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 Là où Skuld veille... - [Privé]

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MessageSujet: Là où Skuld veille... - [Privé]   Dim 21 Aoû 2011 - 22:14

Un bras entourant la taille de son amie et bien aimée, Cëryl avait beaucoup de mal à se concentrer sur l'évènement qui s'ouvrait sur la place de la cité. Que de fumée pour une sorcière des temps anciens. Cëryl s'était demandé un jour de quelle sorte de magicienne pouvait-elle être. Sa renommée devait lui valoir une exceptionnelle puissance magique, certainement bien différente de la magie qu'il avait lui-même l'habitude de pratiquer. L'heure n'était cependant pas à ce genre de réflexions sur les vieux contes et légendes, mais à la douceur, l'extase et l'amour. Le jeune homme était aux ange, ou plutôt, à l'ange, puisqu'il appartenait enfin corps et âme à Adrena, chose qu'il, au fond, avait toujours désiré par dessus tout. Il n'avait de cesse de lui lancer des regards, lui voler un baiser, s'arrêter pour l'enlacer quelques instants, provoquant l'exaspération de la foule qui cheminait autour d'eux. Enfin, c'était jour de fête, personne ne leur en tint rigueur.

Cëryl se rappelait de la tradition de Skuld : un galet jeté dans l'ardent brasier, et le lendemain serait révélé décès ou félicité. C'est sa mère qui le lui avait expliqué un jour. Elle n'appréciait pas cette coutume car elle la trouvait trop angoissante et malsaine, prônant l'idée que personne ne devrait essayer de connaître sa destinée et devrait plutôt s'efforcer de vivre sa vie au jour le jour, avec son lot de surprises.

Le jeune homme, avec sa compagne, vit le feu grandir petit à petit, passant du stade de la flammèche à celle de l'immense colonne brûlante. Les deux amoureux se tenaient tout près de la masse rougeoyante, sentant la chaleur leur lécher le visage. C'était un spectacle ahurissant, que de voir toute l'intensité de la muraille de flammes, au premier rang. Le mage approcha les doigts qui ne ceinturaient pas la taille d'Adrena et fit voleter une infime partie du brasier autour de sa main, la faisant aller et venir sur le dessus de sa paume. La température de cette flammèche n'était pas aussi haute que celle de son cœur, qui brûlait de bonheur. Sa passion s'était embrasée, il voulait à présent se montrer à la hauteur de ce qu'une femme pouvait bien attendre de son amant.

C'était un plaisir de voir le feu prendre du volume, s'amplifier, se transformer en une vraie petite montagne rouge et affolée, bougeant dans tous les sens. Le crépuscule recouvrait Mannheim, enveloppant les fumeroles grisâtres d'un rose-orange clair et doux. Les gens autour d'eux appréciaient également l'évènement, certains s'étant assis sur des bancs, ou bien à même le sol. Quelques parents retenaient leurs enfants pour qu'ils ne s'approchent pas de trop près du brasier, les grondant parfois. Cëryl aperçut même un groupe d'elfe, jaugeant le feu d'un air hautain, comme s'il n'était rien à côté de ce que l'on pouvait apercevoir en Lysangard. Ayant parcouru le pays, Cëryl ne pouvait qu'approuver les rumeurs sur la magnificence elfique, mais la cité humaine et ses traditions avaient également beaucoup de succès.

Doucement, alors que les deux conjoints regardaient le monument de flamme, le soleil franchit la ligne d'horizon et les ténèbres recouvrirent Yggdrasil. Le feu devint alors le point de ralliement de tous ceux qui parcouraient la cité depuis l'aube, et la foule afflua sur la place. Le monde entier était regroupé là, autour d'un gigantesque brasier, et même les dieux devaient s'y trouver. Cëryl sourit en imaginant les dieux, spécialement venus pour l'occasion, peut-être déguisés en elfes ou en nains. Son sourire s'agrandit davantage lorsqu'il tourna la tête pour regarder Adrena, qui avait les yeux plongés dans l'entité brûlante. Qu'il la trouvait belle en cette nuit de fête - comme tout autre jour d'ailleurs - et qu'il se sentait heureux. Il déposa un baiser sur sa joue. Rien ne pourrait les troubler dans cette harmonie, rien ni personne.

« - Grand frère ? »

Ses propres joues devinrent aussitôt écarlates. Et oui, il avait une famille dans cette ville, et il l'avait oublié.

Il voulut faire comme s'il n'avait rien entendu mais il sentit qu'on tirait sur son épaule. En se tournant, résigné, il aperçut le regard taquin de son jeune frère, Yvan.

« -Yvan... Qu'est ce que tu fais là...? Tu devrais être au lit à cette heure... Maman est au courant ? Interrogea Cëryl.

- Je suis avec des amis, et puis elle m'a donné la permission pour cette nuit, c'est spécial ! Pour toi aussi, on dir... »

Cëryl plaqua sa main sur la bouche de son frère, ayant tout à coup une subite envie de le pousser dans le feu. L'air gêné, il jeta un coup d'oeil à Adrena, laissant signifier par son regard qu'il n'avait pas prévu de tomber « là dessus ». Son frère finit par s'arracher à son emprise.

« - Hey ! Fit-il en reculant.

- Retourne voir tes amis Yvan, je viendrai te voir toi et maman quand la fête sera finie... Et avec Adrena, avec qui je partage désormais ma vie, si c'est ce que tu cherches à savoir. Allez, ouste !

- T'es vraiment impossible, t'aurais pu venir nous voir en arrivant en ville !
S'exclama Yvan.

- Je viens à peine de rentrer, petit frère. Et puis j'avais des choses à régler. Je ne vous oublie pas, tu me prends pour qui ? Allez, file maintenant. Promis, je passe demain.

- Mais... commença le jeune garçon. »


Une étincelle. Cëryl fit exploser une étincelle de magie entre lui et son frère, ce qui eut pour effet immédiat de faire détaler l'adolescent en direction de sa bande d'amis. Toujours aussi efficace, pensa-t-il. Il ramena toute son attention sur Adrena, qu'il n'avait pas lâché depuis début.

« - Excuse nous, on aime bien se... Se chamailler disons. Éternelle lutte frate... » Il s'interrompit. La lueur du feu illuminait le visage d'Adrena, éclairant toute la beauté de ses incroyables yeux verts et purs, qui le regardaient avec une innocence et une douceur envoutante. Cëryl, lorsqu'il eut reprit sa respiration, murmura :

« - Mon dieu ces yeux, tu... Tu es magnifique... C'est... »

Il balbutia encore quelques instants, puis se contenta de l'observer, la bouche entrouverte, l'air idiot mais amoureux.
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MessageSujet: Re: Là où Skuld veille... - [Privé]   Ven 26 Aoû 2011 - 15:57

    Un début est un moment extrême.

    C’est l’implosion de tout. C’est l’instant précis, fugace, inaltérable où une entité simple ou multiple laisse place à une autre, un déclic, un moment décisif figé dans le temps. La fraction de seconde où l’espace se contracte, où il n’est plus. Le point précis de la création. C’est la mise en place d’un univers microscopique ou macroscopique, c’est le cri que pousse l’enfant lorsque pour la première fois l’air s’engouffre dans ses poumons pliés et les gonfle de vie et d’espoir, c’est la flamme qui consume soudain le cœur de l’amant, l’insidieux serpent qui resserre vivement ses anneaux puissants autour d’une gorge angoissée, le jour qui cède à la nuit et la nuit qui cède au jour. Le début de l’amour, c’était un baiser.

    Adrena aimait. Elle l’aimait lui, de tout son cœur. Elle l’aimait comme son ami le plus cher, et ce n’était pas suffisant. Elle n’avait de cesse de ressasser l’instant où les lèvres de Cëryl avait pressé les siennes dans un ardent et passionnel baiser, les mots qu’il avait prononcé alors et qu’elle n’avait jamais songé entendre. Trois mots, un début. Ses lèvres douces, chaudes, entre-ouvertes, son souffle mesuré, brûlant, impatient. Les yeux du mage, doucement fermés, contrairement aux siens, en contemplation. La douceur, la volupté. Alors elle avait rabattu ses paupières, devenues soudain trop lourdes, et s’était laissé enivrer par un breuvage bien différent du vin. L’Amour. L’Amour exaltant. Une étreinte pour toute déclaration.

    Serment sous scellé. Exultation de l’âme. Et voilà déjà la fin du début. D’un commun accord, ils avaient quitté le pourtour du château, éblouissant le soleil lui-même de sa lueur incandescente. Ils rejoignirent la clameur et l’allégresse des rues surpeuplées de la ville, plus vivante que jamais sous les rayonnements corpusculaires du crépuscule. Les amants déambulaient doucement, parfois main dans la main, parfois bras-dessus bras-dessous lorsque la population d’un lieu étriqué leur permettait une si douce proximité. Les souvenirs fusaient alors et leur danse effrénée faisait remonter des sentiments enfouis, comme le regret, la mélancolie, la frustration.
    Prostrée près d’un fleuriste, une vieille femme entourée d’un châle avançait à l’angle que forme l’avenue principale avec celle menant aux quais en poussant, de ses bras amaigris par l’âge, une charrette de douceurs miellées. Ces douceurs, toutes justes sorties du four, frétillantes. La brioche chaude et humide parsemée de gros grains de sucre et lorsque l’on croque, son cœur de crème pâtissière, froid et épais se déversant à travers chaque parcelle de notre corps. Et l’odeur, cette odeur. Et ce goût. Cette nostalgie. Chaque année, c’était en compagnie de Rhya qu’elle venait au cœur des festivités. Depuis qu'elle était enfant, il s’arrêtait ici et lui achetait une de ces friandises dont elle raffolait, déposant au creux de sa main une pièce en or et le sachet fumant. Et un baiser, doux, sur son front angélique. C’était une coutume contre laquelle elle s’était insurgée à l’adolescence et dont le rejet avait marqué le visage de l’homme d’une profonde et indicible tristesse. Elle aurait tant aimé revoir le sourire attendri de son oncle, ce petit instant de tendresse et de douceur, cette satisfaction personnelle, ce cadeau fait à lui-même. Une dernière fois. Comme un adieu. Une larme perla à son œil qu’elle essuya d’un revers de main, sans même que son compagnon ne le remarque. Un dernier regard derrière elle lui apprit qu’elle avait relégué le présent au passé ; plus de vieille femme, plus de douceurs. Juste les songes, les rêveries et le regret.

    La place de la cité était plus peuplée que jamais. Les vendeurs ambulants avaient laissés place à la foule, venue des quatre coins de la ville pour avoir la chance de précipiter leur destin dans les flammes du hasard. Le grand feu de Skuld se dressait d’ores et déjà fièrement au centre de la place, inondant les maisons alentours d’une chaleur et d’une lumière solaire. La chevalière trouvait cette coutume amusante, sans plus et y croyait sans y croire. C’était pourtant une coutume à laquelle elle aimait se plier.

    Elle plongea son regard dans l’abîme du feu, longuement. Si bien qu’elle eut l’impression que le brasier lui renvoyait son regard. Un rictus tordu dessiné par les flammes dandinantes. Cëryl, à ses côtés, fixait également l’âtre. Doucement, il porta sa main sur la surface immatérielle de l’embrasement et en détacha une flammèche, comme il aurait décroché la feuille apexiale d’une branche d’arbre. Elle regarda évoluer la flamme comme une enfant, émerveillée devant le plus banal des tours de magie, émerveillée comme la première fois qu’ils s’étaient rencontrés. C’était il y a un an, tout juste. À quelques mois près. Adrena sourit en y repensant, son affreuse connaissance, une rencontre désastreuse qui avait bien failli mal tourner. Tous deux avaient parcouru un long chemin, depuis. Sa main, hésitante hasardeuse, glissa le long de la rampe de sécurité pour rencontrer celle de Cëryl, à un empan à peine. Sans quitter l’âtre des yeux, elle caressa la main de son ami, traçant sur le dessus de sa peau de belles circonvolutions, la tête négligemment posée dans le creux de ses bras. Avec un sourire mutin, il l’enlaça et déposa un bécot tendre sur sa joue rosie par la chaleur.

    « Grand frère ? »

    Cëryl tressauta légèrement. En entendant la voix d’Yvan percer à travers les rires et les murmures, Adrena eut un pincement au cœur. Elle porta son regard sur le jeune frère de son ami et songea à sa propre famille, quelque part dans la foule. Ses parents et son frère ne rataient en aucun cas les festivités de Mannheim ; c’était l’occasion rêvée de se rendre à la capitale et le moment idéal pour passer un moment en compagnie des L’Ulaun. Avant la mort de Rhya, c’était lui qui accueillait le reste des membres au sein de sa demeure. Cette demeure qui vivait par-delà son propriétaire, comme le dernier vestige de l’âme vivace de son oncle. Elle proposerait à Cëryl de passer la nuit là-bas avant, elle le savait, d’entreprendre de longues visites familiales.

    « Excuse nous, on aime bien se... Se chamailler disons. Éternelle lutte frate... »

    Elle s’arracha doucement à sa rêverie, se redressant sur un coude, et sourit à Cëryl. « Oui, je connais ça. » disait la jeune femme.

    « Mon dieu ces yeux, tu... Tu es magnifique... C'est... »

    À ces mots, elle sentit le liseré de chaleur qu’elle connaissait bien la parcourir des pieds à la tête, beaucoup plus fort que d’habitude. Elle sentit ses pieds se dérober sous elle et sa tête se remplir de sang. Elle tournait, vacillait, tremblait presque. D’ordinaire, c’était lors d’un combat que l’adrénaline fusait dans ses veines tendues par l’effort et l’anxiété, jamais lorsque l’on la complimentait. Jamais.

    Elle serra les mains pendantes du jeune homme dans les siennes et se hissa sur la pointe des pieds, afin de déposer au coin des lèvres de Cëryl un baiser futile, une simple signature.

    « Tais-toi donc, tu ne sais ce que tu dis… » Murmura-t-elle dans le creux de son cou, un léger ricanement l’accompagnant.

    Le jeune homme resta pantois lorsqu’Adrena se détacha de lui pour se mettre à prospecter le sol à leurs pieds, recouvert de galets grisonnants de toute taille et de toute forme. Elle souleva sa robe légère, la tenant à bout de bras tandis que sa main libre fourrageait les pierres à ses pieds. À la recherche d’un idéal, de la fin qui ferait la différence. Au fond c’était futile et inutile, pourtant au bout de quelques minutes sa main se referma sur l’objet de ses désirs. Il était petit, rond, légèrement incurvé d’un côté. Il tenait à peine dans le creux fermé de sa main. Elle l’avait trouvé fort.

    Dans un vif éclat métallique, la lame sortit agilement de son fourreau et gagna la main habile d’Adrena. C’était un petit poignard, dont elle se servait si peu que la lame ne portait aucun signe d’usure. Elle posa le petit caillou sur la rampe et le tint fermement. Minutieusement, elle posa le fil du tranchant contre la surface lisse et gratta. Un dérapage et sa main en pâtirait, elle devait donc être prudente. D’abord un A, suivi d’un D cafouillé, incertain, un R dont elle se rappelait qu’elle n’avait jamais réussi à le graver correctement, un E, un N et de nouveau un A. La jeune femme contempla son œuvre avec une moue exigeante et mécontente et jeta à Cëryl un coup d’œil, torve à la vue de son sourire narquois. Elle haussa les sourcils : « Tu penses que c’est simple ? ».

    Elle leva la main et lança le galet dans les flammes, le regardant soulevée une nuée de cendres et de braises incandescentes. Elle l’observait.

    « Cëryl… Il serait bon de passer quelques jours à Mannheim pour… Voir nos familles. » Elle marqua une pause de circonstance, n’osant tourner son regard sur lui, de peur qu’il ne perde contenance. « Cependant, tu me connais assez pour savoir que je ne suis pas du genre à rester indéfiniment bien au calme, chez moi. Servie, nourrie, logée. J’ai besoin d’aventure. » Un coup d’œil complice « Et toi aussi, il me semble. »

    Autour d’eux les pierres jaillissaient et se précipitaient dans le feu. La foule acclamait les jongleurs et les prestidigitateurs venus des quatre coins d’Yggdrasil pour amuser le peuple et récolter de quoi subvenir à leurs besoins. C’était leur plus gros profit de l’année, avec la fête de l’Ark.

    « J’aimerais partir dans le nord, sans savoir bien où aller. Sans savoir pourquoi, juste partir. »
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MessageSujet: Re: Là où Skuld veille... - [Privé]   Lun 29 Aoû 2011 - 10:57

Cëryl regarda Adrena et lui adressa un sourire doux et amoureux. Son envie de voyages était, comme pour lui, tout à fait naturelle. Ils avaient tous deux ça dans le sang : un sang bouillonnant du désir de parcourir le monde. Quand à la direction qu’elle avait en tête, elle l’intéressait lui également. Il n’avait jamais vu ces contrées : il était plus que temps d’y fouler le sol. Novigard était cependant le repère des vampires : mieux valait éviter d’y aller. Utgard était quand à lui le domaine des nains, et le jeune mage aurait apprécié d’explorer les montagnes dont était originaire Piotr. Il n’y avait pas seulement des roches à voir là-bas, mais aussi les constructions naines, peut-être quelques galeries souterraines, ainsi que des paysages magnifiques à contempler du haut des cimes de cette région. Décidemment, lui aussi avait envie de partir. Mais Adrena avait également raison sur un point : il était nécessaire qu’ils passent un peu de temps en famille avant de quitter Midgard. Cëryl voulait retrouver sa mère et son petit frère, avec qui il n’avait pas passé véritablement de temps depuis un bon moment. De plus, il lui fallait trouver Athos qui lui avait demandé de passer à la taverne où il logeait, le temps des festivités. Adrena désirait certainement revoir quelques membres de sa famille, Cëryl comprenait. Il passa une main dans les cheveux soyeux de sa compagne, de nouveau proche de lui.

« Oui, voir nos familles quelques jours ne serait pas de trop. Quand à ton « besoin » de voyager, sache que je le connais et le comprends parfaitement. J’ai le même. Je pense même à Utgard, la demeure des nains. L’endroit est plus sûr que Novigard, et puis ce sera l’occasion de découvrir la culture de Maître Piotr. C’est comme tu veux… Quoiqu’il en soit je te suivrai, Adrena… »

Il prononça ces derniers mots avec une sorte de ferveur amoureuse dans la voix, mélange du culte et de l’extase. Il voulait la suivre, même si elle voulait subitement partir dans les méandres des Enfers. Son amour pour elle atteignait des sommets. Des sommets aussi hauts que les monts neigeux du pays des nains. Cëryl se leva à son tour pour chercher un galet. Il sortit de sa sacoche un petit couteau qui lui servait d’ordinaire à couper sa nourriture durant les voyages, puis s’appliqua à écrire son prénom sur la pierre plate. Il n’avait pas l’adresse d’Adrena et dut s’y reprendre à plusieurs fois pour parvenir à écrire le « C ». Il en eut rapidement marre et une idée lui vint, idée qui lui simplifierait la tâche. Il posa la pierre au sol, posa un doigts dessus et s’appliqua à entremêler le tracé qu’il suivit avec son index avec l’élément Terre, rendant la pierre plus malléable que d’ordinaire et pouvant ainsi y inscrire son prénom avec la plus extrême facilité. Il regarda son travail accompli : il était parfait. Il regarda Adrena un instant et lui tira la langue avec un clin d’œil taquin. Après quoi, il lança la pierre dans le feu.

Il revint auprès de son amante pour l’enlacer de nouveau, et posa sa tête sur ses jambes croisées. Il regardait les flammes, façonnées par des hommes, nées de la nature. Il ne sut pas exactement pourquoi il avait accompli le rituel de la pierre, d’ordinaire il ne croyait pas à ce genre de fables. Mais voir Adrena l’exécuter sans hésitation lui avait donné envie de faire de même. L’amour.

La place était calme désormais. Avec le monde qu’il s’y tenait, on aurait pu prévoir un vacarme assourdissant, mais il n’en était rien. La plupart des gens semblaient comme charmés par le brasier du centre-ville, une vision réellement apaisante. Cëryl, en le regardant, voyait s’effacer tous ses mauvais souvenirs, comme si tout ce qui appartenait au passé se voyait engloutir dans un torrent de flammes. Il n’y avait plus que le présent, et le futur qui importait. Un futur qu’il espérait passer éternellement avec Adrena. Sa tête ainsi appuyée contre ses jambes douces et chaudes, il avait la sensation d’être allongé sur un lit de bonheur, un petit paradis qu’il voudrait toujours conserver jalousement. Sa passion n’avait d’égale que ce bonheur-ci, chaque fibre de son corps ressentait le besoin de crier son amour fou, sans émettre le moindre son. A ce moment là, il ne voyait rien d’autre à part Adrena. Même le feu disparaissait sous la couverture de son existence, qui l’enveloppait dans un cocon de douceur. Le calme absolu l’ayant envahi complètement, ses paupières s’affaissèrent petit à petit : il s’assoupit sur les genoux de sa compagne.

Adrena avait disparu, comme tous les gens qui étaient présents sur la place du centre-ville. A la place du feu, un immense glacier s’élevait, recouvert de saillies qui en permettaient l’escalade. Au sommet, une lumière aveuglante. Lleya ? Peut-être bien. Il pouvait la regarder sans en détourner les yeux, une fois encore. Il s’approcha de la glace et y posa les mains pour entamer l’ascension. Il ne ressentit aucun froid au contact de la matière gelée avec sa peau, et s’en étonna. Il se mit à grimper. Chaque mètre de plus lui rappelait une étape de sa vie.

Au commencement, il se revit enfant, occupé à aider son père qui travaillait alors dans le quartier des quais de la ville, l’aidant à porter quelques sacs de pierres, en vue de construire une maison. Son père avait un fond tendre, même s’il n’était pas démonstratif de cette tendresse. Il aimait son fils, mais ne le montrait pas. Il donnait plutôt l’image d’un père autoritaire, soucieux de son éducation. La passion qu’avait Cëryl pour les livres le rebuta au début, mais il était par la suite immensément fier que son fils fût un intellectuel, même s’il ne le lui dit jamais. Au quartier des quais, Cëryl était un enfant jeune et insouciant, il ne voyait pas son père comme il aurait dû le voir : il était pour lui quelqu’un qui ne pourrait pas le comprendre, jamais. Il pensait, de son esprit de marmot mal avisé, que son père ne verrait jamais son potentiel, puisqu’il ne lui ressemblait en rien. Le glacier lui montrait la scène, comme un miroir de son existence. Cëryl pouvait s’auto-évaluer, et il vit son père regarder son « lui » jeune, et il y perçut tout l’amour qu’il n’avait pas pu ressentir à cet âge. Une larme coulait de l’œil de son père, une larme de bonheur en regardant son fils qui s’était accordé une pause pour lire un livre, déjà avancé pour son âge, assis sur une caisse à outils. Son père détourna le regard, puis partit lui aussi prendre sa pause. Cëryl était bouche bée devant la scène, son cœur s’était arrêté de battre. Jamais il n’avait vu son père ainsi. Ou plutôt, il l’avait toujours vu, mais l’avait vraiment comprit différemment. Il s’était toujours douté qu’il l’aimait, mais cette preuve d’amour pur lui ôta ce doute, remplacé par la certitude la plus forte qu’il soit. Il pleura lui-même, dans son rêve, ou son souvenir, et poursuivit sa montée.

Au deuxième mètre, il vit dans la glace un jeune étudiant à l’école de magie, assis à une table, près d’un homme à la barbe longue et blanche. Athos et lui étaient à la bibliothèque, Athos lui donnait un cours particulier sur la magie. A mesure qu’il expliquait les choses, Cëryl entendit la voix, les mots du vieil homme se répercuter dans sa tête. Toutes les notions qu’il lui avait inculquées lui revinrent, aussi nettement qu’à chacune de ses leçons. Athos ne lui avait pas simplement enseigné la magie et ses rudiments, mais aussi la vie elle-même.

« -Mais alors, vous êtes immortel Maître ? interrogea le jeune Cëryl.

-Non Cëryl, je ne le suis pas. J’ai failli franchir ce pallier, mais je ne l’ai jamais fait…

-Pourquoi ? N’est-ce pas fabuleux ? Vous pourriez tout connaitre, comme les plus grands mages…

-Dois-je te rappeler ce que certains grands mages ont entrepris avec de grands pouvoirs ? Il y en a même un qui a failli détruire Mannheim…
Dit Athos, d’un air attristé.

-Oui mais vous n’êtes pas comme ça, vous…

-Cëryl, le pouvoir monte à la tête. S’il y a une chose que tu dois retenir c’est bien ça,
expliqua le vieil homme. Ne pense pas qu’obtenir autant de puissance ne soit pas sans problème. C’est à double tranchant : aussi bien pour moi que pour toi, même si tu es persuadé du contraire. Être immortel apporte son lot de souffrance, comme celui de voir tous ceux que tu aimes mourir.

-Mais… Mes parents mourront avant moi de toute façon,
expliqua le jeune homme, l’air gêné.

-Tu as toute une vie pour aimer des personnes, jeune homme. Tes parents ne seront pas les seules. Certaines auront ton âge.

-Je n’ai qu’à vivre reclus et solitaire, profiter de plaisirs simples, et seul !
Dit-il, sérieux et plaisantin en même temps.

-ça ne marchera jamais mon jeune ami, sache que si tu ne cherches pas les autres, les autres viendront à toi, répondit Athos d’une voix douce. Enfin, avec le temps, tu comprendras mieux ce que je veux dire. Mais le moment venu, fais donc le bon choix. Ou fais juste attention : la magie peut se manifester de façon imprévisible. Il peut arriver que certains mages reçoivent un pouvoir qu’ils n’ont pas nécessairement désiré. C’est ainsi. »

Athos et le jeune homme qui était Cêryl se levèrent, et la vision dans la glace se brouilla. Cëryl continua l’escalade.

Au troisième mètre, il assista à la mort de son père. Il le vit dans son lit, proche de la fin, lui prendre la main et la lui serrer fort, sans dire un mot. Cëryl regardait son père d’un air vide, éperdu, tandis que sa mère et son frère pleuraient. Il tomba à genoux, et continua de le fixer des minutes durant, minutes pendant lesquelles le « vrai » Cëryl, du moins celui qui explorait son propre rêve, put voir le visage infiniment triste de sa mère qui contemplait tour à tour ses fils et son mari, résignéeau devoir de s’en occuper seule, désormais. Elle s’approcha alors du Cëryl affaissé près de lit et l’enveloppa des ses bras maternels, protecteurs, lui disant de se laisser aller. Le Cëryl du présent s’aperçut ô combien il devait avoir été difficile pour sa mère de vivre après cela, et surtout d’élever seule deux enfants. Après cet évènement, Cëryl partait souvent vers le lac pour se changer les idées, fuyant la maison familiale. Sa mère l’avait-elle mal pris ? Avait-elle cru qu’elle n’était pas capable de gérer la situation ? Le jeune homme aurait dû rester auprès d’elles dans ces moments durs et cruels que seule la vie sait provoquer. Elle en aurait eu besoin. Il décida de ne plus jamais la laisser si elle était triste. Il ne le pourrait plus.

Au quatrième mètre, c’est Yvan que Cëryl put observer. Précisément, c’était le jour où Yvan avait reçu sa première lame, une épée courte en acier, et qu’il s’acharnait à frapper un mannequin d’entrainement installé à l’extérieur de la maisonnée. Cëryl regardait son petit frère le frapper de toutes ses forces jusqu’à l’épuisement, l’air amusé. Une fois harassé par la fatigue, Cëryl l’aida à regagner la maison, le tenant par une épaule alors qu’il vacillait, puis à s’asseoir sur une chaise avant de se mettre à lui préparer une soupe. Son petit frère s’endormit sitôt le breuvage ingurgité, et Cëryl posa une couverture sur ses épaules. C’était quelques temps après la mort de leur père. Cëryl se sentait à présent responsable de son frère, et était angoissé à l’idée qu’une fois chevalier, celui-ci puisse périr dans une quelconque bataille, ou n’importe quoi d’autre. Non, cela n’arriverait pas. Cëryl le protégerait coûte que coûte, pour sa mère et pour son père.

Cëryl approchait du sommet du glacier. Celui-ci lui montrait la scène qui s’était déroulée environ un an auparavant, dans le cimetière de Mannheim. Cëryl était occupé à manger des cuisses –ou des ailes ? Il ne s’en rappelait plus- devant la tombe de son père, et à jeter les os un peu n’importe où, quand Adrena était arrivé et s’était énervée, furieuse de sa… « Profanation ». En revoyant cette scène, le mage ne put s’empêcher de rire. Quelle rencontre ridicule ! Cela n’avait rien de romantique. Cëryl était passé pour un gros porc, et avait tout d’abord vu Adrena comme quelqu’un de froid et de frustré. Il n’en était rien… Peu après ils avaient discuté dans une taverne et… Tout avait commencé à partir de là. Rien n’était plus pareil depuis lors. Il revit le premier sourire qu’elle lui avait adressé, et pensa qu’il avait dû tomber amoureux d’elle dès cet instant, sans en avoir conscience. Un sourire magnifique, qui conservait aujourd’hui le même éclat.

La lumière au sommet du glacier était celle qui émanait du spectre de Lleya, récurrent dans les rêves du jeune mage. Quand Cëryl s’approcha enfin tout près de lui, l’entité s’adressa à lui d’une voix douce et agréable, familière.

« Sois prudent avec la magie Cëryl, ne la laisse pas te prendre tout ce qui t’es cher. A moins que tu n’envisages le suicide, si cela devait se produire. »

Le jeune homme écarquilla les yeux, et tout se brisa. Le glacier se fissura soudainement et explosa, projetant le mage en arrière. Derrière les éclats de glace qui voltigeaient au dessus de lui, le feu reprenait le dessus, consumant tous ces éléments du passé. Les miroirs éclataient les uns après les autres, détruisant chaque scène qu’il venait de voir, réduisant à néant les souvenirs. Et puis d’un coup…
Tout redevint normal. Il sentit de nouveau la chaleur des jambes d’Adrena sous sa tête, une main posée sur ses cheveux. Lentement, il se redressa, la regarda, l’air encore secoué par son rêve… Avec une petite voix, il essaya de s’exprimer.

« J’ai.. »

Ayant conscience de son air hagard, il concentra son attention sur le visage de sa compagne, et la fixa droit dans les yeux, moitié souriant, moitié baillant.

« J’ai faim. »
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MessageSujet: Re: Là où Skuld veille... - [Privé]   Mer 31 Aoû 2011 - 23:36

    La plume céleste lâchait l’encre noire sur l’azur du ciel, goutte après goutte. Seconde après seconde. Elle, engloutissant de sa ténébreuse lueur l’astre torride, le noyant, ne faisant subsister de ses purs rayons que des palpitations étincelantes. Elle, plongeant le monde dans la nuit. Elle, le commencement, Elle, la fin. Le dernier chant du monde. L’oubli primordial.

    Le disque d’argent trônait encore, comme accroché aux vesprées, et flottait dans l’éther, faisant se découper dans sa lumière vaporeuse les ombres anarchiques des demeures alentours. L’image spectrale du soleil ne pouvait pourtant pas rivaliser avec le torrent de flammes qui inondait le centre-ville de Mannheim, berçant d’une bienheureuse chaleur les badauds venus remettre entre les mains du destin leur fortune misérable. Adrena faisait partie de ceux-là. Adrena l’ignorante. Adrena espérant. Adrena perdue. Adrena se jetant dans les bras de son destin comme on se jette dans les bras d’un amant langoureux. Un lieu si commun pourtant.
    Son amant à ses côtés, le silence qui dit tout. Il est un gentilhomme, il laisse la place aux pensées ; ces dames de peu de vertu qui violent nos désirs. Adrena qui ne veut penser, Adrena qui pense trop. Elle pense à des choses bien sombres. Belle Adrena, trop jeune. Si jeune que la chance encore se joue d’elle comme d’une poupée. Destinée à la mort, rêvant de gloire et d’éternité. Adrena ce brasier de fougue, de lumière, d’espérance. Ce soleil éphémère. Dévorée par son loup. Elle songe de rejoindre Hel dans les affres de l’enfer ; servant la dame noire jusqu’au crépuscule des Dieux où alors elle reprendra les armes pour la toute dernière fois. Loki, ce maître terrible déversera la mort sur ses terres. Elle sera instrument. Cette douceur empoisonnée. Si elle craignait la mort, elle craignait plus encore le Ragnarök.

    Le brasier l’obnubilait. Il avait quelque chose d’envoûtant ; était-ce la danse des flambeaux, la ronde des galets, le crépitement s’amenuisant en petites gerbes d’étincelles ou bien la douce brûlure de la proximité… Il y avait quelque chose d’absolu. Il y avait quelque chose de fataliste, quelque chose de terrible à être un incendie; la puissance destructrice contrainte à consumer des vétilles lorsqu’on voudrait avaler le monde, l’absorber jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien à absorber. Alors on mourrait et le temps mourrait avec nous. Il n’y aurait rien à regretter puisqu’il n’y aurait plus rien. Au lieu de ça, on brûle, on est insignifiant. On Est, seulement l’espace d’une nuit. Et on meurt sans avoir assouvi sa passion. Et on s’éteint comme un vulgaire feu de camp. Et on foulera nos cendres sans même nous donner sépulture. Et on fouillera nos boyaux de charbon à la recherche de la vérité. Et on sera oublié. On ne sera rien. On sera balayé.

    Vraiment, qu’il est désolant d’être un brasier.

    Voilà des songes bien sombres, pour une si belle nuit. Tu n’as jamais été aussi fataliste que lors de sa mort ; n’était-ce pas déjà bien assez de souffrance. Je t’ordonne de cesser, impertinente.

    Elle ouvrit largement ses yeux mi-clos, laissant l’éclat y pénétrer en plein. Elle sentit sa pupille se dilater. Elle accueillit la lumière avec délectation. « Quoiqu’il en soit je te suivrai, Adrena… » La chevalière avait assimilé ses paroles avec béatitude et s’était tournée entièrement vers lui, lèvres étirées en un sourire radieux, s’offrant à son regard translucide. Utgard, berceau de la civilisation nain, qu’elle avait toujours rêvé de voir ; ses monts neigeux, ses grottes, son architecture hors du commun, son savoir-faire à nul autre pareil dans tout Yggdrasil. Un rêve réel. Tout serait réel désormais.

    Cëryl ronronnait sur ses genoux et le feu baignait son visage apaisé d’une douce lueur, faisant luire ses cicatrices comme des éclats de lune. Il s’était abandonné au sommeil, ou peut-être était-ce même le sommeil qui l’avait chassé et finalement emporté dans son sillage de calme et de volupté.

    Qu’importe, sommeil, outil de la nuit, car moi je l’ai pour l’éternité.
    Pensa-t-elle avec amusement.

    Elle jouait avec ses cheveux couleur de sable, les caressant doucement, assez pour ne pas l’arracher à la torpeur bienfaitrice et contemplait son visage endormi, les sourcils pourtant froncés et une moue insatisfaite tordant sa bouche artistiquement dessinée. Les questions jaillissaient dans son esprit comme des trombes d’eau ; elle était angoissée.

    Les festivités avaient toujours été pour la chevalière l’allégresse de la fête et la légèreté de l’innocence. Chaque année avait été marquée par un évènement, qu’il fut énigmatique ou cristallin, par un renouveau. Mais pas cette année, pas dans ce lieu, pas dans ces circonstances. Ses pensées étaient noires comme la nuit, son espoir annihilé, son regard obscurci. Le regret...? L’amertume ? Elle avait commencé par mettre cela sur le compte de la mort de Rhya, de la frustration de son absence lancinante. La vérité était tout autre.

    Adrena était oppressée.

    Oppressée par une force inconnue, un sentiment incertain. Un carcan intérieur qui comprimait son cœur pourtant inondé de doux sentiments et de délice, pourtant protégé de la douleur par cette panacée qu’on nomme Amour. Cela avait commencé à la seconde où elle avait matérialisé ce songe de son esprit, cette femme aux friandises. À l’instant où elle avait disparu, emportant sa liesse, sa conviction, sa lumière. Adrena, alors, avait su que quelque chose allait se produire. Elle était comme une étoile éteinte. Sa lumière était nébuleuse. Le temps semblait avoir suspendu son cours.

    Cëryl, allongé sur ses genoux, inspira profondément. Adrena retira vivement sa main craignant de le réveiller avant qu’elle ne puisse reposer sur son visage le masque de la jeune femme souriante dont il était amoureux. Son front moite se rida imperceptiblement et sa lèvre inférieure trembla; le jeune homme devait être en proie à un sommeil agité. Lui qui sentait la magie, lui qui sentait chaque pulsion dans les veines du monde devait nécessairement vivre cette atmosphère suffocante, à moins que son trouble fut d’un tout autre genre. Quoiqu’il en soit, elle ne lui en parlerait pas. Il tenait trop à elle, elle tenait trop à lui pour l’inquiéter. Les secondes se figèrent, pendant lesquelles la jeune femme voulut penser que son ami s’était rendormi, et elle put jeter un regard autour d’elle. Partout cette allégresse. La place commençait à se vider doucement. Elle-même sentait la fatigue alourdir ses paupières et papillonner ses cils blonds, espérant secrètement que le somme du mage ne s’éternise pas trop. Elle étouffa un bâillement en se pinçant violemment le dessus de la main.

    Soudain il ouvrit les yeux, l’air saisi et perturbé. Écarquillés, ceux-ci semblaient avoir du mal à replacer le lieu dans lequel il se trouvait, pleins encore des images que son probable rêve avait imposé à son esprit. Adrena, qui s’apprêtait à lancer un chaleureux « Bien dormi ? » garda le silence, inquiète. Sa mine était affreuse.

    « J’ai… »


    Silence.

    « J’ai faim. »

    « Quelle âne j’ai été de m’être inquiétée pour toi. Vous n’êtes qu’un fieffé goinfre Cëryl Eludia ! »
    Rit-elle gaiement. Le subterfuge était parfait. La jeune femme se tordit un peu pour saisir la sacoche de cuir qui pendait à sa taille et en sortit quelques biscuits secs enrobé d’un linge de couleur pâle. Elle les avait pris le matin même, ou plutôt les avait sauvés, à l’appétit vorace de celui qui allait être à son bras quelques heures plus tard.

    « Tiens donc, goulu. Il me tarde de rentrer, tu feras pitance en chemin. »


    Elle s’amusait de lui voir cet air perdu, mais il serait tantôt bien plus réveillé qu’elle. Adrena se leva avec grâce et épousseta sa robe couverte de cendre et de fragments de roche, vestige de leur soirée, puis tendit la main au jeune homme pour qu’il se lève à son tour.

    Quand ils se levèrent, la place était presque déserte. Quelques rares fêtards tardaient à regagner leur maisonnée, pour peu qu’ils en aient une, et chantaient faux et joyeusement des chansons paillardes aux goûts douteux desquels ce seraient offusqués tous les gens de la haute société. Le lendemain serait une journée grave et importante.

    Adrena se blottit contre Cëryl et attendit qu’il fût prêt à partir.
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MessageSujet: Re: Là où Skuld veille... - [Privé]   Ven 2 Sep 2011 - 0:35

« Et si nous rentrions, ma jolie ? »

Cëryl s’était adressé à son amie la mine déchirée par la fatigue. Le rapide sommeil qui venait de le prendre n’avait réussi qu’a le fatiguer encore plus. Il voyait toujours ce qu’il se passait autour de lui mais de façon plus diffuse, comme dans un rêve éveillé : il percevait et ressentait les choses de façon plus lente que d’habitude, décalée. Pourtant, tout en mâchouillant les quelques biscuits que lui avait donné son amante, il était toujours plongé dans son rêve, revoyant sa vie passée et le glacier immense qui la constituait. Des chants lui parvenaient, des chansons grivoises, qu’il n’écoutait pas. Cëryl se secoua, sentant le regard d’Adrena posé sur lui. Il sourit, rassembla ses esprits et lui parla de nouveau, l’air plus concentré.

« Je suis vraiment exténué, comme tu peux le voir… Je dois faire peine à voir. Désolé… Enfin, la fête est finie pour aujourd’hui, on devrait peut-être aller dormir. »

Cëryl fixa la tête qu’il trouvait si mignonne de son amour, blottie contre lui, et avec tendresse rajouta :

« Et si nous allions dans ta demeure familiale ? Il est un peu tard pour aller réveiller ma mère et mon frère et dormir chez moi… Si ça ne te dérange pas bien sûr. »


Le consentement de son amie lui valut un baiser sur le front, et ils s’en allèrent tous deux à travers les rues de Mannheim. Malgré l’épuisement qui l’étreignait, Cëryl appréciait l’atmosphère de la ville, la nuit. Des rues désertes, un silence mystique, le calme parfait. Cëryl et Adrena marchaient sous le couvert des étoiles, de la lune et des Dieux. Se blottissant l’un contre l’autre, ils ressemblaient bien à deux amoureux transis qui ne pourraient jamais se lasser de s’enlacer. Le seul son qui les entourait était celui de leurs pas qui résonnait contre les parois des habitations. Tout Mannheim devait être rentré dormir, éreinté par l'évènement. Les auberges étaient très certainement bondées à cause de nombre d'étrangers en ville. Athos devait sans doute être entouré d'elfes et de nains. Fugaces pensées qui traversaient le jeune mage alors qu'il avançait, au rythme de sa compagne, sur le chemin qui le séparait de sa noble demeure. C'était la deuxième fois de sa vie que Cëryl allait y mettre les pieds, mais cette fois, il n'était plus l'étrange et vorace mage du cimetière mais bel et bien Cëryl Eludia, aimé d'Adrena L'Ulaun et désireux de son bonheur.

Les deux jeunes gens se rapprochèrent de la maison. Il faisait nuit noire, mais leurs yeux s'étaient habitués à l'obscurité depuis un bon bout de temps déjà. Arrivés au lieu dit, Adrena parvint à ouvrir la porte après quelques instants, et ils entrèrent dans la maison l'Ulaun. Adrena avait expliqué plus tôt au mage que des gens de sa familles seraient sans doute ici à dormir, et qu'il faudrait donc faire le moins de bruit possible. Le jeune homme s'y applica, et tous deux traversèrent des couloirs jusqu'à la chambre d'Adrena. Cette fois ce n'était plus la chambre d'amis qui attendait Cëryl.

Adrena et Cëryl se débarassèrent de leurs affaires encombrantes et les posèrent en tas sur une chaise dans un coin de la pièce. Ils s'asseyerent alors sur le bord du lit douillet d'Adrena.

« C'est l'heure de dormir ma chérie. J'essaierai de ne pas ronfler, ni prendre toute la place, et surtout ne pas mettre inconsciemment le feu aux draps... ça m'arrive assez fréquemment... »

Devant l'air interloqué de son amie, il se hâta de rajouter qu'il s'agissait d'une petite plaisanterie, avant de l'embrasser tendrement et de s'allonger, lui présentant ses bras pour qu'elle se blotisse contre lui. Il ne lui fallut pas plus de deux minutes pour sombrer, dans un sommeil cette fois sans rêves mais avec le bonheur de serrer celle grâce à qui tout avait changé dans ses bras.
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MessageSujet: Re: Là où Skuld veille... - [Privé]   Sam 3 Sep 2011 - 23:57

    Adrena s’était blottie sans demander son reste, comme irrésistiblement attirée par ces bras ouverts, cette douceur offerte. Sans hésitation, sans pudeur. Naturellement. Elle avait retrouvé la senteur des draps rêches et leur fraîcheur délicate. Le frisson de délice qui lui parcourut l’échine lorsqu’elle avait ôté ses vêtements passa, imperceptiblement, mais le bien-être qui suivi l’instant où elle retrouva la chaleur du corps de Cëryl empreignit sa chair comme une brûlure. Elle sentait, en cet instant, plus que jamais.

    Pourtant…

    Avait-elle soufflé la bougie, comme son oncle le faisait, alors qu’elle était enfant et qu’elle n’osait. Non bien sûr, nulle bougie en cette chaude nuit. Avait-elle fermé les volets de peur qu’un vampire assoiffé de sang ne passe au travers des murs protecteurs de sa chambre et n’absorbe son liquide vital. Ah, ils l’étaient déjà. Tant de peurs enfantines. Pourtant au fond d’elle, il y avait comme un manque ; un sentiment inextinguible qui la mettait mal à l’aise. Cette impression terrible, celle d’avoir oublié quelque chose. Un émoi saisissant qui la poussait à se lever, faire les cent pas, travailler de mémoire et de corps et de cœur pour venir à bout du malaise.

    Et toujours cette oppression.

    Une sensation affreuse ; un manque d’air insupportable, une compression sordide de la cage thoracique, des tensions dans chacun des muscles de son corps, un cœur aux battements anarchiques…
    La jeune femme n’avait pas bougé d’un centimètre, toujours enserrée par son ami que le sommeil avait, lui, dérobé sans mal. Cependant, ses yeux ouverts n’avaient cessé de s’agiter dans le noir ; là une ombre chatoyante, là un craquement insidieux empêchait son esprit alerte de guetter la torpeur et de se perdre dans la bienheureuse étreinte. Elle bougea légèrement, épiant une réaction du jeune homme qui ne vint jamais ; sa léthargie était profonde, il ne remarquerait donc pas son départ et c’était une aubaine. En aucun cas, elle ne voulait lui montrer son trouble.

    Adrena défit les bras qui l’enfermaient comme un carcan et se redressa doucement sur son séant, appréciant la distance qui la séparait de la porte massive, plongée dans le noir. Elle glissa hors des draps comme un serpent, silencieuse et insensiblement; d’abord une jambe, la fraîcheur de la pierre sous la plante de son pied, puis une autre. Enfin, elle se mit debout, légèrement chancelante, se retenant au montant de bois qui encadrait son lit et fit un pas. Puis un autre. Et un autre. Les bras tendus devant elle en guise d’antennes, sensibles à la moindre pression, à la moindre variation de densité. Elle tâtonna le coin de la table de nuit, toute proche du lit, dont elle suivit le fil émoussé jusqu’au mur de pierre, qu’elle sonda de la même façon jusqu’à l’enfoncement contenant la porte. Le bouton grinça lentement lorsqu’elle le tourna pour gagner la fraîcheur du couloir.

    Des lumières avaient été allumées çà et là et rendaient le chemin largement praticable. La chevalière avança à pas de loup, non sans jeter un coup d’œil dans les chambres entre-ouvertes qui renfermaient parents et amis. Elle put ainsi remarquer ses parents, reposant dans la chambre qui leur avait toujours été attribuée et en déduit que son frère se trouvait également dans une de ces pièces. Leurs visages paisibles ne trahissaient ni troubles, ni fatigue et cette vision pure et rassurante empli son cœur d’une bouffée d’air frais. Pendant un instant.

    Elle avait ouvert la porte de la bâtisse, bordant les champs aux abords de la ville, et foulé de ses pieds nus les pâtures fraîches et humides. Cette terre trop belle et trop verte qui l’acceptait comme une fille, s'offrait à elle comme une femme, dévoilant ses attributs au vu et su de tous. De son regard perçant, elle balaya les plaines s'étendant sous elle comme un matelas de rêves et d'espoir ; la caresse du vent sur les champs et les herbes hautes leur donnait l'aspect d'un océan tranquille, balayé par la caresse incertaine de l'air chargé des embruns du lac. Sa bouche pulpeuse, d'un rosé givré, était entre-ouverte et goûtait l’atmosphère autour d'elle, ses paupières closes avec délectation laissaient ses sens la transporter à travers le temps et l'espace. Le sablier sempiternel suspendait son cours l'espace d'un instant à jamais figé. Si la mort devait trancher le fil qui la retenait à la vie, ce devait être maintenant. Qu'Elle ne puisse s'en rendre compte, qu'Elle la frappe sans retenue lorsque, emportée par ses sensations, rien ne pouvait la briser. Les odeurs d'herbes provinciales, entêtantes et nauséeuses, étaient aussi présentes que dans ses souvenirs mais, subrepticement, il s'y mêlait maintenant des senteurs plus exotiques, venues des quatre coins de Mannheim, porté par les effluves étrangères. Les rafales fouettaient son corps et faisaient claquer sa légère chemise lin contre sa cuisse et voler autour d'elle sa longue chevelure d'or, comme les rayons d'un soleil éteint.
    Elle vivait Mannheim.

    Adrena s’assit sur le perron de bois rugueux, et leva les yeux vers le ciel. Elle regarda profondément dans les cieux qui s’élevaient infiniment au-dessus d’elle. Elle les regarda avec tant d’insistance qu’ils finirent par regarder, eux aussi, au plus profond d’elle. Les étoiles qui brillaient dans le ciel s’étaient accrochées au fond de ses prunelles comme de doux grelots scintillants.

    Enfin, elle s’assoupit. Doucement, sans même s’en rendre compte. Quelqu’un, là-haut, avait peut-être pris en pitié sa détresse si terriblement humaine. La lune la regardait en souriant.

    Et demain… Demain serait…
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