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 Là où Skuld veille... [Libre]

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Amazone
Jiliann Hesylavatar

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MessageSujet: Là où Skuld veille... [Libre]   Sam 27 Aoû 2011 - 22:01


Plusieurs heures, un nombre incertain, il lui était impossible de décrire ce voyage avec précision. Elle avait suivit cette femme, cette étrangère survenue dans sa vie avec la brutalité d’une frappe de fouet. Une pluie légère s’était faite l’invitée surprise de cette marche silencieuse ralliant les plaines d’Utgard aux portes de l’imposante capitale des Hommes. Pas une lourde pluie d’averse, un orage démentiel, une chute libre de tonnes d’eau, non. Juste de fines gouttelettes insonores, qu’éviter relèverait du miracle, une pluie qui glisse sur votre peau, le long de vos muscles, de votre chair, de votre vous, et qui pourri l’intérieur. On a tord de trop peu se méfier de ce qui nous apparait comme insignifiant. L’humidité engendrée par ces caprices d’un ciel redevenu fluide et rassurant avait achevé de mettre Jiliann mal à l’aise. La protection des démesurés arbres de Völsungar faisait du peuple amazone un privilégié, sécurisé, à l’abri du monde. Et à présent, Mannheim fixait cette femme dont les jambes, les bras et le ventre déroutaient de par leur nudité. Son regard accroché sur ce corps brun, immobile, ses deux yeux immenses qui ne la lâchaient plus, tous pleins du vice, voyeurs. La ville toute entière l’enserrait, soudainement étouffante, surchauffée, oppressante. Et Jiliann suffoque, agressée par ces murailles de pierres trop lourdes qui la raillent, ouvrant grand leurs gueules déformées, hurlant de rire. Un rire glacial, destructeur, un rire qui vous suit jusque dans votre couche, au fin fond des nuitées. Si l’amazone avait à une occasion déjà posé le pied en Mannheim, la foule qui grouillait en tous sens, autant qu’il puisse en exister, ne lui revenait en rien à l’esprit. Elle n’avait pas le souvenir d’un lieu si dense et bruyant, bien qu’il s’agisse là d’une capitale, et au milieu de cette fourmilière sifflante s’était envolée la créature à l’œil luisant. L’avait-elle seulement remarqué ? Mais Jil’ connaît la solitude, vieillie amie fidèle, elle restera son guide.

La bibliothèque. Il était évident qu’une cité de cette ampleur et de cette importante possédait ce genre de refuge intellectuel; sans doute serait-il immense, gorgé de Savoirs. Et, là, juste là… Posé sur une planche de boit vieillit, entre deux grains de poussière, menaçant de chuter, se trouverait la Réponse, la Clef du fantasme. Celle qui pousserait les portes du jardin de Vanaheim et qui offrirait, tout en tremblement, le Fruit désiré, désirable. Elle en suait. L’humidité n’en était que plus forte, le malaise plus papable. Jiliann, l’amazone, se tenait immobile, bousculée par cette foule mouvante qui ne lui portait aucune attention; pourquoi d’avantage à elle qu’à un autre? Les Hommes sont ainsi, aveugles, troupeau de moutons grisonnants s’entassant stupidement. Il lui fallut tout de même quelques minutes pour réagir de nouveau, dépliant ses jambes douloureuses. Une soudaine prise d’initiative l’emporta dans une ruelle parallèle dans laquelle le passage était moins bouché, et où les jongleurs et autres ménestrels dispensaient leur art avec de larges sourires. L’ambiance était à la fête, la ville toute entière vibrait, pleine d’allégresse. L’amazone reprit lentement ses esprits et avança d’un pas plus assuré sur les pavés de Mannheim, le souffle retrouvé. En Völsungar, de nombreuses fêtes avaient lieu chaque année, allant des cérémonies aux nuits blanches animées par les conteuses de la cité verdoyante. Le syndrome des festivités touche chacun, plus ou moins profondément, mais nul ne peut s’y soustraire. Haan aurait sûrement dit que c’était un réflexe de ‘vivant’. Haan… Haan. Jiliann stoppa sa course et plongea ses deux mains dans la besace qui pendait contre ses hanches. Les carnets s’y trouvaient, tous, à l’exacte place où elle les avait rangés. Soulagée, elle reprit son élan et leva enfin les yeux du sol pour apercevoir mes visages qu’elle croisait. Bien qu’elle ait connu des mâles dès sa dix-septième année, Jiliann avait perdu l’habitude de croiser ces joues dévorées par les poils, ces mentons abrupts et tranchés, ces sourcils épais et froncés. Ce n’était pourtant pas du dégoût qui lui venait en bouche à la vision de ces hommes, mais une indifférence totale qu’elle avait apprit à cultiver et qui lui venait tout naturellement. Certaines amazones, un nombre assez réduit en vérité, ne supportent pas l’idée même que l’homme puisse fouler ce continent. Jiliann, à l’image de la majorité, ne possède pas de jugement, elle ne connaît tout simplement pas la vie d’une société mixte et n’a aucune envie d’en faire l’expérience. L’homme ne lui manque pas et, les seules fois où elle s’est approchée de lui, rien d’autre ne comptait que la semence qui donnerait à son ventre creux cette étrange forme arrondie. Simplement. Il est sûrement des pages du cinquième carnet de Haan, dont une majeur partie fut brûlée bien des années avant la naissance de Jiliann, où il est question des hommes, des interdits, des rancœurs, des habitudes. Haan ne haïssait en aucun cas ces êtres au genre opposé. Haan était une Juste, Haan était Sage, Heureuse, Souriante, Haan était un Bijou. Une émeraude lumineuse, une pierre qui donne la vie, un éclat de soleil qui ressource, une brise fraiche qui reverdit les prairies asséchées. Haan…


Je ne sais pas, Jiliann, si Haan aurait été à tes côtés. Je ne pense pas, Jiliann, que vous auriez été faites pour vous entendre. Et pourtant, la sincérité qui illumine ton visage à la simple évocation de cette femme dont il ne reste plus que des mots couchés sur le papier me donne l’envie d’y croire. Moi, Mîmir, laissé pour compte, abandonné des Ases au creux d’une vasque de granit glacial, il me vient soudainement un délicat éclat de félicité. Perdue, impénitente, tu l’es. Mais cela n’empêche en rien le rêve de te maintenir en vie. Jil’, je sais que tu n’es pas fait pour survivre, je sais que la mort, imposante, se rapproche de toi à chaque seconde qui s’écoule, à chaque pas. Mîmir est dieu fait de Sagesse et de Connaissances, pas de Bonté ni de Capacités. Nul n’a pouvoir sur le Temps, et si seulement ce Maître tendait l’oreille en ma direction, je lui hurlerais, de ma gorge coupée, de te laisser, Jiliann, de t’offrir quelques jours, quelques nuits. De te donner le temps.

Yggdrasil manque de Rêveurs, Yggdrasil manque de Héros. Sans Rêveurs, pas de Héros. Sans hommes, femmes, enfants, vieillards, pour croire en ceux qui lèvent le glaive, comment toucher l’Asgard? Sans Héros, pas de Rêveurs. Quelle nourriture pour le rêve lorsque tout semble noir, tout semble mort ? Le Walhalla n’est plus ce qu’il était, il a perdu sa fougue, son entrain, ses Géants. Le Halle des Occis se retrouve désert, ceux qui y vivent depuis toujours sont assis lourdement dans les parterres de Vanaheim, désabusés, harassés. On ne porte plus le culte des Wals sur Yggdrasil, le continent sombre dans la débauche, dans la folie, à l’image de son nouveau Souverain… Loki, ton sourire, tes manières de vierge, ta petite moue, tes joues roses. Saleté de génie, trop talentueux, jusqu’où iront tes extravagances, jusqu’où te mènera ton délire, ton caprice. Jusqu’où… JUSQU’OU?

Mîmir est dieu de Calme et de Contenance. Et tout explose, tout se retourne, bientôt la terre disparaitra dans la gueule des monstres. Mais cela, Jiliann n’en a aucune idée, pas plus que les autres. Et Jiliann court, court vers son destin. S’enfuit vers sa fin. Je ne sais pas, Jiliann, si Haan aurait été à tes côtés.


L’amazone appuya son dos parsemé de cicatrices plus ou moins refermées contre un mur nu, tout aussi nu que son ventre, que ses bras, que ses jambes, vulnérables. Comme elle, comme eux, comme tous ceux. L’astre du jour, si bien nommé, terminait sa course sur le toit d’une maison proprette à laquelle il n’y avait rien à envier. C’était si étrange de voir ainsi un être unique, lumineux, indispensable, se coucher sur si peu, sur si pauvre. Les yeux de Jiliann parcoururent les ardoises qui recouvraient la chaumière, plongée dans une contemplation futile à laquelle elle n’attachait aucune importance. Autour d’elle, les protagonistes des centaines, de milliers de vies se pressaient, s’exclamaient, riaient. Le rire, Haan en avait apologie. Sans doute était-ce là ce qui reliait ces hommes et ces femmes, ce qui leur donnait de la joie, une raison de vivre, d’exister. Les Pommes sont du Rire? Est-ce cela? Les Pommes, cette raison, sont-elles faites de joie? Mais alors, il faudrait à Jiliann croquer la joie, croquer le rire pour que le Fantasme devienne réalité. Le Rire se croque-t-il?

Le regard de cette femme étrangère au décor des rues de Mannheim, sublimées en ce soir de festivités, transpirait-il la Folie?

Elle se détacha du mur contre lequel elle s’était arrêtée, puis reprit sa marche, déboussolée. Elle déboucha rapidement sur une magnifique place placée dans l’alignement exact du château, demeure Royale, qui s’élevait fièrement dans la nuit tombante. L’animation fleurissait dans tous les coins, à chaque mètre, à chaque pavé. Et au centre, splendide, comme embrasant le ciel, un feu rougeoyant crépitait de toute son ardeur, gonflé de fierté et d’orgueil. De nombreux galets dansaient déjà en son sein, ballet étonnant, chœur joueur et emporté. Des hommes, des elfes, des nains, tous se retrouvaient, égaux, à observer les flammes montantes symbolisant leur accord, leur Paix. Ils étaient grands, robustes, blancs, beaux, chevelus, petits, ramassés, déformés, frêles, joyeux, surpris, heureux. Jiliann connaissait cette coutume, comme tout à chacun, elle avait vu les femmes de Völsungar jeter leur destin au feu, par une nuit douce, il y a de cela des années. L’amazone releva les yeux, à nouveau, et aperçu une haute femme blonde aux côtés d’un jeune homme d’une même blondeur, qui échangeaient des regards et des mots, se souriant. Ils semblaient comme absorbés l’un par l’autre, unis en cette soirée bruyante. En cette nuitée brûlante. Ils étaient beaux.


- Votre bouche ne s’anime pas, elle refuse tout. Elle a arrêté de vivre, arrêté de sourire. Votre bouche n’existe plus.

Jiliann se retourna violemment, se frappant le coude dans le corps de son arc, la gorge soudainement sèche. Assis derrière elle, armé d’un instrument étrange aux courbes lisses, un homme à la longue chevelure laiteuse et à la peau ambrée lui tendait un air amusé. Ses yeux flairaient le jeu, l’espièglerie, la malice. Et Jiliann ne lui répondit pas. Elle n’en avait pas eu le temps, les mots ne s’étaient pas encore placés dans l’ordre qu’il convenait, ils se refusaient à elle. Elle n’en avait pas le temps.

Le Temps. Le seul que Loki ne pourra atteindre. Et même s’il détruit, même s’il tue, il ne pourra y avoir d’arrêt pour ce Maître. C'est lui qui te videra de ton sang, avant même que se présentent tes trente ans. Et crois-moi, pour toi j'ai crié Jil'.
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MessageSujet: Re: Là où Skuld veille... [Libre]   Dim 9 Oct 2011 - 14:48




Il n’est rien de plus doux que les voix et leurs couleurs, leurs mesures. Dans ce monde ponctué d’épopées et d’héroïsme vit l’artiste, être de chair et d’esprit, à l’image de tout autre. L’artiste, modelage incertain à l’aspect flou, qui offre sa vie à la recherche du beau, du sublime, du déroutant. Un but remarquable diraient certains. Une folie oseraient d’autres, qui tiendrait de la démence précoce, de l’aliénation. Pourtant, il n’est rien en Yggdrasil qui vaille la musique des ménestrels, les teintes des peintres, la grâce des danseuses.

-Votre regard est terne, c’est à peine si l’on ne vous penserait pas aveugle. Vous me semblez perdue, égarée. Est-ce Mannheim qui vous désoriente, ou bien est-ce là la définition de votre existence ? Et vous n’allez pas me répondre. Ainsi soit-il, je ne m’en plains pas.

Le jeune homme adressa à l’amazone un sourire désarmant, renvoya ses longs cheveux en arrière et reposa son attention sur l’instrument qu’il tenait entre les mains. Le feu qui s’excitait près d’eux jouait avec les ombres de son visage anguleux, sur lequel on lisait une sérénité toute épreuve, une quiétude sincère. Le naturel de cet être à l’apparence si simple et aux mots si fluides immobilisait Jiliann. Ses yeux tendaient presque à exprimer de la curiosité.

-Vous êtes courageuse, nulle autre amazone n’a posé le pied en Mannheim pour cette fête. Votre peuple est un mystère singulier, un ensemble marginal impénétrable. Elisabeth, défunte reine de Midgard, vous offrit le droit d’être et de perdurer, n’est-ce pas là le plus beau des présents que l’on puisse faire à un tel groupe? Il me semble. J’ai chanté Elisabeth, j’ai loué les vertus de cette Dame que nul roi, nul souverain n’a encore égalée. Mais les femmes de Völsungar ne sont jamais revenues, par le silence fut remerciée la mère de Cid I. Une histoire à sens unique, une déception comme il y en a beaucoup.

L’homme gratta son instrument, l’oreille attentive, les yeux légèrement plissés. Il cherchait la note juste, l’intonation exacte. Ludvick n’avait rien d’un héros, d’une figure, n’avait jamais rien eu de tel. Il était un être ordinaire, un visage parmi les autres, une voix. Et cela lui convenait parfaitement, les grands avaient tendance à chuter, au pied de l’échelle il n’existait aucun risque, la vie suivait platement son cours. Le ménestrel fredonna l’introduction d’une balade, enchantant les flammes qui dansaient pour lui. Mannheim, heureuse, s’enthousiasmait de voir chanter les artistes, courir les enfants, rire les passants. Tout était bien.

-Tu peux t’en aller, je ne te retiens pas. Je ne sais si tu as mieux à faire, mais rester devant moi ne t’apprendra rien. Je ne sais pas pleurer, je ne sais pas compatir. Je ne sais que chanter.

Ludvick balaya le ciel du regard, et sourit à la vue des étoiles qui naissaient dans l’immensité d’encre. La joie qui illuminait ses traits avait fait de lui un être à part, et c’est ainsi qu’il était devenu Ludvick, et non un jeune homme parmi d’autres. Il sentit le déplacement d’air lorsque l’amazone qui se tenait devant lui quitta sa place, fuyant l’incompréhension. Sans doute ne la croiserait-il plus jamais, mais elle avait fait revivre en lui le souvenir d’Elisabeth, cette femme royale, cette Dame à qui Midgard devait la Paix, devait l’espoir.

Ainsi soit-il.


Dernière édition par PNJ le Dim 6 Nov 2011 - 12:40, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Là où Skuld veille... [Libre]   Mar 25 Oct 2011 - 17:03

Recueille-toi, mon âme, en ce grave moment,
Et ferme ton oreille à ce rugissement.
C'est l'heure où les douleurs des malades s'aigrissent !



À force de courir, à force de fuir un homme et une décision comme le royaume de Hel, Shad en avait le souffle court. Ses jambes l'avaient porté sans qu'il s'arrête un seul instant. Sans réfléchir, il passait de foule en foule en se souciant que d'éviter les gens qui étaient sur sa route. Il ne songeait pas à s'arrêter : il devait s'éloigner le plus possible du château et de Stark, surtout. Quand enfin il eut acquis la certitude inutile qu'il avait distancé le mage - celui ci l'avait-il seulement suivit ? -, il s'arrêta enfin, haletant. À bout de force, il s'écroula sur un banc libre et rejeta la tête en arrière, tachant de reprendre son souffle. Tout ce temps durant, seul le vide semblait régner dans sa tête. Cela faisait un bien fou de ne plus penser, d'être comme un animal sans conscience, se détacher d'un homme pour se rapprocher de plus en plus de cette chose qui composait son bras. Son bras... Qui intéressait tant Stark... Précipitamment, le garçon passa à autre chose. Il s'était laissé la nuit pour réfléchir, et il comptait bien se la laisser.
Il passa sa main humaine dans ses cheveux, épongeant son front humide de sueur, les ébouriffa légèrement, essaya de les plaquer doucement sur sa tête, histoire de faire un peu moins vagabond des rues, en vain. De toute façon, personne ne remarquait ceux qui faisaient moins d'un mètre cinquante, et même si Shadow en gagnait dix avec ses cheveux rouges, il restait pauvre et jeune, ce qui faisait de lui un homme invisible au yeux de la majorité. Et cela changerait-il s'il acceptait la proposition de...
Il coupa immédiatement court à ce qu'il était en train de penser. Pourquoi devait-il tout ramener au problème qu'il venait de fuir ? Exacerbé, il prit appui sur ses jambes flageolantes et se leva.

Encore hébété par sa course, ses yeux reflétaient contrairement à d'habitude ses véritables sensations : il était perdu, un peu égaré on ne sait où, hagard. Où suis-je ? se demanda-t-il, résistant à la tentation de le dire tout haut. Il n'y avait que des maison autour de lui, qui se ressemblaient toutes plus ou moins. Il n'avait jamais vécu dans les villes, il étranger à toute cette agitation qui grouillait dans les rues. Soudain, il acquit la certitude qu'il ne retrouverait jamais son chemin seul. Avec un soupir de dépit, il se laissa choir pour la deuxième fois.

En quête d'une supposée réponse, il regardait un peu tout le monde qui passait devant lui. Il ramena ses genoux contre sa poitrine, comme il le faisait souvent pour écouter Zahk. Sauf qu'il n'y avait personne pour lui parler. Aucune des silhouettes qui déambulait sous son regard ne semblait lui être familière - quoi de plus normal, quand on vécu toute son existence dans une cave rempli de morts, de douleur et de haine -, aucune d'elles ne paraissaient s'extirper de la masse grouillante. Aucune.
Sauf une remarqua l'enfant avec étonnement. Il n'avait jamais vu semblable personne. Ce qui le frappa immédiatement, ce fut sa partielle nudité : son ventre, ses jambes et ses bras étaient totalement dépourvus de vêtement. Dans sa pureté enfantine, Shad n'avait jamais rien vu de tel, instinctivement, intrigué, il se mit à suivre cette personne si étrange, il s'agissait en fait de plus au moins la destination de la majorité des personnes dans la rue. Au fur et à mesure qu'il avançait, il remarquait de plus en plus de choses sur son entourage, comme si sa course l'avait plongé dans une sorte de brume dont il sortait pas à pas. Le soir était tombé : le ciel s'obscurcissait, les étoiles commençaient à poindre et le divin soleil disait son dernier au revoir avant le lendemain. La foule autour de lui se faisait plus en plus dense et telle une félicité se regroupait autour d'un feu. Au lieu d'être absorbé par le spectacle des flammes dont il ignorait la signification, il continuait d'observer avec la curiosité d'un enfant la femme. Étrangère sans doute, elle semblait aussi perdue que lui en ces lieux. Qui était-elle donc ? Tout, même sa manière de marcher était différente en tout point du commun des mortels. Néanmoins, elle avait dans son physique une assurance que Shad ne partageait pas du tout, qu'il lui enviait à moitié. Elle était... fascinante, voilà tout.

« Votre bouche ne s’anime pas, elle refuse tout. Elle a arrêté de vivre, arrêté de sourire. Votre bouche n’existe plus. » dit soudain quelqu'un. Comme en symbiose avec l'autre, il se retourna en même temps qu'elle pour voir un homme aux cheveux blancs dont l'expression rappela à la chimère Caïgan le conteur. Ce qu'il dit l'intéressa vivement. Il aimait la poésie de ce qu'il disait, et comprenait les images qu'il voulait transporter. Néanmoins, la question que le ménestrel posa, Shad la partageait également. L'homme l'intriguait également beaucoup, mais quand la femme se détourna de celui-ci, Shadow hésita trois secondes entre les deux mais son choix fut vite fait. Impulsivement, juste avant qu'elle ne disparaisse à jamais de sa vue dans la foule, il s'élança et sans même réfléchir et penser son geste, il élança son bras -ce fut le chimérique qui partit, à sa grande surprise- et referma sa main. Mais à l'instant où il sentit quelque chose sous sa poigne, sa raison reprit le dessus en une seconde. Comme brûlé, il se retira, considérant son erreur avec appréhension. Il recula d'un pas prudent, priant intérieurement qu'elle ne l'avait pas sentit et qu'elle allait partir sans se retourner vers lui. Tout intrigue, mais tout, une fois devant nous, nous fait mourir de peur. Décidément, depuis le début de la journée, il enchainait bêtises sur bêtises...
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Jiliann Hesylavatar

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MessageSujet: Re: Là où Skuld veille... [Libre]   Jeu 27 Oct 2011 - 12:55


Il est deux catégories d’êtres, toute civilisation confondue, qui se démarquent clairement quant à leur rapport aux évènements. L’une y prend part, offre à chaque acte l’attention qui lui est due, se laissant alors guider par la vie et ce qui survient. Les choses arrivent comme elles arrivent, c’est là un fait indéniable, immuable, et vouloir s’y soustraire est une ineptie. Mais il subsiste, à l’exact opposé, ceux qui ne supportent pas, plus, l’existence et la surprise qui lui est propre. A l’image de Jiliann, pour qui chaque imprévu est à supprimer. Cette seconde catégorie est inabordable ou, pour les plus courageux qui tenteraient l’approche, incompréhensible dans son entièreté. Ils se mentent, direz-vous, ils s’aveuglent consciemment, vous indignerez-vous. Laissez-les. Oubliez-les. A quoi bon vous y accrocher ? Eux vous laisseront, eux vous oublieront.

Évidemment qu’elle l’avait sentit, immanquablement le frisson avait parcouru l’échine de tout son long. Le geste avait été furtif mais chaque mouvement d’air, même délicat, est une masse pour celui qui sait écouter. Le peuple amazone connaît chaque son, chaque senteur, chaque consistance. Ainsi est celui qui apprend à vivre au milieu des arbres, enserré dans un monde sauvage dont il doit se faire une maison. Dont il doit se faire une raison. Jiliann, stoppée dans son élan, retardée dans son départ, comme arrachée à sa fuite, porte de sortie favorite, marqua un temps d’arrêt. Comme un sursaut, une minuscule suspension. Avec une rapidité qui relevait de la brutalité, elle tourna la tête vers l’arrière, envoyant son regard se frapper sur la figure confuse de l’être qui se tenait, immobile, à quelque pas. S’il n’avait été qu’un gamin ordinaire, dénué de toute marque, l’amazone n’aurait sûrement pas même reconnu son agresseur. Car c’est ainsi qu’elle se sentait, agressée, violentée, arrêtée dans son choix. Mais, dans le cas présent, elle ne pouvait se tromper. Malgré la foule qui se pressait et gonflait, le feu qui enfumait la place, les corps qui se bousculaient, elle ne voyait que lui. Une petite chose à la chevelure flamboyante qui faisait revivre en elle le souvenir des gravures d’Haan représentant Loki, d’immenses yeux vifs et criards, deux lueurs brûlantes, deux tâches acérées. Pas même le temps de remarquer son bras, de se demander ce qu’il faisait là, seul, perdu, si jeune, il fallait se détourner, déjà, maintenant, sans attendre. Il fallait se dérober, s’éloigner et supprimer, de nouveau, l’imprévu. Car ces yeux, ces globes saisissants qui complétaient le minois juvénile et braqué d’un gosse sur lequel la vie avait craché, vomit, elle ne les admettait pas. Refus de voir al réalité en face, refus de voir la réalité sur une face. Jiliann n’avait rien à donner, elle n’avait pas de rencontres à faire, elle devait simplement courir vers Freyja. En quoi cela touchait-t-il les autres? A qui cela importait-il?


A un démantelé, à un dégoûté, à un survivant, peut être. Arrête, Jiliann, de donner à autrui le rôle de l’obstacle, de croire qu’il n’est présent que pour te stopper et t’empêcher de foncer tête baissée dans cette folie dont tu rêves. N’est-ce pas là une preuve irréfutable de ton égoïsme démesuré? Toi, qui pense que les autres ne sont que des protagonistes de ta propre existence. Que dirais-tu si je t’annonçais que, dans ce cas, tu n’étais qu’un évènement dans celles de ces autres? Devrais-tu te fuir toi-même? Tu cours sans prendre le temps alors que, là, à tes pieds, auprès d’un feu, se tiennent deux êtres qui en savent plus que toi dans n’importe quel domaine, qui pourraient t’apprendre le monde. Je ne sais plus s’il faut te plaindre ou te rejeter.

L’amazone lança au jeune homme, à peine éjecté de l’enfance, un regard incertain, qui traduisait la peur, l’incompréhension qui lui dévorait la gorge, ballotée dans cette foule qui lui était insupportable, fixée par ces êtres qu’elle manquait, enserrée dans cette ville qui lui coupait l’air. Jiliann braqua ses muscles, contracta son ventre nu que la chaleur caressait vicieusement, retint un cri lorsque se tendirent ses cicatrices. Avec précipitation, tentant de s’effacer de la scène, elle bouscula deux fillettes dont les visages amoureusement peints reflétaient plaisir et félicité. De nouveau lancée dans sa course, refoulant ses rencontres au fond d’une mémoire dont elle espérait qu’elle ne ressurgirait jamais, elle disparut dans la mer humaine qu’avait amenée Mannheim sur son rivage.

Ce cheval furieux, cette monture folle aux membres luisants qu’elle était devenue n’avait pas eu le temps, pas prit le temps, de remarquer le doux regard, plein de compassion, que lui avait offert le ménestrel aux mèches claires.



[HRP: J'ai fait comme ça puisque j'ai comprit que c'était le personnage de Ludvick qui t'intéressait, et aussi car s'arrêter et revenir en arrière dans cette situation serait aller contre mon personnage. Et de toute manière, Shadow et Jiliann se recroiseront assurément!]
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MessageSujet: Re: Là où Skuld veille... [Libre]   Dim 30 Oct 2011 - 14:09



Pourquoi fallait-il toujours qu'il suive son instinct ? C'est par son instinct que l'animal dont il possédait le bras avait réussit à survivre et c'est par l'instinct que l'Homme parfois l'attrapait pour le montrer en bête en cage dans une foire quelconque, avec la fierté d'avoir annihiler la fierté d'un aigle. Toujours, chaque chose qui avait sa place en ce monde semblait posséder une dualité ambivalente, paradoxale et omniprésente, régissant de la plus étrange manière l'entourage : le bien et le mal, la mort et la vie, l'étonnement et le néant. Tout était composé de paradoxe, et celui qui composait la scène était des plus étrange. La grande et fière amazone, si puissante, si terrifiante, se dressait devant le frêle et fragile enfant. Tout semblait les opposer : le rouge baisé par les flammes flamboyantes face à la sombre chevelure entourée de ténèbres, la pâleur presque diaphane de l'enfant, amie de l'ombre fuyant le soleil contre la peau tannée par l'astre du jour, le corps encore juvénile contre les muscles saillants d'un entrainement répété.
Une seule chose pourtant paraissait les unir. Dans leurs yeux on pouvait déceler la peur de la différence qu'ils venaient chacun de percuter de plein fouet et qui, d'une certain manière les unissait, la peur inconsidérée de l'autre et de l'étranger... Une peur réciproque, quoi de plus anormal ?

Peur, amie si familière, pourquoi es-tu si souvent là à mes côtés ? se demanda Shad dans un moment d'égarement. Il sentait en lui cette angoisse qui lui serrait le ventre, cette terreur qui lui intimait de fuir et cette même terreur qui l'empêchait de partir. Il restait donc sans se mouvoir, campé sur ses deux jambes légèrement écartées, les bras ballants le long se corps, inutiles. Il aurait voulu bouger, c'était là son seul désir à l'instant, hélas il resta non comblé !
Mais la magie qui semblait composer ce face à face des plus paradoxal ne dura pas. De la même manière que Shad avait été attiré par l'étrangère, celle-ci s'éloigna. Fuit, plus précisément : au passage, elle renversa deux filles qui manquèrent de tomber et se mit à courir, un peu de la même manière que Shad légèrement au paravent, laissant Shad faire face au vide.

Il se détourna. Il revint penaud à l'endroit où se trouvait le ménestrel. Il était toujours là, d'ailleurs. D'un geste assez naturel pour un enfant de son âge, mais tellement étrange pour la chimère, il s'assit devant lui, en tailleur. Il se sentait un peu vidé de toute ses émotions, hagard. Il ne comprenait plus comment il en était arrivé là. Ses yeux rouges cherchèrent à rencontrer ceux de l'homme en face de lui. Une question lui vint à l'esprit, la seule qui méritait d'être posé en ce grave instant.

« Vous ne savez pas pleurer, vous ne savez que chanter. Vous n'êtes qu'une voix. J'ai perdu ma propre histoire pour conter celle des autres. Alors que pouvons nous dire de nos existences ? Qui sommes nous pour vivre de tellement rien ? »
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MessageSujet: Re: Là où Skuld veille... [Libre]   Dim 6 Nov 2011 - 12:40




Aussi loin qu’il s’en souvienne, on lui avait toujours attribué quelques années de trop. Ludvick, l’homme aux doigts de Dise comme aimaient à l’appeler les enfants de Mannheim, était une figure que l’on ne rencontrait que les jours de beau temps, un visage remarquable et remarqué, un être sans identité, un étranger de qui l’on se trouvait étonnamment proche. Là était sa force : d’un simple regard, d’un sourire habilement jeté il pouvait presque tout obtenir, il obtenait presque tout. A ‘vicieux ?’, il répondrait ‘naturel’. Il se satisfaisait amplement d’un passé commun et ne cherchait en aucun cas à revenir sur sa propre existence, il ne se voyait pas se laisser étouffer par des regrets. Il chantait, il contait. La vie des Grands avait décidément quelque chose de fascinant.

Son regard quitta la foule, quitta cette brèche infime formée par l’amazone apeurée, quitta cette minuscule portion d’existence qui venait de prendre la fuite. Cette femme était à l’image de son corps, de sa peau : torturée. Jamais elle ne serait chantée, jamais elle ne serait contée. Pour que les Grands vivent et survivent, les ignorants, les anonymes sont essentiels. Sans même poser les yeux sur son nouvel interlocuteur, Ludvick afficha un sourire en réaction aux questionnements du jeune homme qui se tenait devant lui, assis à même le sol, dos aux flammes qui se faisaient de plus en plus imposantes. Il avait remarqué cet être étonnant depuis un certain moment, curieux de ce physique difforme, de cette angoisse qui crispait de si jeunes traits. Pouvait-on craindre la vie et ses péripéties à un tel âge? Dans le cas où la réponse fut positive, quel désespoir cela devait-il être. A peine extirpé de l’enfance et déjà vieux à ne vivre que par l’effroi.


- Es-tu certain d’avoir perdu? Ton existence est ineffaçable, ton passé te suit comme une ombre, tu ne peux rien contre lui, pas plus l’oublier que le perdre. En quoi conter les Autres t’effacerait… Celui qui n’a que lui, qui n’a que sa propre expérience, lui n’a rien et en vit. Nous possédons les récits de mille vies, de mille glorieuses existences, de mille figures charismatiques, de quoi devrions-nous nous plaindre ? Nous avons l’expérience de mille hommes et femmes, nous sommes les porte-paroles de dizaines et dizaines d’années, de héros et de royaumes.

Lui revinrent soudainement les heures passées assis au milieu des forges et des souffleries, à observer ses frères et son père qui battaient le fer chaud, les yeux plissés et le front rougeâtre, dégoulinant de sueur. Leurs muscles secs luisaient dans la semi-pénombre, leurs coups puissants résonnaient, formant une lente balade morbide qu’aucun instrument, aucune voix ne pourrait égaler. Et Ludvick, avec son blanc visage de vierge, fermait les yeux et écoutait. Ressentait.

Nul chant ne pourra retranscrire ces instants.

Le rire sonore d’un homme qui, quelque part sur la place, devait être témoin d’une situation cocasse ou désopilante fit sursauter le ménestrel, qui se racla la gorge. Son regard se posa enfin sur Shadow, s’excusant de son absence furtive par un léger sourire. Les chimères ne lui étaient pas inconnues, il avait déjà eu l’occasion d’en croiser et d’en observer, mais il s’en méfiait trop pour les approcher. Dans le cas présent, ce n’était qu’un enfant qui se trouvait à ses pieds, un enfant déformé certes, mais un être incapable de se servir des pouvoirs qui découlaient de cette transformation, voire même inconscient de ses propres capacités.

- Quant à ce que l’on peut dire de nos existences, je pense que se morfondre est loin d’être une solution. Nous ne sommes peut être qu’une voix, mais regarde cette amazone que tu as interpellée, as-tu entendu un son s’échapper de sa gorge? Son visage transpirait la solitude, et si le mien contrairement au sien est calme et relâché, c’est que cette parole, cette voix, est tout. Tu comprends? Nous ne pouvons dire que nous sommes des héros, mais les véritables héros, eux, nous doivent leur titre. C’est par le biais de nos voix, de nos chants, de nos notes qu’ils deviennent immortels.
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MessageSujet: Re: Là où Skuld veille... [Libre]   Lun 7 Nov 2011 - 21:33



Les yeux rivés sur le ménestrel qui pourtant ne semblait pas le regarder, bien qu'ayant pleinement conscience de lui, Shadow respecta le silence qu'il lui imposait. C'était normal, après tout, n'avait-il pas lui même quémandé un peu de temps pour réfléchir, alors qu'on lui demandait juste « oui » ou « non » ? Quand après un temps respectable, l'homme lui demanda avec une simplicité réjouissante : « Es-tu certain d’avoir perdu ? » Sa voix semblait comme son luth : un son clair et assuré, doux et mélodieux, radieux comme le soleil. Sa voix semblait sourire, espiègle. Es-tu certain d'avoir perdu ? Était-il certain d'être plus qu'une ombre sans vie ? Quand le musicien continua, Shadow l'écouta encore de plus en plus attentivement. Les mots de l'homme étaient tout simples, mais avaient une profondeur absolue. Il ne vivait que pour sa voix, que pour sa musique, et Shad pouvait le sentir et le percevoir d'une facilité sans pareille. Une sorte de poésie magique s'élevait de lui, et fascinait. Était-ce ainsi qu'étaient ceux que Shad emprisonnaient rarement dans son aura ? L'espace d'un instant - l'espace de ce court discourt-, il n'existait plus que le ménestrel et ses lèvres qui bougeait sans efforts. Rien d'autre ne semblait importer.

Puis il se tut un instant, partant dans ses pensées et ses souvenirs, laissant son interlocuteur avec les siens. Shad se souvenait de Caïgan le conteur. Il se souvenait de comment il l'avait charmé, comment durant un quart de lune il lui avait parlé sans relache avec le même entraint qui entrainait le ménestrel du conte. C'étaient finalement des témoignages sensibles du monde. Tout ce qu'on lui avait donné, que ce soit Zahk avec la philosophie, Fendracier avec la poésie, Caïgan et le ménestrel avec les contes et les histoires, c'était son devoir de conteur de le donner à son tour. De le faire partager, pour que tout puisse continuer, sans que rien ne se perde, que tout se répende, et que parfois les artistes puissent créer.
Il en était à toucher cette notion d'immortalité et de transfert de connaissance quand un rire bruyant le coupa. Il détourna légèrement la tête, prêt à ressentir de la colère envers le gêneur qui profitait de la fête qui batait à son plein, mais au final il braqua encore une fois sur la peau ambré du musicien. Rien d'autre n'avait d'importance. Celui ci lui fit un sourire que la chimère ne rendit pas, trop absorbé dans l'attente, sans doute. Attente qui fut bientôt comblée : « Quant à ce que l’on peut dire de nos existences, je pense que se morfondre est loin d’être une solution. » continua-t-il encore une fois. Puis il évoqua l'amazone et le masque de tristesse posée sur son visage. Ce même masque qui avait poussé Shad à se rapprocher d'elle. Ce même masque qu'il avait tenté de comprendre - de dissiper ?- mais en vain. Enfin, il conclut sur l'immortalité des contes, finissant de la même manière que la jeune chimère, sans s'en rendre compte.


Shad resta longtemps songeur. Les paroles de l'homme était fructueuses, pleines de sens... À sa grande surprise, le garçon laissa échapper un bref rire clair, bien que moins sonore que celui qui l'avait dérangé un peu avant. Un rire aigu, candide, heureux. C'est avec une certaine bonne humeur qu'il s'exclama : « Je comprends. Et je t'en remercie. » Le tutoiement était venu tout naturellement, bien qu'il n'était pas habitué à en faire ainsi avec les adultes d'habitude. Mais cette personne qui lui faisait face s'était posée comme son maitre, son égal et peut-être presque son frère d'histoires. Les yeux vaguement plissé par un léger sourire en coin, il resta sans rien dire une seconde. « Merci pour tes paroles, merci pour tes pensées. J'ose espérer que je pourrai te rendre un jour la pareille ! » C'était presque une promesse. La promesse qu'un jour leurs routes se rencontreront encore une fois pour s'unir l'espace d'une étoile filante, ne laissant sur la terre que des êtres sidérés par la beauté.
Sans qu'il sache vraiment pourquoi, il avait acquis la certitude que cet entretien ne devait pas durer. En une minute, il en avait apprit plus que toute une journée. Il se leva. Quand il fut debout, il avait dans sa main droite un caillou qu'il avait ramassé sur le sol. Il le montra et expliqua simplement :

« Je ne garverai rien dessus et ne me soucierai pas une seule seconde, une fois son destin livré aux flammes, s'il restera entier ou non. Non pas par ce que je ne suis rien. Non pas par ce que je ne crois pas en la destinée que me donnera Skuld. Mais parce que je suis un conteur et que par ma voix je suis tout. Et parce que je suis poète. Je me ris de la flèche comme je me ris de l'archer. » Il commença à se retourner tout en lançant : « Ami chanteur, nos ailes de géants nous empêchent de marcher, parfois, hélas ! »

Il rit de nouveau, dit un premier « Au revoir ! » et se détourna complètement. Shad se faufila à travers la foule, lança d'un geste qui n'avait rien de solennel sa pierre dans les flammes brulantes et lancinantes. Il le regarda brûler. Avait-il bien fait d'agir ainsi ? Il regarda derrière lui, vit encore une fois la silhouette du menestrel - connaissait-il seulement son nom ? - et sans aucune certitude, mais le coeur délivré de craintes, il repartit encore une fois vers il ne savait où. La nuit avait sans doute bien d'autres conseils à lui donner.

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Lord
Lahav Sakariavatar


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MessageSujet: Re: Là où Skuld veille... [Libre]   Jeu 19 Jan 2012 - 20:02

« Pauvre fou ! »

Voilà ce qu’on lui avait crié quelques jours plus tôt, alors qu’il venait de quitter le délicieux confort de sa couche de laquelle on évacuait sa dernière conquête. Une femme délicieuse. Une femme si fragile. Lahav s’en léchait encore les lèvres.
Il lui fallait trouver une nouvelle occupation. De quoi divertir son esprit. A son âge on ne trouvait plus grand-chose capable d’un tel exploit. Non pas qu’il trouvait la vie ennuyeuse, loin de là, toutefois il fallait bien admettre que ceux qui peuplait la sienne n’étaient pas vraiment d’un intérêt exceptionnel.

Que faire pour s’occuper ?
Oh il y avait bien entendu les fêtes, celles organisées par ses soins ou ceux de ses congénères. Mais là encore il finissait pas s’ennuyer. Son monde connaissait un moment de calme plat presque effrayant, certainement mauvais présage. N’étant pas devin Lahav ne se porterait pas garant de cela. Il lui fallait s’amuser, se distraire, cela devenait presque vital. Autant que le délicieux breuvage carmin qui emplissait encore la coupe d’argent posée négligemment sur la table de nuit. Un millénaire écoulé, peut être, le vampire n’en gardait pas moins son « âme d’enfant ». Comme à cette lointaine époque où le soleil illuminait encore ses pas, il ne pouvait rester sage et discuter politique avec les autres. Selon lui il existait un temps pour parler et un pour l’action. Là il était grand temps d’agir. Même si en vérité ses actions n’engendreraient aucunes conséquences pour l’avenir des siens. Quoique …
Une fête donc. Oui une grande fête pour s’amuser. Mais pas une des sienne. Et encore moins une de celle organisée par ces ennuyeux vampires grisonnant. Non une fête plus drôle. Plus dangereuse également. Celle qui ferait se répandre dans ses veines l’adrénaline. Celle qui emplirait son nez fin des délicieuses odeurs du danger et de la peur mêlés. Une fête humaine. Celle organisée à Mannheim.

Voilà pourquoi, alors qu’il quittait les sombres couloirs de Nifleim, on lui cria cette insulte. Parce que c’était pure folie que de se rendre là bas, avec tant d’humain, dans la capitale même de Midgard. A tous les coups on le repérerait, et on le tuerait. Lahav n’eut pas le temps de se retourner que l’inconscient avait disparu dans les profondeur de la cité noire. On avait bien sûr entendu parler de sa nouvelle lubie. Et comme à chaque fois on avait tenté de le détourner de cette folie. Mais l’enfant est capricieux, et l’homme plus têtu qu’une mule. Aussi avait-il envoyé paître ses cadets -car peut égalait ou surpassait son âge- et prit la direction du royaume des humains.
Ts, vermines. Leur « royaume ». Comme si ces terres avaient jamais été leurs ! Lui se souvenait les avoir foulé, les avoir exploré pendant des siècles avant qu’un jour un mortel ne décrète ce cailloux sien et en chasse tous les autres peuples. Il se souvenait avoir été libre avant de se voir fermer toutes les portes de son monde. Rien qu’à se souvenir de ces jours passés, de l’affront subit, un feulement se fit entendre, d’abord faible puis de plus en plus fort. Insultes humaines, insulte de son cadet, manque de respect, nul doute que si le vampire avait présentement mis la main sur celui l’ayant traité de « fou » il aurait tapissé la pierre de ses tripes.

Sitôt à l’air libre, la créature inspira, ses yeux fermés pour profiter au mieux de l’instant. Ce que la douceur de la nuit pouvait lui manquer lorsqu’il restait à se prélasser dans sa tour. Vraiment, qu’il cesse de jouer le paresseux. Les deux rubis incandescents s’ouvrirent sur le monde devant lui. Un rictus mauvais étira ses lèvres, dévoilant les crocs luisants. Devant lui, il la devinait, la cité humaine, lieu de beauté disait-on. Eh bien il irait vérifier cela de lui-même.
Si Lahav fit les premiers kilomètres à pieds, il se trouva bien vite une monture. Hors de question pour un Lord de voyager comme un paysan. Son cheval il le vola à un groupe de voyageurs. Trois hommes, trois frères de ce qu’il comprit, en quête d’aventures. Des pauvres gens désirant certainement faire leurs preuves pour entrer dans la chevalerie. Chose qui ne se fera, hélas, jamais. Le vampire les tua tous.
Le premier ne comprit jamais ce qui lui arriva. Les griffes plongèrent dans la chair tendre de sa gorge, sectionnèrent la carotide. Il mourut dans les minutes qui suivirent. Le deuxième eut moins de chance. Sonné par un coup puissant porté à la tête, il tomba de sa monture et heurta violemment le sol. Lahav brisa les jambes du troisième et le laissa là, à même la poussière, hurler sa douleur au point que les larmes lui montent aux yeux. Le pauvre homme ne put que regarder, impuissant, la créature se repaître de son frère inconscient. Lorsqu’il eut terminé, Lahav s’approcha du survivant, tout sourire.

-Je te laisse la vie, humain. Si tu parviens jusqu’à une ville, ou que l’on te sauve, raconte à tous ce qui t’es arrivé. Voilà qui te fera une bien belle histoire. Mais si tu venais à déformer les évènements de cette nuit, saches que je l’apprendrais. Je te traquerais, et je te briserais plus que les jambes.

Sur ces mots susurrés d’une voix douce le vampire se détourna de l’homme et calma le cheval qui ne cessait de piaffer, les deux autres s’étant enfuis. D’un geste souple il se mit en selle, prit les rênes et claqua la langue en plus d’une pression des cuisses pour faire avancer sa monture.
Son voyage fut plus long que prévu, car bien qu’il puisse marcher au grand jour à condition d’être couvert, Lahav jugea préférable de se reposer et d’attendre la tombée de la nuit pour ressortir. Il abandonna sa monture non loin de la ville.
Face à lui se dressait l’imposante Mannheim. Une véritable forteresse. Pas étonnant pour cette vermine. Trop faible pour résister à quoi que ce soit, même aux siens, il lui fallait bien de hauts murs pour se protéger. L’éternel sourire mauvais de Lahav déforma ses lèvres en un rictus de dégoût. Dire qu’il allait se plonger dans l’univers de ces abominations … Rien que d’y penser il en frissonnait. A la fois par horreur rien qu’à l’idée d’être souillé de cette ambiance, mais aussi de plaisir quand au large choix de proies qui s’offrirait à lui.

La ville était en effervescence. Et par-dessus tout elle fourmillait de monde. Quel Dieu honorait-on par cette fête ? Si il était réellement question d’un Dieu … Oh peu importait finalement, Lahav ne rendait aucun culte. Et si il respectait les Dieux il n’irait pas pour autant entrer dans un temple. Croyant demandera-t-on ? Eh bien non. Toutefois lorsque la seule chose qui vous est supérieure est une divinité, on comprend bien que cela force le respect.
Le vampire marchait calmement, déambulait entre les passants sans les toucher, la tête haute. Il ne craignait pas d’être repéré. Qui ferait attention à lui en pleine fête ? On s’amusait beaucoup trop pour dévisager son voisin. Et l’alcool aidait. L’obscurité également. La nuit tombait peu à peu, mais ça on ne pouvait vraiment s’en rendre compte tant le ciel était masqué par des gros nuages gris déversant sur la ville une bruine désagréable. L’eau finissait par plaquer ses cheveux noirs sur sa peau opaline, et faire coller ses vêtements. Il s’ébroua, agacé au possible. Qu’il s’abrite bien vite en attendant que la météo ne se calme. De préférence en charmante compagnie. Mais surtout rapidement. Car si on ne l’avait pas repéré, Lahav ne prendrait le risque inutile de s’exposer trop longtemps.
Les yeux du vampires se posaient tour à tour sur les étales où les marchands criaient pour attirer le client. Cette période de fête leur offrait la possibilité de faire un bon chiffre d’affaire. Là des jongleurs étalaient leur habilité sous les yeux ébahis des enfants et des plus grands également. De ce côté un magicien enchantait son public par quelques tours de passe-passe. Lahav ne s’arrêta pas. Le fauve continuait sa lente progression, le capuchon noir de son manteau couvrant en grande partie son visage.

Les délicates odeurs de nourriture et d’alcool qui lui parvenaient ne pouvaient assouvir sa faim. Car oui, il mourait de faim. Peu à peu le plaisir des yeux fut remplacé par le désir purement animal, celui de la chasse. Une langue avide passa sur ses lèvres pâles. Et soudain il la vit. Sa proie. Que fuyait-elle il ne saurait le dire. Toujours est-il qu’elle passa certainement sans le voir, mais le regard incarnat ne la quitta pas un instant. Comme si le temps venait de s’arrêter pour que Lahav puisse se délecter du spectacle. Un corps offert aux regards et aux désirs, une peau rappelant la douceur du miel, une crinière sombre se mêlant parfaitement à son teint. Il n’eut malheureusement pas le loisir d’apercevoir ses yeux, ni de deviner ce qui faisait fuir ce délicieux lièvre. Alors il la suivit, ses pas prenant la direction de la jeune femme en fuite. Il ne se pressa pas. Lahav avait le temps. Une femme charmante, aux courbes aussi gracieuses que puissantes du peu qu’il en avait vu. Un examen plus « détaillé » s’imposait.

Sans bruit le chasseur réduisait la distance. La marée humaine avait arraché à son regard cette créature qu’il poursuivait d’un pas tranquille. Néanmoins nulle inquiétude ne vint troubler les traits parfaits de son visage. Il la retrouverait. Pour cela il n’y avait qu’à suivre la douceur odeur de la peur, et la trainée chaleureuse laissée par ce corps soumit à l’effort et de la course, et du contre courant humain la frappant de plein fouet.
Et enfin il la vit, un peu plus loin, cherchant sans doute à échapper à cette foule. Quoi de mieux que les petites ruelles plutôt que les artères principales afin d’échapper à tout ce monde ? Lahav pressa le pas jusqu’à s’extirper de la foule. La capuche tomba, dévoilant à présent son visage. Peu importait, il arrivait bientôt à couvert, on ne le verrait pas. De plus le bruit de la fête étoufferait les plaintes de sa victime. Lorsqu’il arriva à sa hauteur, le vampire s’arrêta. Inutile de faire fuir à nouveau ce lapin égaré dans un lieu qui visiblement ne lui convenait pas. Seulement là il put enfin identifier à quel clan appartenait cette jeune femme, et son sourire ne s’en fit que plus grand encore.

-Bien le bonsoir, Amazone. Il est rare de croiser une femme de votre rang. Surtout ici à vrai dire.

Une guerrière. Un être alliant la puissance de l’homme et la grâce de la femme. Un défi. Vraiment, il ne s’était pas trompé en venant à cette fête, il y avait de quoi s’occuper et se distraire. Lahav adorait les défis.

-Vous ne semblez pas très à l’aise dans la foule, cela se comprend facilement. Toutefois je ne puis m’empêcher de penser qu’une tenue plus … convenable, ne vous attirerait pas les regards lubriques de la gente masculine. Mais voilà que je vous offense, il courba poliment la tête. Qui suis-je pour remettre en cause les us et coutumes de votre peuple ?

Lahav releva la tête et plongea son regard dans celui de la jeune femme. Impossible de dissimuler sa véritable nature, et à moins d’être sotte elle devinerait sans mal à quoi elle avait à faire. Le vampire jouait gros. Si la chance venait à lui faire faux bond, il aurait la garde de la ville aux trousses. Dans le cas contraire, il aurait une histoire de plus à retranscrire dans ses nombreux journaux.

-Permettez-moi de me présenter : Lord Lahav Sakari.

L’orgueilleuse créature n’avait pas à cacher son rang, surtout pas à vrai dire. Il en était fier. A un point tel qu’oublier ce titre de noblesse revenait à s’attirer sa colère. Elle ne faisait que prouver son rang, sa force, son savoir. Et en même temps faisait office d’avertissement. On ne traite pas avec un Lord, comme on traite avec un vulgaire incube !
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Amazone
Jiliann Hesylavatar

 :Peuple :
Humains
 :Âge du personnage :
27 ans
 :Equipement :
Carnets de Haan, 'Sigma', flèches aiguilles de différentes longueur & un petit aigle d'argent.


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MessageSujet: Re: Là où Skuld veille... [Libre]   Sam 4 Fév 2012 - 19:56


Qu’est-ce? C’était hier, et ça me revient. C’était hier, mais ça angoisse. J’ai l’impression que ça me suit, j’ai le sentiment que ça me colle, que ça s’accroche, je crois que ça m’engloutit. Un peu. Un peu comme un doigt, un peu comme deux phalanges. Ca m’arrache les ongles, un à un, et ça s’en va. Ca s’en va toujours. Et à chaque fois, je pris pour que cela s’efface à jamais, mais ça revient.

Ca revient toujours. Un doigt, deux phalanges… Des ongles? Mîmir n’a rien de tout cela, Mîmir boit la tasse dans sa vasque et ne sent plus la douleur depuis longtemps. Son corps repose quelque part au pied d’un arbre du jardin de Vanaheim, quelque part entre deux mottes de terre, quelque part sans réelle importance, à vrai dire. Les cafards se sont sûrement fait un délice de ses membres, grignotant au hasard, de délassant agréablement entre deux artères, entre deux chairs. Car Vanaheim a lui-aussi ses points noirs, ses intrépides détestables qui aiment à se rouler dans la boue et, plus que tout, qui se font un malin plaisir de tâcher de leur ignominie le symbole de la pureté idyllique. Oui, le jardin de la douce Freyja a ses déchets, passés sous silence, mais présents. Comme Asgard a Loki, Vanaheim a le cafard.


Assez. Jiliann se massa énergiquement les tempes, écrasée par la foule qui s’entassait inexplicablement à tout endroit, révélatrice de la stupidité que semblait s’enorgueillir de couver le genre humain. Les hommes suaient le trop plein de graisse, les femmes l’amas de plaisirs inassouvis et refoulés. Et ces corps qui se liquéfiaient venaient se frotter au ventre nu de l’amazone, à sa peau drue et brûlée. Etait-ce une danse, y avait-t-il des pas à respecter pour rester dans la ronde? Et, ce ballet, à qui le devait-on? Elle avait cru que Mannheim possédait un roi, une figure aux pieds de laquelle s’entassaient les pleutres; mais, pourtant, seuls la Folie et l’Excès semblaient régner entre les murailles de l’oppressante capitale. Dans les regards qu’elles croisaient se prélassait le délire, gras et tout plein de rubans de Cour, même dans les yeux des enfants, ces minuscules bouts de chair aux cheveux blonds. De la démence précoce. Elle avait fuit le centre des extravagances, essayant vainement d’échapper à la foule et aux vagues d’Hommes qui la noyaient. Boire la tasse, c’était se gorger de la sueur et de l’aliénation de la ville toute entière, c’était disparaître sous la masse et se faire piétiner, froisser, déchirer par les bottes en furie. Seuls les murs sauvaient Jiliann de la submersion, les sentir contre son dos, rugueux et muets comme elle l’était, c’était retrouver un lieu connu dont on était certain qu’il ne pourrait se mettre à fondre. C’était la brutalité délicate dans laquelle elle s’épanouissait, c’était les heures passées à violenter amoureusement la chair, les nuits de nouvelle lune, c’était les aiguilles pénétrant la peau frissonnante, l’explosion des sens, le goût exquis de la douleur et du sang.

Elle s’était dérobée, enfin, à la Fête qui battait son plein, son trop plein, elle s’était évadée par une porte que l’on nommait imagination, rêve, parfois illumination, elle avait quitté le corps qui était le sien, la ruelle où il se trouvait, le mur contre lequel il se retenait, pour quelques instants. Seulement, bien qu’elle eut voulu que l’échappée dure toujours, qu’elle triomphe des rides que le Grand Gourmand, surnommé Temps par les Hommes, jubilait à creuser, creuser, plus profondément à chaque matin, une claque anéanti l’illusion. Des mots, quelques mots, portés par une voix doucereuse, une voix qui tenait les notes à la perfection. Elle se refusa tout d’abord à ouvrir les paupières, hésitant entre la fascination et le dégoût, allant même jusqu’à questionner sa raison pour s’assurer qu’elle ne lui jouait aucun tour.


Quelle raison, Jil’…

La voix remonta, et les mots se mirent de nouveau à son servir, se plaçant dans l’ordre convenu avec une élégance facile, distinction sans raideur. A l’aise, pas très à l’aise? Jiliann ouvrit brusquement les yeux et l’angoisse des rues la ravala, les corps réapparurent, la tête lui tourna derechef. Mais les passants n’étaient plus que des silhouettes floues qui virevoltaient autour d’eux, emportés dans cette danse euphorique, esquissant un pas chassé, demi-plié, et deux, trois, entrechat, demi-contretemps et jeté pas de bourrée… Glisse ! Deux temps, trois temps, grand écart, changement de pied. Révérence. Virevoltaient autour d’eux, car il n’était plus elle, ils étaient eux, ils étaient deux. La voix était là, devant elle, superbement détachée de cette course folle qui faisait tanguer les pavés, le port royal, la tenue supérieure. Maîtresse de ballet, chef d’orchestre, c’est elle qui menait la ronde, c’était une certitude, c’est elle qui tirait les ficelles et comptait, un, deux, un, deux, révérence. L’amazone redressa lentement son regard, allant du sol au visage, détaillant avec une avidité chargée d’angoisse chaque portion de cet être. Une cape sombre couvrait en large partie le long corps de celui - car la voix était il – qui lui faisait face, laissant ingénieusement entrevoir de longues jambes et un buste finement musclé, semblant assurer comme seul un marchant saurait le faire que, oui, l’excellence existe Messieurs Dames, n’ayez plus peur de la perfection, elle est à nos côtés. La large capuche qui terminait l’habit reposait sur ses épaules, découvrant de ce fait un cou gracieux et lisse, d’une éclatante blancheur de vierge. De son visage, rien n’était à redire, était-ce un tableau ou un Ase? Etait-ce une réalité ou un mirage? Jiliann pencha légèrement la tête sur le côté, comme le font les animaux de compagnie dociles et niais au plus haut degré, étonnée plus qu’apeurée. L’expression ‘visage de marbre’ traversa son esprit, non pas pour qualifier quelque dureté de trait, il n’était aucune brusquerie sur cette face, mais pour lui allier la pureté de la dite roche. Il était indéniablement masculin, de son menton plus largement étalé à ses sourcils plus épais, mais il possédait une beauté sans appel, sans pareille, quelque chose d’extraordinaire. D’inconvenant. On ne peut se jeter dans les foules avec un tel visage, on ne peut se permettre de prendre part à l’orgie lorsque l’on a tellement à perdre. Elle enviait la jeunesse de cet être qui était venu à elle, pour la narguer, pour la provoquer, pour pointer ses rides, ses rides à elle, celles qui la réveillaient les nuits cauchemardesques, celles qui lui faisaient haïr les miroirs et les reflets, celles qui la creusaient, lentement, chaque jour, chaque matin. Grand Gourmand, ô Temps, pourquoi t’acharner sur certains et n’oser toucher à d’autres?

Mais ce n’est que lorsqu’elle croisa les yeux rieurs et gorgés d’assurance que l’amazone comprit. Le mur l’empêchait de reculer, pas de porte, pas de fuite. Les toits, peut être. Ou bien courir, jusqu’à perdre haleine, courir jusqu’à n’en plus pouvoir, jusqu’à échapper au regard rougeâtre, plein, tout plein du sang, dégoulinant de bons sangtiments. Courir? Impossible. Bouger, même, incapable, incapable de bouger, pas possible, plus de muscles, plus de volonté. Rester, adorer.


Jiliann… ? Jiliann… Tu t’égares, Jil’, tu t’en vas. Tu es en train de perdre les mots et le fil de ta pensée, plus rien n’y a de sens. Tu n’es pas sotte, bien loin de là, tu sais et connais nombre de choses, tu es capable de beaucoup. Mais aveuglée par le rêve tu oublies tout. Tu es une enfant.

Elle n’aurait fuit pour rien au monde. Elle reconnaissait ces deux bijoux vermillon, ces deux perles prodigieuses, fascinantes. Des iris d’une somptuosité comme jamais il ne lui avait été donné d’en voir, une explosion. Elle se souvenait des croquis de Haan, des coups de crayon représentant cette race dont on ne faisait que suggérer l’existence, mais le noir de l’encre déposée sur les pages ne l’avait en rien préparé à cela. Il était venu à elle, il se tenait droit pour elle, il la fixait. Ses prières vespérales, les douleurs qu’elle avait entretenue des années durant, toute cette chair qu’elle avait percée, criblée; à ses appels frénétiques se présentait enfin une réponse, beauté pure. Ils étaient son cadeau, ces yeux, ces deux cercles rouges, rouges sang, rouges vie, rouges envie. Rouges pomme. Pommes, pommes, pommes d’éternelle jouvence, elle les voyait, fixées sur elle, elles la regardaient. Ainsi, il ne lui restait qu’à tendre la main pour les arracher et y enfoncer ses dents, ses crocs. Enfin...

-Permettez-moi de me présenter : Lord Lahav Sakari.

Et tout s’effondre. Lahav Sakari, Lord. Un nom, un titre, un Homme. Il n’était que les Hommes pour se vanter de leurs titres. Jamais un messager de Frejya ne se présenterait de la sorte, un message de Frejya ne permettrait pas. Que savait-elle de Frejya? Rien. Mais elle était assurée du contraire, comme le sont tous les fanatiques. Mais… N’était-ce donc qu’un Homme? Les Hommes, jusqu’aux plus élégants, ne ressemblaient en rien à cet être-ci, cet étranger auquel nul ne paraissait pouvoir arriver à la cheville. L’amazone prit appuie contre le mur, ses traits se crispèrent, sa gorge se serra, et elle vint énergiquement frotter son front avec un geste qui relevait de la démence.

- Déicide… Déicide! Tueur d’utopies, meurtrier… Accuse ce mot ! Sens comme tu te noies dans ton sang, vois comme tu bois la tasse ! Une tasse rouge, toute rouge, rouge mensonge! DEICIDE !

Ses joues la brûlaient, et ses yeux, lâches, avaient laissé s’échapper un filet de larmes. En aucun cas elle n’avait prit le temps de réfléchir à ses actions, ses dires, elle avait oublié de rattraper les mots échappés accidentellement de sa bouche tremblante, elle aurait voulu les agripper de toutes ses forces et les enfourner au plus loin de sa gorge, au fond, bien au fond. Car elle ne devait s’énerver sous aucun prétexte, elle ne devait pas instaurer tant de contact entre elle et un objet extérieur, c’était prendre trop de risques. Mais elle avait tant espéré… Elle avait vu les Pommes désirées au travers des yeux de cet Homme, à savoir s’il était encore possible de le nommer Homme, et elle s’était trompée. Il l’avait trompé, avait, en se présentant, détruit le rêve. Mais elle lui avait adressé des mots, elle avait crié à son visage, il savait désormais, il avait sentit son instabilité. Elle l’avait regardé avec fascination, puis haine, tout cela en quelques secondes à peine, mais elle ne pouvait rien contre un fait: il la troublait. Elle essuya la sueur qui luisait sur ses lèvres, glissait le long de son menton.

- Mon ventre n’attirera plus aucun mâle, avec ou sans cuir pour le couvrir. Ce n’est que de la chair.

Le calme était presque revenu sur le visage de Jiliann, presque car il n’y était jamais tout à fait. Les contours des danseurs devenaient de plus en plus nets, elle reconnaissait presque la couleur des chevelures, arrivait bientôt à différencier de nouveau hommes, femmes et enfants. Il la regardait toujours. Il l’avait fait marcher sur le verre des désillusions, mais elle ne pouvait quitter la place, elle n’avait plus le besoin de la fuite. Chose qui ne lui était plus arrivée depuis longtemps. Mais la peur s’était faite une place dans son intérieur: il ne lui revenait pas le détail des feuillets concernant la race à laquelle appartenait cet être. Elle revoyait les croquis, mais avait délaissé les mots… Qui était-ce. Ou plutôt, quoi.

- Jiliann Hesyl, pas de Lord. Gardez vos Lords.
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Lord
Lahav Sakariavatar


* * *

Vêtements:

MessageSujet: Re: Là où Skuld veille... [Libre]   Dim 5 Fév 2012 - 12:40

Sa proie finalement s’était arrêtée pour reprendre son souffle, aidée d’un mur pour soutenir un corps sans doute douloureux et agacé d’avoir subis ce bain de foule. Les corps mortels sont si fragiles. Le sien pouvait tout endurer, jamais il ne se rebellait. Jamais il ne protestait car l’air lui manquait. Jamais ses muscles hurlaient « stop » car la fatigue les rendaient brûlant. Jamais son cœur n’avait manqué de cesser de battre. Jamais la moindre émotion ne venait le trahir par un tic de langage, par des doigts devenus moites, par le sang montant aux joues. A la rigueur un froncement de sourcils le trahissait. Ou alors un feulement de colère. Des réactions plus animales qu’humaines.
Comme une scène déroulée au ralentit, il la vit lentement lever les yeux vers lui. Il contempla la curiosité mêlée à l’admiration. Des iris verts, une couleur généralement appréciée du vampire qui l’associait à la pierre précieuse de même nuance. L’émeraude. Toutefois dans ces yeux là, nul éclat. A peine pouvaient-il rivaliser avec un cailloux délavé cherchant à se hisser au rang de pierre précieuse, d’objet rare déchainant les passions, attisant les convoitise. Peut être la déception se vit-elle sur le visage du Lord. Elle n’amoindrit en rien sa faim. Cette femme ou une autre au fond … Non. Il l’avait décidé sitôt que son regard avait caressé les courbes de son corps. Ce serait elle. Rien que pou le défi qu’elle représentait. Une amazone. Une guerrière. Un peuple qui, peut être, considérait l’Homme avec le même mépris que les Enfants de la Nuit.
Mais de cette fascination doublée par l’adoration, le regard terne se mua bien vite en haine. A peine eut-il le temps de se présenter que la colère, et une déception au moins aussi grande que la sienne, venaient prendre place en lieu et place du respect qu’une mortelle devait à un être tel que lui. Ah il ne fallait pas lui en tenir rigueur. Quand bien même son peuple haïssait les Hommes, elles n’en restaient pas moins humaines elles aussi. On ne peut se démarquer de sa race si facilement. Lahav y était parvenu. Les siècles avaient aidé bien sûr. A ses débuts il fut difficile de renoncer à son humanité. Quoique, à bien y regarder, jamais le jeune vampire de l’époque n’eut de remords à prendre la vie d’autrui si cela servait la sienne. Une philosophie encore et toujours de mise aujourd’hui.

Soudain la voix du lièvre perça le brouhaha de la fête. Un cri plus qu’un couinement de bête effrayée. « Déicide. » Voilà bien la première fois qu’on lui lançait cette, insulte ? L’avait-elle pris pour un Dieu ? Quel Dieu ? Odin l’Infidèle ? Loki le Rusé ? Oh peut être ce second oui. Si Lahav représentait un Dieu alors il serait Loki, le Faux, le Malin. Cette femme était-elle donc simple d’esprit pour penser qu’un Dieu viendrait se présenter à elle ? Quel égo démesuré ! Aucun humain ne pouvait être digne d’un tel honneur.
Les mots suivant le rassurèrent en un sens. Non, elle n’était pas sotte. Juste folle. Une démence légère mais bien présente, un poison courant dans ses veines chassant toute notion de prudence. Ne lui avait-on jamais enseigné cette vertu ? Insulter un être tel que lui … Un sifflement léger, à peine audible, monta de la gorge du vampire. Il lui pardonnerait cette fois. Après tout n’était-ce pas jour de fête ? Dans sa grande générosité il lui laisserait la vie. Bien qu’il eut été tout aussi généreux d’abréger les souffrances dont son esprit était visiblement la proie.
Une odeur familière lui chatouilla le nez. Pour l’avoir sentis de nombreuses fois au cours de ses chasses, Lahav pouvait affirmer sans se tromper qu’il s’agissait de larmes. Elle pleurait ? Pourquoi cela ? Il ne l’avait même pas encore attaqué. L’être humain était décidément bien faible. Lui ne pleurait plus depuis fort longtemps. Certainement parce qu’un être sans âme ne peut exprimer une chose aussi … Sincère que la tristesse.
Finalement elle reprit contenance. Lahav reconnait là la fierté de ce peuple guerrier. Une femme de sa trempe, se laisser aller devant lui, impensable ! D’un revers d main elle chassa les traces de fatigue ainsi que les sillons salés sur sa peau. La phrase suivante lui arracha un sourire qu’on aurait pu qualifier d’attendrit. Comme un aîné amusé devant la naïveté de son cadet à qui la vie n’avait pas finis d’inculquer quelques leçons.

-Nue ou non, un homme se complait toujours à savourer la douceur et la chaleur de la peau d’une femme. Telle est sa nature. Il est Gourmand par nature, lubrique par principe, mais fait au final un bien mauvais enfant de Luxure. Un sourire étira ses lèvres pâles et dévoila la blancheur de ses crocs. Quand à la chair, certains y accordent bien plus d’importance que celle que vous accordez à la vôtre. Il serait imprudent de sous estimer cette envie.

Enfin le calme revint en elle. A présent totalement maître de sa personne, Lahav ne pouvait que l’admirer. Non pas pour sa beauté, ou ses formes gracieuses, ni même pour son esprit. Rien de tout cela. Il l’admirait comme on admire un trophée, en cherchant quelle place serait la plus appropriée pour y accrocher la tête. Cette proie là se défendrait. C’était évident, et presque mieux. Cela pimenterait la chasse. Quelle intérêt lorsqu’elles ne se débattaient pas ? Le goût sur la langue en devenait fade. Et le vampire s’en trouvait presque dégoûté d’avoir déployé tant d’efforts pour un résultat médiocre.
Finalement un nom fut donné, un prénom suivit. Jiliann. Ainsi sa mère lui avait offert ce cadeau à la naissance. Un prénom pour le moins agréable à l’oreille. Un prénom qui, sans être vraiment hors normes, ne s’entendait pas tous les jours. Jiliann tout court. Pas de titre même au sein de son peuple. Cela ne l’étonnait pas. Au cours de son existence Lahav n’avait que très peu rencontré d’Amazones. Aussi ne connaissait-il pas grand-chose de leurs modes de vie, et surtout de leur hiérarchie. Néanmoins il ne put s’empêcher de s’offusquer à la remarque de cette dernière. Il feula, signe de son agacement. Impertinente humaine.

-Je vous ais visiblement offensé. J’oublie parfois que vous autres n’êtes pas de ces femmes que l’on envoûte par quelques mots doucereux et un sourire mielleux. Néanmoins gardez à l’esprit que me tuer sera certainement la chose la plus ardue qu’une mortelle telle que vous aura tenté de faire.

Il ne doutait pas de sa force. Au combat aucun humain ne pourrait lui tenir tête, son Orgueil l’empêchait d’envisager cette hypothèse. A la fois sa force et sa faiblesse. Ses mots sonnaient comme une mise en garde. Que cette femme, cet insecte, n’oublie pas à qui elle avait à faire. Qu’elle ne fasse pas la mortelle horreur de comparer cet être à un vulgaire humain. On ne compare pas l’incomparable.
Elle l’avait offensé par ses mots. Et lui se devait de le lui rappeler. La menace était subtile mais néanmoins existante. Un humain ne lui arrivait pas à la cheville ! Un humain était frêle, un humain se brisait. Lui il se relevait. Il avait donné beaucoup en échange de l’immortalité. Et n’avait bien entendu, aucun regret.

-Ne nous énervons pas. Après tout, c’est un jour de fête n’est-ce pas ? Je suis curieux. Qu’est-ce qu’une Amazone fait en ces lieux ?

Derrière lui la musique venait soudain de reprendre. Les danses également. L’espace d’un instant le vampire en avait oublié la présence de ces nuisibles. Et maintenant qu’il s’en souvenait, il percevait les regards de convoitises lancés sur SA proie. Des ivrognes, des amants en mal d’amour, des maris aux envies d’infidélité. Tous des porcs. Ils se vautraient dans un simulacre de luxe, de plaisir. Alors qu’il ne s’agissait ni plus ni moins que d’une pâle imitation d’un pur acte de reproduction animal. Rien ne s’apparentant à la vraie Luxure. Oui il avait faim, et pas seulement de chair. Hélas, ce second appétit ne serait pas assouvit ici.

-L’endroit n’est pas propice à la discussion. Venez.

Il passa devant elle, s’engouffrant dans la ruelle loin de tout ce bruit, de cette impureté. L’invitation avait été lancée, et le vampire savait qu’elle ne serait pas refusée. Elle ne pouvait être refusée. Car quand bien même elle tenterait de lui échapper, il la retrouverait. Il la ferait sienne. Il mordrait sa chair, dévorerait son âme, lui donnerait un aperçut d’une vie telle qu’on rêve de posséder. Il n’était que cela. Un rêve bien vivant.

-Ma chère, je vous conseille de ne pas trop vous éloigner. Non que je doute de vos capacités au combat, toutefois seule face à des hommes désireux de goûter votre chair, je ne parierais pas sur vous.

Un sourire mauvais ourla à nouveau ses lèvres. Au fond il lui laissait le choix. Un Démon ou un autre, où était la différence ? L’un au moins ferait en sorte que le moment soit des plus agréable. Mais avant d’en arriver là, il fallait d’abord assouvir sa soif de savoir. L’occasion était bien trop belle pour la laisser filer. Une Amazone rien que pour lui. La journée serait des plus intéressante.

Les pas du vampire le menèrent vers les quartiers dis « chics » de la ville. Plus calme, loin du brouhaha de la fête. Et surtout déserts. A part quelques fêtards en retard. Voilà bien longtemps qu’il n’était venu ici. Il se souvenait avoir foulé le sol de la capitale quelques siècles plus tôt, et elle ne ressemblait en rien à cela. Lahav regardait donc. Il jugeait silencieusement l’architecture, les pierres blanches envahies de lierre, les balcons fleuris. La pluie avait finalement cessé, pour autant le ciel restait couvert en cette fraiche nuit. L’eau apportait une certaine odeur de fraicheur, comme lorsqu’il se promenait dans les bois. Pour sa compagne de route la beauté des lieux ne devaient pas sauter aux yeux. Pour lui qui voyait aussi bien en pleine nuit, voir mieux, qu’à la lumière du jour, Mannheim se révélait être une belle ville. Finalement les humains ne mentaient pas lorsqu’ils vantaient les mérites de leur capitale. Enfin, le vampire doutait sérieusement que les quartiers pauvres recèlent les mêmes attraits. Mais contrairement aux beaux quartiers il était bien plus aisé d’y trouver une proie.
Le vampire s’arrêta finalement devant une imposante bâtisse couverte de plantes grimpantes. Et derrière, surplombant le toit aux tuiles sombres, un immense pin. Le bâtiment en lui-même devait être relativement neuf à en juger par la blancheur de ses pierres, ou alors il devait être soigneusement entretenu. Les volets des chambres, et la porte ornée d’une tête de loup en fer forgé, avait été peints en bleu. Original. Il pencha la tête sur le côté. L’endroit semblait fermé.
Il poussa la porte du plat de la main. Elle s’ouvrit. Le vampire entra, curieux de voir si l’endroit satisferait ses exigences. L’entrée donnait directement sur une grande salle faisant office de salle réception et de restauration. Les chaises posées sur la table laissaient entendre que cette pièce venait d’être lavée. L’odeur ajouta à cette idée. Cela sentait bon. Le sol briqué achevait de conforter le vampire dans ce sens. Quelques fenêtre donnaient sur la cour de cette pension. Il y décelait une végétation danse, un jardin certainement agréable et propice aux promenades du soir.
Lahav hocha finalement. L’endroit lui plaisait, sobre mais néanmoins accueillant. Et comme cet hôtel semblait assez petit par rapport à d’autres, il espérait y être tranquille. Restait à voir si les chambres étaient à son goût.

-Il semblerait que personne ne soit présent pour nous servir. Au moins y serons-nous à l’aise. En gentleman il descendit deux chaises et invita sa jeune amie à s’asseoir face à lui. Bien, à présent, parlons.

Le vampire voulait des réponses à ses questions, et il les voulait maintenant.


[comme d'hab, si tu veux que je change un truc tu me dis ^^ j'ai fais comme on avait dis par mp, du coup le rp se poursuit dans le quartier des hôtes. Si ça ne te va pas je changerais]
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