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 Profession oblige [Privé]

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MessageSujet: Profession oblige [Privé]   Jeu 19 Aoû 2010 - 14:42


    Lleya. Belle et silencieuse ville des mages, fondée il y a des siècles par un homme dont elle arbore jalousement le nom. Homme aussi appelé le sauveur et dont les faits ont parcouru les décennies ; qui ne connaît pas aujourd'hui le prodige de ce mage qui aurait, de légende, arrêté à lui seul une armée entière ? Raconté ainsi cela était époustouflant. Mais quand bien même les conteurs auraient embelli ce récit -comme ils en avaient le chic- la ville bâtit en son honneur n'était pas un mythe et, de toute sa blancheur, elle défiait les doutes et le temps.

    Ezechiel posait avec respect son regard dans ce lieu où légende et réalité convergeaient. Il faisait beau ; la couleur du ciel se mariait harmonieusement avec les ombres bleutées des bâtisses. C'était une de ces journées clémentes à mettre le nez dehors, juste pour le plaisir de profiter du soleil. Cependant, le nez du Juge était toujours enfermé dans son heaume qu'il avait enfilé une fois arrivé aux portes de la ville magicienne. C'était plus par respect du protocole qu'il portait scrupuleusement son masque de fer que par réelle nécessité : sa réputation lui offrait une protection suffisante contre ses éventuels détracteurs et sa très chère épée était toujours prête à l'usage, apte décourager les plus tenaces. D'aucun arguerait que ce relatif anonymat servait à protéger sa famille, mais Ezechiel savait son frère capable de se défendre, étant lui-même un remarquable bretteur. C'est donc vêtu de plaques métalliques de la tête aux pieds qu'il chevauchait dans les rues pavées bordées de maisons crème aux toits cerise. C'était le roi qui avait requis sa présence ici. A Lleya, comme ailleurs dans Midgard, la justice du souverain de Mannheim ne faisait pas défaut. Les deux cités étaient proches et la distance qui les séparaient se parcourait en quelques heures à cheval. Le voyage n'avait donc pas épuisé le Juge outre-mesure.

    Pour quelqu'un vivant à la capitale humaine, on pouvait remarquer que, contrairement à sa paire, il régnait à Lleya un silence réservé où les chuchotis supplantaient les vives paroles ; les voix murmurées se confondaient presque avec le vent. Et pour confirmer ce sentiment d'étrange mutisme tout semblait calme pour le moment, Odin en soit remercié. Ezechiel flânait dans les rues sans être dérangé bien qu'il restât attentif au moindre problème qui pourrait survenir. Il jetait un coup d'oeil de-ci de-là à l'architecture des bâtiments et admirait l'impressionnante Tour des Sages qui ne manquait jamais d'être sur le chemin de son regard. Des passants qu'il croisait, certains l'observaient avec méfiance. Oui, bon... Être Juge c'était aussi ce genre de détails. En effet, les gens pouvaient mal considérer le fait que vous rendiez justice. C'est pourquoi le heaume était de rigueur, même par chaude journée -ça vous forgeait l'endurance ! Toutefois, ces éternels insatisfaits laissaient Ezechiel de marbre : on ne pouvait pas rendre tout le monde heureux de toute manière.

    Le Juge faisait bon de rester attentif : alors qu'il s'engageait dans une rue, il entendit des éclats de voix. Tiré de sa contemplation, il se rendit jusqu'à la source de ce tapage. Il dut arrêter sa monture : une foule s'était formée autour de deux hommes qui s'invectivaient mutuellement, l'empêchant de passer.

    ...
    « - Je VEUX que vous déplaciez cette charrette !


    - Quoi ? Mais je ne dérange personne ici !

    - Vous bloquez tout le monde espèce d'incapable !


    - Tu sais ce qu'il te dit l'incapable, vieux charlatan ?!
    »
    ...


    Ah ! les joies des cités... Sautant à bas de son destrier dans un bruit de ferraille, Ezechiel soupira. La tranquillité était une denrée fragile, aussi silencieuse une ville était-elle. Il se dirigea vers les antagonistes, la foule s'écartant à son passage, plus pour éviter de se faire écraser par cette masse que par déférence, et, d'une voix puissante venant des tréfonds de son armure, demanda ce qu'il se passait. Le Juge posa une main sur le pommeau de son épée pendant que les deux énergumènes commençaient à s'expliquer à grands cris. Tout ce brouhaha pour une charrette qui gênait le devanture du magicien ! Bah ça serait vite réglé, en espérant que ces deux-là ne lui feraient pas trop de misères...

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Elfe
Chrystal d'Yhvaaldavatar

 :Peuple :
Wudu-Elfen
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128 ans
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MessageSujet: Re: Profession oblige [Privé]   Ven 27 Aoû 2010 - 15:10

Profession Oblige
Ezechiel Nibeljörst
    Chrys avait quitté Alhfeim sans se presser après son altercation avec la jeune voleuse. De toute manière, elle ne se pressait jamais, sauf lorsqu’il se passait quelque chose de grave. Et encore, il fallait que cela la concerne directement. Mais bref.
    Donc, Chrystal avait quitté Alhefeim puis obliqué à l’est en direction de Midgard. Tout en se dirigeant dans cette direction, elle grommelait régulièrement en chemin, avec Skoell pour seul public. La plupart de ses récriminations portaient sur des sujets comme : « trop d’humains dans ce monde », « pourquoi il y en a autant ? » et « faudrait sérieusement songer à les dégager de là ». Mais bon, l’elfe n’ignorait pas qu’à elle seule, elle ne pouvait rien faire. Et la royauté elfique n’était pas prêt d’entrer en guerre… pour cela, il aurait déjà fallu que Wudu et Munt s’entendent, ce qui pour l’instant relevait plus de l’ordre du fantasme qu’autre chose.
    Enfin bon, ne perdons pas espoir. Les elfes vivaient vieux, et peut-être qu’un jour les deux peuples pourraient se reconnaître mutuellement et même avoir des relations amicales ; du moins, Chrystal l’espérait vivement. Mais en tout cas, une invasion de Midgard était loin d’être prévu au programme, et c’était bien dommage.
    L’elfe fit à pied, bien tranquillement et toujours sans se presser, les quelques 60km qui séparaient Alhfeim de l’intérieur des terres humaines. C’est à peu près à ce moment-là qu’elle se rendit compte qu’elle avait oublié sa carte à la capitale. Elle fit cette navrante découverte lorsque, arrêtée à un carrefour, elle plongea une main dans son sac dans le but de sortir son plan pour n’en tirer que… du vent. Et là, elle était bien embêtée. Pourquoi ? La raison est simple.
    Chrys a beaucoup voyage ; elle connaît Lyzangard, les Terres Sauvages, les montagnes d’Ymir, les océans et le nord de Midgard comme sa poche. Mais le centre et le sud, c’est une autre histoire. A vrai dire, à part l’époque où elle vivait avec son maître, Chrystal avait eu pour habitude de ne faire que de très brefs passages dans cette partie du monde ; la raison : c’est là que se trouvent implantés les trois principales villes humaines. Même d’Argos, elle ne connaissait que l’intérieur.
    Donc. Même si l’elfe était débrouillarde et savait dans quelle direction aller pour arriver aux terres sauvages, cette absence de point de repère la dérangeait. Elle décida donc à contrecœur de passer par Lleya dans le but de trouver une carte avant de repartir vers la Plaine d’Aurore.

    ______________

    Deux jours après son départ d’Alhefeim, la jeune femme entra enfin dans la cité blanche, après avoir demandé à Skoell de l’attendre de l’autre coté de la ville. Les humains n’aimaient pas l’inhabituel et le retenait trop facilement à son goût, or Sköll avait quand même une sacré dégaine de loup. Parmi les elfes ce n’était pas important, mais ici, mieux valait être prudente.
    Son capuchon baissé sur ses cheveux couleur de neige, l’elfe avançait parmi la foule des être humains, une main posée sur le manche d’une dague dissimulée sous sa cape, le regard sombre et les traits peu avenants. Trop possédée par l’idée « je veux sortir d’ici le plus vite possible et tant pis pour les mages », Chrys ne fit que très peu attention à l’architecture locale, qu’elle connaissait de toute manière déjà.
    Jadis, elle avait trouvé la ville superbe, avec ses construction d’une blancheur évoquant la pureté, des flèches de glace, ses murs irisés. Aujourd’hui, que la race humaine puisse se cacher derrière un tel mirage de beauté et d’innocence la répugnait. Tentant de se décontracter pour ne pas se faire repérer par la police locale, la jeune femme ralentit progressivement le pas et se força à relever la tête – de toute manière, elle en avait besoin pour détailler les devantures des magasins.
    Après une vingtaine de minutes de déambulation silencieuse, la jeune femme remarqua sur un mur des avis de recherches plus ou moins neufs affichés à la va-vite. Curieuse, elle s’en approcha et le parcourut des yeux, cherchant un visage familier. Un ou deux hommes attirèrent son regard, puis elle tomba sur un dessin assez approximatif représentant une humaine aux yeux sombres et aux cheveux roux. L’elfe grimaça : ce visage était trop récent. Même si, Loki et son cadeau en soient loués, à cette époque elle avait teint ses cheveux et ses yeux par magie, un œil avisé et une bonne mémoire pourrait soupçonner ses traits de coller avec ceux de l’image. La rançon affichée au bas de l’affiche lui tira une grimace ; rien à voir avec celle proposée pour « Leah Swan ». Mais en même temps, une criminelle notoire et un capitaine corsaire qui terrorisait les océans avaient un rang de différence. Au moins.
    De peur qu’un passant trop curieux vienne fourrer son nez là où il ne fallait pas, Chrystal s’écarta d’un pas qu’elle espérait neutre des affiches et, une fois à quelques mètres, tira son capuchon sur son visage pour dissimuler ses traits dans l’ombre. Pas mal de magiciens louches avec sa dégaine traînaient à Lleya à la recherche d’une boutique de magie ; avec un peu de chance, elle ne serait pas soupçonnée.

    Une heure plus tard, la jeune femme était bredouille. Dingue quand même, qu’elle n’ait trouvé aucune échoppe avec la capacité de lui vendre une simple carte de Midgard et des Terres Sauvages ! Franchement, il y avait de l’abus, là.
    Les mains dans les poches et le visage dans l’ombre, Chrys traînait les pieds d’un air morose, s’approchant du centre de la ville. C’est alors qu’elle aperçut un attroupement et entendit des éclats de voix. Tiens. Une dispute. Ce fut certainement une sorte de curiosité sadique doublé d’un plaisir pris à tout ce qui pouvait ennuyer un humain qui poussa l’elfe à se rapprocher et se mêler à la foule. Au milieu de la rue, deux hommes s’invectivaient violemment à propos d’une charrette mal garée. Apparemment, un homme avait laissé sa carriole en plein devant la devanture d’un magicien qui le priait désormais assez… poliment de dégager le passage. Chrys réalisa qu’elle ne voyait que rarement ce genre de scène à Alhfeim. Soit elle ne se mêlait pas assez au groupe, soit les elfes étaient bien plus intelligents que les humains – mais ça, c’était déjà démontré. Cette querelle était ridicule : le fermier – ou quel que soit son métier – devait être doté d’assez de raison pour réaliser que sa charrette gênait, il n’avait qu’à la pousser un peu, au lieu de provoquer tout ce remue-ménage. C’était du simple bon sens, enfin ! Décidément, les humains étaient extraordinairement bornés.
    Curieuse de savoir comment cela allait tourner, Chrystal recula un peu, se séparant de la foule, pour rejoindre sur le trottoir opposé deux gamins montés sur une caisse posée devant le magasin d’un magicien qui, visiblement absent, devait s’être mêlé à l’attroupement. L’elfe s’assit simplement sur le coin libre de la caisse pour regarder la scène à son aise, de plus haut.
    C’est alors qu’apparut un cheval de guerre, monture d’un chevalier ou d’un homme possédant un grade approchant, qui se dirigea vers la foule en faisant claquer ses fers. Il était monté par une immense armure – ou en tout cas un homme engoncé dedans. Le chevalier, devant le dérangement provoqué par le litige entre les deux hommes – ou en tout cas parce que ce dernier l’empêchait de passer – descendit de cheval dans un bruit de ferraille et s’avança à travers la foule des badauds qui s’écartèrent précipitamment sur son passage. Là, il interrogea les deux hommes d’une voix qui semblait sortir d’une caverne, et ces derniers se mirent à parler en même temps, rajoutant au tapage général.
    Chrystal afficha une mine intéressée tandis qu’à sa droite, les deux gamins commençaient à échanger à voix basse d’un air respectueux. Ca devenait – un peu – intéressant.
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MessageSujet: Re: Profession oblige [Privé]   Sam 4 Sep 2010 - 16:54


    Il n'aurait su dire exactement ce qui l'avait poussé à devenir Juge. Une volonté de faire régner l'ordre sûrement, un peu fierté et l'envie de se rendre utile et d'aider son peuple. En règle général, un Chevalier devait servir son peuple ; protéger les faibles, les opprimés... offrir son soutien ou sa lame lorsque c'était nécessaire sans rien demander en retour. Être désintéressé en quelque sorte... Oui Ezechiel l'était, désintéressé. Il n'avait jamais réclamé des biens, de l'argent ou que ce soit d'autre, fidèle à l'honneur et à l'image qu'il se faisait d'un bon chevalier. Image belle, héroïque, reflétant les contes dans lesquelles sont enfance avait baignée et ces exploits racontés au coin du feu par son père. Tout ce qu'il pouvait dire c'était qu'il voulait aider les siens et la justice était à ses yeux l'un des moyens d'apporter cette aide à tout à chacun.

    Ainsi, dans ce genre de litige, se montrait-il d'une patience exacerbée, comme ce modèle de perfection chevaleresque qui l'avait bercé. Ezechiel ne bougeait pas d'un pouce, écoutant les jérémiades du paysan et du magicien. Ils concouraient tous les deux pour le trophée du plus beau rouge de joue ? En tout cas, ils devraient... le cramoisi qu'ils arboraient montrait combien ils étaient énervés... pour si peu. Le Juge se demandait si un magicien mise d'en d'aussi mauvaises dispositions pouvait user de ces pouvoirs. Si c'était le cas, Ezechiel ne pourrait pas faire grand-chose, si ce n'est subir. Cependant, il préférait penser que les mages s'en tenaient à leurs coutumes et n'iraient pas jusqu'à user intempestivement de leurs pouvoirs, surtout en public. Et bien que dérangé, celui qui se trouvait devant lui n'avait pas l'air de vouloir en venir aux sorts, du moins il l'espérait.

    « Circulez, il n'y a rien à voir. »

    Et voilà, une charrette mal garée et quelques injures vous amenaient une armée de badauds. Une sorte de distraction pour les gens désoeuvrés ou en quête de divertissement. Ezechiel se questionnerait toujours sur cet engouement malsain que suscitait les conflits, la vue d'hommes se battant par les mots ou par les armes, ameutant les gens comme des guêpes autour de miel. Le malheur des uns ferait-il le plaisir des autres ?

    Les deux antagonistes se calmèrent enfin. Tout du moins le Juge, coupant court à ses réflexions, put tenter de démêler le noeud du problème, pas si emmêlé que ça : le paysan souhaitait décharger sa marchandise d'où son stationnement gênant pour le commerçant qui s'était récrié. Ezechiel demanda simplement à ce que le mage laisse l'homme terminer et il promit que le véhicule serait déplacé une fois le travail exécuté en bonne et due forme. Les accents caverneux de sa voix ne devaient pas laisser entendre qu'il souhaitait une réponse car le mage n'ajouta rien, bien que le rouge de ses pommettes soit toujours présent.

    Le Juge se détourna et balaya la foule du regard, espérant que les gens se dispersaient comme il le leur avait... conseillé. Il n'avait pas l'intention de réitérer son ordre une seconde fois. Mais alors que ses yeux bleus effectuaient un tour, quelque chose -ou plutôt quelqu'un- les attirèrent : assise sur une caisse en bois, une silhouette, emmitouflée dans un tissu sombre, qui semblait porter un peu d'intérêt à la scène. Deux gamins babillaient à côté d'elle. Au vu de sa minceur, Ezechiel songea à une jeune femme mais son examen s'arrêta là. Beaucoup à Lleya portaient ce genre de vêtements ternes, aptes à vous fondre dans la masse, aussi détourna-t-il le regard dans un grincement d'armure. Son attention se reporta sur le paysan, vérifiant que ce dernier terminait de déposer ses charges afin de laisser la devanture du commerçant de nouveau au vu de tous.
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Elfe
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MessageSujet: Re: Profession oblige [Privé]   Jeu 9 Sep 2010 - 19:50

« How disappointing it is… »
    Il y avait quelque chose qui la dérangeait dans un coin de sa tête, déjà bien encombrée par une centaine d’année d’existence. Se désintéressant un court moment de la scène - oh combien dramatique - qui se déroulait sous son œil, unique et gris comme la lame d’une épée, Chrys entreprit de se remémorer ce qu’elle avait oublié. Elle était certaine qu’un élément quelconque l’avait marquée lors de sa déambulation dans Lleya, mais elle n’arrivait pas à se rappeler quoi. Et c’était important, en plus, elle en était certaine… une question qu’elle s’était posée, c’est ça. Une pensée fugace pour quelque chose qu’elle avait appris… une information qui l’avait frappée…
    Agacé par cette pensée qui se dérobait à sa fouille mentale, la démoniste claqua de la langue avec mécontentement. Impossible de se souvenir. Ce n’était pourtant pas si ancien. Mais non, il y a des fois comme ça ou rien n’est comme il devrait être.
    Faute d’avoir pu saisir cette idée, la jeune femme reporta son attention sur le lieu de litige. L’homme en armure conversait avec les deux opposants ; l’elfe n’entendait pas d’où elle se trouvait, l’échange, mais comprit aux mimiques des deux habitants - pour l’autre, c’était un peu plus difficile - que le chevalier en boîte de conserve tentait de mettre fin à la dispute par des moyens pacifiques. Boîte de conserve. C’était ainsi que Chrystal percevait l'objet que l’humain s’était collé sur le dos, sans pitié pour son pauvre corps, mais il était peut-être impoli de nommer la chose ainsi. Et si Chrys n’aimait pas les humains, elle tenait beaucoup à sa politesse - du moins, sa politesse intérieure. Donc, l’appellation peu glorieuse ne sera utilisée qu’en-dehors de la présence des êtres concernés, histoire d’atténuer un peu l'impact de ces paroles malvenues.
    Revenons à nos moutons… et notre charrette. Finalement, l’homme en armure parut obtenir gain de cause auprès de ses semblables - à l’aide de sa carrure et de la voix qui sortait de sa carapace comme d’un mausolée, qui cessèrent enfin leur dispute avec force grommellements et airs grincheux. Pas mal.
    Il avait également entrepris de disperser la foule de curieux rassemblée autour des deux protagonistes. De loin, Chrystal regarda les badauds s’éloigner à regret, en traînant les pieds ou en s’attardant un peu, au cas où les deux hommes décideraient tout à coup d’en venir aux mains. Mais ils n’eurent pas cette satisfaction et peu à peu, les humains se dispersèrent et la rue reprit son calme.
    Alors que les gamins à coté d’elle s’éloignaient en courant vers un quelconque parent qui les appelait, Chrys observa le chevalier en faisant doucement cogner ses talons contre la caisse de bois.
    Mince… qu’est-ce que c’était déjà ? Rapidement, maintenant que l’agitation était retombée, l’elfe était retournée à ses questionnements intérieurs.
    Et soudain, la lumière fut.
    Le Sanctuaire de Mannheim.
    Elle en avait entendu parler en pénétrant dans une boutique d’apothicaire - pour y chercher une carte, en désespoir de cause - lorsque, traînant entre les rayons avec peu d’espoir de découvrir ce qu’elle désirait trouver, elle avait surpris une conversation entre le mage tenant la boutique et un autre client. Le client en question avait lancé le sujet depuis un bout de temps à première écoute, Chrys n’eut pas connaissance du début du débat qui se déroulait non loin, plus précisément à portée de ses oreilles en pointe. L’air de rien, elle continua de fouiller dans les étagères tandis que le mage, avec un soupir, déclarait hautainement qu’il n’avait aucune raison se rendre au Sanctuaire, répondant à une affirmation selon laquelle beaucoup de ses confrères étaient curieux des secrets qu’il recelait. Le client reprit que, pourtant, il lui semblait que le vendeur était adepte des objets rares et curieux. A moins, ajoutait-il, qu’il ne soit effrayé par les rumeurs qui couraient sur la bête infernale enfermée dans les entrailles de la construction aux couloirs sans fin ? Avec une exclamation de mépris, le mage avait déclaré que ses pouvoirs magiques ne craignaient pas quelque bobard sans fondement colporté par des malhonnêtes à l’imagination trop grande.
    En pensant à cet homme qui se jugeait si bien lui-même, Chrystal eut un sourire en coin. Les moins doués sont toujours ceux qui se vantent le plus. Elle était sûre qu’elle aurait pu envoyer le mage voler à travers la vitrine de sa boutique d’un simple mouvement de main. Peut-être aurait-elle dû, d’ailleurs, vu qu’elle n’avait rien trouvé d’intéressant dans ladite boutique. En même temps, une échoppe d’apothicaire… il fallait s’en douter.
    Mais bon, elle avait appris quelque chose d’intéressant.
    Elle songeait à ce fameux Sanctuaire. Longtemps, elle s’était intéressée à ces constructions légendaires, au nombre de six. Malheureusement, elle n’avait jamais eu de chance à ce niveau-là… Elle se souvenait notamment de la tempête qui avait failli la couler au large d’Argos, vers l’île de Bifröst, des vampires qui gardaient l’accès au Sanctuaire d’Ymir - autant dire qu’elle n’avait pas tenté de passer, et de la glace impraticable devant celui de Bestla. Ah, et celui de Noctis qu’elle n’avait jamais réussi à trouver et fini par abandonner après avoir erré dans le désert pendant un bout de temps… enfin, pas si longtemps que ça finalement, vu qu’elle n’aimait pas, mais alors pas du tout la chaleur. En tout cas, c’était vraiment le sujet qui la faisait le plus grincer des dents : et dire qu’elle osait prétendre chercher la connaissance universelle, et qu’elle n’avait même pas pénétré le plus simple d’accès de ces Sanctuaires ! Même pas celui d’Alraith, près duquel elle s’était pourtant trouvée à une époque ! C’était d’un frustrant insupportable.
    Tellement qu’en songeant à tout cela, la jeune femme songea à changer ses projets, vu que le Sanctuaire de Mannheim semblait, du moins avait-elle cru le comprendre, se trouver non loin au Nord. Etrange, d’ailleurs, qu’elle ne l’ait jamais aperçu. Elle y réfléchi quelques secondes, puis conclut qu’elle avait dû descendre des montagnes d’un autre coté.
    Son attention se reporta sur le chevalier en armure. Elle avait besoin qu’on lui indique le chemin… et si possible, où trouver une carte. Elle n’avait pas envie de traîner dans une ville humaine toute la journée ; autant choisir le moyen le plus expéditif de mener sa… « mission » à bien.
    Forte de cette résolution, Chrystal sauta agilement de la caisse où elle se trouvait perchée et se dirigea vers le chevalier et son palefroi d’un pas léger, tandis que les derniers curieux achevaient de déserter la place. Le propriétaire de la charrette entreprenait de la décharger, et le mage avait disparu à l’intérieur de sa boutique. Chrys s’approcha de quelques pas, puis interpella poliment l’humain en armure :

    « Bonjour, sire… veuillez m’excuser de vous déranger. »
    Un fin sourire se dessina sur ses lèvres pâles, ni moqueur ni joyeux, insaisissable, tandis qu’elle s’inclinait légèrement avec grâce. Sous son capuchon qu’elle gardait rabattu sur sa chevelure blanche, ses yeux étincelaient.

    « Les incidents quotidiens courants en ville sont assez ennuyeux et répétitifs, vous ne trouvez pas ? » Fit-elle sans quitter son sourire, faisant allusion à l’altercation précédente. Puis elle reprit : « En réalité, je ne suis pas d’ici, et j’aurais besoin de quelques renseignements… peut-être pourrez-vous m’aider ? » Elle laissa passer une pause avant de reprendre :
    « En fait, je suis à la recherche d’une échoppe où je pourrais faire l’acquisition d’une carte d’Yggdrasil, mais je n’en ai pas trouvé jusque là. »
    De sa voix qui semblait sortir d’un caveau, l’homme en armure lui donna les indications qu’elle cherchait. Satisfaite, l’elfe s’inclina légèrement en guise de remerciement, souhaita une bonne journée au chevalier, puis, faisant légèrement volte-face sur ses bottes aux fines semelles, se mêla à la foule usuelle qui emplissait toutes les villes humaines d’ici aux plaines du Nord avant de disparaître à la vue de son indicateur. Elle se mit alors à la recherche de la boutique indiquée par celui-ci, tout en se promettant de vérifier, une fois la carte en main, l’emplacement exact du Sanctuaire de Mannheim.

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