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 Sur la route de son Pays [Solo]

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MessageSujet: Sur la route de son Pays [Solo]   Sam 19 Mar 2011 - 13:03

Le bel Ylero, troisième fils de la dernière génération gitane du clan du Fleuve, a disparu des regards comme des mémoires durant ces cinq derniers mois, après avoir conduit la jeune Laëla Helderwin aux abords d'Argos, repaire des marins et des pirates. Recherché par les Juges de Mannheim et Lleya pour avoir protégé et caché une fugitive, ce fut avec grande peine -et un soupçon de chance- que ce dernier traversa de nuit la ville des Mages pour prendre la route du Grand Nord, région abandonnée des représentants de l'ordre tant les conditions de vie y sont difficiles. Après avoir amarré sa péniche au cœur de la forêt d'Is, Ylero profita de son exil pour achever la remise à neuf de son petit navire en usant des ressources locales (Bois, sèves et peaux). La péniche, que le Gitan nomma l'Hildisvíni, à présent rénovée, le troisième fils estima que les Juges l'avaient finalement oublié, et décida de son retour a Mannheim. Les affaires allaient reprendre...


L'aube naissante baignait les vallées dans une clarté immaculée des plus aveuglantes, l'astre solaire à peine filtré par l'épaisse couverture nuageuse qui trônait depuis des mois sur les venteuses montagnes d'Ymir, et ne conservant de cette odyssée qu'un vif éclat de diamant brut, fatal aux yeux les plus sensibles. La beauté brutale de la région avait inspirée des générations entières d'artistes elfiques, et alors que son visage était fouetté par la vigueur sans pareil d'un Tramontane aussi libre et sauvage qu'un Licorne Spectrale en pleine charge, Ylero le Gitan lui-même pouvait ressentir les forces naturelles irrémédiablement poétiques qui ne faisait qu'un avec l'horizon, comme si quelques Dises en personne avaient façonné de leurs mains gracieuses ce territoire rocheux comme l'aurait fait un potier talentueux mais incompris. S'engouffrant dans les crevasses comme dans une flute de pierre, les bourrasques hurlaient la naissance d'un jour nouveau, mettant ainsi a l'épreuve l'étranger qui foulait la roche de ses pieds nus et tannées comme un cuir de bête, et grimpait avec agilité le long des falaises, agrippant ses doigts usés aux failles de la pierre, comme une défiance insolente aux puissants oiseaux d'Ymir qui pensaient a tort être les seuls maitres des hauteurs montagneuses. Pas un soupir, pas une grimace ne pouvait entamer la détermination de fer du Gitan, qui tenait fermement entre ses mâchoires endolories sa besace de peau, plus grosse et plus lourdes qu'a son habitude. Le hurlement de rage d'un Ogre des Montagnes, lointain mais porté par les vents rapides, résonna aux oreilles d'Ylero, qui se cabra quelques secondes, comme attentif aux déplacement de ce peuple cruel, solitaire et dénué de pitié. Trop peu équipé pour ce genre d'expédition solitaire, le Gitan risquait jusqu'à sa vie dans son déplacement, mais le jeu en valait la chandelle, et si son plan venait à fonctionner, alors Ylero mettrait la main sur une jolie somme. A une dizaine de mètres au dessus de sa tête, alors qu'il était encore suspendu à la falaise comme un grand singe, se dressait une vallée d'accès extrêmement difficile, d'où un Oiseau de Paradis avait élu domicile depuis plusieurs années, et y avait fondé son nid. Et comme a son habitude, après un vigoureux Lumi, le volatile allait pondre plusieurs œufs qu'il allait couver durant une saison, après quoi en émergerait ses oisillons, progéniture sans plume ni expérience, a qui tout serait à apprendre.

Lorsqu'il arriva enfin a sommet de la faille, le Gitan se hissa avec une fatigue non dissimulée sur la petite vallée, et s'allongea en son seuil, ignorant le froid et le Tramontane, épuisé. Sa poitrine se gonflait aux mesures de ses longues inhalations d'air froid, tandis qu'il fermait les yeux, et prit de longues minutes, interminables, de repos. Une fois que son corps retrouva un semblant de vivacité, Ylero se releva, et apprécia le décor vertigineux qui s'offrait à ses yeux éreintés. Son poste d'observation dominait presque toute la région, a l'exceptions des plus hautes montagnes, et le voyageur se surprit a se comparer a un Ase tout-puissant. A une centaine de mètre derrière lui, comme l'avait supposé Ylero alors qu'il avait observé l'oiseau plusieurs mois auparavant, se trouvait un grand nid de brindilles sèches, dans laquelle remuait faiblement une masse endormie. Un large sourire se dessina alors sur le visage halé du troisième fils, conscient qu'il était plus roche que jamais de la réussite, mais encore fallait-il être discret, et faire preuve de la plus grande des ruses, si astucieuse que Loki lui-même pourrait en pâlir. Ce fut alors qu'il s'empara de sa besace, qu'il avait lâché a coté de lui, alors qu'il s'était écroulé dans la poussière rocheuse de la montagne. Ce dernier remua lentement, avant de replonger dans une étrange inertie, sous le regard brillant du Gitan, car en son sein se trouve un bel Eskuriax gris qu'Ylero avait capturé en chemin dans la forêt de Tleïar, alors qu'il était en quête d'un appât nerveux et rapide, capable d'attirer un prédateur durant de longues minutes, et le jeune animal fougueux semblait avoir le profil idéal. Profitant de l'assoupissement du grand oiseau, maitre des figures de géants qui se dessinaient dans la roche d'Ymir, le voyageur s'approcha, avec une certaine frayeur, du grand nid. Les Oiseaux de Paradis peuvent se montrer extrêmement dangereux lorsqu'il perçoivent un intrus à proximité de leur nid, et Ylero n'était pas à son avantage dans ce territoire qui n'était pas le sien, a peine armé d'une dague de Gitan. Même la fuite lui semblait impossible, coincé par un vide de plusieurs centaines de mètres, ajoutant un certain panache a sa tentative audacieuse.

Quand il fut suffisamment du nid, Ylero fut soulagé de voir que l'oiseau avait le sommeil profond, n'ayant sans doute pas l'habitude de voir un étranger sur cette plate-forme en hauteur. Profitant de la présence d'un buisson touffu et rigide, le Gitan s'y camoufla, et plongeant alors la main dans sa besace brune. L'Eskuriax, qui avait passé trois jours dans le sac, avait cessé de lutter pour sortir, comme résigné à son sort, et même le contact avec la main du Gitan se refusa a lui redonner sa nervosité d'antan, au grand dam d'Ylero. Ce fut seulement quand ce dernier l'extirpa de sa cachette que celui-ci comprit que la liberté allait de nouveau lui être offerte, poussant de petits cris aigus et tentant -en vain- de mordre la main du chasseur d'oiseau. Après quelques secondes d'intrigues, l'Oiseau de Paradis s'éveilla lentement, attiré par les lamentations de la petite bête, apportant au Gitan l'occasion qu'il attendait tant. D'un geste élancé et précis, il lança a ras de terre l'animal, qui se mit a courir comme si Hel en personne était a ses trousses, sous le regard soudainement très éveillé du volatile. Ne refusant pas un petit repas tendre et fondant, il ne fallut au prédateur que quelques secondes pour s'envoler haut dans le ciel, partant a la traque de l'animal relâche, et laissant alors sans défense sept gros œufs blancs mouchetés. Quand l'oiseau fut a une bonne distance de son nid, Ylero s'élança hors de sa cachette, et se précipita sur le nid, gonflé par une euphorie si palpable que l'air lui-même ne semblait pouvoir traverser ce brouillard de bonheur qui émanait du bel homme au teint cuivré. N'ayant de place dans sa besace que pour un unique œuf, le Gitan s'empara du plus beau d'entre eux, et le fourra dans sa besace désormais vide avec le plus grand soin. Un couinement lointain sous-entendit que l'Eskuriax n'avait pas réussi a échapper a l'œil entrainé du chasseur volant, et comprenant qu'il ne faudrait a ce dernier qu'une ou deux minutes pour revenir a son nid, le fils du fleuve estima qu'il était temps pour lui de disparaitre. Au pas de course, il revint à la faille qu'il avait escaladé pour accéder a la plate-forme rocheuse, et entreprit la descente, renforcé par un sentiment d'invincibilité qui lui était propre. Lorsqu'il retournait auprès de sa péniche, le Gitan envelopperait son butin dans un peau épaisse et chaude, et achèverait sa couvée. Il partirait alors en route pour Lleya, où quelques scribes ou nobles payeraient sans doute l'œuf à prix d'or, conscient de la rareté de posséder son propre Oiseau de Paradis, qu'ils dresseraient a leur guise.

Ylero du Fleuve, fier navigateur de l'Hildisvíni, était de retour.

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MessageSujet: Re: Sur la route de son Pays [Solo]   Sam 19 Mar 2011 - 13:10

[Fin de l'acte, un grand bravo au participant, je suis fan.]
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