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 Par un beau jour de Dielli... [terminé]

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MessageSujet: Par un beau jour de Dielli... [terminé]   Lun 20 Sep 2010 - 16:56

Tout autour de Laëla, des visages graves se détendirent à l’unisson. Elle imaginait bien la cascade de rires qui se répandait dans la taverne. À la façon dont le nez de l’homme en face de lui se retroussait, elle devinait qu’il riait en imitant le son du cochon. Elle sourit en se rappelant ce bruit sorti de son enfance, ce bruit qu’elle conservait au fond d’elle avec plusieurs autres, vestige d’une époque plus heureuse. Au fil des années, il lui semblait que cette banque mentale diminuait constamment. Parfois, devant la mer, la jeune femme essayait d’imaginer le bruit des vagues claquant contre les quais. Elle fermait les yeux, se concentrait... mais rien. Ce son, qu’elle avait pourtant entendu si souvent, s’était évaporé dans les méandres de sa mémoire. Comme tant d’autres.

Mais ce rire, elle ne pouvait l’oublier : c’était celui de Mère, lorsqu’elle riait à en pleurer. Immanquablement, elle communiquait son hilarité à Laëla. De si bons moments... « Non mais qu’est-ce qui te prend, Laëla, à te perdre dans tes souvenirs ? On se concentre ! » Retournant à ses vieilles habitudes, elle profita de l’éclat de rire général qu’elle avait provoqué ; elle subtilisa un de ses jetons par un autre qu’elle gardait caché dans sa manche. Elle agit vite, passant son bras sur le jeu comme si elle s’étirait, et personne ne remarqua rien. Après le tour, elle n’avait qu’à se proposer pour mélanger le jeton, et elle remettait les originaux en jeu. Discrétion assurée.

La partie s’étira sur tout l’après-midi. Autour de la table, ils étaient six à jouer. Les interruptions pour boire étaient nombreuses, une forte odeur d’alcool agressait les narines de Laëla. Cela n’était, toutefois, rien du tout comparé à la sueur des hommes qui empestait toute la taverne. Parfois, l’un d’eux levait le bras et répandait sa fragrance juteuse, sortant Laëla de sa concentration. La moindre odeur désagréable était pire pour elle, mais elle acceptait ce fait avec sérénité : privée des sons, au moins pouvait-elle sentir le monde.

Plus la partie avançait, plus la jeune ninja gagnait. Sa pile de gain s’agrandissait tranquillement. Elle prenait gare à ne pas exagérer sa victoire, car il fallait savoir rester discret. Les mines abruties par l’alcool se fermaient au fur et à mesure que les portefeuilles se vidaient ; seule Laëla souriait encore.

- Il faut bien avoir son jour de chance de temps à autre ! claironnait-elle avec le visage de celle qui ne pouvait croire à son bonheur.

Au bout d’un moment, il n’y avait plus qu’elle et un barbu aux épaules carrés. Le visage fermé, il se concentrait. Il y avait de quoi, puisque la défaite lui pendait au nez !

Tout ce que j’ai en jeu.

Sa barbe obstruait ses lèvres, mais à force de l’avoir vu parler toute l’après-midi, Laëla s’y était fait. Elle l’avait beaucoup observé et crut à un coup de bluff. Elle mit autant d’argent que lui en jeu. Les lèvres de l’homme se fendirent d’un sourire tandis qu’il détournait ses trois jetons : trois cercles rouges y étaient dessinés. Il n’avait pas bluffé, son jeu était fort.

- Pas mal du tout, rétorqua-t-elle joyeusement, mais...

En allant le plus vite possible, elle détourna ses jetons. Elle subtilisa les deux derniers d’une main de maître pour les remplacer par des triangles rouges, complétant ainsi le trio le plus puissant du jeu. L’ébahissement se lisait sur tous les visages. Laëla se leva d’un bond et commença à ramasser son argent. Quelle jolie petite somme !

- Ce fut un plaisir de jouer avec vous, messieurs ! Soyez sûr que je reviendrai vous voir. Sans doute moins chanceuse, mais tout aussi impatiente de jouer !

Elle mettait l’argent dans son sac quand une poigne ferme arrêta son geste. Elle leva les yeux et rencontra un visage hostile. Quand elle se détourna pour chercher un appui, elle réalisa que tous la regardaient avec du feu dans les yeux.

- Mais j’ai gagné ! Vous n’oseriez pas... vous êtes des hommes honnêtes...

Bien entendu. Mais on se méfit des nouveaux qui gagnent trop.

Elle voulut protester. Elle ouvrait la bouche quand on secoua sa manche ; avec horreur, elle vit ses faux jetons tomber et elle n’eut aucun mal à imaginer l’affreux son qu’ils firent en tintant au sol. Le bruit devait être assourdissant – en tout cas, dans sa tête, il l’était. L’hostilité redoubla autour d’elle. Elle sourit bêtement en posant ses gains sur la table.

- Bon, d’accord. Voici l’argent. Vous... nous pouvons régler cela à l’amiable, non ? Vous... n’oseriez-pas... faire du mal à une fille, hein, les gars ?

Le cercle d’ennemi se resserra autour d’elle. Des lames tranchantes apparurent dans son champ de vision.

-....Les gars... ?

Il ne fallait pas rêver. Elle devait trouver une façon de s’en sortir. Alors que son esprit s’échauffait pour trouver une porte de sortie, un changement radical s’opéra dans l’ambiance. Les hommes eurent tous un mouvement de recul, comme s’il avait peur. Laëla ne prit même pas la peine d’essayer de comprendre pourquoi : elle pivota brusquement sur la droite, échappant à la poigne qui la retenait, et fit demi-tour. Elle plongea entre deux hommes tête première, perdit l’équilibre et, alors qu’elle le retrouvait, elle heurta une montagne de fer qui la fit tomber à la renverse. Elle sentit la douleur exploser dans son dos tandis qu’il heurtait violemment le sol.

Alors que sa tête tournait, elle vit un regard perçant se fixer sur elle. Un juge, nul doute possible vu son plastron de métal étincelant. Merde. Elle détestait les juges.

Mais qu’est-ce qui se passe ici ? articula-t-il d’un ton qu’elle savait imposant.

Oh non, non, non, non, non ! Bien entendu, ce genre de malchances ne pouvait arriver qu’à elle...


Dernière édition par Laëla Helderwin le Mer 6 Oct 2010 - 17:17, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Par un beau jour de Dielli... [terminé]   Mer 22 Sep 2010 - 4:31

- ...Le compte y est.

Dans le brouhaha ambiant qui régnait en maître sur les quais de Mannheim, joyeusement entonné par les vendeuses de poissons bouffies et les gamins criards, deux fines silhouettes conversaient sur l'un des nombreux débarcadères cerclés de navires aux formes hétéroclites.
La première, masculine, pâle et chétive, semblait tout droit issue d'une mauvaise comédie théâtrale trop manichéenne. L'homme était petit, corniot, d'apparence fragile. Son visage au teint cireux était jalonné de crevasses, témoin d'une maladie quelconque qui l'aurait défiguré, de même que le scorbut avait emporté ses dents et ses cheveux. Le haut de son crane stérile était couvert d'une miteuse casquette de marin grisâtre, dont la visière masquait une large partie de son front. Un chemise de coton d'un vert rappelant les marécages d'Ulaun ainsi qu'un pantalon de toile brune habillaient un corps que l'on devinait en osmose avec son visage disgracieux.
Face a lui, son interlocuteur, facilement reconnaissable dans la lumière du jour. De bien meilleur facture que le premier protagoniste, l'homme était encore jeune, frais et élancé. Son teint, caractéristique du peuple des Gitans, avait été bruni par un soleil rigoureux. Ses yeux, plissés par la force de ce dernier, étaient a peine visibles, crispant les traits de son visage. Ses cheveux bruns étaient attachés en une courte queue de cheval, dont l'extrémité touchait a peine la chemise jaune et rouge qu'il portait. Son pantalon en coton, ample et léger, répondait aux même teintes vives, et ses pieds étaient simplement nus. Un voyageur du fleuve, sans nul doute. Les habitués des Quais auraient reconnu ce dernier sans aucune peine. Il s'agissait d'Ylero, du clan du Fleuve.

Les deux hommes aux apparences cosmopolites conversaient avec réserve, semblant ne vouloir trop attirer l'attention des passants et des marins locaux. Le Gitan comptait alors avec grand soin le nombre de piécettes qui composaient la petite bourse en cuir que lui avait remis le citoyen au teint jaunâtre, sous le regard méfiant de ce dernier. Depuis les aventures de Juan a Mannheim, et dans toute la région, le clan ne bénéficiait plus d'une confiance aisée de la part des habitants du Royaume des humains, et cela s'en faisait ressentir un peu plus chaque jour. Si cela ne tenait qu'a lui, Ylero aurait volontiers forcé son jeune frère a payer ses erreurs au cas par cas. Hélas, Juan avait disparut sans laisser de traces, et tous ignoraient sa situation actuelle. Était-il seulement encore en vie ?
Affirmant qu'il y avait suffisamment de pièces dans la poche, le jeune homme acquiesça d'un signe de tête, tandis que deux hommes charpentés chargèrent quelques caisses de bois dans la péniche usée, amarrée a quai. La scène, aussi discrète soit-elle, démontrait clairement le caractère illégal de la transaction. Il fallait dire que les histoires de contrebande étaient nombreuses dans la région, et les Gitans servaient bien souvent de passeurs dans ces affaires. Quand les deux hommes eurent terminés, Ylero annonça a son employeur :


- Je serais a Argos d'ici demain soir, si tout se passe bien. Reste a espérer que les chaleurs n'ont pas trop asséchées le fleuve.

L'homme hideux confirma par un toussotement rocailleux accompagné d'un signe de tête, avant de s'éloigner des quais et de disparaître au détroit des rues de Mannheim, suivit de près par ses deux gorilles. Satisfait, le Gitan soupesa plusieurs fois sa nouvelle bourse bien garnie, un sourire aux lèvres. Puis, avec dextérité, il retira l’aussière qui retenait son bateau sur le quai, la lança a bord et se hissa sur sa péniche en sautant depuis le ponton, sans prendre la peine d'utiliser la planche qui faisait office de pont entre l'embarcadère et le navire. Il ôta cette dernière rapidement, avant que celle-ci ne finisse dans les eaux, tandis que la péniche démarra avec lenteur, portée par le courant. A l'aide d'une grande perche en fer, et d'une solide paire de bras, Ylero écarta doucement son bateau de la berge en sifflotant. Une voix imposante gronda au loin, mais le jeune Gitan était alors trop euphorique pour en tenir compte. Et pourtant...


Dernière édition par Ylero Du Fleuve le Ven 1 Oct 2010 - 14:59, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Par un beau jour de Dielli... [terminé]   Ven 24 Sep 2010 - 19:45

Le juge scrutait les hommes saouls de son regard d’acier. Laëla l’examinait, tenant de reprendre ses esprits. Elle ne l’avait jamais remarqué auparavant dans Mannheim. Ses cheveux courts grisonnant, témoignage de sa sagesse et de son expérience, se mariaient à ses yeux verts et à ses traits nobles pour lui conférer une allure royale. Laëla déglutit, apeurée. Elle n’avait pas une chance...

En grognant, elle se tourna sur le ventre, se hissa à quatre pattes, puis se releva. Elle chancela avant de retrouver un parfait équilibre. Enfin debout, elle sentit son esprit s’éclaircir, se guérir de la brutale collision. Elle sentit la poigne monstrueuse du juge s’écraser sur son épaule. Elle se tourna vers lui mais, le voyant de côté, elle ne put saisir tout ce qu’il dit aux hommes. Elle en devina néanmoins le sens avec les brides –les sons- qu’elle comprit : qu’a fait cette jeune femme ?

C’est une tricheuse. Nous en avons la preuve.

L’homme avait son couteau en main. Il la pointait, menace constante. Le juge se tourna vers elle, la questionna du regard. Elle se sentit toute petite devant les flèches que lançaient ses yeux. Son cerveau fonctionnait à toute allure et elle sut ce qu’il lui restait à faire : semer la confusion.

Brandissant l’index, elle s’exclama :

- Et eux, ils veulent me tuer ! Et on est vraiment en train de m’accuser, moi ! Je me demande ce qui est pire !

La tuer... Voyons donc. L’homme rit et Laëla vit ses dents briller d’un splendide éclat brun. Mais les voleurs doivent être châtiés. On aime bien leur couper une main.

Gloups.

- Eh bien, rétorqua-t-elle en conservant son sang froid, si vous n’étiez pas tous si bêtes, si vous étiez juste capables de réfléchir et de voir mes trucs pourtant simples, vous ne vous feriez plus arnaquer comme les gros imbéciles que vous êtes !

Touché. Risqué, mais touché. Les visages narquois exprimèrent soudainement la rage. Un grognement retentit parmi les hommes, un grognement dont l’essentiel était : attrapez-la ! À l’unisson, les hommes s’avancèrent vers Laëla et le juge. La jeune femme poussa un hurlement et bondit pour se cacher dans le dos de son protecteur. Elle le vit s’avancer, dominer de sa splendide carrure les hommes. Le premier qui osa trop s’approcher vit son bras saisit dans des mains puissantes, puis écraser sur la table. Le craquement ne parvint pas aux oreilles de Laëla, mais elle l’imagina sans peine.

La ninja ne regarda pas le reste de la bagarre. Elle vit le juge s’avancer encore et défier la populace; elle vit les hommes hésiter.

Elle pivota et prit la poudre d’escampette.

En enjambant une chaise, elle atteint la sortie. Elle fonça dans la porte battante et retint un cri de douleur. Une femme qui allait entrer fut sa pauvre victime quand elles entrèrent en collision.

- Désolééééééééééééée ! lança Laëla en reprenant sa course effrénée.

Un bref regard en arrière lui permit d’apercevoir le juge et quelques hommes qui arrivaient à toute allure. Cela suffit à lui redonner toute sa vigueur et elle accéléra. Son talon ne touchait jamais terre, ce qui lui faisait gagner en vitesse.

Les maisons et boutiques défilèrent devant elle sans qu’elle n’ait le temps d’y prêter attention. Devant elle, les quais de Mannheim l’invitaient à entrer dans ce dédale maritime. Se cacher sur un bateau, peut-être ?

Brusquement, la jeune femme tourna sur un quai. Elle avait l’intention d’entrer dans un bateau, mais son propriétaire, qu’elle n’avait d’abord pas vu, semblait faire des réparations sur la barre. Aucune chance de ne pas être dénoncée. Laëla regarda derrière elle : le juge, près, tellement près.... Pas le temps de sortir du quai. Elle se retourna vers le bout du quai. Une péniche s’éloignait tout doucement, prête à sillonner les mers.

- Oh non, tu es dingue, Laëla...

Pas le choix. Elle prit une grande respiration et s’élança. Tous ses membres maltraités hurlaient. Le bout du quai se rapprochait, grossissait... Laëla sauta. Son saut fut haut, long. Malgré tout, ses genoux heurtèrent le bastingage et elle en eut le souffle coupé. Elle gémit tandis qu’elle s’écrasait sur le pont, en sureté mais en douleur. Elle se tint les genoux, ventre contre le pont, trop focalisée sur sa souffrance pour remarquer quoi que ce soit d’autre.
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MessageSujet: Re: Par un beau jour de Dielli... [terminé]   Dim 26 Sep 2010 - 16:30

La clameur qui régnait sur le port s'était altérée, au point de devenir un simple bourdonnement interrogatif. Les citoyens de Mannheim s'étaient tous arrêtés, abasourdis, regardant avec un effarement palpable la course qui s'était engagée entre une jeune fuyard et un juge royal, précédé de quelques hommes au regard sombre, tandis que tous ces joyeux personnages défilaient sur les quais de la capitale, semblables a ces enfants jouant habituellement a ces mêmes lieux. Ni les marins, ni les Gitans, ni même les imposants vendeurs a la criée n'osaient se mettre en travers de cette ligne de fuite, de peur d'être violemment percuté par l'un des protagonistes. Ceux-ci se contentaient de regard la scène d'un œil tantôt taquin, tantôt interloqué, échangeant de nombreux chuchotements gorgés de dédain. Après tout, les quais n'étaient-ils pas le berceau des histoires abracadabrantes et des commérages de mégères ?

Ylero, que l'effort avait obnubilé sur sa tâche, s'affairait a garder une bonne distance par rapport aux berges de la ville, toujours armé de sa grande perche de fer, sans porter attention a l'événement. A la manière d'une gondole, il plantait son échalas dans les terres tourbeuses qui baignaient au fond du Sudri, profitant d'un creux raisonnablement haut pour pouvoir donner une certaine poussée, médiocre certes, mais existante, a son lourd navire. Le gouvernail artisanal qu'il avait confectionné lui-même avait été immobilisé par un tas de cordages, permettant a la péniche de garder une trajectoire bien droite. Ylero avait pour projet de libérer le gouvernail une fois l'étape du lac passée. En effet, cette petite étendue d'eau avait l'inconvénient de posséder des courants irréguliers, a l'itinéraire changeante. Il serait obliger de guider sa péniche manuellement dans cet endroit.

Un bruit, comme un craquement, le fit sursauter soudainement. S'en suivit très vite un long gémissement plaintif, ainsi que plusieurs cris de consternations, plus lointaines. Ylero mit plusieurs secondes avant de comprendre que les premiers bruits émanaient de sa péniche même, le regard hébété. Quelque peu effrayé, il jeta sa perche a ses pieds, et avança lentement sur son pont, tandis que le navire avançait par lui-même a une vitesse un peu plus vite, porté par les courants encore impavides du fleuve. Une silhouette se mouvant a peine gisait sur le plancher, affalée sur le ventre. La féminité de ses formes démontrait clairement que c'était là qu'une jeune demoiselle étendue dans son bateau. Rien de dangereux, en l'occurrence. Ylero s'approcha un peu plus du corps, encore sur ses gardes.


- Heu...mademoiselle ? Ça va ?

Sans avoir le temps de recevoir la moindre réponse, une voix résonna sur le fleuve, a l'attention du jeune Gitan. Ce dernier leva la tête, et aperçu une grande silhouette perchée au bord d'un ponton, vêtu d'une imposante armure noire. Un Juge de Mannheim. L'homme de justice faisait de grand signe a Ylero, lui ordonnant visiblement de stopper son navire. Le jeune homme grimaça. C'était bien sa veine, il venait d'héberger a son insu une fugitive. Le Gitan connaissait bien ces représentant du roi, et ceux-ci avaient la réputation d'être de véritables chiens de garde. S'il acceptait de coopérer, le Juge irait sans doute s'assurer qu'il n'avait aucun rapport avec la demoiselle en fouillant la cale. Et aux vus de sa cargaison, il finirait sans doute dans un cachot pour les prochaines années a venir.

Ignorant le Juge, ce qui l'énerva un peu plus, Ylero se tourna vers la jeune femme, toujours affalée sur le pont. Visiblement ennuyé de sa présence, il mit quelques petits coups de pieds indolores dans les côtes de celle-ci, cherchant a la faire relever...
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MessageSujet: Re: Par un beau jour de Dielli... [terminé]   Dim 26 Sep 2010 - 22:19

La douleur se calmait. Ses genoux cessaient de hurler au supplice au même rythme qu’elle retrouvait son souffle si précieux. Laëla, trop secouée par ce qui venait de se passer, vivait dans sa bulle, inconsciente de ce qui l’entourait, uniquement occupée à récupérer un peu de contenance. Jusqu’à ce que...

On lui piochait du bout du pied dans les côtes ! Comme si elle était un chien ! L’orgueil piqué, elle roula sur elle-même pour se mettre en position assise.

Un jeune homme se dressait devant elle. Un gitan, devina-t-elle en voyant ses vêtements. Les poings sur les hanches, il la fixait. Elle remarqua tout de suite ses lèvres fines, ses lèvres qui sûrement avaient prononcé des mots pour elle... mais lesquels ? L’homme avait le teint en santé de ceux qui passent leur vie au soleil et des traits doux qui rendaient son âge impossible à deviner. Il semblait jeune ; pourtant, tout chez lui respirait la maturité. Sa silhouette mince mais assurément musclée témoignait des années mouvementées de gitan qu’il avait dû vivre. Laëla lui donnait quelques années de plus qu’elle. Ses yeux, d’un bleu profond, lui plurent tout de suite.

- Euh...

Que lui avait-il dit pendant qu’elle avait le dos tourné ? Elle ne voulait pas avoir l’air stupide, avoir l’air sourde. Pour se donner un peu de contenance, elle réajusta ses vêtements froissés par la course et coiffa d’une main distraite ses longs cheveux blonds. Elle eut un sourire charmant, décidée à passer une jeune femme inoffensive. D’une voix où elle essaya de masquer son handicap, elle dit :

- Cette histoire est un peu compliquée. Je m’excuse pour cette intrusion, mais... je n’avais pas trop le choix.

Avant qu’il ne puisse répondre, le regard de Laëla fut attiré par le bastingage au dessus duquel elle avait voltigé. Retrouvant ses forces, elle se leva et alla examiner les quais. Au passage, son genou craqua et elle retint une grimace. Ça passerait... En attendant, il y avait plus urgent. Le juge, toujours sur le quai, gesticulait, entouré d’homme. Elle distinguait ses lèvres qui s’activaient, mais la distance l’empêchait de comprendre. Une minute, elle contempla Mannheim. Que faire ? Rester sur le bateau semblait sa meilleure option, le temps de se faire oublier. Si on voulait bien d’elle.

Elle se retourna vers le propriétaire de la péniche. Il la fixait, l’air interrogateur. Zut. Il lui avait sûrement parlé alors qu’elle réfléchissait. Encore une fois, elle avait passé pour une idiote. Elle soupira.

- Écoutez... Ne me livrez pas au juge, s’il vous plait. Je n’ai pas vraiment d’argent, mais je suis prête à faire absolument tout ce que vous voudrez pour aller avec vous. Peu importe où vous allez.

Mais aller à Argos serait encore mieux, songea-t-elle quand elle vit son sac par terre. Elle avait des criminels à servir, encore et toujours.
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MessageSujet: Re: Par un beau jour de Dielli... [terminé]   Lun 27 Sep 2010 - 3:38

La situation était très gênante pour Ylero, et celui-ci ne cherchait nullement a l'occulter. Une expression dérangeante, comme grimaçante, persistait sur le visage habituellement si espiègle du jeune Gitan, démontrant clairement le dilemme Cornélien qui s'imposait a lui comme une terrible fatalité qu'il n'aurait jamais demandé. Nerveusement, il se frotta la nuque de sa main droite, tandis que la gauche lui fit office de parasol, jaugeant de haut en bas l'intruse.

La jeune femme, car elle en était bien une, avait les traits d'une véritable petite demoiselle de la capitale. Son visage doux était surmonté de cheveux des blés quelques peu insubordonné, malgré les efforts dont elle avait fait part pour les recoiffer. Ses yeux étaient ceux d'un chérubin, côtoyant un nez fin qui lui donnait un aspect des plus candides. Elle arborait un gilet étroit a manches courtes, ainsi qu'un pantalon de cuir, ce qui aurait été étonnant pour une véritable jeune citadine, celles-ci étant plus habituées aux robes coquettes. Malgré cette tenue courtisée des aventurières en herbe, la jeune femme ne semblait pas hostile.

La demoiselle lui offrit un doux sourire, qu'il n'eut pas le volonté de rendre. Ses pensées étaient pour le Juge de Mannheim, qui venait sans doute de comprendre durement que le Gitan ne freinerait pas sa route. Bon sang, il allait surement être recherché, et ne pourrait plus revenir a la capitale avant plusieurs mois. Ylero pesta pour la seconde fois de la journée, ce qui n'était pas forcement, voir pas du tout, un signe de bonne-aventure. La situation, qui lui était toujours abstruse, semblait compliquée, mais une chose n'échappait pas au Gitan. Si la jeune femme avait été poursuivie par l'incarnation de la Justice, c'est qu'elle ne devait pas être aussi angélique qu'elle voulait bien le faire croire. La fuyarde se releva, tournant le dos au Voyageur du fleuve, qui la regarda longuement, ébahis de son absence totale de gêne. Ses articulations menacèrent de lâcher, mais elle n'en tint pas garde, préférant concentrer son attention sur son poursuivant, toujours a quai.


- Mademoiselle, vous n'pouvez rester là...

Cette dernière l'ignora purement et simplement, laissant sur place un Ylero aux airs embarrassés. Le Gitan tapota le pont de son pied, sans quitter cette expression grimaçante. Quand elle eut finit de contempler son œuvre, la demoiselle se retourna, abêti, et soupira sans que son interlocuteur ne comprit pourquoi. Alors qu'il s'apprêtait a répéter ses laconiques mots, la jeune femme se fit plus suppliante, lui demandant de ne pas la livrer au Juge. Il n'avait pas vraiment le choix. Il lui aurait volontiers demandé quelques pièces pour ce service, mais la fuyarde s'était empressée de lui dévoiler son manque de ressource, au grand dam du Gitan. La garder a bord ? Pourquoi pas. Il avait songé, durant l'espace de quelques secondes, d'attendre de passer le lac de Mannheim pour finalement la jeter par dessus bord, mais peut-être pouvait-elle lui être utile...pour quelques temps. Ses traits se décrispèrent, elle le jeune homme prit une expression plus sérieuse, feignant de réfléchir longuement a la proposition de la demoiselle. Finalement, son regard se porta sur un vieux chiffon de ménage qui trainait sur un coin du pont, et qui servait a nettoyer les planches de celui-ci. Un petit sourire en coin apparu sur son visage, et d'un air malicieux, il glissa a sa compagne de fortune :

- Comme laver un pont, par exemple ?


Dernière édition par Ylero Du Fleuve le Mar 28 Sep 2010 - 6:26, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Par un beau jour de Dielli... [terminé]   Mar 28 Sep 2010 - 2:59


Laëla eut un regard vers le chiffon qui traînait. Elle s’imaginait déjà frottant comme une forcenée avec une simple guenille, accablée sous le soleil d’été. La tâche serait harassante, mais soit ! Elle n’avait guère le choix. Cela valait mieux que de terminer dans les griffes du juge. Et puis, ce jeune homme avait l’air gentil. Sa compagnie ne pourrait s’avérer déplaisante. Reconnaissante, elle eut un grand sourire.

- Marché conclu. Ne vous inquiétez pas, j’ai fait toute sorte de travaux depuis que j’ai dix ans, alors je ne serai pas un boulet pour vous. Je saurai me rendre utile, je ne rechigne pas à la tâche.

Elle marcha jusqu’à son sac sans quitter son compagnon des yeux. Elle savait que cela avait tendance à créer des malaises; les femmes se croyaient dévisagées, les hommes courtisés. Laëla devait donc parfois conjuguer avec des situations difficiles, elle qui ne pouvait pas changer sa manière de faire. Elle savait son regard parfois dérangeant, mais elle espérait au moins que son nouveau compagnon ne prendrait pas cela comme un « intérêt un peu trop vif » de sa part. La jeune femme lui avouerait sa surdité, bien sûr. Faire semblant d’entendre pendant tout le voyage, non merci ! Seulement, elle voulait d’abord qu’il voit qu’elle n’était pas stupide. Au fil des ans, on l’avait tant de fois discriminée avant même de l’avoir connue qu’elle hésitait à se confier. Elle ne savait pas encore si ce jeune homme la jugerait négativement ou s’il continuerait à la traiter comme tout le monde.

Elle sortit de ses pensées en ramassant son sac. Sa main droite fouilla sa manche gauche pour y sortir les faux jetons de jeu qu’elle déposa dans son sac. Au passage, elle poussa un peu plus au fond du sac son poignard qu’elle voulait garder secret –inutile de s’attirer la suspicion du gitan.

- Je ne saurais vous remercier assez, dite-elle sincèrement en déposant son sac contre le bastingage. Je suis consciente que je dois vous avoir créé des ennuis avec les autorités et je le regrette. Seulement... sur le coup, votre péniche m’a semblé le seul moyen d’échapper à la prison. Alors, pour cela... Où allez-vous ? Je dois me rendre à Argos, j’ai un travail à y faire. Si vous pouvez m’y déposer, je pourrai vous payer les frais du voyage lorsque mes employeurs me paieront. Mais ce sera une paie modique, je vous préviens, car j’ai déjà du mal à trouver un toit tous les soirs.

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MessageSujet: Re: Par un beau jour de Dielli... [terminé]   Ven 1 Oct 2010 - 15:22

Tandis que les appels du Juge et les cris de consternation des poursuivants se faisaient de moins en moins distincts, lentement substitués par les clapotis de l'eau s'échouant sur les parois du navire, Ylero du Fleuve laissa vaquer son regard sur la trajectoire que prenais la péniche. Celle-ci suivait une route droite, dénuée d'obstacle, bien qu'un léger virage exigeait ses compétences a une centaine de mètre de leur position. Au loin, le magistrat avait abandonné toute tentative de poursuivre la fuyarde, comprenant que même avec une poignée de soldats entrainés, les fugitifs seraient déjà loin, que ce soit sur le chemin de Lleya ou du Grand Nord. Le Gitan reporta a nouveau son attention sur sa nouvelle pensionnaire, qui n'avait de cesse de le fixer avec entêtement, ce qui étonna visiblement le jeune homme. La demoiselle se dirigeait vers le sac qu'elle avait nonchalamment déposée. Craignait-elle que le Gitan ne la dépouille de sa musette? Ylero n'en tenu pas compte, conscient que les voyageurs n'avaient pas forcement bonne réputation dans les villes humaines, et bien forcé d'être habitué a ces palabres.

Sifflant legerement entre ses dents, comme un serpent, il ajusta sa chemise aux couleurs vives d'un bref époussetage de sa main, et frotta la plante de ses pieds sur le pont. Superstition Gitane. Finalement, il reprit les devant en éclaircissant sa voix d'un faible raclement de gorge, avant de déclarer a la clandestine régularisée :


- Bien, Argos... Ça peut se faire. Mais je vais être bref...

Il marqua une courte pause, durant laquelle il jeta un nouveau coup d'œil au fil du fleuve. Il avait encore le temps.

- Je n'héberge pas gratuitement, alors il va falloir se montrer a la hauteur. Cette vieille barque a besoin d'un petit coup de neuf, alors je compte sur vous pour faire briller tout ça. Quand z'aurez fini, j'ai deux trois petites choses a faire réparer, et on ne sera pas trop de deux pour ça. Deux repas par jours, et on dors sur le pont. On arrivera a Argos dans...boarf...quatre jours, je pense.

Bien entendu, il aurait pu se rendre a la ville maritime bien plus tôt, mais il n'allait pas cracher sur un peu de main d'œuvre gratuite, et il aurait l'occasion de se reposer un peu en stoppant la navire durant la nuit, par exemple. Une idée venait de germer dans son esprit. Il serait sans doute dans l'incapacité de réaliser la moindre affaire, alors autant rentabiliser cette perte par une affaire plus rentable encore...

Il fit un tour sur lui même, et s'avança jusqu'à sa perche métallique. Il empoigna fermement, et se tourna de nouveau vers la jeune femme pour lui glisser :


- A ce propos...je m'appelle Ylero !
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MessageSujet: Re: Par un beau jour de Dielli... [terminé]   Sam 2 Oct 2010 - 18:14


Elle l’écouta énumérer ce qu’elle devait faire sans protester. Il prenait un malin plaisir à lui donner toutes ses tâches, visiblement content de pouvoir confier les tâches harassantes à une tierce personne. Cela importait peu à Laëla, au fond : coincée sur un bateau, elle n’avait guère mieux à faire pour s’occuper. Elle devait une fière chandelle à ce gitan, alors elle ne protesterait pas. Tant qu’il n’essayait pas de l’arnaquer...

Quatre jours de voyage. Cette révélation la laissa estomaquer tandis que son compagnon s’éloignait. La prenait-il pour une imbécile ? A pied, le voyage durait quatre jours ! Une pointe de contrariété naquit en elle devant l’air innocent du gitan qui, peut-être, croyait qu’elle n’était jamais allée à Argos. Il voulait abuser d’elle pendant qu’elle était à sa disponibilité. Mais que pouvait-elle y faire ? Elle ne pouvait pas s’opposer, alors aussi bien plier l’échine. Bientôt, tout cela serait derrière elle.

A ce propos...je m'appelle Ylero !

- Enchantée, Ylero, dit-elle en s’obligeant à afficher un air joyeux. Je suis Laëla. Je vous aiderai avec plaisir pour les réparations. Après tout, si vous avez besoin de quatre jours pour vous rendre à Argos... ça veut dire que votre péniche a bien besoin d’aide !

Elle avait dit cela sur un ton léger qui n’amenait pas à la dispute. Elle voulait juste qu’il sache qu’elle n’était pas si dupe. Elle s’éloigna pour ramasser le torchon et le seau d’eau. Puis, consciente que le temps des mensonges était fini, elle s’empressa de lancer :

- Au fait, Ylero ! Je suis sourde, alors si vous voulez me parler, assurez-vous que je vois vos lèvres bouger. Autrement, on risque de ne pas se comprendre.

Et elle se détourna rapidement, préférant ne pas voir sa surprise ou encore son mépris. Qu’il garde ses sentiments pour lui.

Durant le reste de la journée, Laëla frotta comme une forcenée. Elle s’absorba dans son travail en se permettant seulement quelques brèves pauses où elle jetait un coup d’œil à la vue imprenable qu’offrait un bateau sur le monde. Les vagues, doucement, ondulaient à l’infini, tandis que les terres défilaient devant ses yeux. La jeune femme se laissait habiter par la sérénité du moment, consciente qu’il n’existait rien de plus beau que la douce nature.

La fin de la journée la laissa affamée et éreintée. Il lui semblait avoir frotté tout ce qui était frottable sur cette vieille péniche qui reluisait presque à présent. Pourvu que Ylero soit satisfait, sinon, eh bien, elle aurait peut-être une légère envie de lui tordre le cou ! Quand son ventre émit une protestation bruyante, elle déposa le chiffon par terre, signalant ainsi qu’elle s’arrêtait pour un moment, quoique le gitan en pense.

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Par un beau jour de Dielli... [terminé]

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