étoiles dessiner l'univers, lui rappelant sa place dans celui-ci. Il ne croyait pas particulièrement au destin, se sachant propre maître de ses actes, mais pensait qu'il devait accomplir ses rêves par respect pour la vie elle-même. La vie valait le coup d'être vécu, il en était certain, surtout quand il voyait ses yeux. Il se retourna vers sa compagne et la lumière dansante des flammes éclairait son beau visage emprunt de douceur et de gentillesse. Cette jeune femme était un ange sans ailes, descendue sur terre pour donner du bonheur là où son chemin se dirigeait. Ne lui en procurait-il pas ? Sa simple présence lui caressait le cœur tout comme les flammes caressaient l'air pur au dessus d'eux. De toutes les personnes qui avaient croisé sa route, Adrena était celle dont il était le plus fier d'avoir fait la connaissance, et quelque chose lui serrait l'estomac quand il pensait ne serait-ce qu'un instant qu'ils devraient tôt ou tard se quitter. Cette impression lui était désagréable, de la même espèce qu'une nausée qui s'accroche et refuse de partir. Ce qu'il ressentait pour Adrena était confus, quelque chose au delà de la simple amitié, sans qu'il puisse mettre le doigt dessus. Les livres ne lui apprenaient pas à reconnaître les sentiments, et il se demanda un instant s'il s'agissait de « l'amour » tant encensé par les écrivains de tout âge. Il n'en savait rien et ne pouvait pas s'en rendre compte, il enfouissait toujours ce qu'il ne comprenait pas dans un coin de son esprit, ne voulant pas perdre du temps à analyser ce que c'était.

Le vent se mit à souffler avec véhémence, ébouriffant les touffes verdâtres des quelques arbres du coin non sans émettre un sifflement lugubre dans les ténèbres. Une ou deux fois, le feu menaça de s'éteindre mais Cëryl le refit flamber d'un geste de main, sous le regard amusé de son amie. Il décida de relancer la conversation qui s'était évaporée depuis quelques minutes, devant le foyer rougeoyant. Le jeune mage se mordit la lèvre, ne sachant tout d'abord pas quoi dire, puis il eut une idée à la vue de son épée imposante posée près d'elle. Après tout, ils avaient la nuit.

« Comment fais-tu pour utiliser une épée aussi lourde et être aussi jolie en même temps ? »
commença-il lentement. Il ajouta ensuite un clin d'œil qu'il espérait charmeur et ajouta :

« C'est une manière détournée de te demander de quelle façon tu t'entraînes au quotidien, et j'en profite pour te flatter un peu, charmante demoiselle ! »

Son rire cristallin s'éleva de nouveau sous la lune.


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MessageSujet: Re: Demether, nous voilà ! - [Privé]   Sam 28 Aoû 2010 - 22:28

    « Les mages sont surtout très spéciaux... Pour pas dire carrément étranges. » pensa-t-elle, interdite.

    C'est un dense mutisme qui apposa son sceau de plomb sur la forêt; le mugissement strident et douloureux du souffle se tut et les animaux nocturnes, eux-mêmes, étaient tombés dans le silence ou, tout du moins, semblaient avoir su accorder leur propre plainte à celle des bourrasques; Adrena se souvint d'un jour où son père lui avait dit, alors qu'elle était terrifiée par les gémissements incessants de « la bête dehors », que cette pauvre créature appelée « Vent », qui n'avait aucun contrôle de son corps, percutait tout obstacle se dressant devant elle et que c'était de la douleur que naissait ce bruit si détestable. « Détestable mais empreint d'une immense souffrance ! » lui avait-il dit. Il n'en avait pas fallu plus à l'enfant qu'elle était à cette époque pour prendre la créature en pitié. Elle ricana lorsqu'elle songea à quel point son caractère n'avait que peu changé en tant d'années.

    Adrena avait le regard fixé au ciel. Son irrésistible regard d'émeraude dans lequel le reflet des étoiles jouait avec la danse sensuelle des flammes; l'image était celle d'un lac de jade agité par d'imperceptibles vagues. Les cieux avaient revêtus leur manteau de velours sombre et constellé de perles, une infinité de perles brillantes comme mille lunes. Des lunes comme celle qui, pourtant haute dans le ciel, ne les couvait pas de sa lueur protectrice et doucereuse, ne chassait pas les ombres, étirées comme des bras pour les saisir, ni les créatures dont ils pouvaient sentir le souffle incandescent juste dans leur nuque et voir les yeux rouges portés sur leur gorge tendre et fragile. L'Ombre était un monde unique et à part. C'était les ténèbres éternelles, la jonction entre l'assurance et la peur; elle se demanda un instant qui avait assez de cran pour dire, avec une impétuosité – À la limite de la témérité ! - qu'il n'a jamais, au grand jamais eu peur dans le noir. Une dimension où la perception habituelle d'un lieu devient obsolète, on ne distingue plus le monde que ce qu'on sent ou entend car même notre sens de l'équilibre et par là, la conception tactile, est désuet.

    « Et moi..., songea la chevalière, c'est tout à fait comme si je vivais dans le noir continuellement. Je ne sais ni où je vais, ni comment y aller. Je me suis toujours targuée de à penser que mon seul désir était de devenir juge et ce au détriment d'une envie plus profonde... Plus matérielle. »

    Un flash de lumière éclaira un instant le lieu et la sortit brusquement de sa rêverie. Elle pensa tout d'abord à un éclair mais le ciel était parfaitement vierge de nuages. C'est en se redressant qu'elle vit que son compagnon avait la main tendue vers les flammes et les maintenait en vie le temps que le vent calme ses ardeurs. Elle regardait ce bras tendus insuffler la chaleur nécessaire à l'âtre et se surprit à arborer de nouveau cet air enfantin, quasiment béat, qu'elle ne pouvait s'empêcher d'afficher lorsqu'il faisait de la magie. Leurs visages, inondés par la lumière aveuglante du feu étaient tournés l'un vers l'autre et son estomac se contracta compulsivement quand elle croisa son regard. Il avait une expression incroyablement douce; ses traits fins étaient détendus et un léger sourire, à peine épanoui, naissait sur son visage, plissant le coin de ses yeux. Ceux-là, insondables abysses dans le Nocturne, étaient pleins d'une tendresse qu'elle ne leur avait jamais vus et Adrena ne put réprimer une rougeur violente qu'elle cacha en se rallongeant l'air de rien, tournée vers le flamboiement. Quelle faible fuite...

    « Comment fais-tu pour utiliser une épée aussi lourde et être aussi jolie en même temps ? »

    Elle se retourna - l'incendie était sous contrôle - et intercepta le fugace clin d'œil. Rougeur. Oh mer**.

    « C'est une manière détournée de te demander de quelle façon tu t'entraînes au quotidien, et j'en profite pour te flatter un peu, charmante demoiselle ! »

    Mais vas-tu te taire ?

    « Mais va... leur. » bredouilla-t-elle. « Il faut être valeureux pour porter l'épée, c'est une lourde responsabilité. C'est une des meilleures lames qu'on trouve sur le marché commun de nos jours; elle est relativement légère pour sa taille et tout à fait maniable. J'ai suivi le rude enseignement de mon précepteur mais ce n'est pas ce qui m'a permis d'atteindre le niveau dont je jouis. J'ai toujours été la plus faible; j'avais un bourreau, un page bien plus âgé, qui me faisait faire toutes ses sales besognes jusqu'au jour où j'ai décidé de... De ne plus me laisser faire, en fait. Et pendant deux longues années je n'ai dormi que deux heures par nuit. »

    Elle se mit à rire. Un rire si séduisant.

    « Si on regarde bien je ne suis pas d'entraînement régulier vu que je suis tout le temps en déplacement. Mais si je devais absolument répondre, je dirais une bonne heure de passes d'armes par jour et de la musculation intensive. »

    Silence.

    « Je ferai abstraction de la remarque sur le charme. » ajouta-t-elle en s'approchant du visage du jeune homme, un sourire éclatant étirait ses lèvres pulpeuses et attirantes. C'était marrant comme jeu, en fait.

    « Et toi ? C'est comment d'être mage ? Quel entraînement ? Qui d'autre l'était dans ta famille ? »


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MessageSujet: Re: Demether, nous voilà ! - [Privé]   Sam 28 Aoû 2010 - 23:39

Cëryl sentait le souffle chaud d’Adrena courir avec langueur le trajet qui séparait leurs lèvres. L’odeur qui s’en exaltait était délicieuse, enivrante. L’odeur d’une fleur qu’on viendrait de cueillir pour en goûter le parfum. Adrena n’était cependant pas n’importe quelle fleur : c’était un Lys, porteuse de l’innocence, de la dignité et de la pureté. Le mage trouvait l’impact qu’avait la jeune femme sur ses propres sens fascinant, elle lui donnait l’impression d’être à mille lieux de cet endroit, au dessus de la voûte céleste, à respirer un autre air que celui de la plaine. Un air infiniment plus tendre, désireux de quelque chose particulièrement intense. Adrena était la paysanne et Cëryl l’âne : elle tendait une carotte devant lui et il avançait bêtement pour la croquer, sans savoir vraiment comment faire en réalité pour l’attraper. Quel était ce petit jeu auquel il se livraient ?

Le blanc qui s’installait entre eux commençait à se faire sentir et le jeune homme se ressaisit juste à temps avant que cela ne devienne embarrassant, autant pour lui que pour elle, malgré son petit air ravi. Il tourna la tête et s’ébroua subrepticement - enfin, c’est ce qu’il pensait, mais son geste était loin d’être discret - et reprit la parole en bégayant stupidement :

« Et… Et… Et… Et bien… Pour t’expliquer le concept basique, être mage implique une concentration sans égale pour permettre un parfait équilibre du flux magique qui s’écoule en nous, de façon à l’utiliser de façon correcte. Être concentré spirituellement est bien plus périlleux qu’il n’y paraît, et il arrive que certains mages doivent abandonner leur formation du fait de leur manque de capacités dans ce domaine-ci. Quand on est bon élève à « l’école », cependant, il n’y a généralement pas de problèmes avec ça. »

Il avait cherché ses mots avec soin, la notion étant absolument abstraite. Il n’avait jamais expliqué à quelqu’un dénué d’aptitudes magiques le principe même de la magie. Pour lui, c’était évident, cela coulait en lui comme de l’eau coulerait d’une source. C’était comme respirer, ou boire, ou manger, mais cela s’appellait pratiquer de la magie. Un bonus, si l’on veut, attribué à des êtres plutôt exceptionnels, même si, pour un certain nombre d’entre eux, cela n’avait rien d’exceptionnel. Cëryl poursuivit ses explications après avoir marqué un bref arrêt, une lueur d’intelligence en pleine réflexion perçant dans ses yeux bleus.

« Pour ce qui est du quotidien… Il n’y a qu’à lire énormément, surtout des ouvrages théoriques sur le sujet qui nous aident à progresser. La base n’est pas trop difficile à maîtriser mais plus on travaille ses pouvoirs, plus on les manipule en cherchant à dépasser ses limites, et plus on peut apprendre de nouveaux types de sorts. Moi par exemple, je cherche à maîtriser l’une des deux branches de magie dite supérieure, celle des ténèbres ou de la lumière. J’opterai plus pour celle de la lumière, puisque ceux qui contrôlent l’obscurité sont pour une bonne majorité des êtres maléfiques, comme ce mage qui a voulu détruire Mannheim il y a fort longtemps : Owyllin. C’est très manichéen, comme concept, je te l’accorde, mais qui n’a pas peur des ombres ? »


Cëryl frissonna durant un instant en pensant à la monstruosité de la magie noire, à sa puissance de destruction. Quand il rêvait de ce qu’il supposait être Owyllin, il n’avait vu que la mort autour de cette magie nébuleuse et chaotique. Quelque chose de malsain suintait de cette source de pouvoir, autant que du pus s’écoulant d’une plaie mal cicatrisée. Le jeune mage réprima ses légers tremblements et sourit à sa compagne.

Un nouvel hululement leur parvint, et comme pour confirmer ce cri nocturne, un battement d’ailes se fit entendre et une forme agitée s’extirpa et s’éleva au dessus d’un arbre situé à quelques dizaines de mètres. Lorsque venait l’heure de la lune scintillante, un nouveau monde s’ouvrait sur Yggdrasil, un monde tellement calme et romantique qu’à vrai dire, Cëryl le préférait à son voisin plus lumineux. Il posa son regard suave sur celui d’Adrena, semblant se délecter de la nuit et de cette vision. Sa dernière interrogation laissée en suspens, il y répondit lui-même, en s’allongeant sur la terre.

« Moi-même, j’ai peur des ombres, mais paradoxalement, je crois qu’il n’y a rien de plus beau que la nuit. »

Après un rapide coup d’œil en direction de la chevalière aux yeux d’émeraude et aux cheveux dorés sous la lueur des flammes, il rajouta, murmurant pour lui même :

« … Enfin, presque rien. »
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MessageSujet: Re: Demether, nous voilà ! - [Privé]   Lun 30 Aoû 2010 - 23:59

    Tension. La sensation était étrange. Étrange, certes, mais loin d'être désagréable. Cette perception physique - qu'elle n'avait jamais ressenti jusqu'alors - lui donnait l'impression d'être une statut incandescente; elle ne pouvait se permettre de franchir les deux misérables centimètres qui les séparaient, leurs lèvre s'effleureraient alors dans une ardente et impardonnable caresse, mais ne pouvait cependant décoller son visage de celui du jeune homme, trop près et trop loin à la fois. Être si proche de lui exacerbait ses sens; elle avait l'impression de sentir sous ses doigts chaque parcelle de sa peau douce, de respirer l'exaltante fragrance sucrée qu'elle dégageait, de pouvoir en voir le grain parfait, pure comme la peau d'un nouveau-né, d'entendre sa respiration chaude et humide comme un râle doucereux et suave, de pouvoir goûter ses lèvres qui ne semblaient attendre qu'elle. Son cœur battait lourdement dans poitrine et une sorte de nausée griffue l'avait saisie à la gorge.

    Adrena se demanda s'il avait pu lire la déception dans ses yeux à la seconde où il brisa l'instant chimérique. Et ce pour bavasser sur des concepts magiques auxquels elle ne comprenait goutte mais qu'elle essaya néanmoins d'assimiler d'une oreille mi-distraite, mi-fatiguée; effort vain qui l'amena à conclure ce qu'elle avait toujours pensé et penserait sûrement toujours: « Les mathématique et la magie... Tout ça dans le même sac : AB-STRAIT. » La jeune femme décrocha après la cinq ou sixième phrase, préférant largement l'image muette de ces lèvres dansantes et la douce langueur de ses pensées – en cet instant embrumées par la confusion et le sommeil – qui la portaient vers la somnolence en la berçant dans leur cours velouté. Elle flottait sur de la soie liquide. Que s'était-il passé entre eux ? Pourquoi avait-elle régit comme ça et d'où venait ce sentiment de... frustration ? De la frustration ?! Elle se mit une monumentale gifle intérieur. Le bourdonnement redevint alors clair comme de l'eau de roche.

    « ...C’est très manichéen, comme concept, je te l’accorde, mais qui n’a pas peur des ombres ? »

    Avait-elle bien entendu ?

    Elle le fixa et ses yeux d'émeraude écarquillés et brillants avec une intensité aux reflets d'admiration. C'était comme si il avait été capable de lire dans son esprit quelques instants plus tôt et elle fronça les sourcils à cette pensée; et si c'était le cas après tout ? Un vent de panique, absolument infondé bien sûr mais c'était sa marque de fabrique, déferla en elle. Oh Adrena, tu es totalement ridicule ! C'est une coïncidence et rien de plus.

    Elle l'imita lorsqu'il se rallongea et écouta planer au dessus d'elle les derniers mots qu'il prononça.

    « Moi-même, j’ai peur des ombres, mais paradoxalement, je crois qu’il n’y a rien de plus beau que la nuit. »

    La chevalière sourit et roula sur le côté, face à Cëryl qui tenait son regard myosotis fixé au plafond céleste. Drôle de coïncidence, ou elle ne s'y connaissait pas.

    « La seule ombre que nous devrions craindre c'est notre peur irrépressible de l'inconnu... Ce dont j'ai peur, moi aussi.»

    Elle enchaîna.

    « Je n'aime pas particulièrement la nuit, même s'il n'est pas de moment plus romantique qu'un clair de lune près d'une étendue d'eau sous la lumière des lucioles... Le comble de la beauté pour moi, ce sont les orages. Tant de puissance, c'est d'une beauté poignante et effrayante. Il n'y a rien que j'aime plus que sentir l'eau couler le long de mon corps, en goûter la pureté, sentir le vent fouetter ma peau, les éclairs brûler mes yeux d'un flash aveuglant et entendre le vent mugir, la pluie carillonner, la tonnerre gronder. C'est comme si le ciel pleurait la peine et la rage des hommes... »

    Elle marqua une pause.

    « Il y a beaucoup de poésie en toi, Cëryl... » ajouta-t-elle en souriant. Elle ne sut pas pourquoi elle avait ressenti le besoin de le dire mais les mots avaient traversé ses lèvres aussi naturellement que l'aurait traversé l'air sortant de ses poumons.

    Elle songea qu'elle était bien à ses côtés. Elle songea que ça faisait longtemps qu'elle n'avait pas eu de telle relation avec quelqu'un et ajouta, après un instant de réflexion, qu'elle n'avait jamais entretenu une telle relation avec quelqu'un. C'était comme s'ils étaient une seule et même personne tant elle avait confiance en lui, tant sa présence était familière; comme son propre esprit projeté dans le corps d'un jeune homme. Si seulement cela pouvait durer éternellement...
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MessageSujet: Re: Demether, nous voilà ! - [Privé]   Mar 31 Aoû 2010 - 22:12

« Il y a beaucoup de poésie en toi, Cëryl... »

Tels furent les mots qu'elle prononçât alors qu'il s'extasiait intérieurement, soumis à une forte attraction venu du ciel constellé de formes blanches. C'était assez surprenant pour le jeune mage d'entendre une phrase aussi profonde alors qu'il était lui-même en train de réfléchir au côté romantique de la situation, aux forces monstrueusement douces qui faisaient pression sur son esprit et sur son corps, lui même agité de quelques frémissements qui n'était pas essentiellement dus au froid. Il n'en avait pas conscience lui-même, mais il y avait effectivement de la poésie en lui. Il aimait s'adonner à la contemplation d'une lointaine forêt lors de la venue du crépuscule, à celle du lac sous le soleil du midi, ou encore à celle des lumières tamisant la ville une fois la nuit tombée. C'était indéniable, Cëryl avait une âme poétique.

Le feu de camp s'éteignit peu à peu, laissant les deux âmes dans une obscurité totale. Cëryl voulut se tourner pour essayer de discerner sa compagne de voyage mais il fit une mauvaise évaluation de la distance qui les séparait et sa main atterrit sur la sienne. Le contact lui donna l'effet d'une braise pas complètement éteinte que l'on effleurerait de la paume. Il sentit sous ses doigts ceux d'Adrena, et il eut une envie subite de les serrer, serrer si fort qu'il pouvait, pour la sentir se tourner vers elle et lui caresser le visage...

Hein ?

Les secondes qui avaient commencé à chuter du grand sablier du Temps se faisaient nombreuses, et Cëryl eut le réflexe tardif d'ôter sa main, et il le fit avec soulagement, quoique un peu frustré. La situation l'exigeait, elle était sur le point de devenir gênante. Mais il avait passablement apprécié cette brève excitation qui s'était insinué au plus profond de ses entrailles en lui remuant fébrilement tout le corps, comme une faible électrocution. Une rougeur lui parcourut le visage et il fut bien heureux que les ténèbres les ait enveloppé entièrement et que la chevalière n'eut aucun aperçu de cet excès d'émotions. Finalement, confus, il bredouilla de vagues excuses qui se perdirent dans une mélasse de mots sans rapports les uns aux autres :

« Euh... Je... Pardon... Ce n'était... Enfin tu... Hein... »


Il se racla la gorge, comme pour faire passer sa panique passagère au fond de son estomac et ne plus avoir à faire avec, puis se leva soudainement, se redressant aussi rapidement que possible.

« Un besoin pressant... Je reviens tout de suite... »


Il partit se calmer à une vingtaine de mètres du camp, derrière une bande de buissons frissonnant sous la légère brise nocturne, faisant apparaître une petit flamme dans sa main pour se guider. Adossé contre un arbuste situé là, il ferma les yeux et se demanda ce qu'il pouvait bien lui arriver. Indéniablement, le courant passait très bien entre Adrena et lui, peut-être même un peu trop. Il ne devait pas oublier qu'il était un voyageur itinérant et qu'elle servait son Roi. Ils ne seraient pas toujours ensembles et il ne devait pas trop « s'attacher » à elle. Mais était-ce aussi simple ? Ce contact brûlant... Il ne l'oubliait pas... Il pensa même qu'il ne l'oublierait jamais. Cëryl enfouit à nouveau toutes ses pensées dans un coffre au fin fond de son esprit et le ferma avec une clé mentale. Mais cette fois, il eut beaucoup plus de mal à refermer le coffre, comme si les pensées refusaient de se laisser faire aussi facilement; comme si elles voulaient l'assaillir encore et encore, maudits serpents ! Allaient-elles le laisser tranquille à la fin ? Quel était le problème et que se passait-il ? Vraiment, certaines choses le dépassaient. Il décida de revenir près de celle qu'il avait lâchement abandonné par couardise et s'installa près d'elle. Pendant quelques secondes il n'y eut plus que le murmure du vent caressant les deux nouveaux amis et le matériel de voyage, puis il parla pour la dernière fois de la journée, recouvrant son courage :

« Bon et bien... Il est l'heure de dormir je pense. Il vaut mieux que l'on soit en forme demain matin... Sur ce, je te souhaite une bonne nuit, grande chevalière ! »
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MessageSujet: Re: Demether, nous voilà ! - [Privé]   Mer 1 Sep 2010 - 21:34

    Ils parlèrent encore, de tout et de rien. Mêlant en une danse lascive et enivrante les goûts, les odeurs, le concret et l'abstrait; Adrena aimait vraiment parler avec cette personne qui, contrairement aux autres hommes qu'il lui était arrivé de côtoyer, se montrait parfois d'une finesse sans pareille. Quand bien même ce ne serait pas toujours le cas, elle le trouvait distrayant même lorsque ses instincts primitifs reprenaient le dessus sur son intellect. La nourriture était son fardeau. Un bien lourd fardeau. Mais elle avait aussi les siens... Et cela n'altérait en rien son charme originel. Cëryl était comme une fleur qui, même maculée de sang, ne serait pas souillée. Il était pur et elle adorait cela.

    Le silence reprit ses droits et tomba en même temps que tombait sur leur campement improvisé la nuit noire et éphémère. Sinueuse comme un serpent, elle ne fut dans un premier temps qu'un voile sombre sur les yeux de la jeune femme. Pourtant, la lumière bientôt ne fut plus qu'un luxe et céda rapidement la place aux ténèbres qui l'environnaient; insidieuses, elles libèreraient tantôt les peurs qu'elles renfermaient jalousement quand le soleil faisait son office lumineux.

    Quelque chose effleura alors sa main, quelque chose de chaud. Était-ce un animal un peu trop téméraire ?

    La chose serra alors sa main et elle reconnut sans l'ombre d'une hésitation des doigts et une paume. Cëryl... ?

    Son cœur ne s'affola pas. Elle ne sentit pas d'incendie inonder ses joues pâles, comme à l'accoutumée. Elle eut en vérité à peine conscience de ce qui se passait car, la nuit tombée, le réel n'avait plus cours et ce qui était en train d'arriver faisait partie d'un rêve qui, même si elle n'en avait aucunement conscience, l'avait suivi dès leur première rencontre. Aussi, elle n'eut pas le réflexe primaire qui aurait été celui d'ôter sa main de la poigne chaude du jeune mage et, à vrai dire, ne le voulait pas. Lorsqu'il l'enleva de lui-même, elle en ressentit encore la douceur et la chaleur fantômes qui se serait dissipées d'ici peu; c'était comme si on venait de l'amputer et que les sensations demeuraient au plus profond de son être. Comme si on venait de lui retirer quelque chose de précieux.


    « Euh... Je... Pardon... Ce n'était... Enfin tu... Hein... »

    Elle ouvrit la bouche, voulant le rassurer, lui dire que ce n'était rien et qu'il arrivait à tout le monde d'avoir des absences, même si c'était faux, mais il ne lui en laissa pas le temps et s'enfuit dans la forêt environnante, la laissant seule. Adrena n'eut pas le loisir de contempler le paysage nocturne, monochrome, se sentant à la fois choquée et déçue par la soudaine disparition de son compagnon. Vexée, elle n'attendit pas son retour et, se tournant vers le vestige du feu rougeoyant sentit que le Sommeil, grand ami de toujours, la guettait au détour d'un arbre. Cet encapuchonné – Elle se l'était toujours représenté comme ça – attendait que son esprit lâche la conscience pour la cueillir entre ses bras et l'emmener dans ce pays merveilleux qu'était le siens. Celui où les rêves sont éternels.

    Pour la première fois depuis bien longtemps, elle rêva.

    Elle était dans un pays fantasmagorique; le ciel était d'un noir lumineux et zébré de part en part par de longues déchirure rosées desquelles aucun astre ne semblait se détachait. La lumière affluait de partout et nulle part à la fois, se répercutant avec une pâleur irréelle sur le sol parfaitement lisse et froid: de la glace. Elle sourit mais son reflet, fade et décharné ne le lui rendit pas. C'était-elle. Et elle était vieille. Et elle était morte.

    « ...bonne nuit, grande chevalière ! » fit une voix suave dans sa tête.

    Au loin, un loup hurla.
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MessageSujet: Re: Demether, nous voilà ! - [Privé]   Mer 1 Sep 2010 - 22:34

Lleya l'attendait cette fois dans cette même forêt où il s'était confronté avec les petits monstres féroces, le jour précédent. Comme toujours, il ne pouvait pas le voir, il sentait juste qu'il était là, présent, comme on peut ressentir parfois la présence de quelqu'un près de soi. Cette présence-ci était cependant chaleureuse et apaisante. Lleya était assis sur un tronc d'arbre mort, sans doute tombé depuis plusieurs années. Cëryl le rejoint, toujours sans le voir, et s'assit à son tour sur le bois effondré. Au dessus d'eux, le ciel était teinté d'orange, et loin à l'horizon, le soleil se couchait lentement. Cëryl observa le sol devant lui et fut surpris d'apercevoir un plastron et une épée, posés sur le sol. Il comprit tout de suite à leur vue qu'ils étaient à Adrena. Pour quelle raison la jeune chevalière s'était-elle débarrassée de son arme et de son armure ? C'était pure folie... D'autant plus que cette forêt grouillait de créatures, pas très dangereuses peut-être, mais qui n'auraient aucun mal à la blesser si elle était dénuée de tout équipement. Cëryl bondit sur ses pieds en se demandant où était sa compagne. Il voulut se tourner vers Lleya avant de lui demander s'il savait quelque chose mais il ne pouvait tout simplement PAS se retourner. C'était comme si quelque chose, une force mentale, l'empêchait d'observer le corps du surpuissant mage.

« Pourquoi son équipement est par terre Lleya ? Vous le savez n'est-ce pas ? Dites le moi ! S'il vous plait ! Où est Adrena ? »

Aucune réponse du mage ne lui parvint. Las d'attendre, il se mit debout et s'avança en courant jusqu'à l'attirail de sa compagne. En y regardant de plus près, il nota un détail qu'il n'avait pas pu voir lorsqu'il était assit sur le tronc mort. Écrasée sous l'épée, il y avait une rose rouge. Cëryl l'extirpa du poids de la lame et l'amena à sa hauteur. La rose se désintégra purement et simplement, dans un halo de lumière blanche. Le jeune mage se mit à hurler de colère et de frustration, des larmes de haine vinrent ternir son visage délicat. Il jeta un coup de pied dans l'armure qui, sous le choc, glissa de quelques centimètres devant lui. Où était Adrena ? Et pourquoi ne pouvait-il pas tenir une simple rose ? Pourquoi ?

De derrière un arbre surgit une forme familière. Un « homme tomate » sortit de l'ombre et s'avança vers lui, un espèce de rictus mauvais déformant son visage plutôt laid, même pour une tomate. Un rire malsain s'éleva hors de sa bouche et Cëryl eut une pulsion meurtrière envers lui, mais alors qu'il s'apprêtait à lui régler son compte, d'autres de ces créatures sortirent des bois et se mirent à émettre le même ricanement démoniaque. Cëryl porta ses mains à ses oreilles, n'en pouvant plus supporter davantage, empli par ce flot de ténèbres douloureux, dégoûté par ces charognards venus rire de leur proie avant de se repaître de ses malheurs. Cëryl ne savait même pas ce qui lui causait le plus de souffrances, était-ce le fait de ne pas pouvoir toucher à cette rose, ou de ne pas savoir où se trouvait son amie ? Il s'agissait certainement d'un mélange de ces deux émotions qui le répugnaient. Comme pour sortir de son état de profonde tristesse, il hurla de nouveau, cette fois avec encore plus de rage que la précédente. Il lui sembla que les créatures s'éloignaient, apeurées par ce cri de haine. Mais était-il en colère contres elles, ou contre lui-même ? Derrière lui, la voix de Lleya s'éleva, mais il l'entendit comme s'il était à ses côtés, sur le tronc d'arbre.

« Cette émotion dépend de tes sacrifices, jusqu'où iras-tu pour elle ? »

Cëryl se sentit exploser intérieurement et son hurlement retentit à nouveau, détruisant l'harmonie que possède si souvent une forêt. Des oiseaux s'envolèrent effrayés des arbres et des piétinements de fuite se firent entendre, certainement provoqués par les humanoïdes moqueurs.

« ARRÊTEZ DE PARLER EN ENIGMES A LA FIN ! METTEZ UN TERME A CA ! DITES MOI COMMENT JE PEUX ARRÊTER CETTE FANTAISIE ! »

Puis il se retourna, et il n'y avait plus personne sur le tronc. Il n'y avait


personne en dehors d'Adrena et lui, Adrena qui dormait, et lui qui venait de se réveiller en sursaut, suant et pleurant à la fois. Rapidement, il se rendormit en tremblant, sans comprendre, et le lendemain, il avait déjà oublié ce mauvais moment de la nuit.
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MessageSujet: Re: Demether, nous voilà ! - [Privé]   Jeu 2 Sep 2010 - 1:08

    Le réveil se fit tardivement et en silence; pas un des voyageurs n'avait pipé mot, mais aucun des évènements de la veille n'était en cause. Enfin... Ce n'était en tout cas pas le cas pour la jeune femme dont les souvenirs brumeux était retourné à leur état initial: le néant. Elle se rappelait vaguement qu'il lui avait pris la main mais ne savait si c'était un rêve et ne comptait pas demander. Le comportement qu'elle avait eu ces derniers temps avait été étrange et elle mettait cela sur le compte de la solitude.

    Voyons, tu sais bien qu'il y a autre chose...

    Elle voulait mettre cela sur le compte de la solitude. Et elle se le persuaderait.

    La brume qui recouvrait une bonne partie des terres depuis le lever du jour ne s'était pas complètement dissipée et ne laissait qu'une semi-visibilité aux coursiers. Ils déjeunèrent de viandes séchées et de baies noires que la jeune femme avait trouvé près du campement alors que son compagnon dormait encore. Elle voulut parler mes les mots moururent à ses lèvres entrouvertes, elle voulut sourire lorsqu'il lui jeta un regard en biais mais son visage resta aussi froid et impassible qu'une gelée matinale. Sans aucun soleil pour la réchauffer, elle ne parviendrait pas à faire fondre le masque de tragédie glacial qui déformait son visage d'ordinaire si doux. Les compagnons rangèrent rapidement le campement avant de reprendre la route.

    Le froid glacial de lumi lui fouettait le visage, la forçant à plisser ses yeux d'émeraude qui pleuraient d'eux-même. Comme pleureraient des statuts, ces larmes étaient des joyaux de sel sur une peau opalescente et la vitesse les perdait dans la masse volumineuse de ses cheveux d'or qui flottaient comme une bannière derrière elle. La morsure du vent était tout de même agréable; il sifflait à ses oreilles avec une telle force qu'elle ne parvenait pas à penser - ce qui ne pouvait lui être que bénéfique – et donnait à ses pommettes les couleurs fruitées qui lui allaient si bien. Il lui apportait un peu de vie. Ils s'arrêtèrent une fois, échangeant avec négligence quelques mots d'une banalité affligeante; les températures, la fatigue, la route, le nourriture...

    Quelque chose entre eux semblait s'être brisé et elle en vint même à penser que rien de ce qu'elle croyait être arrivé s'était effectivement déroulé. Soit il était fatigué, soit il n'y avait jamais rien eu.
    Soit tout avait disparu comme cela était apparu, comme un rêve qui se brise quand on ouvre un peu trop les yeux. Adrena songea même sombrement qu'elle avait hâte d'arriver à Demeter pour continuer sa route vers les montagnes d'Ymir. Leur seule pause, qui dura tout de même une petite heure, se fit dans une magnifique clairière délicatement ombragée par une dentelle de fines branches d'arbres d'un mauve pâle. Le sol était couvert de microscopiques fleurs aux mille teintes bleuâtres. Au loin cependant, un bosquet de roses d'un rouge criard qui jurait horriblement avec le pastel du lieu envahissait un mur de pierre d'une taille conséquente et la jeune femme ne put résister à l'envie d'y jeter un œil. Elle en cueillit même une, au parfum entêtant et sans la moindre imperfection, et la glissa sur son oreille en riant. Son seul rire de la journée; elle souhaita que sa nuit fusse plus joyeuse.

    Lorsqu'enfin elle tomba – toujours aussi sournoise -, ils ne trouvèrent pas refuge au creux des arbres mais au détour d'une colline, près de l'austri qu'ils devraient traverser le lendemain. Ce même lendemain qui conduirait leurs corps harassés jusqu'à Demeter, lieu de naissance de la chevalière. Il y avait longtemps que la route s'était écartée de la lisière de la forêt pour s'enfoncer dans les plaines de Nebesha soustrayant un abri aux nomades et où les denrées se firent plus rares. Adrena, après avoir nourri sa jument, commença à installer le bivouac.
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MessageSujet: Re: Demether, nous voilà ! - [Privé]   Jeu 2 Sep 2010 - 21:27

Cëryl sentit toute la journée que la chevalière nourrissait une certaine rancune à l'égard de son attitude la nuit précédente. Les heures passèrent sans qu'il n'eut le courage de s'excuser, de lui expliquer qu'il s'était senti mal quand leurs mains s'étaient frôlées et qu'il avait eu besoin de se trouver seul quelques instants. Lui expliquer qu'une averse d'étranges émotions l'assaillaient depuis qu'ils s'étaient rencontrés et qu'il ne savait pas ce qu'Elles signifiaient. Lui expliquer qu'à cause d'elle, il était pour la première fois de sa vie entièrement désappointé, sans solutions, face à une entité inconnue.

A un certain moment, lors d'une pause, Adrena remarqua un bosquet de roses et en détacha une pour la coincer entre sa tête et son oreille. Cette vision eut un étrange effet sur le jeune mage, rebondissant dans son esprit comme une impression de « déjà-vu ». Incapable de dévier son regard, il observa intensément la fleur durant tout le reste du trajet, la fleur qu'il avait déjà aperçu quelque part, il en était certain. Finalement las de chercher où il avait bien pu découvrir cette rose pour la première fois, il retomba dans la contemplation du paysage, sentant le vent lui fouetter le visage.

La nuit venue, ils bivouaquèrent près d'une petite colline et une fois installés, un calme plat s'immisça de nouveau entre et autour d'eux. Le jeune mage se demandait comme il pouvait rattraper son erreur alors que la soirée avançait et qu'ils mangeaient silencieusement. Il essaya de la faire rire en jouant un peu avec du feu dans les paumes de ses mains mais elle n'eut pas plus de réaction que s'il lui avait expliqué le secret de fabrication des portes en bois de chêne. Finalement attristé de ne rien pouvoir faire pour engager de nouveau la conversation ou animer un peu ce silence pesant, il se dirigea chagriné vers sa couche. Ce fut là qu'il rendit le sourire à Adrena, à cause d'une racine dépassant du sol. Plus tard, il se dit que s'il n'avait pas trébuché dessus, Adrena n'aurait pas recouvert le sourire et que leur histoire se serait arrêté à Demether, où ils se seraient séparés dans un froid glacial. La racine appartenait à un arbre collé à leur camp en contrebas de la colline, qui abritait quelques corbeaux qui coassaient de temps en temps. Dissimulé par la selle du cheval située juste devant, Cëryl n'avait pu la percevoir et lorsque son pied se prit dedans, il voulut récupérer son équilibre en sautillant sur une jambe sur deux bon mètres et s'étala de tout son long. Mais ce n'était pas le pire, sa tête atterrit dans une casserole comprenant les restes du repas du soir, à savoir de la soupe froide. Le cri qu'il s'apprêta à pousser s'étouffa dans le bruit spongieux du choc avec les carottes broyés. En relevant la tête après quelques secondes, sonné, il entendit le rire d'Adrena, s'esclaffant à une vingtaine de centimètres. La chevalière qui était restée de marbre pendant toute la montée du soleill se tenait presque les côtes pour se contenir. Cëryl sentit un rouge tomate – en dépit des carottes - lui monter au visage. Il se sentit incroyablement bête, mais en même temps, il ne pu s'empêcher d'esquisser un sourire béat sur son visage orangé, heureux de voir ce brusque retournement de situation. Il se mit à rire avec elle, sous le regard des corbeaux qui devaient regarder la scène en se demandant ce que pouvait bien fabriquer cet abruti d'humain. En s'essuyant la bouche, Cëryl put de nouveau s'exprimer, même si la soupe coulait sur son visage tout en tâchant le haut de ses habits.

« Hé ! C'est pas bien de se moquer ! »

Son sourire s'élargit et il se sentit de nouveau respirer, d'un air pur et joyeux. Revigoré, il s'empara d'un chiffon posé sur un sac, destiné sans doute au soin de la jument, et entreprit d'essuyer son visage puis son étoffe en l'imbibant légèrement de l'eau d'une de leur gourde. Il s'assit ensuite près d'Adrena et lui porta un léger coup d'épaule, taquin.

« C'était pas très gentil, j'aurais pu mourir si la casserole avait été brûlante. »

Sa phrase aurait put sembler sérieuse s'il n'avait pas été prit d'un nouveau fou rire en plein milieu. Certes, il avait « frôlé la mort » et sentait le légume mais le résultat était magique. Cëryl remercia ce bon coup du sort et recommença à bavarder gaiement avec Adrena, sans évoquer la journée, déjà oubliée. Au bout d'une bonne heure, les deux compagnons se souhaitèrent bonne nuit et s'endormirent l'un près de l'autre, sous l'œil inexpressif des corbeaux.

Le lendemain, ils partirent un peu en retard à cause de leur réveil un peu tardif, et s'empressèrent de prendre la route les menant jusqu'à Demether. Mais Adrena fit atteindre à son cheval une vitesse impressionnante et Cëryl se dit avec certitude qu'ils seraient en ville dans la soirée, même malgré ce retard. En fin de journée, ils commençaient déjà à apercevoir de nombreux champs, symboles de l'agriculture florissante de Demether. Après plusieurs pauses, ils parvinrent enfin à la ville.
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MessageSujet: Re: Demether, nous voilà ! - [Privé]   Jeu 2 Sep 2010 - 21:28

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