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 À la croisée des chemins - [Terminé]

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Adrena L'Ulaunavatar

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MessageSujet: À la croisée des chemins - [Terminé]   Sam 9 Juil 2011 - 3:10

    Noir comme le sang. À son front brillait une gemme que nulle nuit n'avait le pouvoir de ternir, à son ramage se rapportait le plus beau des chants de tout Yggdrasil. À tort souvent, c'était un Phénix. Aussi sombre que la plus sombre des dépressions, il était le roi couronné de rubis. Et il chassait. L'oiseau décrivit de larges cercles dans le ciel d'encre ; il était le seul, le dernier, l'unique. Il hurla, cette nuit, il était la mort. Il prévenait de cette manière. Noble.

    Il était le roi.

    Ces cieux sans fin lui appartenaient, à lui seul, dans ce mince intervalle de liberté qui séparait le crépuscule de l'aube. Il était le chasseur. Et cette nuit, le monde lui appartenait. Et ses yeux...


    Ses yeux... Elle ne le quittait pas des yeux, attendant le moment opportun. À bien des égards, elle ressemblait à ces prédateurs, si immobiles, si vifs. Son air passablement lassé, son apathie latente, cachaient méticuleusement une grande tension ; tous ses sens étaient en alerte. Il lui suffisait simplement d'un signe... D'un mouvement, d'un retournement. Oh ça, bien sûr. Chacune des personnes verrouillées dans la cage aux oiseaux, de bien maigres oiseaux, avait entendu le choc. Un choc sourd, mat, irréconciliable. Pas un seul des esclaves n'osa plus faire un mouvement lorsque, de part et d'autre du bâtiment, des masses, lourdes comme du plomb, rejoignaient les abysses de la mer d'Elya. La chevalière retenait son souffle, les paupières immobiles comme celles des statues condamnées à regarder le monde dépérir sous leur regard immortel, et ses muscles, bandés depuis de longues minutes, commençaient à la tirailler dangereusement.

    Mais l'espoir était le meilleur des dopants. Avec la rage de vivre. Bien heureusement pour elle, Adrena L'Ulaun avait les deux.

    L'homme demeurait fixe. L'inquiétude que dépeignait son visage aux traits grossiers trahissait l'anormalité de la situation. Sa lèvre supérieure, bouffie, tremblait. La sueur qui perlait aux limites de son visage sec et émacié trouvait la fin de sa vie entre les planches qui formaient le sol du navire. Et il était désespérément tourné vers Adrena, une lame en main, prêt à riposter à n'importe quel soulèvement. Un dernier cri retentit avant que le silence ne tombe pour de bon et la vague de chuchotements qui en découla ne furent pas au goût du geôlier. Le fouet qui pendait lamentablement à sa ceinture claqua une fois sur l'épaule d'une enfant, quelques rangs devant la jeune femme.

    Sa plus grosse erreur fut de lui tourner le dos.

    Elle bondit. Passant la chaîne autour du cou de l'homme, elle serra. Elle serra pour elle, pour lui, pour eux. Elle serra en sachant qu'elle allait tuer. Elle avait du sang sur les mains.

    Et personne ne bougea.

    « Je bloque ta trachée... Dans quelques minutes ton cerveau ne sera plus irrigué et tu tomberas. Sois prêt. »

    Des gargouillements étouffés. Des hoquets de suffocation ; les réflexes humains d'un corps qui se noie. Elle serra plus fort. Des mains désespérées qui griffent et s'accrochent à la vie, des dents qui claquent, une peau violacée, des pieds qui tapent. Plus fort. La bave aux lèvres. Soudain ce fut fini. Elle relâcha sa poigne sur la gorge meurtrie de l'homme qui s’écroula comme un tas de viande roide. Sa peau était chaude comme la braise mais son âme, son âme glaciale, avait déjà rejoint l'enfer des derniers saints. Ces enfers où l'on ne meurt que lorsque on a été absout par ses propres démons ; culpabilité, haine, jalousie, colère, envie, démence,... Plaisent aux Dieux, la clémence n'existe pas chez les démons.

    « Il a les clefs, je vous laisse ici. » elle marqua un temps d'arrêt et posa ses yeux verts sur le visage carré de Ian « Fais les fuir. »

    Il ouvrit la bouche puis se ravisa, le visage fendu d'un sourire. Adrena était un ouragan furieux, insaisissable. Un ouragan caché derrière l'aile lumineuse d'un papillon. Elle lui sourit et s'enfonça dans le couloir du fond. Discrétion était maître mot mais elle doutait que le navire ne fut occupé plus que cela; la moitié de l'équipage flottant lamentablement sur l'eau, l'autre moitié, ronde comme une queue de pelle, ne lui étant que d'un secours plus que discutable. Les marches de l'escalier de bois grinçaient à chacun de ses pas. De plus, elles étaient branlantes, aussi devait-elle agripper à la rambarde pour ne pas perdre l'équilibre. Lorsqu'elle eut atteint le plancher, trois possibilités s'offrirent à elle. À sa droite une porte, ornée d'une tête. À sa gauche une porte, dénuée d'ornements. Face à elle, la soute s'ouvrait et ce qu'elle recelait d'utile n'était pas sans lui déplaire. Le lieu était sombre, éclairé sporadiquement par quelques lanternes à huile mal entretenues qui déversaient une lumière continue, jaunâtre et clairement peu suffisante à la chevalière. Elle tendit la main et effleura ce qui lui fit penser à un large filet de rotin tressé, retenant tant bien que mal la cargaison (illégalement) acquise.

    Ce ne fut que par une chance tenant de l'intervention divine qu'elle parvint à mettre la main sur ce qui ressemblait à une courte épée à la lame recourbée.

    Ses Dieux, après tout, ne l'avaient peut-être pas abandonnée.

    La porte décorée renfermait un gardien bien plus terrible que celui qui gardait les enfers ; il était celui qui les remplissait. Adrena leva loin au dessus d'elle son arme nouvellement acquise et d'un coup, précis et sans appel, fit sauter la chaîne maladroitement enroulée autour de la poignée. D'un coup de pied, elle ouvrit le battant à la volée et pénétra dans la pièce.

    La chaleur y était suffocante. Les feux, aménagés dans de petites niches de pierre dans le mur, brûlaient allègrement et déversaient la fureur de leur foyer dans une pièce de quelques mètres carrés qui, si l'on exceptait les détritus qui jonchaient le sol, s’apparentait à une cuisine. Dans un coin de la salle, une ombre se mouva imperceptiblement, un insecte à la respiration haletante, le souffle court, la peur au ventre.

    « Emieth... Emieth Calendra ? » demanda-t-elle doucement.

    De grands yeux bruns sortirent de la pénombre. Suivie d'un rond visage enfantin encadrés de courts cheveux bouclés.

    « Vous me voulez du mal ? Vous aussi madame... ? »

    Adrena ouvrit de larges bras meurtris dans lesquels se nicha le bambin. Elle gémissait doucement, suppliait qu'on ne lui fasse plus mal... Ses tremblements et ses sanglots laissèrent la jeune femme rêveuse quant à ce qu'elle avait du subir ces dernières semaines, elle posa une main douce et rassurante sur sa tête et lui apprit qu'elle avait été envoyée par son père, pour la sauver.

    « Viens... On s'en va. Un ami t'attend là haut... »

    « Quel morceau ? »

    Il était là, si noir. Une lame sanglante à la main, la langue acérée déversant son flot de douceurs macabres. Son bourreau, son ennemi, son judas, le traître traitant ses frères...

    Adrena referma sa poigne experte sur la fusée de son arme et, de sa main libre, repoussa doucement l'enfant qui s'enfuit sans demander son reste. Le Capitaine avança dans la lumière. Et dans la lumière elle put distinguer son visage de pierre ; aveugle, des dents gâtées, des membres assez forts pour lui écraser la tête d'un coup de poing. Elle recula. Non par peur, mais par instinct.

    « C'est pour ça hein... Les planches qui couinent... »

    Gagner du temps.

    « Effectivement, c'est fort utile, je dois l'admettre, pour quelqu'un ayant une ouïe aussi développée... J'ai su que c'était toi. Si mince. Le grincement était différent. Plus faible. »

    Où que tu ailles, je le saurai. Semblait-il dire, la narguant.

    Son cerveau tournait à plein régime sans qu'elle puisse arriver à dépêtrer sa situation. Adrena tenta le tout pour le tout, elle devait savoir à quoi s'attendre d'un tel adversaire. Elle feinta ; fit un pas de côté et s'accroupit immédiatement, sauvant sa tête in extremis. La lame était passée à quelques centimètres de son crâne, coupant net quelques uns de ses cheveux d'or. Handicapé et plus dangereux que quiconque. Oh, Rhya... Dis moi quoi faire je t'en supplie !

    Le bandeau rouge et or qui ceignait sa tête se défit, dévoilant ses yeux vitreux à la jeune femme.

    Il fenta ; un coup net, précis, sans équivoque et d'autant plus dangereux que dans sa situation il était imparable. Elle roula de côté et, en quelques fractions de seconde, il fut de nouveau sur elle. Pendant plusieurs minutes, son combat ne fut plus qu'une danse mortelle, un ballet mortuaire, une oraison funèbre délirante. À force de parer et d'attaquer, à force de coups fourrés, elle parvint à cerner le profil tortueux de son adversaire. Il n'agissait qu'au son, et c'était au son qu'elle devait le duper pour en... Finir.

    Ils reprirent leurs positions. Adrena en défense, Le Capitaine en attaque. Elle tenta une coup droit, qui fut paré irrémédiablement et exerça sa force en un froissement qui, par pression prolongée, brusque et puissante, tenta de déstabiliser son partenaire en glissant vers le fort de la lame. Il broncha à peine. La jeune femme fulminait ; l'entraînement qu'elle avait reçu était digne des plus puissants chevaliers de tout le royaume, il connaissait tout des feintes, des engagements, des enveloppements, des escarmouches... Pourquoi ?

    De larges gouttes de sueur, semblables à des cristaux de sel, perlèrent à son front pendant l'engagement ; elle avait la respiration saccadée par l'effort mais essayait de ne rien laisser transparaître.

    « Qui... êtes... vous ? »

    Les yeux aveugles cherchaient la source de ces mots. L'air perdu de l'homme lui inspira presque de la pitié et, lorsqu'il pris la parole, ce fut pour bégayer des mots décousus. Des mots qui n'avaient plus aucun sens pour lui... Une autre vie. Un autre homme.

    « Je... J'ai été juge... à Mannheim. »

    Choc. Erreur. Il la paralysa. Repoussée avec violence, elle heurta un des panneaux de bois qui faisaient office de mur.

    « Moi, je sais ce que tu es... Tu es une de ces petites pourritures envoyées par le Roi pour régler le sale travail pendant que lui et sa royale famille prennent du bon temps ! »

    Silence.

    « Si tu savais... Mais tu sauras. Comme le roi se fout de l'avenir de son peu... »

    Vous avez raison, le coupa-t-elle avec impatience. Une idée avait germée d'entre les pensée stériles de la chevalière telle une lumière dans l'obscurité. Mais je suis, et je serai toujours, un chevalier de Mannheim ! Hurla-t-elle.

    Il entendit un bruit derrière son dos. Un coup de moulinet et c'en serait fini d'elle. Voilà qui avait toujours été sa technique fétiche.

    Un éclat.

    La douleur fut brève... En vérité elle ne dura qu'un instant. Un instant éternel. Un instant figé dans le temps. Il avait senti une piqûre, et la sensation d'être entouré d'un cocon chaud et doucereux. Dans sa bouche tordue en un rictus apaisé, un goût de sang. À ses yeux morts, partis bien avant lui, le semblant d'un éclair de vie dans sa plus lancinante version, l'espoir. Ainsi, c'était fini. Il n'aurait plus à tuer. Et cette fille... Elle sera grande. Juge ou chevalier, meilleure femme qu'il n'avait jamais été homme.

    La personne qu'il avait été jadis l'aurait appréciée sans doute. Ses pupilles vertes pommes qui respiraient la détermination, la détermination dans son regard qui ne failliraient qu'aux lueurs de sa mort. Elle rejoindrait le Walhalla, il rejoindrait Helheim. Qu'Hel la grande vienne le cueillir. C'était fini...

    Sa tête, morte, heurta le sol dans une gerbe de sang.

    C'était fini. Son coeur transpercé... La chevalière serra, à s'en déchirer la peau, la chaîne qu'elle avait utilisé pour tromper l'ouïe de son adversaire et la ramena à elle dans un raclement métallique. C'était fini. Le cadavre chaud déversait sa vie sur le plancher sale, qui en absorbait la moindre goutte, lorsque Adrena quitta la soute pour rejoindre la cale sèche. Elle monta lourdement, une à une, les marches de l'escalier et retrouva le vaste espace qui avait formé son quotidien pendant plusieurs jours.

    Des yeux bleus, écarquillés par la surprise. Des flots amères. Fantasmagorique. Si pur et réel. Il était là et le temps disparut. L'air se figea dans ses poumons dilatés par l'hystérie, mais elle n'avait plus besoin de respirer. Ses globes oculaires la brûlaient, déversant leur lot de larmes, mais elle ne voulait pas cligner des yeux. C'était trop beau, ça allait nécessairement disparaître. Et non, plus jamais son image ne disparaîtrait, dusse-t-elle devenir aveugle comme ce pauvre bougre, gisant à ses pieds quelques instants auparavant. Son cœur ne battit plus, il avait quitté son corps meurtri. Il ne sourdait plus à ses oreilles, il était libre. Elle ne put articuler un seul mot. Elle ne le voulait pas. À quoi bon parler lorsque tout était dit ?

    Son arme glissa de ses mains, poisseuses du sang qu'elle avait versé cette nuit. Elle fit, un pas, puis un autre, puis un autre...

    C'était fini.


Dernière édition par Adrena L'Ulaun le Sam 9 Juil 2011 - 13:32, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: À la croisée des chemins - [Terminé]   Sam 9 Juil 2011 - 12:58

La totalité des gardes présents quelques minutes auparavant sur le pont se débattaient à présent dans l'eau sombre et salée qui entourait le navire. Cëryl entendait leurs hurlements, leurs insultes, et toute leur haine, leur rage, depuis l'endroit où ils étaient, mais il persévérait à se sentir invincible. Il savait maintenant manier ses nouveaux pouvoirs, et il en était heureux et fier. Il ne lui restait qu'à rechercher le but de sa quête, et à libérer les éventuels prisonniers de ce sinistre vaisseau. En explorant autour de lui, il sentit une sorte de vibration en dessous de ses pieds. Quelque chose se passait sous lui. Il observa le pont sur toute sa longueur et aperçut une espèce de grille en fer sur le sol, située non loin de ce qui devait être une série de cabines à l'avant du bateau. Il faisait sombre sous le panneau de cale, il était difficile pour lui de comprendre ce qu'il s'y passait lorsqu'il s'approcha et s'agenouilla près d'elle. Une flammèche dans sa main lui permis d'éclairer davantage l'endroit.

Il vit un homme, peut-être un peu plus vieux que lui, qui le fixait du regard. Une simple observation suffisait pour comprendre qu'il était un esclave : ses vêtements -pour ne pas dire ses guenilles- étaient plus qu'en piteux état; son visage semblait amaigri par la faim; mais le plus terrible était l'éclat dans ses yeux : un mélange d'espoir et d'appréhension qui laissait supposer qu'il avait affronté de terribles épreuves dans cette prison. Cëryl vit alors non loin de lui un autre homme à terre, ayant la même carrure que tous ceux qu'il venait d'envoyer rejoindre les poissons. Il portait au cou une grosse marque rouge, signe de strangulation. Quelqu'un avait du profiter du bazar pour se débarrasser de lui. Autour du jeune homme et du corps sans vie, des ombres se mouvaient. Cëryl en aperçut des petites, des grandes... Tous ceux qui passaient trop près de ces brigands devaient être emmenés ici comme esclaves. Cëryl décida de les arracher rapidement des griffes de ces pirates, et entreprit de soulever le panneau. Comme il fallait s'y attendre, il fallait une clé pour ouvrir la grille. Le jeune homme qui le fixait depuis quelques minutes se mordait à présent la lèvre, comprenant le problème.

Cëryl lui jeta un clin d'œil et posa sa paume sur la serrure. Il ferma les yeux et l'instant d'après, la serrure fondait sous l'effet de la chaleur du feu, se répandant sur le plancher de la cale en dessous, non loin de la tête de l'esclavagiste évanoui. Une fois la serrure disparue, le jeune mage souleva la grille, ce qui ne fut pas une mince affaire, au vu de ses capacités physiques... Il la repoussa entièrement, laissant une ouverture complète vers le pont. Le mage se pencha et observa avec plus d'attention l'intérieur de la cale, inspectant du regard chaque recoin, apercevant des visages qui l'étudiaient de chaque côté de la pièce. Cëryl comprit alors qu'ils étaient tous attachés par des chaines aux murs, retenues par d'autres cadenas, et qu'il ne pouvait pas leur demander de sortir aussi facilement.

Cëryl sauta à l'intérieur. Un grand silence régnait, tout le monde l'observait, lui, le jeune héros à l'air éberlué, en train de parcourir la pièce des yeux, une nouvelle fois. Au fond, une porte ouverte. Mais aucune trace de son amie. Il s'adressa au jeune homme près de lui, celui qui semblait si captivé par son arrivée.

« -Il n'y a pas une clé qui permettrait de libérer tout le monde ? Lui demanda-t-il alors.

-Mais bon sang... Qui diable êtes vous ? Que faites-vous là ?

-De passage. J'ai décidé de vous aider... Y a t-il une clé dans le coin ? Demanda-t-il, de manière plus générale cette fois, comme s'il interrogeait tous les prisonniers en même temps. Seule une femme lui répondit rapidement.

-La sentinelle en avait une ! Regardez à sa ceinture ! La fille nous a dit qu'il en avait avant de partir !


La fille...? Cëryl s'exécuta, songeur; et trouva la clé en question. Le trousseau était dans sa poche avec... D'autres choses que Cëryl ne voulait même pas imaginer. Il libéra tout d'abord le jeune homme de ses chaînes, avant de s'occuper de quelques prisonniers qui le remercièrent chaleureusement. Un brouhaha commençait à s'élever dans la cale, des gens semblaient apeurés, d'autres heureux. Aucun d'entre eux ne savait ce que le sort leur réservait réellement. Certains avaient l'espoir, d'autres non. Cëryl percevait ces émotions contradictoires sur les visages, et décida de les quitter momentanément, préférant s'assurer qu'aucun autre garde ne risquait de venir mettre la pagaille ici. Et qui était cette personne qui avait étranglé cet homme ? Cëryl laissa la clé à un vieil homme pour qu'il poursuive son travail et se dirigea vers la pièce du fond, laissant là tous les prisonniers se débrouiller seuls. S'ils étaient bel et bien là depuis des lustres, l'instinct de survie les guiderait très bien sans son aide.

Il franchit la porte. Un escalier le menait vers une sorte de sous-sol... Et deux couloirs se présentaient également à lui. Sans doute les quartiers du capitaine... Mais Cëryl n'en avait strictement rien à faire. Qu'il reste dans son coin, les esclave libérés viendraient tôt ou tard lui rendre la monnaie de sa pièce. Il descendit jusqu'au sous-sol où d'autres esclaves étaient présents, mais cette fois dans des cages. Aucun garde ne les surveillaient car les cages semblaient très solides, et les hommes et femmes à l'intérieur très faibles. Cëryl procéda de la même manière qu'avec la grille à l'étage du dessus, devant l'air hébétés de tous ces gens, qu'il s'apprêtait à sauver par pur altruisme. Et également dans l'espoir de voir qui était « La fille » qu'avait mentionné la femme. Allait-il être extrêmement déçu ? Ou heureux ? Dans tous les cas il lui semblait être un devoir de sauver ces gens, misérables à cause de la faim et du travail forcé. Une fois qu'il en eut fini avec les barreaux des cages, il fit le tour de la pièce et ne vit toujours pas son amie. Décidément... Il n'avait pas eu de chance avec cette histoire. Avec colère, il frappa du pied contre un baril vide, qui roula jusqu'à percuter le mur. Le jeune mage se calma rapidement quand il vit qu'on l'observait, et se dirigea vers les escaliers à nouveau.

« -Merci. »

Le mot avait été prononcé avec toute la candeur de l'enfance. En se retournant, il vit une petite fille âgée d'une dizaine d'années, les bras décharnés, le visage émacié, les côtes saillantes, en train de le regarder de ses grands yeux qui demeuraient attendrissant au centre de toute cette tristesse humaine. Cëryl en fut tout retourné. Il entrouvrit la bouche, puis la referma, en voyant que les autres esclaves se rassemblaient autour de l'enfant, et un déluge de remerciements s'abattit sur le mage. Étrange sensation... Pour la première fois, il se sentait bon, il sentait qu'il avait accompli quelque chose de noble. Il avait déjà libéré des gens d'une prison, dans les marais, mais ce n'était pas la même chose : on lui avait demandé de le faire, et il avait suivit Adrena. Cette fois, bien qu'il cherchait Adrena, il avait agi parce qu'il savait qu'il était capable d'agir, d'assumer ses responsabilités envers ces pauvres gens. Sans vraiment comprendre pourquoi, il posa un doigt sur le nez de la petite fille en souriant, comme il faisait parfois avec son frère lorsqu'il était plus jeune. La petite fille eut également un sourire, révélant ses dents jaunes et abîmées, mais celles-ci ne dégoutèrent même pas le mage, il ne voyait que le sourire d'un être heureux après une longue période de douleur. Une fleur fanée reprenant des couleurs.

Cëryl remonta les escaliers après avoir demandé aux esclaves d'attendre un peu avant de sortir, le temps qu'il vérifiât si le bateau était bel et bien sécurisé. Il monta les escaliers, se retrouvant ainsi au niveau des couloirs. Il entendit une porte claquer au bout de l'un d'eux, et en sortit une femme aux cheveux d'or...

Je suis resté figé sur place, alors qu'elle se retournait... Nos regards se sont croisés, j'ai senti ma respiration ralentir pour disparaître complètement : je n'entendais plus mon propre souffle, une chaleur écrasante vint m'étreindre le visage, je n'entendais que les battements de mon cœur. Une explosion, non, un cataclysme n'aurait pas pu me faire sortir de cet état d'hébétude totale. Mes yeux restaient fixés sur elles, les siens sur moi. Un dialogue invisible semblait s'établir entre nous. Une simple constatation de nos aventures personnelles, de nos épreuves pour en arriver là. Elle savait que je la cherchais. Je savais que je lui manquais. Nous étions deux âmes en peines, certains de notre désir de nous retrouver, apeurés à l'idée de nous perdre à jamais. De folles pensées me traversèrent l'esprit... Que devais-je faire à ce moment même, courir vers elle, la prendre dans mes bras, crier, héler son nom...? Non, seul le silence de ce sinistre lieu nous convenait, même les bruits des vagues se brisant doucement sur la coque, et celui des esclaves qui s'agitaient, ne nous atteignaient pas. A travers ses yeux verts je vis encore une fois cette pureté naturelle, cette bonté qui l'avait transformé en une grande chevalière. Douceur et ardeur se côtoyaient dans un tourbillon de souvenirs, d'émotions, qui nous entrainait l'un vers l'autre. Imperceptiblement, j'avais fait un pas, puis un autre, et encore un... L'heure était aux retrouvailles.

Journal de Cëryl – Par un doux soir d'Ark, 15 Lupini.
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MessageSujet: Re: À la croisée des chemins - [Terminé]   Sam 9 Juil 2011 - 13:00

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À la croisée des chemins - [Terminé]

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