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 Mission - Partie V - [Terminé]

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AuteurMessage
Chevalier
Adrena L'Ulaunavatar

 :Peuple :
Humain
 :Âge du personnage :
22 ans
 :Equipement :
Une sihelverd et quelques biscuits rassis


* * *

Vêtements:

MessageSujet: Mission - Partie V - [Terminé]   Dim 3 Juil 2011 - 0:11

    Le jeune homme se tut instantanément. Le bruit était lent, lourd, saccadé. Un arrière cliquetis métallique laissait la jeune femme muette de stupeur ; si l'on fermait les yeux, on pouvait entendre à travers les pas de l'inconnu, la cadence saturée du tic-tac chancelant d'une aiguille.Le cinglant regret rongeait le plan qu'elle avait minutieusement échafaudé. Il tombait en poussière, comme son espoir. Il céderait bientôt sa place à l'Amertume reine ; celle qui ne renonce jamais. L'aiguille cesserait bientôt sa course effrénée contre le temps, n'en déplaise aux Dieux contre qui même eux ne peuvent rien. Qui sait ce qui se passe lorsque la Völa cesse de nous rêver. Lentement, elle alla s'asseoir sur sa banquette. Son beau visage était fermé comme celui des condamnés à mort qui, au crépuscule de leur vie, décident de se livrer à la fatalité. Dans la lumière maladive, Adrena distingua le visage de l'homme dont le pas si singulier avait déclenché en elle cette soudaine stupéfaction.

    Il est immonde., pensa-t-elle. Mais qui suis-je pour le juger ?

    Il possédait une jambe de bois. Une jambe de bois en métal. Sa minuscule taille aurait pu le confondre avec un nain de la plus crasseuse espèce ; il n'en était pas moins humain. Ses membres atrophiés pendaient lamentablement de part et d'autre de son corps trapu, la dureté qu'il s'obligeait à afficher ne laissait de place ni au doute, ni au handicap, ni la pitié. De pitié à son égard, on en avait jamais eu. Son visage était rond et gras, bouffi par la boisson et par la chair bonne ou, le p lus souvent, mauvaise ; Ses yeux, simples fentes dans cette masse difforme, étaient noirs de jais et trônaient de chaque côté d'un nez tordu qui, quoique aquilin, n'avait rien de fin. Sa bouche ténue et haineuse se tordait parfois en un rictus méprisant ; de rares occasions, souvent malsaines. Sa peau enfin, était constellée de cicatrices de toutes sortes. La plupart d'entre elles étaient les vestiges d'une petite grêle. Survenue alors qu'il était enfant et qui l'avait à jamais coupé de la volupté d'un corps de femme – exceptées de celles qui se vendaient – ... D'autres étaient dues à des combats d'ivrognes, dans des tavernes à soûlards mal famées. Une calvitie précoce venait rajouter de la laideur là où la nature déjà avait accomplie une œuvre de dégoût, de déficience et d'amertume. Tout en lui respirait la saleté et la haine ; sûrement n'en aurait-il pas été de même s'il avait été accepté comme garde au palais de sa majesté le roi de Midgard. Le destin, dans sa grande bonté, en avait décidé autrement.

    Il fit racler les grosses clefs tordues contre les barreaux rouillés de la cage et, de sa bouche amère, s'éleva un rire gras. Terbor, de son doux nom, aimait voir un visage comme celui d'Adrena déformé par la rage, c'était comme ça qu'il prenait son pied. À défaut d'autre chose. Il avait comme qui dirait, développé une fantasmagorie acerbe et bien particulière : le sadisme. Il referma sa main boursouflée sur un passe-partout, le plus large d'entre tous, et le glissa dans la fente avec une précision minutieuse comme s'il s'était agi de l’œuvre de sa vie. Il tourna avec une lenteur méprisable une fois, deux fois et lorsqu'enfin résonna le déclic, enfin seulement, il fut satisfait. Adrena, qui le dévisageait de bas en haut avec aversion, se demanda un instant quel était l'aboutissement d'un tel plaisir. La porte de la cage exiguë s'ouvrit à la volée.

    « Allez ma mignonne, on sort de son trou »

    D'un violent geste, elle dégagea son bras de la poigne désagréablement poisseuse de Terbor, sans autre forme de procès. Le contact de la main sale et ferme de son geôlier avec sa peau nue lui avait fait l'effet d'un électrochoc. Nausée. La chevalière n'aurait cependant pas pu bien dire si cela était du à l’ersatz d'être humain qui l'accompagnait elle ne savait où à travers la cale du bâtiment ou à la pestilence des excréments qui jonchaient le sol. Elle ne le remarquerait qu'au jour levé qui percerait à travers les planches de bois, mais des centaines d'esclaves y étaient allongés. Maigres, décharnés, en perdition...

    « On y est ma belle. » Susurra-t-il à son oreille, une lueur de perversion dans les yeux.

    Lâche moi.

    Ils étaient arrivés devant une porte. Une porte qui n'avait rien de spécial excepté l'hideuse tête de chevreuil qui servait de heurtoir. On l'ouvrit. La pièce qu'elle protégeait avait tant de majesté et de grâce qu'elle se demanda un instant si elle ne s'était pas trompé de cible. Les murs étaient de bois peints d'un rouge sang et vernis à la graisse d'ours, de proche en proche s'étalaient des tapisseries minutieusement brodées de fils d'or et d'argent ; des merveilles de toutes sortes, en provenance de tout horizon qui représentaient pour la plupart des Dieux. Derrière un bureau ouvragé et orné de dorures, se tenait le grand Odin dont l’œil bleu posait si paisiblement son regard glacial sur le monde, à jamais figé par les entrelacs du tissu. À sa gauche, Frigg la juste, parée d'une peau, couronnée de glace. À sa droite Thor, brandissant son fidèle Mjöllnir, déchaînant les cieux d'un cri de victoire. Tels que les représentaient les hommes.

    On la poussa sans ménagement, elle tomba à genoux sous le regard de son bourreau, sous les regards divins immobiles, aveugles à sa frayeur. Si les Dieux posaient sur elle leurs yeux omniscients, qu'ils sachent, qu'ils l'aident. Que quelqu'un l'aide !

    « Que voilà un bel insecte... » murmura une voix grave.

    Adrena éclata d'un rire dément, le visage vissé à ses mains agrippées avec rage et désespoir à la moquette pelucheuse de ce qu'elle compris être la cabine du Capitaine.

    « Vous apprendrez que... Les hommes sont des insectes se dévorant les uns les autres sur un petit atome de boue. »

    Le défi dans sa voix.

    Un coup sourd lui coupa net la respiration, suivi d'un second, d'un troisième, d'un quatrième. Quand son supplice prit enfin fin, elle avait arrêté de compter. Le sang qu'elle avait craché avait éclaboussé le tapis et commençait à imbiber les peluches. Les yeux mi-clos, elle le regarda s'enfoncer. Il s'enfonçait comme son esprit sombrait. C'était si beau... C'était si triste... On la souleva. Pas un instant, elle n'eut le loisir de distinguer le visage de son tortionnaire. Elle ne se débattit pas non plus. À quoi bon ? Tout ce dont elle se souviendrait jamais était cette voix aux intonations graves et sensuellement voluptueuses. Ses cheveux tirés en arrière laissèrent sa gorge blanche à nue. Oh, elle craignait le pire, c'était une évidence.

    « Ma chère enfant... Un moustique peut piquer et faire se cabrer un cheval, mais l'un demeure un insecte et l'autre est toujours un cheval. »

    Oh mes Dieux... Pourquoi m'avoir abandonnée ?

    Silence.

    Elle serra les dents et oublia. Encore. Elle pensait. Son corps chutait. Était-ce la Mort ? La chute était si longue, la sensation si doucereuse. Si c'était cela, elle mourrait pour toujours. Tout prend fin un jour, même les Dieux. Trouverait-elle le Walhalla au bout du chemin ? Ou n 'était-elle digne que de la chaleur glaciale des flammes paradoxales de Helheim ? Hel la grande jouerait-elle avec son âme, comme une enfant dénigrerait une poupée trop usée et trop terne, ou serait-elle pour toujours récompensée de sa bravoure guerrière ? La lumière baignerait-elle ses cheveux d'or ou l'or terni de ses cheveux avalerait-il la lumière baignant ses yeux de jade, une dernière fois ?

    Elle ferma ses yeux sans masse. Sa pensée irréelle. Elle n'était que pensée. Adrena, si elle était toujours cette personne, n'aurait jamais songé que l’immatérielle ait des sensations. Elle heurta le sol. Était-ce un sol ? Cela lui fit mal. Elle n'osait ouvrir les yeux sur ce nouveau présent. Qui était-elle désormais ?

    Au loin un écho glaçait son corps. Le sol était dur. La pierre froide. Ce n'était assurément pas le Walhalla. Qui était-elle désormais ?


    « ADRENA ! » aboya Ian en lui jetant le contenu d'un verre d'eau croupie au visage.
    Son corps inerte eut un spasme, son âme tomba des nues. Elle n'avait pas regagné sa cellule. Elle était assise sur un banc de bois, près de Ian. La barre qui servait de rame s'était agitée mollement sous ses yeux, captivante, et son esprit avait eu le malheur de vagabonder un peu trop loin de son enveloppe charnelle. L'esclavagiste qui faisait des allées et venues, les regardaient d'un œil torve, une main ridée posée sur le fouet qui ceinturait son énorme bedaine. Ses souvenirs se recomposaient. Elle avait été jetée dans sa cellule pour la nuit, avait été dépouillée de ses effets personnels, y compris ses bottes renfermant sa si précieuse lame. Elle dorénavant était esclave. À son réveil, Ian était là. Ils avaient parlé. C'était un humain tout comme elle, mais à la différence d'Adrena, c'était un bandit. Elle n'avait retenu de son histoire que « tel était pris qui croyait prendre ».

    « Allez bande de ramassis... Sous-êtres. On RAME ! »

    Adrena posa ses mains sur la barre et commença le long mouvement de va et vient qui conduisit le bateau jusqu'au milieu de la baie, à quai pour faire le plein de nouvelle « marchandises ». Fraîchement acquises sur les côtes elfiques. Des beautés d'elfes, des sylphides aussi pures et fraîches qu'une rosée de givre. Un beau magot en perspective. Un petit air s'infiltrait dans les espaces de la coque du navire, il sentait les embruns marins. Ceux de la mer d'Elya, finement amer plus iodée qu'aucune autre. Elle rêva de l'extérieur. La vie dans le ventre de l'engin était une lutte de chaque jour. Son enfer quotidien depuis seulement quelques jours. Elle respirait la transpiration, les déjections, le sang frais ou sec. Elle voyait la douleur, l'impuissance, l'humiliation. Elle goûtait la liberté du bout des lèvres, péché mignon qu'elle n'avait plus la jouissance de croquer à pleine dents. Elle touchait son corps meurtri, boursouflé, contusionné. Elle entendait les gémissements, les supplications et ce silence. Un silence lourd comme une chape de plomb ; le bourdonnement sourd de ce que l'on ne dit pas. Le flot de pensées de ces centaine d'individus la transperçait de part en part comme une lance de longinus empoisonnée.

    Pourtant elle était l'Espoir.

    Son seul, désormais, était sa missive, qu'elle se félicitait d'avoir envoyé. Salut qu'elle espérait parvenu à Mannheim en temps et en heure. En admettant que l'air fut clément, les renforts n'arriveraient que dans quelques jours. Les renforts...

    Un doute affreux remonta le long de sa colonne vertébrale, la faisant frissonner.

    Personne. Au non, personne ne viendrait la sauver. Sa mission était secrète. On ne devait l'ébruiter en aucun cas. Ce qui expliquait, entre autre, sa discrétion vis à vis de Cëryl. Entre autre. Elle se demanda l'espace d'un instant ce qu'il était advenu du jeune homme après son départ. Avait-il retrouvé le cours de sa vie ? Probablement, puisque ce « n'était rien ». Entre autre... C'était une mission suicide.

    Le claquement de l'air se fit entendre bien avant le choc du cuir tendu contre les loques qui avaient remplacées ses vêtements raffinés. La douleur vive sourdait à son bras bien plus que la plaie ouverte qui commençait à suinter du sang frais, irradiait sa nuque en feu, elle rendait ses mouvement saccadés et douloureux. Étrangement, pour le plus grand malheur de son tortionnaire, elle n'émit pas un seul bruit. Plus un seul. Adrena ne leur donnerait plus jamais le loisir de se délecter de sa souffrance ; elle était chevalière de Mannheim, fière à en mourir. Et elle succomberait si cela lui permettait de représenter dignement sa classe, son épée, son Roi.

    « On RAME. »

    Tu as toujours été esclave. Car pour être homme, il faut bien que les hommes soient les esclaves du devoir, ou les esclaves de la force.
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Mission - Partie V - [Terminé]

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