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 Mission - Partie II - [solo]

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AuteurMessage
Chevalier
Adrena L'Ulaunavatar

 :Peuple :
Humain
 :Âge du personnage :
22 ans
 :Equipement :
Une sihelverd et quelques biscuits rassis


* * *

Vêtements:

MessageSujet: Mission - Partie II - [solo]   Dim 10 Avr 2011 - 23:15

Besoin de prendre du recul...


    C'était une journée banale. Une de ces journées où l'on sait que rien ne va se produire et qui semble, avant même d'avoir commencé, n'avoir jamais été. Le soleil était bas dans le ciel laiteux et frappait de sa lumière insipide et blafarde les murs de grès massif et de le toit de chaume, encore froids de la nuit qui venait à peine de s'achever. Ces murs, c'est son père qui les avaient construits de ses mains; mains fortes du manutentionnaire, dont il se rappelait la douce rugosité et qui lui donnait le vague à l'âme. Aujourd'hui c'était lui le père de famille, et il fallait aller travailler. Comme tous les jours, rejoindre les champs à l'instar des milliers d'autres paysans d'Yggdrasil et de ses ancêtres avant lui. Cette maison, après tout, lui avait été léguée de juste droit mais la terre qu'il travaillait du soir au matin respirait encore à travers les squelettes de ses vieux propriétaires; tu étais poussière, et poussière tu redeviendras. Les draps qu'il repoussa doucement n'étaient ni de soie, ni même de coton; c'était un lin terni et tanné par le temps plus doux à ses yeux qu'aucun autre tissu ne pouvait l'être. Quelle douceur que les souvenirs passionnels qu'ils avaient pu voir, sentir à travers chacun des pores de sa peau basanée. Il les avait partagé avec elle, ces tissus. Un regard à droite, elle était là. Brûlante dans son sommeil profond, belle comme aucune autre. Pure comme jamais. Tant de douceur ne pouvait être que divin et il pensa avec amusement que chaque matin se déroulait selon un rituel particulier dont elle était le point central. Il se pencha d'abord sur elle, pour respirer les effluves fleuries de sa peau nue et légèrement hâlée par le travail, avant de passer, avec toute la douceur dont il était capable, sa main dans ses cheveux délicats. Les yeux myosotis de la femme s'entrouvrirent pour se refermer aussitôt dans un grognement étouffé; elle n'avait jamais été du matin. Elle le rejoindrait plus tard. Un faible rayon de soleil avait balayé la pièce quand il se décida de quitter le lit conjugal pour rejoindre les champs, alors d'un terne doré sous la couche nuageuse qui annonçait un violent orage. Il espérait avoir fini labourage et semence dans la matinée et s'il s'y appliquait, pourrait même commencer à relever une partie des céréales déjà mures - lesquelles avait été plantées le mois dernier et menaçaient d'être anéanties par la tempête à venir. Comme pour confirmer ses dires, une brusque rafales chargée d'humidité ébouriffa ses cheveux cendrés lorsqu'il ouvrit la porte légère sous laquelle l'air passait aisément. Il songea avec un froncement de sourcils qu'il allait falloir qu'il la consolide avant le début de le saison des pluies sans quoi, ils seraient inondés.

    Il battait la terre avec toute sa force d'homme, précision et méticulosité. Et il pensait. Il pensait distraitement à son futur: aux économies qu'il accumulait minutieusement en vue de construire son propre petit commerce d'alimentation, à sa femme, unique amour de sa vie et à son ventre qui s'arrondissait doucement et, chaque jour un peu plus, à son enfant à venir. Il pensait au monde dans lequel il allait grandir; un monde à la paix précaire, un monde rempli de magie et se demandait comment grandirait son enfant lorsque ni lui, ni son épouse ne serait plus de ce monde. Il espérait qu'il – ou qu'elle – suive des études dans la magie ou dans le soin. Il pensait à la mentalité des hommes; tantôt sombre comme l'enfer, parfois brillante comme un soleil... Autour de lui la nature s'épanouissait contre la volonté de ses habitants. Des champs, ondoyants comme une mer d'or, abritait une faune invisibles à des yeux mortels, sûrement invisible à des yeux divins, également. Au dessus de lui, un ciel sans fin chargé des énergies les plus pures et les plus dévastatrice. Apogée élémentaire contre laquelle personne ne pouvait rien. Au carrefour des mondes, c'était comme se retrouver prisonnier entre deux univers qui s'apprêtaient à s'affronter avec véhémence. Deux univers distincts et à jamais dissociés. Son petit hameau, d'à peine un hectare, était limitrophe avec le pays des elfes et avait la réputation de produire le meilleur blé de la contrée. Aussi, n'était-il pas rare de voir ses voisins aux longues oreilles passer la frontière et lui en acheter les quelques livres nécessaires à la confection de leur fameux pain de voyage. Pain qu'il avait l'habitude de se faire livrer lorsque la caravane – celle la même qui portait les victuailles de Lyzangard à Midgard – passait devant chez lui et y faisait une halte de circonstance. Les relations n'étaient pas amicales, bien entendu, purement commerciales mais il s'en accommodait fort bien. Dur en affaire et méprisant, les elfes de Lyzangard n'en étaient pas moins de bon clients, honnêtes, et lui assuraient un niveau de vie un peu plus élevé que la moyenne.

    Il n'était pas du genre inepte mais, ayant toujours vécu dans le dénuement le plus total, n'a jamais eu, non plus, la chance de recevoir une éducation. Il n'en a jamais voulu à ses parents par ailleurs et ne s'est jamais plains d'avoir eu une telle vie; certains naissent avec une cuillère en or dans la bouche, d'autres n'ont d'autre chance que la fierté de mériter ce qu'ils obtiennent. Par son travail quotidien, il espérait pouvoir offrir à son enfant l'enseignement que lui même n'a pas pu percevoir. Et à sa femme un magnifique bijou. Ils l'avaient vu ensemble alors qu'ils étaient aller vendre quelques rations de blé aux boulangers de Mannheim, et l'homme avait eu le cœur brisé en voyant le regard d'envie de son adorée rapidement remplacé par une triste résolution. Encore nette était l'image dans son esprit de l'anneau de mithril rehaussé d'une pierre opaque, d'un blanc éclatant. Qu'importait qu'il y fusse encore, derrière cette vitrine, il voulait pouvoir le lui faire faire sur mesure si tel n'était pas le cas.

    Un éclair violet fendit le ciel avec la violence d'un coup de fouet, au moment même où les premières gouttes, grosses comme des billes, commençaient à s'écraser au sol dans un fracas retentissant, faisant mugir les feuilles des arbres alentours à l'unisson, comme la plainte d'une seule entité, et l'arracha à sa contemplation. Il sursauta, surpris que la tempête ait pris tant d'ampleur si vite, et du redoubler d'effort pour jeter les derniers sacs de graines à l'abri dans la grange non loin de là. Un autre roulement de tonnerre craqua dans le ciel, devenir noir d'encre, juste au dessus de sa tête et le choc sonore l'assourdit quelques instants.

    « Je dois me mettre à l'abri et v... »

    Il fut frappé de terreur et contempla sa maison les yeux écarquillés, la bouche ouverte dans un hurlement silencieux. Vraisemblablement, la foudre avait frappé le toit de paille de la mensure avant qu'il ne soit trop humide pour prendre; la chaume s'était enflammée comme un rien et n'était maintenant qu'un feu de joie gigantesque. La toiture s'étaient embrasée en quelques secondes et n'était plus qu'une masse de flammes dansantes lorsqu'il gagna à le jardin boueux dans lesquels ses pieds s'enfonçaient et qui entourait les murs comme un Éden protecteur. Les flammes, dans leur sordide et mortelle danse, commençaient d'ores et déjà à descendre les plaintes et les poutres de bois qui soutenait la toiture, rongée par le brasier, qui menaçait de s'effondrer à tout instant et d'engloutir tout ce qu'il possédait de plus cher. Il se précipita dans l'entrée à l'instant où une partie de la façade s'écroula dans un immense roulement de pierre. Il y eut un cri perçant.

    Il fallait que quelqu'un lui vienne en aide.

    Avec du recul, il savait qu'il ne l'oublierait jamais. Ni sa voix, ni son nom, ni son visage.

    Était-ce un ange ? Était-elle l'envoyée divine venue pour lui accorder sa miséricorde à lui, pauvre hère qui ne croyait pas ? Par manque de culture, par manque d'envie. Il ne lui avait pourtant pas semblé qu'elle était tombée du ciel et n'avait pas la douceâtre perfection des créatures de Dieu. Elle était d'une taille moyenne, plutôt mince mais ne possédait pas d'ailes. Ses mouvements n'était pas suivis d'un concert de carillons. Une capuche trempée cachait son visage mais il la sut jeune, lorsque sa voix, claire comme du cristal, tintinnabulant comme une clochette, lui ordonna de rester en arrière. Elle s'enroula dans sa cape humide et s'engouffra dans le trou minuscule qui formait le seul passage à travers les pierres entassées en lui demandant de dégager l'entrée pour préparer sa sortie. Les minutes qui suivirent furent d'une longueur insoutenable; il n'avait réussi à élargir le trou que de quelques centimètres quand sa femme s'extirpa de la maison incendiée et, il en remercia quelque Dieux qui fut à l'œuvre, échauffée mais sans l'ombre d'une égratignure. La pluie torrentielle tombait toujours plus drue et les flammes, qui avait déjà dévorées une partie de la maison dans leur instable et brûlant appétit, voyaient leur fin approcher. Il prit la femme dans ses bras et la couvrit de baiser passionnés, remerciant le ciel, bénissant la voyageuse, bienheureuse coïncidence, sans laquelle il aurait probablement tout perdu.

    Sa femme se dégagea de son étreinte avec toute la violence dont elle était capable et il resta muet de stupeur face à son beau visage déformé par l'angoisse et les larmes. Dans son langage décousu et paniqué il lui semblait qu'elle lui demandait – le pressait – de l'aider à dégager la porte et de faire sortir la chevalière évanouie dans le salon tout proche qui avait besoin de soins urgents. Ils s'activèrent avec ardeur. Il était évident qu'Adrena, comme il apprendrait son nom plus tard, n'était plus menacée par les flammes ou par l'éboulement. En revanche, une poutre incendiée s'était détachée du plafond – ou tout du moins de ce qu'il en restait – et l'avait frappé à la tête, la plongeant dans un coma qu'il espérerait réversible. La maison n'avait pas été complètement ravagée; bien sûr le toit était à refaire sur une bonne partie de la surface et la cuisine allait avoir besoin de travaux mais ni les chambres, ni le salon n'avait été touchés par les flammes. C'est dans une des chambres d'amis qu'ils l'installèrent, la pièce n'était pas grande mais propre et bien ensoleillée. Dans les croyances populaires, l'astre éclatant avait des vertus purificatrices de guérison. Qui sait ? La femme se chargea des soins avec l'aide du médecin. Ce dernier lui assura que la jeune femme s'éveillerait sans séquelles mais qu'il lui faudrait se reposer une bonne semaine après avoir ouvert les yeux et boire énormément de décoction d'écorce. L'homme, quant à lui, s'extasia devant le courage de cette chevalière qui avait bravé sa vie pour sauver celle de ses concitoyens. Il resta seul dans la chambre lorsque le médecin dût partir, appelé ailleurs et, avant de quitter la pièce, se demanda s'il était quotidien pour elle de mettre sa vie en danger de cette façon.

    La réponse était évidente. Il se félicita de n'avoir jamais pris les armes.




    La jeune femme fronça les sourcils en massant son crâne contusionné; la bosse était partie mais l'hématome ne se résorberait pas de sitôt. Bien sûr elle avait encore besoin de repos et était sujette aux malaises – conséquence peu fortuite de son « accident » – mais elle savait surtout que l'heure était venue de regagner la route qui devait la conduire au pays des elfes. Une semaine... Elle avait pris une semaine entière de retard sur son voyage et devrait redoubler de vitesse si elle espérait le rattraper un tant soit peu. Voilà près de deux semaines qu'elle avait quitté Mannheim, elle devait être à la frontière avant la tombée de la nuit, dusse-t-elle dormir sur sa monture !

    Adrena replia la carte d'un air mauvais et l'enfonça dans sa sacoche avant de monter en selle. Un dernier regard à ses bienfaiteurs, un signe de la main et un sourire, la voilà repartie. Le voyage s'annonçait long et cahoteux car, loin de la modernité de la capitale humaine, on s'enfonçait dans une nature de moins en moins apprivoisée, le domaine des elfes et des satyres. La Nature. Elle partir au galop.


Dernière édition par Adrena L'Ulaun le Lun 11 Avr 2011 - 22:29, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Mission - Partie II - [solo]   Dim 10 Avr 2011 - 23:15

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