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 Départ [Solo]

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MessageSujet: Départ [Solo]   Mer 18 Jan 2012 - 15:03

Les rayons du soleil levant jouaient entre les feuilles des arbres verdoyants, faisant scintiller doucement les gouttes de rosée déposée par la nuit, telles d’éphémères perles vouées à disparaître. Les oiseaux entonnaient les premières notes de la journée, chantant leur joie de vivre. Les animaux nocturnes se retiraient lentement, laissant place aux créatures diurnes qui s’éveillaient d’un long sommeil.
Lumen marchait entre les arbres, savourant la douce brise qui venait la rafraîchir. La forêt lui avait manqué. Bien sûr, Alfheim n’était pas dépourvue d’arbres, d’animaux, mais la civilisation y restait dominante face à la nature. Elle n’avait jamais pu s’éloigner plus de quelques heures de la ville, prise par son apprentissage. À présent, elle pouvait enfin respirer, sans l’impression de manque qu’elle avait ressentie dès son arrivée dans la blanche capitale.
Solis, son compagnon Eskuriax, se tenait perché sur son épaule, son regard ambré tourné vers Alfheim. Il ne quittait pas des yeux les hautes tours du palais royal, dont les toits d’argent éclatants brillaient de mille feux sous la lumière de l’astre diurne. Elle sourit devant son regard nostalgique.
« Serais-tu devenu citadin ? Toi alors, tu es vraiment étrange, pour un Eskuriax. »
Il reporta un instant son attention sur elle en entendant sa voix cristalline, mais se remit presque aussitôt à contempler la ville, comme s’il craignait qu’elle ne disparaisse s’il détournait le regard. Elle se demanda un instant quelles pensées lui traversaient l’esprit. Est-ce qu’il pensait à la manière des elfes ? Voyait-il le monde comme elle ? Elle l’observa attentivement, mais son faciès ne trahissait rien d’autre qu’une attention inébranlable pour le château d’Alfheim. Incapable de répondre aux questions qu’elle se posait, elle choisit de focaliser son esprit sur autre chose : sa destination.
Elle n’avait absolument aucune idée de l’endroit où poursuivre son apprentissage. Elle considéra ses connaissances : les lames elfiques n’avaient plus de secrets pour elle, cependant elle ne savait créer une épée à la manière des Nains ou des humains. Inutile pour elle de se rendre à Lome-Lith, elle n’y trouverait que des forgerons elfiques. La logique aurait donc voulu qu’elle se rende à Midgard ou à Utgard. Mannheim était la ville la plus proche du royaume elfique, et elle n’aurait aucun mal à s’y rendre en suivant le Sudri… Oui, c’était là un itinéraire intéressant.
Lumen ralentit le pas et s’assit sous un vieux chêne qui tendait ses branches centenaires et feuillues vers le ciel, apportant une ombre bienfaisante à la forêt. Elle fouilla dans sa besace de cuir où divers objets s’entassaient dans un improbable chaos, et finit par en sortir une carte d’Yggdrasil, un flacon d’encre rouge ainsi qu’une plume taillée. La carte était encore vierge, libre de toute note. Elle déposa son matériel dans l’herbe, puis ouvrit précautionneusement le flacon, craignant de le renverser. Trempant la plume dans l’encre, elle traça minutieusement un itinéraire qui partait d’Alfheim, suivait le Sudri jusqu’aux frontières de Lyzangard et s’arrêtait à Mannheim. Se redressant, elle observa son tracé. Satisfaite, elle rangea ses affaires aussi soigneusement qu’elle les avait sorties et se releva. Elle siffla Solis, qui folâtrait entre les buissons puis se remit en marche, l’Eskuriax juché sur son épaule. En direction du Sudri.



Lumen soupira une nouvelle fois en posant le pied sur un autre rocher couvert de mousse verdâtre. Tâchant de ne pas glisser, elle fit basculer son poids d’une jambe à l’autre, puis grimpa complètement sur la pierre instable. Elle perdit l’équilibre, battit des bras avec un juron et finit par se stabiliser, évitant de peu de tomber et d’être emportée par le courant rugissant. Bien. A présent, le rocher suivant.
Elle se trouvait au milieu du Sudri, à un endroit où les rapides auraient dissuadé n’importe qui de se baigner. De vieilles pierres, résistant au courant depuis la nuit des temps, se dressaient fièrement au milieu du fleuve aux eaux bleutées, menaçant de fracasser toute embarcation qui n’aurait pas réussi à les éviter. Et évidemment, Solis avait eu la bonne idée de sauter de pierre en pierre, jusqu’à arriver au milieu du cours d’eau. Une fois là-bas, il avait eu peur de revenir, poussant des gémissements aigus à l’attention de sa compagne. Lumen n’avait eu d’autre choix que d’aller le chercher. Voilà pourquoi elle se trouvait dans cette situation pour le moins précaire.
Elle parvint sur le dernier rocher qui la séparait de Solis au moment où celui-ci paniquait. Elle posa la main sur la pierre bancale où il se trouvait et la petite créature se précipita sur elle, l’escaladant pour venir se nicher dans son cou avec un couinement de soulagement.
Lumen jeta un œil en arrière, s’assurant que ses affaires étaient toujours sur la rive, là où elle les avait déposées, puis revint prudemment vers la berge, réalisant à nouveau l’exploit de ne pas tomber dans le fleuve. Elle récupéra sa besace, rattacha son épée à sa ceinture déchirée et se prépara à se remettre en route avant que l’Eskuriax ne la force à effectuer d’autres acrobaties.
« Je devrais t’attacher », grommela-t-elle à son attention. Mais elle ne parvint pas à lui en vouloir plus de quelques secondes. Elle finit par lui sourire et le caressa, soulagée qu’il ne lui soit rien arrivé. Solis avait toujours été avec elle, elle n’aurait pu imaginer un voyage sans le poids rassurant de la petite créature sur son épaule.
Longeant l’eau à l’écume blanchâtre, elle se remit en marche, poursuivant sa route vers Mannheim.


La nuit arrivait, annoncée par un crépuscule doré à l’horizon. Les derniers rayons du soleil faisaient miroiter l’eau claire du fleuve en un scintillement éblouissant, lui donnant un aspect irréel.
Lumen s’arrêta, observa un instant l’astre diurne qui déclinait lentement dans le ciel, et décida qu’il était temps de s’arrêter pour profiter d’un repos amplement mérité. Elle jeta un œil aux arbres qui se dressaient à l’orée de la forêt et choisit un érable aux magnifiques feuilles rouges pour passer la nuit. S’en approchant, elle ôta sa besace et son épée et les déposa au pied de l’arbre. Elle allait ramasser de quoi faire un feu mais se ravisa. Après tout, mieux valait ne rien attirer. La forêt ne se trouvait qu’à quelques mètres, et il ne s’y trouvait pas que des Eskuriax…
Adossée à l’arbre, elle avala donc un souper froid, composé essentiellement de pain et d’un peu de fromage. Elle grimaça. Le pain était dur, le fromage également. Solis, quant à lui, grignotait quelques noix qu’elle avait pris soin d’emporter pour lui. En mangeant, elle admira les premières étoiles faire leur apparition dans le ciel. Mais quelques nuages dérivaient lentement, masquant la lune et empêchant sa faible lumière de venir caresser les forêts de Lyzangard. Le soleil disparut complètement et dès lors, elle ne distingua presque plus rien.
Après son repas frugal, elle saisit ses affaires et s’apprêtait à grimper sur l’une des hautes branches de l’érable pour y passer la nuit en sécurité quand elle entendit un grognement rauque s’élever derrière elle. Elle se figea.
Lumen pivota lentement, tirant sa lame dans le même mouvement. Un fauve se tenait derrière elle, ses yeux de braise trouant la nuit parfaite. Elle devinait sa silhouette musclée, prête à bondir sur elle. Un mot s’imposa dans son esprit. Hyène. Solis, terrorisé, bondit de son épaule et se réfugia haut, très haut dans l’érable.
La jeune elfe tenta de calmer son cœur qui s’était mis à cogner dans sa poitrine, lui donnant l’impression que toute la forêt l’entendait. Comment la bête l’avait-elle repérée ? Elle n’avait pas le temps de répondre à cette question. Elle inspira profondément et se plaça en position de combat, sans quitter l’animal des yeux. Elle se savait capable de tuer la hyène sans se blesser, si elle agissait assez rapidement. Elle devait attaquer la première, prendre la bête au dépourvu. Elle fléchit lentement les jambes. Bondit.
Un éclair d’étonnement et d’incompréhension passa dans les yeux rougeoyants du fauve, mais il s’écarta vivement de la trajectoire de la lame. Elle ne fit que l’effleurer, traçant une mince ligne rouge sur le pelage gris. La hyène attaqua à son tour, sauta vers l’elfe mâchoires grandes ouvertes, fusant vers le frêle cou de son adversaire. Lumen se força à attendre le dernier moment et fit un pas de côté pour éviter l’assaut, envoyant au même moment sa lame à la rencontre de la gorge de la bête. Cette fois, elle atteignit son but. Le métal argenté ouvrit une plaie mortelle dans le corps de la hyène. Elle retomba à terre avec un râle de douleur, une lueur de souffrance dans le regard, s’effondra et ne bougea plus. Sa vie s’échappait de sa blessure, teintant l’herbe de noir. Lumen regarda avec horreur l’animal vivre ses derniers instants. La mort la dégoûtait. Pourquoi avait-il fallu que la hyène s’en prenne à elle ? Elle n’avait jamais tué auparavant et aurait voulu ne jamais l’avoir fait. Qui avait dicté la cruelle loi de la survie à Yggdrasil ?
Un mouvement derrière elle interrompit le cours de ses sombres pensées. Elle se retourna. Un réflexe lui fit placer sa lame devant elle, telle l’ultime barrière la protégeant. Ce réflexe lui sauva la vie.
Les mâchoires d’une seconde hyène faillirent se refermer sur elle mais au lieu de la chair, sentirent la froide morsure d’une lame. L’elfe dégagea ensuite sa lame comme on lui avait appris et porta un second coup tandis que la créature reculait, gémissante. La deuxième attaque la tua net, et elle s’effondra de la même manière que l’autre hyène. Une seconde flaque de sang vint peu à peu souiller le sol, gorgeant la terre d’un liquide sombre, malsain.
Lumen recula, nauséeuse. Elle vérifia soigneusement qu’aucune autre hyène ne se trouvait dans les parages, mais n’aperçut d’yeux rougeoyants nulle part. Aucun grognement ne retentit. Pas un mouvement ne se fit entendre. Titubante, elle s’appuya à l’arbre le plus proche et inspira. C’était fini. Pour survivre, elle avait dû ôter la vie à deux créatures. L’horreur et le dégoût la submergèrent. Pourtant, elle sentait qu’elle aurait à recommencer, tôt ou tard, si elle voulait voyager.
Elle jeta à nouveau un regard aux corps qui gisaient dans l’herbe. Les nuages s’étaient écartés de la lune, et elle pouvait à présent les voir distinctement. Elle sentit l’odeur de la mort. Elle ne voulait pas rester là.
Elle prit sa besace, laissa un Solis encore tout tremblant descendre de l’érable et se jucher sur son épaule et repartit le long du fleuve, sous la pâle lumière de la lune. Lorsqu’elle fut à une centaine de mètres du lieu de mort, elle se retourna une dernière fois. Les silhouettes sombres des oiseaux de mort tournaient déjà dans le ciel, attirées par l’ignoble carnage. Lumen détourna le regard et se remit en marche dans les ténèbres.
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