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 Écrire un rêve, suivre un fantasme.

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Chevalier
Adrena L'Ulaunavatar

 :Peuple :
Humain
 :Âge du personnage :
22 ans
 :Equipement :
Une sihelverd et quelques biscuits rassis


* * *

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MessageSujet: Écrire un rêve, suivre un fantasme.    Sam 29 Oct 2011 - 23:54

Pourquoi un tel titre ? Tout simplement pour pallier au fait qu'il n'y ait pas de titre. L'extrait, la chose, l'essai qui suit est purement et simplement tiré d'un rêve que j'ai fait, il y a quelques nuits de cela. En revanche l'envie de le retranscrire avec justesse et le besoin d'aller au delà des images vient du fantasme de l'écriture. Donner vie, former et transmettre ses songes et ses pensées. C'est la façon la plus juste d'expliquer ce que ce texte représente, à défaut d'expliquer ce qu'il est.

C'est très court; je l'espère capable de transporter.
Enjoy !

Citation :
    Elle agita ses longs cheveux aux reflets de mercure, brins séraphins au chœur de son visage exquis, les rejetant dans son dos pour qu’ils ne la gênent pas. La Lune pour seule auditrice, elle porta ses longs et blancs doigts à l’instrument qu’elle tenait entre les mains et, avec une grâce naïve, se mit à en pincer les cordes. La frénésie la gagnait. Le son était clair, la mélodie, suave et tragique.

    Loin au-dessus d’elle, le ciel d’encre était parsemé de constellations, plus visibles en ce lieu qu’en n’importe quel autre. Les myriades de novæ se dispersaient dans les cieux, les pailletant d’éclat, conscientes que leur virginale lumière n’éclairait rien d’autre que le cœur des Hommes.

    S’étendant sous leurs regards fixes, les lanternes bleues d’Al'endiel leur faisaient écho, semblables aux reflets d’une bougie sur un vitrail teinté. Au sein d’une futaie d’arbreverres, la belle Al’endiel étendait ses bras d’or et de marbre entre les branches hautes, s’accrochant aux ramures pour s’élever au-dessus des cimes. Les longs drapés bordeaux qui pendaient des balcons venaient caresser l’eau pure des canaux qui striaient le sol à ses pieds. Lorsque les premiers froids saisissaient les contrées elfiques, les feuilles chutaient au sol dans un chuintement plaintif, éclaboussant l’eau de leurs milliers d’éclats, baignant la terre de leur chant cristallin, résonnant comme une averse de clochettes. À l’inverse, à la saison chaude, les branches pliaient sous le poids des fruits juteux qui poussaient par grappe de trois à six. La chair épaisse, qui exhalait une odeur sucrée et piquante, déversait une douce lueur qui, la nuit venue, illuminait la ville comme un millier d’étoiles flottant entre deux airs.

    « Que voilà une triste complainte pour une si belle nuit, tu ne trouves pas ? »

    Dans un sursaut, la mélodie s’arrêta sur une fausse note, aigre et stridente. Elle leva ses yeux gris vers le visage doux de son père, le dévisageant avec gravité. Il lui ressemblait tellement ; les mêmes cheveux d’argent, les mêmes yeux translucides, la même bouche fine, étirée en cet instant d’un délicat sourire. Elle posa la lyre à ses côtés et glissa sur le banc pour laisser la place au vieil elfe de s’installer. Comme à son habitude, il leva les yeux au ciel, laissant sa peau s’imprégner de l’air frais qui balayait la forêt et en portait les effluves nocturnes.

    « Depuis le décès de ta mère, je pense pouvoir prétendre être la personne qui te connaît le mieux. Je ressens le mal qui ronge ton être comme s’il vrillait mon propre cœur. Et ça fait mal. Ton frère te sent distante et oh ! Endiela seule sait combien tu l’es. »

    Elle se tortilla imperceptiblement, vraisemblablement mal à l’aise. La voix de son géniteur avait pourtant toujours eu quelque chose d’apaisant… Mais pas là. Là il se contentait de refléter son angoisse et cela la terrifiait. Elle lui montrerait, s’il y tenait. Et même si elle savait ce qu’il adviendrait de ses secrets.

    Muette, elle se leva et traversa le balconnet, marchant sur des feuilles qui craquèrent sous ses pas, fracturant le silence. Une vasque en bois d’arbreverre était nichée au sommet d’un piédestal de marbre blanc et l’eau qu’elle contenait était limpide et immobile comme du cristal. Penchée, l’elfe put sentir combien le fluide reflétait avec amertume les rayons de la Lune, sans pouvoir en saisir l’essence. C’était tout à son image ; un reflet, une illusion. Son père à ses côtés, elle lui enjoignit de ne pas détacher son regard de l’eau. « Qu’y vois-tu ? » lui demanda-t-elle. « Je n’y vois rien que de l’eau. » Elle effleura la surface, perturbant l’étendue de fines ridules, ondes omnidirectionnelles qui allèrent claquer contre le rebord de la vasque. « Et maintenant, qu’y vois-tu ? » Ses yeux se firent durs. Il siffla : « J’y vois une guerre qui n’est pas nôtre». Sans se retourner, il regagna sa riche demeure et ferma son esprit aux visions de sa cadette.

    Dans le ciel, l’astre de minuit souriait atrocement.


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