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 Départ [Solo - Terminé]

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AuteurMessage
Mage
Leleka Evoëavatar

 :Peuple :
Humaine
 :Âge du personnage :
22 ans
 :Equipement :
Une besace contenant quelques jours de vivres et divers objets de première utilité, ainsi qu'un poignard


* * *

Vêtements:

MessageSujet: Départ [Solo - Terminé]   Sam 3 Sep 2011 - 0:46

Je ne me souviens pas des détails de la première étape de mon voyage, celle qui devait m’amener à Mannheim. Toutefois je me rappelle encore, je peux presque ressentir la vive nostalgie qui me saisit lorsque je me retournai pour apercevoir une dernière fois les maisons claires de Lleya et la haute silhouette de la Tour des Sages dans toute la splendeur de l’aube naissante: il me semblait que c’était toute ma vie que je quittais. Là-bas j’avais été heureuse pour la première fois depuis la mort de mon père, j’avais pu ressentir l’infinie satisfaction d’être utile, de ne plus être perçue comme une tarée dangereuse que l’on gardait auprès de soi comme on y garde ses ennemis.

En vérité, la vie avant Lleya n’était plus guère qu’un brouillard confus dans ma mémoire. Le visage de ma mère s’était estompé ; il n’en restait plus qu’un regard où une tendresse résignée le disputait à une inquiétude diffuse mais grandissante, comme pour dire "mais qu’est-ce qu’on va bien pouvoir faire de toi, ma pauv’ petite ?". Ressim n’était plus que le rictus haineux qu’il réservait à chacune de mes apparitions, et ma sœur Mina se réduisait à ses petites mesquineries et à son regard triomphant le jour de mon départ. Selia et Kalassia, si semblables malgré leur différence d’âge, étaient devenues deux petites bouilles roses surmontées d’une abondante crinière noire et bouclée. Ferino seul n’avait pas changé dans ma mémoire, demeurant un paquet de langes d’où seul émergeait un visage poupin et braillard.

D’autres bambins étaient sans doute venus grossir les rangs de ma fratrie depuis mon départ ; certains n’avaient peut-être pas survécu. Je m’étais maintes fois demandé ce que devenaient mes sœurs et mon frère, par curiosité davantage que par attachement. Mina s’était probablement mariée quelques années auparavant, et si enfants il y avait – ce dont je ne doutais pas – je pouvais me considérer comme leur tante, n’en déplaise à leur mère. Selia elle-même devait être mariée ou sur le point de l’être, peut-être même s’occupait-elle déjà d’un minuscule être mugissant. Kalassia avait atteint l’âge où une jeune fille de la campagne devait sérieusement songer à une union profitable ; quant à Ferino, qui n’était encore qu’un enfant, il devait apprendre le dur métier de paysan aux côtés de son père.

De la maison en revanche, je gardais un souvenir précis. Elle était basse de plafond, sans fenêtre, peu éclairée. Une seule pièce renfermait le foyer et les trois paillasses où nous dormions tous : l’une accueillait Ressim et ma mère, une autre m’était réservée tout près de ma mère, mes sœurs se serraient sur la troisième, tête-bêche ; quant à mon frère, il était suspendu au mur dans ses langes, comme on le fait traditionnellement pour les enfants encore emmaillotés. Séparée de la chambre par un rideau de toile grossière, en réalité un vieux sac de grains troué et découpé, se trouvait une pièce à peine plus vaste, où étaient stockées nos réserves de nourriture – du grain essentiellement –, une table et quelques tabourets, et qui servait si j’ose dire de pièce de réception ainsi que d’indicateur de prestige.

Quant à nos champs… Ressim et ma mère cultivaient du froment, comme tout le monde ; nos récoltes n’étaient ni meilleures ni pires que celles de nos voisins et nous permettaient de survivre sans trop de privations ; certaines années nous pouvions même nous procurer un peu de lard en échange de quelques poignées de grain.

Rien que de très ordinaire, en somme.

Même les réactions à mon égard, qui allaient de la pitié à la haine en passant par la crainte, n’avaient rien eu d’extraordinaire.

Je n’éprouvais, je crois, ni haine ni ressentiment envers ma famille ; néanmoins, l’objectif que je devais atteindre n’incluait pas pour l’heure de passer par la ferme familiale. Si mes pas devaient m’y porter, j’irais. Et dans le cas contraire… ils pouvaient tous continuer de vivre sans moi, comme ils l’avaient fait jusqu’alors. Qui s’en plaindrait ?

Ce à quoi je pensais, les yeux rivés sur la ville blanche qu’illuminaient peu à peu les premiers rayons du soleil, ce que je regrettais surtout, c’était mon apprentissage aux côtés d’Helma, à qui je devais autant et peut-être davantage qu’à ma propre mère. Combien de dizaines, de centaines d’heures avait-elle passées à m’enseigner tout ce qu’elle savait sans rien attendre en retour – hormis un peu de ménage et quelques galettes, seul repas que je savais préparer ?

Au détour de mes souvenirs, une évidence s’imposa progressivement à moi, sans que je fisse rien pour obtempérer à l’ordre implicite qu’elle renfermait : bien que le spectacle fût sublime, Helma ne m’avait certainement pas réveillée au milieu de la nuit pour me permettre contempler Lleya sous les rayons tièdes et rasants de l’aube.

Enfin je fermai les yeux, le cœur gros de la vie que je quittais, mais inexplicablement enflé d’espoir, et repris la route qui était la mienne, le long des berges du lac.
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