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 Manque - Partie III [Terminé]

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AuteurMessage
Mage
Cëryl Eludiaavatar

 :Peuple :
Humain
 :Âge du personnage :
19 ans
 :Equipement :
Du matériel de voyage, de lecture et d'écriture !


* * *

Vêtements:

MessageSujet: Manque - Partie III [Terminé]   Jeu 5 Mai 2011 - 21:57

Une goutte... Puis une autre. Chacune d'entre elle glissaient sur son visage pur, traçant des sillons sous ses paupières cernées. Ses joues furent bien vite mouillées comme s'il avait pleuré. Ses vêtements de tissu lui collèrent bien vite à la peau et il sentit la morsure du froid, bien que léger, sur sa chair. Ses tempes étaient creusées par la faim, ses membres engourdis par la fatigue. Il sentait l'étreinte morbide qui se resserrait autour de ses entrailles, une faux terrible qui attendait son heure. La pluie n'allait pas durer, elle était fine et irrégulière, s'arrêtant par intermittences. Cëryl ne connaissait pas suffisamment le ciel pour en être certain mais il ne s'attendait pas à une averse. Cela ferait trop de malchance d'un seul coup. Il y avait d'abord eu les cris, le labyrinthe... Et puis elles. Et maintenant elles revenaient... En plus grand nombre cette fois. Il entendait leur rire retentissant dans les bois autour de la clairière mais n'en pouvait plus, il avait envie d'abandonner, il était trop fatigué pour s'enfuir. Il vit des ombres se mouvoir près de lui, il se dit qu'il pourrait bientôt sentir leur haleine fétide et sa gorge se faire arracher en l'espace de quelques secondes avant qu'elles ne le dévorent complètement. Il y eut cependant une étincelle qui le fit réagir et se redresse au dernier moment, sentant qu'il ne pouvait mourir sans se battre une dernière fois, tenter le tout pour le tout pour celle qu'il aimait.

Depuis deux jours qu'il avait quitté Alfheim, Cëryl arpentait une petite route en direction de l'ouest, qui devait le mener à Lome Lith si les indications qu'on lui avait donné étaient exactes. Le trajet devait durer environ deux journées pleines, et il avait acheté le strict minimum de provisions, non pas en vu d'un régime (un... Quoi ?) mais à cause de sa bourse dont le poids diminuait de plus en plus. Cëryl marchait d'une cadence soutenue, sans perdre de temps, cherchant à atteindre au plus vite la ville elfique. Il croisa le chemin de quelques voyageurs montés sur chevaux venant de là où il désirait se rendre, Lome Lith la magnifique, une autre beauté architecturale dont avait eu vent le jeune homme des mois plus tôt, lorsqu'Athos lui parlait géographie. La ville ne constituait pas l'objectif de son voyage mais quand bien même, sa curiosité naturelle le poussait au désir de la voir ailleurs que décrite dans des livres.

Le jour, la température de l'atmosphère s'élevait fortement pour redescendre aux alentours de 15 degrés la nuit et Cëryl suait à grosses gouttes en parcourant la route principale. En comparaison, la nuit lui semblait douce et les deux qu'il avait passé à la belle étoile lui avaient fait beaucoup de bien. A deux occasions, il avait trouvé une petite clairière non loin de la route et s'y était installé pour manger et dormir. Avant de s'abandonner aux bras du sommeil, il avait rédigé quelques phrases dans son carnet, à propos de la forêt d'Aranwë, de sa flore diverse et étonnante. Il avait notamment découvert le Nordi, dont il avait entendu parlé à l'école de mages, une fleur qui ne s'ouvrait que la nuit et d'où s'échappaient des grains de pollen qui doucement s'envolaient vers le nord. La particularité de ces grains résidait dans leur fluorescence, qui donnait à la forêt une espèce de scintillement magique durant la nuit.

« Voilà ce qui distingue le monde des elfes du notre » pensa le jeune mage. Un monde où se rependaient des effluves mystérieuses entre les brins d'herbes, au sein même de la terre et parmi les feuilles des arbres. Et alors qu'il réfléchissait il voyait tomber dans le creux de ses mains l'un de ces minuscules grains, et la maigre lumière qui en émanait enrobait sa main dans un faible halo de lumière, comme s'il exerçait lui-même de la magie, sauf que cette fois il s'agissait du pouvoir de la nature. Quel bonheur lui procuraient ces instants, allongés en plein milieu d'un territoire qui lui était jusqu'alors inconnu, mais se sentant en même temps si proche de la vie elle-même dans cet endroit qu'il ne connaissait pas. Il aurait désiré dormir de nombreuses nuits dans un lieu si magique, mais l'amour l'en empêchait. Quand il retrouverait Adrena, il lui montrerait ce royaume féérique.

Le voyage sous la chaleur accablante n'était pas tant un problème que ça : il était habitué à voyager longtemps et peu lui importait la température s'il avait de quoi se rassasier en cours de route. La nourriture était la mule qui le portait.

L'incident survint au début du 3ème jour. Cëryl avançait au même rythme que d'habitude, reposé et après avoir dévoré un casse-croûte pour tenir la matinée. Il vit passer une cohorte de chevaliers elfes qui se dirigeait dans la même direction que lui, après les avoir entendu arriver depuis un certain moment derrière lui. Le soleil frappait fort ce jour là et il devait avancer une main en visière au dessus du front pour ne pas être complètement aveuglé et ébloui par le soleil. Cependant, au passage des chevaliers, sont attention fut retenue par un cri perçant à sa droite, en dehors de la route. Le cri lui faisait penser à ceux des amies de son frère, lorsqu'elles criaient, plus jeunes, lors de jeux d'enfants. Mais ce cri était encore plus aigu que ceux des petites filles, à travers lui, on percevait comme un appel singulier, un besoin d'aide. Cëryl s'arrêta, les yeux écarquillés, et failli se faire écraser par deux chevaliers restés à la traîne. Aucun d'eux ne parut prêter d'attention à ce cri, et Cëryl se mit à les appeler plusieurs fois pour leur signifier qu'une petite fille hurlait à la mort et était très certainement en grave danger quelque part dans les bois. Pour autant qu'il le savait, la forêt était inhabité. La petite fille ne pouvait donc pas trouver refuge... Mais comment avait-elle pu se perdre ici ? Aurait-elle été abandonnée ? Cette hypothèse horrifia le jeune mage qui redoubla d'efforts pour attirer l'attention des elfes qui s'éloignaient déjà devant lui. Il lui sembla que l'un d'eux se retourna quelques secondes mais il n'y prêta guère plus d'attention et poursuivit sa route avec les autres.

Dégoûté par cette attitude qui n'était pas celle que devait, selon Cëryl, adopter un chevalier ayant un minimum le sens de l'honneur, le jeune homme se dirigea de lui-même vers la source du cri, en courant presque, inquiet du sort de la petite. Le bruit déchirant se répéta, une fois, deux fois, trois fois... Il n'y avait plus aucun doute, il n'avait pas rêvé. Son devoir était d'aider ceux qu'il pouvait aider, même chez des étrangers. En effet il n'était pas un elfe, mais en tant qu'être vivant il se sentait obligé de porter secours à un semblable qui n'avait nulle défense et qui devait respirer la pureté de l'enfance. La délicatesse et la détresse liées du jeune homme étaient telles qu'il désirait à tout prix retrouver la petite et la prendre dans ses bras pour la réconforter, lui répéter que tout irait bien. Il regretta bien vite cet instinct protecteur.

Il comprit tout de suite lorsqu'il les vit. Il avait couru au moins pendant cinq minutes en suivant la direction du cri, et avait débouché dans une sorte de clairière où la première chose qui frappait en y pénétrant était un énorme rocher dépassant du sol. Le rocher avait un trou à sa base, et le cri provenait de l'intérieur du trou. Mais le cri se mua en une sorte de ricanement intelligent qui pétrifia instantanément le mage, qui recula très lentement pour s'éloigner du rocher. Il venait de comprendre le manque de réaction des chevaliers : eux avaient connaissance de la région, et en particulier de la faune et de la flore. Idiot qu'il était, il n'avait pas pu se douter que les elfes connaissaient tout de même bien leur forêt... Il se sentit le pire des imbéciles. Devant lui se dressait une tanière, le repère d'animaux perfides dont il avait plus d'une fois lu des récits de voyageurs à leur sujet : des hyènes. Elles étaient au nombre de cinq. Au moment où il reculait, tétanisé, deux d'entre elles étaient en train de s'extirper du trou, leurs grands yeux brillants sortant de l'ombre du terrier. Il vit leur poils hérissés, leur oreilles tendues en avant, mais ce qui l'horrifia le plus fut leurs canines retroussées, et la bave qui suintait de leurs bouches pour former de minuscules flaques sur le sol plein de brindilles. Pour la première fois de sa vie, Cëryl connut la peur. Pas la simple angoisse d'un examen de première années de magie, non, la véritable peur, celle de la mort qui se trouvait au bout des griffes luisantes de ces créatures. Un rayon de soleil qui filtrait à travers la cime des grands arbres autour de lui et des bêtes l'éblouit brièvement, il se retourna vivement pour s'en détourner mais fut aussitôt saisit d'une poigne de fer à l'estomac, lui coupant le souffle. Il y avait derrière lui trois autres hyènes toutes aussi diaboliques par leurs regards sournois, qui lui coupaient toute retraite. Il n'avait pas moyen de retourner en sens inverse, à moins de les contourner, mais c'était en l'occurrence se jeter – au sens propre – dans la gueule de... La hyène. Cëryl n'eut même pas un début de sourire en pensant à ce jeu de mot sorti tout seul de son esprit en ébullition. Le moment était venu pour lui de fuir, le plus rapidement possible, pour échapper à ces monstres. S'il n'y en avait eu qu'un, à la limite, il aurait pu tenter de s'en sortir en ramassant un bâton et en se défendant, mais cinq c'était bien trop. Comme pour lui rappeler sa très mauvaise posture, une des hyènes émit un glapissement dans lequel on discernait une sorte de note de plaisir... Cela lui donna l'impulsion nécessaire pour détaler dans la seconde qui suivit.

N'étant pas habitué à la course, Cëryl s'essouffla bien vite. Mais la peur de se faire dévorer vivant le poussait à dépasser ses limites, et la douleur qu'il ressentait dans ses mollets et la chaleur qui embrasaient ses poumons ne l'empêchèrent pas de courir comme un dératé pendant plusieurs minutes. Malheureusement pour lui, les hyènes ne le lâchèrent à aucun moment. Il lança quelques regards en arrière, espérant chaque fois qu'elles soient parties, découragées ou juste fatiguées, mais c'était sans compter leur malice et leur sadisme : elles semblaient même y aller doucement, ne pas courir trop vite pour lui donner l'illusion d'un échappatoire possible, sachant qu'à la fin elles auraient leur proie. Encore une fois, Cëryl crût entendre des ricanements déplaisants, dans son dos. La douleur s'amplifiait dans ses jambes, sa respiration était sifflante et il avait deux points de côté. Mais il savait que s'arrêter signifiait également cesser d'exister, alors il n'avait pas d'autre alternative. Il espérait tomber sur les chevaliers croisés plus tôt à un moment ou à un autre, mais il savait déjà que la chose était impossible, ils suivaient la route, et Cëryl ne voyait pas l'ombre d'une route. Il se demanda à plusieurs instants s'il n'était pas carrément en train d'aller à l'opposé de la route, de pénétrer dans le cœur de la forêt, mais il n'arrêtait pas de repousser cette horrible pensée. Malgré tout, il changeait de direction à chaque dizaine de mètre, pensant retrouver la bonne, ce qui était évidemment faux. Le jeune homme n'était pas sportif pour un brin et se disait dans sa fuite désespérée que s'il en réchappait, il s'entraînerait tous les jours jusqu'à sa mort, ce qui était bien entendu faux également.

Au bout d'un moment il se heurta à des séries de bosquets qui l'empêchaient de continuer à courir sans ralentir le rythme, il dû donc se mettre à les contourner sans arrêt. Il y en avait partout ! A gauche, à droite... Par chance l'anticipation et les réflexes étaient davantage son point fort que les épreuves physiques et il savait vers où se diriger à chaque nouveau « mur » d'arbustes qui le gênaient. Les hyènes n'étaient en rien désorientées par ce labyrinthe naturel et bondissaient même par dessus les buissons, en conservant leur distance malveillante avec Cëryl. Lui-même finit par sauter, en s'éraflant les jambes au sang par dessus des tas de branches pointues. Comment avait-il pu s'égarer jusque là, l'endroit où la végétation était la plus dense ? C'était la question qui revenait dans son esprit, qui l'empoisonnait, qui le mettait en rage contre lui-même et sa naïveté et son sens de l'orientation déplorable. Soudain, il déboucha sur la clairière.

Aucun buisson ne se dressait contre lui, mais il aurait préféré. Il courut dans un ultime effort vers le centre de la clairière pour apercevoir avec effroi qu'un cours d'eau lui bloquait la route. Il était face au Sudri... C'était le bruit qu'il entendait sans l'entendre depuis plusieurs minutes. Il n'y avait pas prêté attention, il pensait qu'il s'agissait des branches et des feuilles qu'il n'arrêtait pas d'effleurer qui bruissaient contre lui ou les hyènes, mais c'était bien le bruit de l'écoulement du fleuve. Et pas d'une partie qu'il pouvait aisément franchir : le cours d'eau était rapide, de nombreux rochers pointus s'extirpaient de l'eau comme des ailerons de requin et comme si ça ne suffisaient pas, Cëryl eut le temps d'apercevoir une mini-cascade tout aussi dangereuse que les rocs un peu plus loin, là où les rapides convergeaient.

Il fit volte-face, et les vit toutes les cinq. Elles se déplaçaient dans le but de l'encercler, et le regardaient, l'air carnassier. Le mage n'en pouvait plus, physiquement, et s'affala sur le sol. Son moral en avait pris un coup, également. Avoir autant couru pour rien l'accablait, et la brûlure que ses poumons contenaient avec peine eut raison de lui, il se pencha sur le côté et vomit.

Sa vision était trouble, et il sentit la première goutte de pluie. Il était triste car c'était le deuxième fois qu'il se perdait en l'espace de quelques jours, mais cette fois, Adrena ne le sortirait pas du pétrin. Il n'y avait personne à des kilomètres à la ronde, pour la première fois de sa vie il était vraiment seul, sans que l'on ne puisse se soucier de lui.

Les hyènes s'avancèrent, décidées à débuter leur festin, quand Cëryl se redressa et se remit sur pied, vacillant, mais les yeux brûlant d'une lueur d'espoir. Il savait que l'on comptait sur lui, qu'il y avait des gens dans ce monde qui souhaitaient par dessus tout le revoir. Sa famille, et probablement Adrena, il en était sûr.

Et d'ailleurs, c'était Cëryl qui mangeait, on ne mangeait pas Cëryl.


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