Partagez | 
 

 Evoë Leleka [Humaine] -Terminé-

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Mage
Leleka Evoëavatar

 :Peuple :
Humaine
 :Âge du personnage :
22 ans
 :Equipement :
Une besace contenant quelques jours de vivres et divers objets de première utilité, ainsi qu'un poignard


* * *

Vêtements:

MessageSujet: Evoë Leleka [Humaine] -Terminé-   Sam 2 Juil 2011 - 21:48

    - Nom: Evoë
    - Prénom: Leleka
    - Sexe: Féminin
    - Age: 22 ans
    - Taille: 1m75
    - Poids: 65 kg

    - Peuple: Humaine
    - Classe: Mage

    - Description physique détaillée: Grande et plutôt mince, Leleka a une démarche gracieuse et des attaches déliées. Son visage plutôt doux et pur, avec un petit nez et une petite bouche, la fait paraître légèrement plus jeune que son âge. Ses yeux d’un gris bleuté ressortent nettement sur son teint très pâle, et ses cheveux aux boucles d’or cascadent librement plus bas que sa taille. Généralement, elle porte de longues robes à froufrous, pas nécessairement très pratique pour se déplacer. En voyage, des vêtements plus simples et moins amples sont de mise : une tunique sans manches, un pantalon, et une longue cape en hiver, le tout dans des tons de brun et de vert, moins tape-à-l’œil que le bleu canard qu’elle affectionne en ville. Et si par hasard elle se retrouve en forêt, elle tressera ses cheveux pour éviter qu’ils ne s’accrochent aux branches.
    - Caractère du personnage: Leleka est un être de savoir. Voit-elle un livre, il lui faut absolument le lire dans les plus brefs délais. Heureusement, comme ils sont rares, elle n’en voit pas souvent. Considérant que tout savoir est bon à prendre, elle peut se montrer très curieuse voire respectueuse face à des individus qui maîtrisent parfaitement leur spécialité. Et ce, que ladite spécialité soit le dessin, la broderie, le combat ou la pêche à la ligne. Le problème, c’est que comme elle ne connait pas forcément grand-chose à ces domaines et qu’elle est assez impressionnable, on peut lui faire gober pas mal de choses si on a un peu de bagout… ceci dit, si elle s’en rend compte, elle considérera que tout ce que la personne peut lui dire par la suite est faux, comme l’était tout ce qu’on lui a déjà dit. Avec elle, c’est tout ou rien, et quand c’est "rien" c’est définitif. Seulement, elle est si sensible au ton sur lequel on lui parle qu’elle se laisse souvent duper. Comme quoi on peut être très cultivé et absolument incapable en termes de relations humaines…
    L’autre occupation principale de Leleka est son miroir et sa brosse à cheveux. On peut être un être de savoir et cultiver son apparence en attendant d’enrichir son esprit. Et puis Helma, son mentor, n’hésiterait pas à lui passer un savon si elle apprenait qu’elle se laissait aller…
    En termes de comportement, elle est plutôt enthousiaste, même si un peu timide lorsqu’il faut entamer une conversation. Elle s’efforce d’être raffinée dans ses gestes, mais si elle ne surveille pas étroitement sa langue son parler (et son accent) campagnard refait très vite surface. Et si par malheur elle voit un livre, elle perd tout contrôle (mais sans commune mesure avec l’hystérie de Raine de Tales of Symphonia, pour ceux qui connaissent…). D’abord, parce qu’un livre, ça contient des connaissances qui ne demandent qu’à être découvertes. Ensuite, parce qu’un livre, c’est rare, et qu’en tant que tel il ne faut pas laisser échapper une occasion d’en ouvrir un. Enfin, parce qu’un livre, ça coûte les yeux de la tête, et que, hormis peut-être dans ses rêves les plus fous, elle n’imagine même pas en posséder un jour.
    - Équipement: Un petit couteau qui lui sert essentiellement à couper sa nourriture, et une brosse à cheveux. Très importante, la brosse à cheveux. Comment entretenir des cheveux bouclés aussi longs sans un minimum de matériel ?
    - Ambitions: Apprendre est l’objectif de la vie de Leleka. Elle a quitté Lleya et son mentor pour découvrir le monde et recevoir d’autres enseignements que ceux de la ville blanche.

    - Famille: Leleka est née dans une famille de paysans et était destinée à suivre la même voie.
    - Mère: Raneja Hesmos, paysanne fille de paysans, belle petite brune aux yeux bleus, s’est mariée à seize ans a eu deux enfants de son premier époux, Sento Evoë, décédé après cinq ans de mariage. Peu après son décès, elle a été contrainte de se remarier pour continuer à gérer la petite exploitation familiale, ses enfants de quatre et deux ans étant naturellement trop jeunes pour l’aider.
    - Père: Sento Evoë, paysan de père en fils aussi loin que remonte la tradition familiale, est décédé en tombant d’un toit dans la petite enfance de Leleka ; elle ne garde de lui qu’une impression de blondeur et un grand sourire. Sa mère lui a toujours dit que c’était de lui qu’elle tirait ses cheveux d’or. Quant à sa haute taille, elle lui viendrait du grand-père de Sento, que la tradition familiale décrit comme très grand – presque deux mètres.
    - Beau-père: Ressim Desli, paysan de son état, a épousé Raneja quatre mois après le décès de Sento, lorsque la saison des moissons approcha et qu’il fut clair qu’elle ne pourrait ni récolter assez de grain pour nourrir ses enfants et elle-même, ni entretenir l’exploitation par ses propres moyens par la suite. Sans être hostile envers ses belles-filles, il ne leur accordait guère d’attention pour autant, et cela se renforça avec la naissance du premier enfant du couple, Selia. Et lorsque naquit le premier garçon de la famille, il n’y en eut quasiment plus que pour lui.
    - Frères & Sœurs: une sœur aînée, Mina (deux ans de plus qu’elle), et trois demi-frères et sœurs cadets : Selia (quatre ans de moins qu’elle), Kalassia (cinq ans et demi de moins qu’elle) et Ferino (sept ans et demi de moins qu’elle). Plus ceux qui ont pu naître après son départ et dont elle ignore l’existence.


    - Illustration:
Revenir en haut Aller en bas
Mage
Leleka Evoëavatar

 :Peuple :
Humaine
 :Âge du personnage :
22 ans
 :Equipement :
Une besace contenant quelques jours de vivres et divers objets de première utilité, ainsi qu'un poignard


* * *

Vêtements:

MessageSujet: Re: Evoë Leleka [Humaine] -Terminé-   Sam 2 Juil 2011 - 21:56

Je ne sais trop pour quelle raison je prends la plume ce soir. Sans doute ai-je besoin d’occuper mon esprit et mes mains en cette nuit d’insomnie. Plutôt que de m’abîmer dans la contemplation des astres qui, trop fascinants, me garderont assurément éveillée jusqu’à l’aube, je vais tenter de coucher sur le papier quelques-unes des étapes importantes de ma vie, de revivre ces moments qui ont marqué mon existence et fait de moi ce que je suis aujourd’hui.

Enfance

J’aurais aimé pouvoir dire que je suis née un beau matin d’Ark. Malheureusement pour la légende, c’est par une nuit de Vihm pluvieuse que j’ai rejoint ce monde, dans une modeste ferme des environs de Demether.

Je ne me souviens pas bien des premières années de ma vie. Il me reste quelques images de moments avec Mina, ma sœur aînée, petite et brune comme la terre que cultivaient mes parents – des jeux avec une poupée de son que lui avait faite notre père avant que je naisse, des heures passées à arracher les mauvaises herbes aux champs pour se rendre utiles, même un peu. Quant à mes parents, je pense que tous mes souvenirs d’eux sont assez récents. Excepté le sourire de mon père. Un grand sourire, un peu de travers mais très blanc, et sa grosse main brune, calleuse et chaude dans mes cheveux quand la journée était finie. Je crois que j’étais sa préférée, parce que déjà toute petite je lui ressemblais, grande et blonde quand Mina et ma mère étaient brunes et plutôt petites.

Il avait commencé à me faire une poupée à moi aussi, avant de partir sous la terre.

Ma mère n’a pas eu le courage de nous expliquer que l’enfouissement de mon père dans un trou était la conséquence définitive de sa chute du toit de la grange. J’étais encore très jeune, je n’ai pas compris pourquoi on lui faisait ça. Pendant trois ans j’ai attendu qu’il revienne, sans en parler à personne.

Inutile de dire que je n’ai pas apprécié du tout qu’un autre homme prenne la place de mon père à peine enterré. Plus tard, je devais comprendre qu’il en allait de notre survie à toutes les trois, que nous ne pouvions pas survivre avec le seul travail de ma mère, qu’il fallait un homme pour tenir l’exploitation et accomplir les travaux des champs. Mais ce n’est pas pour autant que j’ai revu à la hausse mon estime de Ressim Desli, qui prétendait remplacer mon père aux côtés de ma mère. Je ne peux pourtant rien lui reprocher pour les premières années de sa présence à la maison, hormis peut-être le fait qu’il nous ignorait complètement, Mina et moi. Mais je ne l’ai jamais appelé "père". Encore moins "papa". Pour moi, papa était parti sous la terre, mais ce n’était qu’un voyage un peu plus long que les autres, il reviendrait.

Puis un jour, une voisine a été enterrée aussi, juste à côté de lui. J’avais un peu plus de cinq ans, assez pour voir la douleur qui défigurait sa famille. C’est là que j’ai compris, sans avoir besoin de poser de questions, que papa ne reviendrait jamais.

Et j’ai hurlé. Comme hurlent les loups, dit-on, comme hurlent les chiens quand meurt leur maître. Comme hurlent peut-être les fous.

A compter de ce moment, plus personne à la maison ne m’a regardée comme avant.

Pour ma sœur, j’étais folle, clairement, et peut-être même dangereuse. Sa crainte s’est rapidement muée en haine lorsqu’elle s’est aperçue que ma mère s’occupait beaucoup plus de moi que d’elle, "folie" oblige.

En effet, pour ma mère, j’étais folle, peut-être, mais je restais sa fille, et la fille de mon père qui plus est. Elle a donc décidé que je ne devais jamais m’éloigner d’elle – pour qu’on ne puisse pas me faire de mal, et pour me calmer si un nouvel accès de folie me saisissait.

Pour Ressim, j’étais devenue une menace pour la douce courbe du ventre de ma mère, et pour leur première fille Selia, mais ma mère n’a jamais voulu me quitter d’une semelle. Quand Kalassia est née, la situation s’est encore dégradée, parce que pour lui j’étais un danger pour mes deux demi-sœurs.

Pourtant, je me souviens de cette période comme d’un long mutisme renfrogné, où je ne disais rien, ne bougeais que pour suivre ma mère et faire ce qu’elle me disait, mais observais et écoutais tout. Je ne voulais plus jamais qu’on me fasse croire des choses fausses. Je voulais savoir, comprendre le monde qui m’entourait, pour ne plus jamais dépendre des autres pour m’expliquer. Parce que depuis la découverte de ce qu’était la mort, j’avais la ferme conviction que je ne pouvais plus faire confiance à ma mère pour m’expliquer quoi que ce soit.

Malgré la crainte de Ressim, la jalousie de Mina et l’inquiétude protectrice de ma mère, je pense qu’on peut dire que tout allait encore à peu près bien avant l’incident.

L’incident, ce fut la blessure de Selia. Ce n’était pas grand-chose, juste une main égratignée sur la terre battue de la maison, vraiment rien de grave. Ma mère l’avait nettoyée à l’eau et s’apprêtait à l’envelopper dans un tissu propre. Moi j’étais à côté d’elle, je la regardais faire sans dire un mot, comme à mon habitude. Et puis soudain elle s’est figée, et presque au même moment je me suis sentie très fatiguée. Juste avant de perdre conscience, j’ai vu que l’égratignure avait disparu.

C’était la première manifestation de mes pouvoirs. Je n’avais pas sept ans.

Et je suis devenue un monstre pour les autres.

Mina refusa d’être dans la même pièce que moi. Ressim, craignant désormais à la fois pour sa femme, ses filles et lui, commença à me hurler dessus pour un oui ou pour un non. C’est vers cette époque qu’il a commencé à être violent avec les autres, en mots d’abord, puis en gestes. Je me suis longtemps étonnée qu’il n’ait jamais tenté de m’éliminer. Je pense aujourd’hui qu’il avait trop peur que je lui jette un sort pour dépasser les éclats de voix. Ma mère a continué à exiger ma présence constante à ses côtés, mais je sentais qu’elle avait peur de moi.

J’aurais pu dire que je n’avais pas fait exprès, que je n’avais pas compris ce qu’il s’était passé, mais je sentais confusément que cela n’aurait fait qu’aggraver les choses. Une gamine folle, ça pouvait encore aller, une gamine folle avec des pouvoirs bizarres c’était déjà plus inquiétant, mais une gamine folle avec des pouvoirs bizarres qu’elle ne contrôlait même pas représentait objectivement un véritable risque. Même dire que le pouvoir en question n’était apparemment pas néfaste puisqu’il avait guéri l’égratignure de Selia n’aurait pas été judicieux. Alors je n’ai rien dit. Pourquoi m’aurait-on crue, de toute façon ?

Quand le ventre de ma mère s’est à nouveau arrondi, pour la première fois depuis deux ans, elle m’a écartée d’elle. Elle m’a dit de m’asseoir devant la maison et de ne pas bouger, pendant que Ressim était aux champs et qu’elle, Mina et Selia travaillaient dedans, cuisant le pain, reprisant des vêtements, nettoyant un peu, puis s’occupant de notre frère Ferino après sa naissance. Moi, elle m’a donné de la farine et de l’eau pour faire le pain. Pas de couture – je suppose qu’une aiguille aurait pu devenir une arme entre mes mains. J’étais triste qu’elle me rejette, mais j’ai obéi sans protester. A quoi bon ? Elle me croyait folle et dangereuse, je ne pouvais rien faire pour l’en détromper.

C’est un jour d’Ark comme tant d’autres que les choses ont changé.

Une dame bien habillée est passée sur la route devant la maison. C’était rare, suffisamment pour que je la dévore des yeux. Aujourd’hui le décor a disparu dans mon souvenir. Seul me reste le bleu profond de sa robe, mais je sais que je l’avais trouvée magnifique, presque irréelle.

Comme une nuée, les autres enfants se précipitaient vers elle. Je revois encore Selia et Kalassia courir de toute la force de leurs petites jambes, Mina trottiner derrière elles, Ressim lever les yeux du champ un instant avant de recommencer à bêcher. J’ai hésité. J’aurais voulu aller voir aussi, mais je n’avais pas le droit de m’éloigner. Finalement la curiosité a été plus forte que l’interdit et je me suis levée.

Après quelques pas, Kalassia, la dernière de la file, a trébuché sur le sol inégal, s’est étalée de tout son long et a commencé à pleurer. Les autres n’y avaient manifestement pas pris garde, trop fascinés par la dame bleue pour entendre la petite dernière. J’étais à mi-chemin, entre ma place et elle, et je me suis figée. Dans ma tête, l’équation était claire : si elle pleurait c’est qu’elle avait mal, mais les autres ne l’avaient pas réalisé. Moi j’avais réalisé et je pouvais la guérir. Après tout, j’avais cicatrisé la main de Selia une fois, et elle n’avait jamais eu de problèmes après. Je pouvais bien essayer de recommencer, si elle n’avait plus mal après c’était le principal. Qu’est-ce qu’on pouvait me faire de plus que me chasser de la maison, ce qui de toute façon n’aurait su tarder au vu du temps que je passais dehors ? On ne m’avait jamais frappée, la crainte d’une bonne dérouillée ne m’a même pas traversé l’esprit.

Alors je me suis avancée, j’ai pris ma sœur dans mes bras et je l’ai cajolée un instant pour qu’elle arrête de pleurer. Elle s’était éraflé tout le côté droit du visage, les mains, sans doute aussi les genoux. Je ne me souviens plus très bien de la suite. Je suppose que je me suis évanouie comme la première fois.

Quand je me suis réveillée, j’étais dans mon lit, et des gens parlaient. J’ai reconnu la voix de Ressim, forte et énervée, et une femme lui répondait. J’ai cru un instant que c’était ma mère, mais c’était une voix différente, douce mais avec un drôle d’accent. J’ai ouvert les yeux avec peine pour voir à qui appartenait cette voix, et malgré ce que je voyais pourtant clairement, il m’a fallu un instant pour comprendre que c’était la dame en bleu. Vue de plus près elle était encore plus belle que la silhouette bleue de la route : un profil fin et délicat, une peau plus pâle que la nôtre, des cheveux noirs légèrement ondulés, une silhouette fine et gracieuse, même assise devant la table.

Sans bouger, j’ai tendu l’oreille. Ecouter, observer, comprendre par moi-même. Et ce que j’ai entendu m’a stupéfiée.

Elle expliquait à ma mère et à Ressim que ce que je faisais quand je guérissais mes sœurs n’avait rien de mal ou de dangereux, et que ce n’était pas non plus une tare. C’était comme ça, tout simplement. Peut-être ne le contrôlais-je pas encore, mais il était tout à fait possible d’apprendre. Et elle pouvait m’apprendre.

Je me souviens très clairement des instants qui ont suivi cette dernière déclaration.

« Elle est folle. » a dit Ressim.

Longtemps, en me remémorant ces moments, je me suis souvenue du sentiment de haine qui m’a envahie en entendant le ton dédaigneux de cet homme qui ne m’avait jamais aimée, qui n’avait jamais tenté de me comprendre, que je détestais pour avoir osé prendre la place de papa. Alors je me suis levée d’un bond en criant :

« Non, c’est pas vrai ! »

Un lourd silence s’est abattu sur la maison. Je crois que c’est la première fois que j’ai vu, que j’ai littéralement
senti l’envie de meurtre dans les yeux de cet homme qui voyait une fillette de huit ans comme un danger. Je me suis cachée derrière ma mère, qui n’a rien fait pour me protéger – ni s’écarter, ce dont je devrais en un sens lui être reconnaissante.

Et la dame en bleu m’a tendu la main avec un sourire rassurant.

De cela je me souviens, de ce sourire impeccable et de cette main longue, fine et gantée de bleu. Tendue vers moi.

C’était une étrangère, une parfaite inconnue, qui me tendait la main.

« Bonsoir, jeune fille. Je m’appelle Helma. »

J’ai souri et j’ai pris sa main.

« Moi c’est Leleka. »

Elle a tenté d’expliquer à ma mère et à Ressim que je n’étais absolument pas folle, mais il n’a rien voulu entendre, et ma mère sanglotait en silence sans oser dire un mot – après coup, j’ai supposé qu’elle était complètement dépassée par la tournure des événements, peut-être aussi qu’elle craignait la fureur de son époux. Finalement, excédé, il a hurlé :

« Puisqu’elle vous plaît tant, c’te tarée, z’avez qu’à la prendre ! J’la gard’rai pas un seul jour de plus chez moi ! »

Je me suis cramponnée à la dame, à deux doigts de pleurer. A cause des mots, bien sûr, mais surtout à cause du ton. Et peut-être aussi du "chez moi". Il n’était pas, n’avait jamais été chez lui. C’était la maison de papa.

C’est alors que ma mère a enfin ouvert la bouche pour protester. Je ne me souviens plus, vraiment plus de la longue dispute qui s’est ensuivie, mais il a été finalement décidé que je quitterais le foyer familial le lendemain aux aurores, le temps pour ma mère de préparer quelques affaires.

De cette dernière soirée à la maison, je garde les larmes de ma mère, le regard un peu stupide de mes petites sœurs qui ne comprenaient pas ce qu’il se passait, et un rictus particulièrement triomphant de Mina, qui rêvait depuis des années de ne plus devoir partager notre mère avec moi et qui voyait enfin son vœu exaucé. De Ressim, aucun souvenir. Sans doute était-il satisfait, comme Mina.

Ma mère me cousit à la hâte un petit sac, qu’elle remplit avec une tenue de rechange, un peu de nourriture, deux petits cailloux brillants – de la part de mes petites sœurs – et une petite boîte en bois poli contenant une boucle blonde mêlée de mèches brunes.

« C’était à ton père. » a-t-elle murmuré. « Tu penseras parfois à nous, ma chérie… n’est-ce pas ? »

Ma gorge s’est nouée, et pour la première fois depuis longtemps, je me suis jetée dans les bras de ma mère.

Et Helma est revenue à l’aube, comme promis.



(Le lecteur avisé aura remarqué que j’ai adopté un langage enfantin dans cette rapide narration de mon enfance. J’ai d’abord songé à rendre ces premiers feuillets plus conformes à l’académisme souhaitable dans ce genre de récits, mais après réflexion j’ai jugé préférable de les laisser tels quels : ils illustrent à la fois une certaine candeur juvénile et le manque d’éducation de mes premières années.)
Revenir en haut Aller en bas
Mage
Leleka Evoëavatar

 :Peuple :
Humaine
 :Âge du personnage :
22 ans
 :Equipement :
Une besace contenant quelques jours de vivres et divers objets de première utilité, ainsi qu'un poignard


* * *

Vêtements:

MessageSujet: Re: Evoë Leleka [Humaine] -Terminé-   Sam 2 Juil 2011 - 21:57

Lleya

Helma, de son nom complet Helma Svorta, vivait à Lleya, la ville des mages. J’ai appris, plus tard, les raisons de son passage devant la ferme familiale. Elle était née dans un hameau à quelques jours de marche de la maison, et y était retournée pour assister au mariage de son frère. Elle aussi avait souffert de ses pouvoirs dans sa famille, jusqu’au jour où elle avait pris, seule, la route de Lleya. Depuis, elle était devenue une guérisseuse réputée, mais elle se souvenait toujours du regard des siens lorsqu’elle avait découvert ses dons – la différence était que son jeune frère ne l’avait pas rejetée, ce qui expliquait son déplacement à ses noces. Elle m’a expliqué que lorsque j’avais pris Kalassia dans mes bras, Ressim était arrivé comme une furie en me traitant de petit démon. Elle avait aussitôt compris de quoi il en retournait, ce qui expliquait son intrusion dans le domicile familial.

Elle n’avait pas particulièrement besoin d’une apprentie, mais s’est occupée de moi avec patience et douceur. Mes journées comme les siennes étaient longues et bien remplies : levées aux aurores, nous allions nous coucher avec le soleil. Pendant la journée, elle officiait comme guérisseuse et se déplaçait d’une maison à l’autre en m’emmenant avec elle. Le matin, le soir, et pendant les trajets entre deux malades, elle m’enseignait les bases de ce que je devais savoir : lire et écrire avant toute chose, en même temps que les manières de la ville, les premiers comme les secondes me faisant gravement défaut. Helma tenait en effet beaucoup aux bonnes manières, et usait en outre d’un langage châtié qu’elle voulait absolument que j’employasse aussi, ce qui n’a pas été sans quelques difficultés. Puis je découvris les propriétés des plantes, les bases du calcul, le chant, un peu d’astronomie et de dessin. De magie, il n’en fut pas question avant mes douze ans. Helma affirmait que mon pouvoir était encore immature et qu’il était inutile de tenter quoi que ce soit tant qu’il ne serait pas un peu plus mûr.

« C’est comme une dent. Tu ne peux pas encore mâcher avec tes prémolaires, même si elles commencent à pousser, n’est-ce pas ? » m’expliqua-t-elle un jour. « C’est parce qu’elles percent à peine. Attends quelques mois, et elles feront parfaitement leur travail. Sois patiente, laisse à ton pouvoir le temps de grandir. »

Alors je rongeai mon frein en lisant tous les livres qui me tombaient sous la main. Helma en possédait quelques-uns, qu’elle échangeait parfois avec des collègues, et me prêtait les uns et les autres à la condition expresse de les rendre sans la moindre égratignure. Des essais philosophiques, des récits de voyages, des herbiers, des traités d’astrologie passèrent ainsi entre mes petites mains assoiffées de savoir. Je n’en comprenais parfois pas un traître mot, mais je n’hésitais pas à la déranger pour qu’elle m’explique, ce qu’elle faisait parfois en grommelant ("l’art de Lulle n’est certes pas à la portée d’une enfant, nom d’un crapaud crevé – oh, pardon", ce dernier juron étant un lointain souvenir de sa vie à la campagne), mais toujours clairement et efficacement. En échange de son enseignement, je faisais un peu de ménage et l’assistais de mon mieux pour de menues tâches, chez elle ou chez ses patients.

Enfin, un jour vint où elle commença à m’enseigner l’usage de mes pouvoirs. Comme elle était guérisseuse, la magie curative tint évidemment une place prépondérante dans mon apprentissage, néanmoins elle me montra également les bases des autres branches. Je devais avoir un peu plus de quinze ans. C’est vers cet âge-là qu’elle décida sérieusement de me placer devant un miroir et de m’apprendre à être belle, selon sa propre expression. Ce n’est pas que j’étais laide, mais il est vrai que je ne soignais guère mon apparence. Je me souviendrai toujours de ce qu’elle m’a dit la première fois qu’elle m’a assise de force devant sa coiffeuse : "Tu es jolie, c’est indéniable. Mais fais-moi confiance, et tu seras belle." Je lui ai fait confiance, et très vite les gens se sont retournés sur mon passage. Même si je n’en voyais pas l’intérêt d’un point de vue strictement pragmatique, cela me réchauffait le cœur de voir des inconnus me regarder avec admiration, moi que ma propre famille avait crainte et méprisée. Cela m’a donné un peu plus de confiance en moi, car si je pouvais tout à fait soutenir une conversation sur ce que contenaient les livres, j’étais toujours mal à l’aise face aux gens.

Et les jours et les mois s’écoulèrent, paisibles. Puis les années. Helma me confiait parfois certains de ses patients. D’abord des égratignures, de petits bobos d’enfants qui me serraient le cœur en me faisant penser à mes petites sœurs. Plus tard, ce furent des blessures plus sérieuses, pas mortelles mais suffisamment graves pour m’épuiser pour la journée. Même si elle restait toujours avec moi, je devais me faire violence pour ne pas trembler au moindre geste ou m’enfuir en courant. Ce n’était pas tant la vue du sang et des chairs qui m’effrayait que la possibilité qu’un mauvais geste, une mauvaise manipulation du fluide, des mots mal choisis aggravent l’état du patient.

Puis elle commença à parler d’un voyage en solitaire, pour apprendre au contact des êtres et du monde ce qu’elle ne pourrait m’enseigner. Non qu’elle ne le savait pas. Mais il est des choses qui ne peuvent s’apprendre que par soi-même.

Un beau jour, elle m’annonça solennellement qu’il me faudrait sérieusement penser à ce voyage. A ses précédents arguments, elle ajouta la nécessité pour moi de rencontrer d’autres mages susceptibles de m’enseigner la magie élémentaire, qui me passionnait mais dont elle ne pouvait m’enseigner que des bribes.

Je remettais sans cesse le voyage à plus tard. J’étais heureuse avec elle, et même si j’avais eu le temps de lire tous les ouvrages de ses amis en plus des siens j’apprenais toujours à son contact. Toutefois, après plusieurs mois, je dus me rendre à l’évidence : elle avait raison.

Dès lors, je commençai les préparatifs du voyage. J’avais économisé un peu d’argent qu’elle me donnait lorsque je soignais les gens à sa place, que j’employai pour m’acheter le matériel indispensable. Ce fut d’abord une grosse besace pourvue de nombreuses poches, dans lesquelles je commençai par placer les souvenirs de ma famille, les petits cailloux de Selia et Kalassia et les cheveux de mes parents. Je fis ensuite l’acquisition d’un poignard bon marché mais tranchant et acéré, utile à la fois pour manger, pour accomplir de menus travaux, ou pour me défendre. Certes, je commençais à savoir manier la magie élémentaire, mais elle me laissait encore bien trop faible et vulnérable pour songer à l’employer en cas d’agression, surtout si j’étais seule face à plusieurs personnes. Helma me fit toutefois remarquer avec tact et délicatesse :

« Et tu penses sérieusement faire face à un homme un tant soit peu expérimenté avec
ça ? Mieux vaudrait t’enfuir, ma belle. »

Je dus convenir qu’elle n’avait pas tort.

La besace s’emplit petit à petit avec des herbes médicinales de premiers secours, un briquet et de l’amadou, d’autres menus objets indispensables, puis une lettre de recommandation passe-partout rédigée de la main de Helma, qui, à défaut de maquillage et à mon grand soulagement, y joignit un miroir de poche et une brosse à cheveux. Elle tint en outre à m’offrir personnellement les vêtements de voyage et la cape que je voulais acheter, et me donna même un peu d’argent pour acheter ou louer une robe digne d’être portée en société. Elle me conseilla toutefois de n’en rien faire avant d’avoir atteint la première étape de mon voyage, afin de me familiariser au poids de la besace et d’éviter d’abîmer le coûteux vêtement.

« Tu devrais te rendre à Mannheim. Une grande fête va avoir lieu, tu y rencontreras certainement un confrère susceptible de t’enseigner certaines choses. » m’indiqua-t-elle, peu de temps avant mon départ.

Enfin, le grand jour arriva. Je devrais plutôt dire la grande nuit, puisque mon départ de la ville blanche se fit avant l’arrivée du soleil. Helma me fit promettre de lui écrire régulièrement, à défaut de passer la voir.

« Tu seras toujours chez toi ici. » affirma-t-elle, avant de rompre la raideur affectée qu’elle s’était efforcée d’adopter et de m’étreindre à m’en briser les os. « Et ne pleure pas, tu vas avoir mauvaise mine. » murmura-t-elle d’une voix altérée.
Revenir en haut Aller en bas
Fondatrice
Lenwëavatar

 :Peuple :
Indéfini
 :Âge du personnage :
18 ans
 :Equipement :
Clés du forum


* * *

Vêtements:

MessageSujet: Re: Evoë Leleka [Humaine] -Terminé-   Mer 6 Juil 2011 - 16:41


Bonne fiche qui ne contient pas d'erreurs de contexte et se défend bien!
Ton apprentissage notamment est intéressant et très crédible, l'histoire fonctionne.

Bonne idée de terminer pas le départ pour Mannheim, où tu croiseras sûrement Luminen!
Fiche validée, bon rp


_________________
Personnage rp: Jiliann Hesyl

Revenir en haut Aller en bas
http://final-harmony.forumactif.com

Contenu sponsorisé


MessageSujet: Re: Evoë Leleka [Humaine] -Terminé-   

Revenir en haut Aller en bas
 

Evoë Leleka [Humaine] -Terminé-

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Final Harmony :: REGISTRES :: Fiche de Personnage :: • Fiches Validées-