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 Sang a priori [Privé - Lahav Sakari]

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Amazone
Jiliann Hesylavatar

 :Peuple :
Humains
 :Âge du personnage :
27 ans
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Carnets de Haan, 'Sigma', flèches aiguilles de différentes longueur & un petit aigle d'argent.


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MessageSujet: Sang a priori [Privé - Lahav Sakari]   Sam 18 Fév 2012 - 0:43


Une invitation. Evidemment une obligation, un ordre, presque une menace, mais il y avait eu ce bref ‘Venez’. Venez, suivez-moi, je vous invite à me suivre, très chère, s’il vous plait. L’amazone marqua un temps d’arrêt, suivit passivement du regard son interlocuteur qui, avec une démarche qui relevait de la grâce pure, s’éloignait tranquillement, avant de disparaître totalement à un tournant de ruelle. Quel étonnant personnage, surprenant, décontenançant, voire… captivant. Là était le mot juste. Sa présence avait arraché Jiliann de l’allée pavée et voilé la vie qui s’ébattait alentour, pendant un instant du moins, à peine quelques minutes durant lesquelles il lui avait fait oublier les vices et les abus de Mannheim, les regards et les désirs pointés vers elle, la crasse et les doigts boudinés des ivrognes. A que cela ne tienne, le présent ne lui revint que trop vite à l’esprit.

Elle observait sans voir le coin de rue qui venait jalousement de lui avaler sa découverte quand elle sentit, brutale, une main attraper sa poitrine. La douleur physique ne lui était rien, ne lui était plus rien à justement parler, mais le retour violent à une réalité qu’elle exécrait secoua vivement son intérieur, et la paume tendue qu’elle envoya à la rencontre de celui qui avait osé s’insinuer en sa bulle contenait une telle fureur que l’agresseur en chuta au sol, lourdement. Ses longs cheveux d’un blond lumineux s’accrochèrent entre les bracelets de cuir qui ornaient le bras vengeur, et ce fut d’un coup sec que l’amazone les arracha à leur tête mère. L’homme cria, plongea son crâne entre ses mains où chaque doigt abordait vaniteusement une bague d’or ou de pierres, puis, prenant appui sur le mur, seul élément immuable de la pièce sordide qu’il était en train de se jouer, tenta d’atteindre de son poing doré la créature qui lui avait tant plu. Le désir toujours se meut en désastre, mais ce jeune noble de tout juste vingt ans ne devait en avoir que trop peu fait l’expérience. La main qu’il envoya sans réfléchir ne parvint jamais à son but, car avant la peau rêche lui vint l’aiguille, longue d’une quinzaine de centimètres, qui lui traversa allégrement la chair pour ressortir la tête toute luisante du sang bourgeois que des Hommes avides de pouvoir et reconnaissance s’empresseraient de lécher. Avec la rapidité d’un chat sauvage, qu’elle avait passé tant d’heures à examiner entre les arbres de Völsungar, Jiliann extirpa de son sac une seconde broche et en stoppa la pointe à un nombre infime de centimètres de l’œil droit de l’imprudent. Bleus, agrémentés d’une légère teinte de gris. Négligeable. Comme l’est l’étincelle du vice qui reste tapie en l’adolescent au milieu de bons sentiments, attendant son heure pour grossir, s’épaissir, encore, encore.


- Grumeau. Ton sang ne vaut pas même celui d’un gueux.

Elle lui cracha à la tête, repoussa son corps habillé de dentelles boueuses d’un coup de pied, puis tourna les talons. L’amazone, une main longeant le mur comme pour s’assurer un repère, remonta la rue dans l’espoir, soudain et furieux, d’apercevoir l’être à la peau lisse qui avait échappé à sa vue. Arrivée au coin dévoreur elle se pencha, devina une ombre qui semblait couper en deux la foule suintante qui se faisait plus dense dans cette partie-ci de la capitale, et ne réfléchit pas plus longtemps. Un bras protecteur vint s’enrouler autour de Sigma qui battait son dos à chaque pas et la course reprit, comme s’il lui était définitivement impossible d’y échapper. A croire que sa nature rimait avec fuite.

La rapidité, l’habileté, la fougue, tout cela permettait à Jiliann de rattraper sa rencontre sans qu’il ne s’y oppose de problème. Seule la réflexion pouvait dès lors briser son instinct, la ralentir, voire la stopper complètement. Elle ne se fit pas attendre, à peine reniée le temps de la poignée de secondes qu’il avait fallut pour prendre la décision de suivre la créature. Ses jambes avançaient, l’une d’abord, puis l’autre qui venait à sa suite, avant de voir la première repasser en tête, mais cette dernière, de tête, avait déjà, elle, relancé sa mécanique. Voilà, maintenant, à cet instant précis où elle se déplace avec l’aisance de la guerrière qu’au fond elle reste, deux certitudes lui viennent. La première, c’est que cet être passionnant qui dompte les mots avec une facilité presque nonchalante n’est pas ici, en Mannheim, pour se jeter au cœur des orgies qui pullulent. La seconde, c’est qu’elle serait incapable de changer de direction, de quitter la ville. Oui, l’amazone sait pertinemment, dans cet éclair de lucidité, qu’elle ne peut résister au délicieux appel de l’étrangeté. Ainsi soit-il, et lorsqu’elle débouche sur la place muette élue par l’ombre qu’elle recherche, Jiliann laisse son corps la mener au bâtiment majestueux dont elle a précédemment passé la porte. Etonnamment sereine, presque paisible, l’amazone posa une paume contre la pierre blanche et s’apprêtait à pénétrer à son tour dans la construction lorsque son œil fut attiré par un détail. Un immense détail, à croire qu’il était possible de voir se poser côte-à-côte ces deux mots au sens contraire. Imposant, magnifiquement gorgé de dignité, il détruit instantanément le calme qui s’était invité en elle.

Cet arbre, là, ce monstre, ce monstre c’est Völsungar. C’est Völsungar qui s’élève, qui se lève. C’est Völsungar qui s’étend, qui s’étire, qui surplombe Mannheim. C’est le petit, l’insecte, qui détruit. Qui dévore. C’est loin, ça manque, un peu. Oui, c’est loin, maintenant elle s’en rend compte, elle s’en souvient, elle le voit, Jiliann, comme c’est loin Völsungar. Et comme ça l’attire, un peu. Car c’était simple, car on pouvait rêver, il n’y avait rien pour l’empêcher de rêver. Et là, là il y a les gens, là il y a la vie, il y a les excès qui lui bouchent la vue, qui lui bouchent la vie. L’envie de grimper le long de l’arbre enflamme son ventre, chevaucher le monstre, enserrer son cou à l’aide de ses cuisses de femme faite, puis lui murmurer à l’oreille : volons, allons-y. Un peu plus loin, retournons là d’où l’on vient.

Sa main était toujours posée contre la pierre, la pierre était toujours blanche. Mais Jiliann avait laissé s’échapper la guerrière qui sait et qui est capable de tempérance, cette part d’elle-même qui vise juste et qui marche droit. Le pin dont la nuit découpait sèchement les contours la fixait, elle sentait ses deux yeux immenses posés sur sa peau, et un spasme énerva ses épaules. Ajoutant à son malaise, un homme chancelant apparu à l’autre extrémité de la place et marcha, rampa était plus juste mot, en sa direction. La semi-obscurité qui s’était déclarée reine des lieux ne permettait pas à l’amazone d’identifier son visage ou ses habits ; et seule sa voix nasiaillarde lui parvint.


- Viens par ici me disent certains, les yeux doux et les bras rassurants, convaincus qu’il serait bon que je les écoute… Viens par ici ! Non, non, je ne vais pas par là, c’est celle-là ma gloire à moi : élever l’humanité, n’accompagner personne ! Non, je ne vais pas par là, je préfère la boue, les chiffons, les pieds ensanglantés, éprouver. Je ne suis venu au monde que pour déflorer les forêts vierges, tu entends ? MOI, J’AI MA FOLIE ! Les forêts vierges ! Je suis une tempête qui fait rage, une onde, je ne sais pas où je m’en vais, non, non, aucune idée. Mais je sais, je ne vais pas par ici.

Jiliann se jeta à travers l’entrée de la bâtisse avant de rabattre la porte dernière elle, brutalement, trop pour paraître naturel. Cette minuscule action l’avait plus essoufflé que sa course toute entière au travers les ruelles de la capitale, et son cœur frappant vigoureusement sa poitrine lui faisait mal. Elle se refusa à rester davantage auprès de l’entrée et se glissa dans la pièce centrale, qui semblait l’attendre en silence. C’était un intérieur formidablement agencé où les lignes de perspectives épousaient les murs, où chaque meuble, chaque bibelot avait sa place propre. Installé tel un Seigneur sur l’une des chaises nourrissant l’espace, le fruit de son investigation admirait les plantes grimpantes qu’arborait l’intime cour secrètement et jalousement gardée par ces murs. Quelques fleurs batifolaient au pied des arbres fruitiers, sublimes dans leurs légères robes pourpres et mauves. Ce fut la voix suave et sucrée de son impénétrable interlocuteur qui tira la femme de la contemplation dans laquelle elle avait subitement glissé. Se mettre à l’aise, pour la deuxième fois il était question de se mettre à l’aise. Elle tiqua à cette remarque, tentant vainement d’en saisir la signification, dérangée par l’importance qu’il semblait porter à cette aise dont le mot lui-même ne lui rappelait rien. Après une brève hésitation elle s’assit en face de lui et… Non. Elle se releva, agrippa le dossier de sa chaise et la déplaça de quelques centimètres vers l’extérieur, la décentrant légèrement. Pour la seconde fois, elle s’assit. Jiliann était ainsi, elle avait toujours eu du mal à voir les choses en face. Oui, car ce n’était pas un homme qui se tenait devant elle, et de ce fait il lui paraissait tout naturel de partir de l’idée qu’il fut une chose. Une Chose dont elle aurait voulu délicatement décoller le visage pour se l’appliquer, remplaçant alors la chair brûlée par la peau de perle. Jamais joues ne l’avaient tant séduits. Pourtant, il lui était désormais impossible de fixer les yeux de sa Chose, elle ne supportait plus la vue de ce mensonge qui était venu à bout de sa contenance.

TA chose? Bon sang. Jiliann, quitte cet endroit, immédiatement, sauve-toi. Bon sang, c’est là tout ce qu’il désire ! Tu coules dans son jeu avec une naïveté qui fait frémir ce qu’il me reste de corps… Je sais que tu n’as rien de plus que tes idées, ma petite, mais tâche au moins de mourir pour elle. Et non pas dans une flaque de sang, dans une flaque de bon sang. Bon sang. Bon sang ne saurait… frémir.

- Qu’êtes-vous? Quelle Chose êtes-vous? Vous avez les iris de Vanaheim, mais vous mentez, vous n’avez aucune Pomme à m’offrir, n’est-ce pas. J’ai prit deux grains de blé et le vent les a emporté. Etes-vous le grain, ou le vent? Vous avez des questions à poser alors que vous n’avez aucun intérêt pour moi, sinon vous seriez venu avec une Pomme. Et pourquoi êtes-vous là, vous n’avez pas les traits des hommes, et aucune envie de prendre part à leurs orgies.

Pendant un court instant, Jiliann imagina les mains de la Chose autour de son cou. Serait-ce doux? Elle les sentit presque, enserrant son col sec. Serait-ce jouissif ?

- Pensez-vous que la raison est une prison ?

La folie est une prison. Et la clé pend autour de ton cou, Jil’. S’en est pathétique.

[Je m'excuse platement pour le niveau assez moyen de ce rp, je ne voulais pas partir en te laissant patienter une semaine de plus!]
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Lord
Lahav Sakariavatar


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MessageSujet: Re: Sang a priori [Privé - Lahav Sakari]   Dim 4 Mar 2012 - 13:11

Occupé à juger l’endroit, car il se devait de choisir quel établissement fréquenter, un homme tel que lui ne se mêle pas aux buveurs invétérés des tavernes de seconde zone, Lahav détourna légèrement la tête en entendant des pas se rapprocher bien avant de grimacer aux premiers éclats de voix. Un homme. Ivre. Que d’élégance, et quelle originalité. Une grimace dédaigneuse déforma un court instant le visage du vampire. Vermine. Décidément les humains ne valaient même pas qu’on s’intéresse à eux. Et celui ne pourrait même pas prétendre au titre de nourriture. Hors de question de planter ses crocs dans cette chair là, imbibée d’alcool, de Vice, et de folie. Et peut être même de maladie. Quoique cette dernière encore ne soit pas dangereuse pour un homme ne craignant pour la mort depuis longtemps.
Il entra donc dans l’établissement bien avant que l’humain ne déboule au coin de la rue. Quant à l’Amazone, elle suivrait en temps voulu. Après tout si elle s’était engagée à sa suite, c’était bien parce qu’il l’intéressait un temps soit peu. De plus, une femme telle qu’elle ne s’abaisserait pas à fricoter avec … ça. Du moins l’espérait-il, sans quoi il en serait extrêmement déçu. Pensées confirmées tandis qu’elle entrait et claquait la porte, essoufflée, alors que lui descendait deux chaises. Oh alors elle craignait cet ivrogne ? Intéressant. En même temps que surprenant. Qu’avait-elle à redouter d’une créature qu’elle pourrait sans mal abattre comme on abat un animal galeux ? Peut être un passé trouble, souillé de mauvaises intentions. Au fond quelle importance ?

Tranquillement installé, ses longues jambes croisées l’une par-dessus l’autre sans que ce geste n’emprunte quoi que ce soit à la pause féminine, Lahav regardait silencieusement sa compagne de fête s’agiter. Assise une fois. Puis se relever, déplacer la chaise. Se rasseoir. Nerveuse ? Était-ce de sa faute ? Pourtant il ne lui avait fais aucun mal, pas encore. Et il comptait bien tirer quelques plaisirs de cette rencontre avant de devoir satisfaire une éventuelle faim. Elle ouvrit la bouche. Enfin il allait avoir réponses à ses questions, mais hélas non. Elle détourna le sujet, posant elle-même ses propres questions. Décidément, elle se plaisait à le faire languir. Quoique, à sa façon de parler le vampire commençait à sérieusement douter de son état de santé mental. Il fronça les sourcils en l’entendant le traiter de menteur. Comment pouvait-elle l’affirmer alors qu’aucun mensonge d’aucune sorte n’avait encore franchis ses lèvres ? L’homme pencha légèrement la tête sur le côté, faisant tomber quelques mèches noires sur son épaules, sans lâcher du regard cette étrange personne. Ce qu’il était ? Oh comment se définir ? Il était tellement de choses à la fois. Mais il répondit calmement, un sourire des plus énigmatique plaqué sur sa bouche pâle :

-Ce que je suis ? Je suis un Rêve. Je suis ce à quoi aspirent les Hommes, je suis cette vie qu’ils espèrent jusqu’à leur fin, sans jamais oser la prétendre leur. Je suis l’incarnation même de tout ce qui fait frémir une âme. Jeunesse, vigueur, beauté, Luxure, puissance, liberté. Tout ceci est mien, aucune force en ce monde ne saurait me les prendre, si ce n’est peut être une éventuelle intervention divine. Mais les Dieux n’ont que faire de moi. Ses griffes entaillaient légèrement le bois, et lui ne décrochait pas des prunelles émeraudes de son interlocutrice. D’aucuns vous diront que je suis un monstre, un démon, un enfant de Loki. Peut être ont-ils raison. La vérité est qu’ils ont peur de ce qu’ils ne peuvent comprendre. Et ils ont peur de la mort, avec la même intensité que leur peur des Immortels. Car je suis Immortel. Ils me jalousent, me craignent, m’envient. Les humains désignent les miens par un nom bien trop court et limité pour englober ce que nous sommes réellement. Vampire, lâcha-t-il avec une certaine amertume. Mais je n’aime pas ce mot.

Un bruit l’arracha à son discours. L’ivrogne fou frappait à la porte, cherchant sans doute comment l’ouvrir. Il déblatérait maintes inepties qui ne firent qu’arracher un feulement de contrariété à Lahav. Agacé, il ne fit qu’un geste de la main dédaigneux pour en revenir à l’Amazone.

- La raison de ma venue ici est bien simple en vérité : je veux m’amuser. Vous n’imaginez pas à quel point nos terres sont dépourvues de distractions. Alors une fête, c’était là l’occasion rêvée pour moi de voir des visages, et … Un sourire purement mauvais étira ses lèvres. Et de trouver de quoi me distraire, une proie digne d’intérêt. Il semblerait que vous soyez digne d’intérêt.

Non seulement parce qu’il s’agissait d’une Amazone, une femme de qualité, une proie digne de lui, un défi, mais aussi parce qu’elle semblait quelque peu déboussolée. Et si cette folie rendait la chasse plus simple, du moins pour l’aborder, il y avait fort à parier que la suite serait des plus stimulante pour le chasseur qu’il était. Elle visait juste en précisant qu’il n’avait rien de bien semblable aux humains. En même temps, ses orgies à lui étaient plus … comment dire, plus … poétiques. Voilà, c’était le mot juste. Et puis, maintenant qu’il avait enfin réussi à trouver une proie, il n’allait certainement pas la partager.
La prote s’ouvrit finalement lorsque l’homme trouva comment faire. Ses propos restaient incohérents, et son odeur des plus incommodante. Lahav retroussa le nez. Il claqua d la langue. Finalement, il semblerait que prendre la vie de cette misérable créature s’avéra nécessaire. Dommage, il aurait préféré ne pas se salir les mains tout de suite. Toutefois il lui accordait encore le bénéfice du doute. Si par malheur l’ivrogne venait à s’intéresser de trop près à sa proie, alors il l’égorgerait comme un porc. Pour le moment il préféra l’ignorer et reprit la conversation comme si de rien n’était.

-Elle est une prison oui, assurément, en ce sens qu’elle retient l’Homme de céder à son envie pour des considérations morales. On mène alors une existence enchainée à la raison, sans saveurs aucunes, ennuyeuse, et on en vient à des extrémités terribles qui nous précipitent à notre fin. Tout est question de modération. Néanmoins la raison est primordiale. Sans elle, vos actes irréfléchis abrégeront bien trop vite votre vie. Un nouveau sourire ourla ses lèvres, cette fois plus amusé que mauvais. C’est un sujet bien philosophique. Sans raison, les Hommes ne seraient que des animaux. Quoique, quand on en voit certains représentants, et son regard dévia sur l’ivrogne qui venait de faire tomber des chaises. Avez-vous d’autres questions aussi profondes ? Ou bien accepteriez-vous enfin de répondre aux miennes ? La raison de votre venue ici notamment, elle m’intéresse. A vrai dire vous m’intéressez, il est rare pour moi de croiser des représentantes de votre peuple. Et nos rares entrevues se sont généralement … mal terminées.

Pour un peuple guerrier, inutile de dire que la venue d’une menace telle que lui se soldait inévitablement par un combat. Il gardait des souvenirs cuisant de ces rencontres. Bien heureusement, il était encore là pour en parler, preuve indéniable de l’identité du vainqueur.

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Jiliann Hesylavatar

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MessageSujet: Re: Sang a priori [Privé - Lahav Sakari]   Mar 24 Juil 2012 - 14:47



Il a détourné la tête, tout à l’heure, légèrement, et le sourire a frôlé ses lèvres, furtivement. Dans son cou peau de pêche lisse ne roule pas une perle de sueur, rien ne concède une quelconque angoisse, un malaise. Son dos est resté doit et ses muscles relâchés, son menton relevé et ses mains apaisées, pas de mouvements brusques ni de regards perdus, le corps est calme et l’esprit rieur, rien ne le perturbe. Une pierre, un rocher. Jiliann regarde l’Etre et soudainement ne tremble plus, n’a plus peur. La lourde atmosphère qui pesait sur ses épaules jusqu’alors s’étiole lentement et devient plus légère. Serait-ce la folie qui s’envole ainsi ? Ou bien, au contraire, le sens qui se sauve à grandes enjambées pour laisser la place toute entière à cette dernière.

Dehors, l’homme frappe à la porte. Dehors, l’ivrogne défonce de ses poings la porte, qui parait si petite maintenant, maintenant qu’elle est presque défaite. Maintenant qu’elle est défaite. Son visage apparu en demi-teinte, rougit et boursouflé, grignoté par une barbe de plusieurs jours. La graisse qui enduisait ses cheveux autrefois blonds trahissait son rang; rien de plus qu’un rat de ville, qu’une vermine de ruelles. Etonnement, l’amazone ne fait aucun écart, ne bouge en aucun cas de sa chaise. Son regard quitte l’ivrogne en toute simplicité et revient se poser sur les pommettes relevées de celui qui se nomme Vampire, emporté dans un discours où chaque mot semble choisit avec esprit et sagacité. D’ailleurs, alors qu’elle le regarde et le trouve beau dans sa perfection, tout lui devient parfaitement limpide. A cet instant précis où elle observe les lèvres s’articuler en mots, Jiliann sait pertinemment que les rêves ne sont rien de plus que de l’air, que les jambes d’une amazone ne valent rien face aux marches de Bifröst, que nulle pomme ne l’attend. Que les hommes meurent. Tous. Oui, là, bercée par la voix enchanteresse de cette gorge si tendre, elle sait qu’il est humain de ne pas croire en sa propre mort, que chacun sur Midgard pense qu’il sera le premier de, le premier à, que cela ne m’arrivera jamais, à moi, non !, évidemment que non, jamais, pas à moi. Aux autres, mais pas à moi. Et que le soir venu, lorsque le ciel s’enfuit sous sa couette de nuit, elle n’est pas la seule à ne pas réussir à fermer les yeux, à avoir trop chaud, à se sentir mal, à se sentir brûlante, à redouter les jours à venir, à se gorger de peur, à trembler; puis à imaginer un univers blanc, si blanc, pour oublier, pour dormir, enfin, pour se laisser aller.

- Je refuse de mourir. J’ai peur du noir et de l’infini. Je voudrais être à jamais, je voudrais dormir sans l’angoisse des lendemains et ne plus me voir dans un reflet comme un labyrinthe de rides. Je suis ici pour rêver, poursuivre, imaginer qu’au bout de quelque chose se trouverait un onguent aux blessures qui sont les miennes. Croire que rien n’est connu et que tout est à faire. Simplement.

Simplement. Jiliann leva les yeux vers le plafond de l’auberge, richement paré de dorures où se retrouvent les poutres de bois brut, pour les laisser s’abaisser lentement jusqu’à la cour extérieur, qu’elle avait déjà remarqué en arrivant. Les fleurs, les plantes s’y trouvaient toujours, gentiment mêlées entre elles, amoureusement liées, semblant dormir avec bonhomie dans leur délicat carré d’herbe. Elle-même commençait à ressentir quelques tensions en ses membres, elle entendait son dos gémissant, ses muscles fatigués et sa vue baissait par instant. Les nuits sans sommeil lui revenaient brusquement par le biais de son corps épuisé, presque harassé. Son interlocuteur était un objet de fascination, mais elle avait l’impression définitive qu’un fossé les séparait, un immense fossé creusé au plus profond. Que pouvait-il saisir de sa présence en Mannheim?

- Vous êtes fascinant. Vous le savez, sans doute. Ou du moins vous l’a-t-on déjà dit et redit, que vous le croyez ou non. Souvent, les hommes à qui l’on répète qu’ils sont beaux et puissants finissent par le croire. C’est là, pour tout dire, que réside le problème.

L’amazone se pencha légèrement et attrapa Sigma, arme qu’elle avait faite sa camarade de conquête, avant de se lever. Elle saisit le rebord de sa chaise, la souleva de quelques centimètres à peine pour la remettre à sa place, puis sembla changer d’avis, de nouveau, et reposa le meuble. De la même façon, elle se défit de Sigma, qu’elle venait tout juste d’accrocher à son dos, et déposa l’arc sur la chaise. Lorsqu’elle effectua un quart de tour pour avoir l’ivrogne dans son champ de vision, elle entraperçu le regard interrogateur, mais non moins noble et soutenu, de l’Etre aux yeux somptueux. Cela ne la déconcerta en rien, et sans un mot elle se dirigea vers l’intrus qui ruminait mots incompréhensibles et autres injures embourbées dans ses poils drus entremêlés. Jiliann extirpa de sa poche de cuir, qui pendait à ses hanches, l’aiguille utilisée quelques temps plus tôt pour entrer et sortir de la mignonne menotte d’adolescent agresseur qu’elle avait eu le malheur de croiser dans une ruelle. L’amazone inséra l’objet entre ses doigts habiles et, d’un bond, vint placer sa seconde main au col de l’homme qui, hébété, louchait sur son ventre et sa poitrine. Le bras fendit l’air avec une rapidité apprise des chats, et le chanteur chancelant hurla poumons et tout autre organe pouvant emplir ce ventre arrondit par la bière et l’abus. Il lui fallait plus de dix secondes pour voir qu’il ne voyait plus. Jiliann tourna les talons, l’aiguille à la main. Cette dernière, après avoir successivement visité la première et la seconde orbite de l’invité fétide, se délectait du liquide coulant le long de son corps d’acier. Sigma, sur la chaise, fut repris de nouveau, et replacé contre le dos, douloureux, de l’amazone. Elle resta un moment muette, fixant le jardin au dehors. Elle n’avait aucune notion du temps ayant passé, passant et qui passerait, et cela la dérangeait. Qu’en avait-il à faire, lui, du temps, de ses désagréments, de ses violences. Bien sûr, qu’elle voulait cette même tranquillité. Evidemment, qu’elle jalousait cette jeunesse invulnérable, évidemment.

- Je ne connais rien du peuple qui est le votre, si ce n’est qu’on le dit inexistant. Amusant, n’est-ce pas, dès lors, votre présence ici. Ou vous êtes un menteur invétéré. Ou Midgard est stupide.

Quelque chose sembla soudainement se mouvoir entre les feuilles, au centre du jardin. Les fleurs frissonnèrent, les herbes penchèrent légèrement. Une ombre dansait. Le vent, peut-être. Le vent, sans doute, forcément. Là haut, quelques mètres au-dessus, surplombant le jardin, l’arbre Völsungard se dressait toujours, majestueux, baigné de lune. Jiliann sentit son cœur battre sa poitrine plus vivement, plus rapidement, jusqu’à ce que cela lui fasse mal, un mal de chien, un mal qu’elle avait oublié, quelques instants, dans cette large pièce étrange, face à ce monstre de cire. Une angoisse vint lui lécher le ventre, un sentiment de peur grimpa le long de sa gorge, et tout recommença. Jiliann Hesyl, amazone de naissance, poursuivant des rêves trop grands et courant droit à la mort, revint. Une lueur de démence passa en ses yeux, et sa main se mit à trembler.

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Lord
Lahav Sakariavatar


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MessageSujet: Re: Sang a priori [Privé - Lahav Sakari]   Mar 24 Juil 2012 - 16:05

Jamais ô grand jamais il n'aurait songé un seul instant à tomber nez à nez avec une éventuelle semblable. Un enfant. Un disciple. Peur de mourir. Tous les mortels craignaient la mort. C'était d'ailleurs pour cela qu'on les nommait mortels. Un sourire plus grand encore ourla les lèvres pâles du vampire, dévoilant ses crocs ivoire à la vue de la jeune femme. Elle craignait la mort, et parlait avec elle. Curieux paradoxe. Ne savait-elle donc pas le pouvoir de l'homme face à elle ? Il pouvait lui faire cadeau de l'immortalité, comme son oncle avant lui. Mais en valait-elle la peine ? Trop d'enfants de la Nuit offraient ce cadeau à des humains peu méritants faisant de piètres vampires. Des couards que le jour venait prendre, car trop imprudent ils en oubliaient leur vulnérabilité à la lumière du soleil. Trop imprudent ils se jetaient tête basse dans les villages où attendaient pieux et flammes. Des ignorants faisant passer leur race supérieure pour une race d'animaux stupides. Alors que là, assit sur cette chaise, droit et fier, se tenait l'un des plus anciens et des plus puissants de cette noble race.

- Ma chère, j'ignore s’il s'agit là de chance ou de malchance, mais le Destin en ce jour est farceur. Vous m'avouez craindre la mort, vouloir traverser le temps sans qu'il n'ait d'emprise sur vous, déambuler dans ce monde à jamais. J'ai le pouvoir de réaliser ce souhait. Ne savez-vous donc pas que les miens sont Immortels ? Voyez. Cette année je fêterais mes 1151 ans d'existence.

Un discours incroyable, improbable, digne d'un fou. Et quel fou ! Non il ne mentait pas. Ce n'était là que la pure vérité. Ce pouvoir était réellement sien. A sa guise Lahav donnait et reprenait la vie, sans craindre un quelconque courroux divin.
Hélas cette conversation des plus intéressante fut interrompue. L'ivrogne imposait sa fétide présence. Et le vampire se retenait de plus en plus de lui sauter à la gorge. Par chance la jeune femme lui épargna de se salir les mains. Elle abrégea la misérable existence de cette pauvre chose, d'une aiguille savamment utilisée, perçant la chair et laissant le sang couler sur son corps de fer. Une odeur qui éveilla les appétits du fauve. Il ne s'était pas nourrit depuis un moment déjà. Alors entre ce délicat fumet, et la délicieuse apparition sous ses yeux, difficile de faire taire son envie. Envie qui ne se limitait pas qu'à la seule nourriture. Car son esprit déjà lui murmurait que la belle enfant serait aussi d'une exquise compagnie. Posséder une Amazone. Voilà bien qui ajouterait à sa propre gloire. Voir ce corps luire de désir pour lui, se plier à ses caresses épouser ses formes. Et finalement plonger ses crocs dans la gorge offerte. Rien que d'y penser ses prunelles se firent plus luisantes encore. Oui cela lui plaisait. Il le ferait. Devrait-il la courtiser comme une vulgaire femelle ? Non certainement pas. Cette femme issue d'un peuple fier et guerrier ne se laissait pas amadouer par des mots de miel susurrés au creux de l'oreille. Peut être en revanche courberait-elle l'échine plus facilement devant la promesse de l'immortalité ? Faire d'elle sa chose, son nouveau jouet, son nouveau bien. Une rareté que tous lui envieraient, car rares étaient ceux pouvant se pavaner, une telle beauté au bras. Et surtout issue d'un tel peuple. Un joyau parmi ses trésors.

Il la voulait.

Et il l'aurait.

Sa sinistre besogne accomplie, elle revint à sa place. Et le compliment lancé juste avant arracha un bruit sourd, semblable à un ronronnement. Il ferma un instant les yeux pour le seul plaisir que lui prodiguaient ces quelques mots. Oh oui on le lui avait dis, plus d'une fois. Fascinant. Séduisant. Beau. Puissant. Tant de termes si justes pour qualifier le Vaniteux. A vrai dire il préférait les entendre plutôt que d'être offusqué par le manque d'égard qu'un mortel, quel que soit son rang, se devait d'avoir pour lui. Une femme désirant vivre à jamais, sachant flatter son égo. L'espace d'un instant le terme de compagne lui vint à l'esprit, mais il le chassa rapidement. Déjà car il n'était certainement pas temps de se poser cette question. Ensuite car un libertin ne pouvait se ranger dans les rangs. Il ne permettrait pas que ce trésor là soit utilisé par d'autres que lui. Ceux, misérables, venant lécher ses restes car trop peu talentueux pour conquérir pareille merveille.

- Pour ma part je ne crois pas en ces belles paroles. Je n'ai à vrai dire pas besoin d'y croire. Car je le sais, au plus profond de moi. Je suis ainsi, inutile de me le dire, même si mon égo apprécie toujours ces compliments.

L’Orgueilleux n'avait pas à jouer les modestes. Il était tel qu'on le décrivait et n'irait pas s'en cacher. Une assurance qui pouvait bien en faire rire certain. Ceux-là, Lahav les tuait d'un coup de griffe.
Il pencha de nouveau la tête en la voyant s'agiter. Son regard suivit celui de la jeune femme jusqu'à la fenêtre donnant sur le jardin. Un mouvement l'avait perturbé. Inquiété serait le mot juste. Elle sentait la peur à plein nez. Le vampire chercha à son tour ce qui pouvait bien être source de pareille inquiétude mais ne vit rien d'alarmant. Rien à part un chat blanc qui sauta sur le rebord de la fenêtre. Amusé, il vint poser sa main glacée sur celle, bien plus chaude, de la jeune femme et la serra afin de la ramener à la réalité.

- Mon peuple est pourtant tout ce qu'il y a de plus réel. Et j'aurais plaisir à vous mener en ma demeure si le cœur vous en dit. Posez donc vos questions, je serais enchanté de vous répondre. Satisfaire la curiosité de ceux qui veulent savoir est une activité toujours très plaisante.

A vrai dire il faisait rarement preuve de patience envers les humains. Mais aujourd'hui était une exception. Aujourd'hui il avait sous les yeux une femme qui peut être gagnerait le droit de faire partie de ses trésors. Un immense privilège dont elle ne devait certainement pas saisir toute l'ampleur.
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Amazone
Jiliann Hesylavatar

 :Peuple :
Humains
 :Âge du personnage :
27 ans
 :Equipement :
Carnets de Haan, 'Sigma', flèches aiguilles de différentes longueur & un petit aigle d'argent.


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MessageSujet: Re: Sang a priori [Privé - Lahav Sakari]   Mar 4 Juin 2013 - 21:48

“Μῆνιν ἄειδε θεὰ Πηληϊάδεω Ἀχιλῆος
οὐλομένην, ἣ μυρί᾿ Ἀχαιοῖς ἄλγε᾿ ἔθηκε,
πολλὰς δ᾿ ἰφθίμους ψυχὰς Ἄϊδι προΐαψεν
ἡρώων, αὐτοὺς δὲ ἑλώρια τεῦχε κύνεσσιν
οἰωνοῖσί τε πᾶσι·”

A combien d'enfants avez-vous déjà raconté vos histoires, Suceur. Ne vous suffit-elle pas, votre immortalité irascible, contre nature? Il vous faut tout boire, tout égorger, se remplir et s’enorgueillir. Riiez, monstruosité à peau de vierge, vous, dégoulinant de paradoxes. Mais croyez-moi, jamais nous n'atteindrez Asgard: vous n'êtes que de vulgaires jouets articulés que l'on remonte à l'aide d'un mécanisme pour les faire avancer, des brindilles peintes dont on emmêle les ficelles selon les envies.

TAIS-TOI, vieillarde qui prétend avoir modelé le monde mais embroche ses enfants! Laisse mes créatures goûter au sang des navrants, laisse ma progéniture se noyer en son amoralité. Vois dans son regard comme il en a envie, vois en cette beauté lisse, délice, ce que moi je ne peux plus admirer, aveugle volontaire. Un jour prochain, plus que tu ne le penses ou n'oses l'imaginer, je ferai hurler mon père de douleur en enfonçant lentement l'aiguille au plus profond de sa gorge, tournant et retournant. Celle-là même qu'il prit jadis pour venir m'arracher les yeux. Tu sais, Völa, que Wodan mérite cette sentence et que, moi, Hödr, fils de Frigg et frère de l’autrefois brillant Bälder, je ne serai que la main assurée d'une justice nette. Rendors-toi, laisse le monde s'embourber de la manière dont il le souhaite, laisse les acteurs jouer leurs rôles. Dramaturge passif, tu n'as plus aucun mot à apporter dès lors que l’œuvre se met en scène. Toi qui peut le voir, caresse du regard mon adoré, lui dans cette auberge vidée, lui dont la peau glacée brûle d'un désir ardent et destructeur: Lahav, c'est le nom qu'on lui a octroyé. J'en suis fier. Il est le prince de mes créatures, il est des rôles principaux d'une tragédie se mettant lentement en route. Bientôt son visage apparaîtra dans tes rêveries, lui et ses frères sont l'instrument d'une vengeance que je ressasse depuis trop longtemps. Alors tais-toi, Völa.

Je connais Hödr, je connais le fils de Frigg et sais que jamais de si sombres idées ne viendraient lui dévorer l'esprit. Ta voix, ta face, ton corps, tu peux tout changer, tout modeler selon ton gré, tu peux jouer avec le cœur des Hommes et dérouter les Nains, obliger les Alfs et attirer les Amazones, avoir les Vanes, te moquer des Dises, même tromper les Ases. Même tromper le plus grand d'entre eux. Mais moi, je te reconnaîtrai toujours Loki. Alors lâche ce masque, laisse Hödr pleurer de ses yeux qui ne savent plus rien qu'être secs et révèle-toi. Sois au moins fier d'être la plus lumineuse des ordures.

* * * * * * *

-Votre main...

A peine s'était-elle octroyée le droit de s’appesantir sur sa peau brûlée que cette main était déjà l'objet de toute l'attention. Longue et délicate, douce. Absorbée dans sa soudaine et nouvelle contemplation, l'amazone ne vit pas l'ombre du jardin s'agiter et s'amincir, lentement se dessiner. Se diviser. Ce n'était pas le vent qui brusquait les plantes mignonnes, pas le vent qui donnait vie aux branches des arbres; c'était bien au-delà. Le contact glacé qui lui donnait soudainement accès à Celui avait pour effet surprenant de faire circuler le sang de plus en plus vite, de chauffer de plus en plus fort, de voir l'intérieur rougir pour qui ouvrirait le ventre d'une telle amazone chimère de sensations. Son œil n'avait pas noté le chat blanc, celui-là même qui s'enfonçait lentement entre les tiges et les herbes, bientôt hors de vue, bientôt disparu, comme les ombres. Jiliann effectua de nouveau un mouvement de tête en direction du jardin, sentant alors comme son crâne était devenu terriblement pesant et son esprit embrouillé, pour n'y trouver à observer plus rien que le vide. Elle mit quelques longues secondes à se rendre compte que les contours devenaient flous et la distinction des teintes et motifs moins évidente. L'effroi qui mêlé à la fascination lui brûlait l'estomac la fit retourner au sourire semblant inaltérable de Celui qui s'était donné le nom de Lord, puis retourna à la main.

-Votre main...

Et même dans sa bouche, même dans sa bouche le flou se faisait, sa langue pesant à son tour de plus en plus lourd, comme si elle en avait maintenant vingt, grimpant les unes sur les autres, l’étouffant presque car formant une tour trop épaisse. Jiliann porta à son cou ses deux mains, l'une toujours brûlante du contact froid de Lui qui se tenait toujours droit, qui la fixait, qui lui souriait, inlassablement. Ses gestes se firent confus, elle courba le dos et tenta par plusieurs fois de cracher un quelconque morceau de nourriture inexistant, suant, perdant ses repères; chutant.

Tout ce qu'elle sentit fut l'aiguille qui, rangée trop rapidement dans la sacoche en cuir maintenant défaite qui gisait à son côté, s'invita goulûment au sommet de sa cuisse droite. Le cri qui ne parvint à sortir du corps de ce que l'on pouvait presque maintenant appeler animal rebondit le long de la trachée, pour s'éteindre au plus noir d'un ventre dévasté par la bile noire. La dernière chose que Jiliann aperçu furent les bottes de Celui face à qui elle se tenait avant de se liquéfier, noires et cirées, parfaitement lisses, comme Lui, à Son image; superbes, écrasantes.

* * * * * * *

Mannheim elle-même est devenue trop dangereuse pour toi et pour les tiens, Amazone. La cité vive est devenue grouillante, celle qui jouissait de la plus pure des vitalités est maintenant réduite à une image de fourmilière, un amas, un tas. Les hommes montés les uns sur les autres s'écrasent contre les murs et ceux qui gisent au-dessous ne voient même plus la lumière du jour. Lentement la nuit s'installe pour ne plus jamais se relever. Qu'avez-vous fait...

Une main – encore une main, comme si toute cette histoire ne comportait plus que cela, ou du moins que c'était à cela qu'elle devait se résumer – aux ongles vernis d'une légère couche de couleur mauve vint s'installer sur le rebord de la chaise laissée vide, qui n'avait pas chuté avec sa précédente occupante puisque, justement, cette main l'avait retenue à temps, avec une rapidité étonnante et une dextérité détonante. Une main de femme, ou de quoi justifier le féminin donné aux termes rapidité et dextérité, d'une blancheur non pas presque mais nettement irréelle. Le reste du corps dont elle était l'une des extrémités était recouvert d'une longue et à première vue lourde cape sombre qui se terminait par une large capuche. Ce ne fut que lorsque le vent violenta quelque branche de pommier, laissant ainsi passer un soupçon de lune supplémentaire, que se révéla la mèche d'une chevelure d'une teinte tout aussi mauve que celle qui ornait ses doigts.

-Quittez Mannhein, sur l'heure, effacez toutes vos traces. L'amazone est à vous, son réveil ne devrait avoir lieu que dans quelques jours au cas où il vous prendrait la folie de la laisser en vie. Évidemment n'osez aucune résistance, elle vous serait fatale.

Ainsi parla la Völa.
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Lord
Lahav Sakariavatar


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MessageSujet: Re: Sang a priori [Privé - Lahav Sakari]   Mer 4 Sep 2013 - 13:21

Bien évidemment, il fallait toujours qu'on vienne l'interrompre dans les moments les plus savoureux de son existence. Mais cette fois, quelle interruption ! Devant lui se dressait une autorité comme on n'en faisait plus, une légende comme on en contait tant.
Lahav n'avait pas esquissé le moindre geste pour soulager sa compagne. Ni lorsqu'elle fit mine de s'étouffer, ni lorsqu'elle tomba à ses pieds. Son regard ne restait planté que sur cette autre femme face à lui. Une rareté. Hélas, celle-ci ne serait jamais sienne. Même lui, tout puissant soit-il, savait quand admettre qu'un adversaire se révélait trop fort pour lui. Elle lui ordonna de quitter la ville. Mais plus étonnant encore, elle l'autorisa à prendre l'Amazone. A ces paroles, les pupilles du fauve s'étrécirent. Avait-il bien entendu ? On lui faisait cadeau d'une enfant de ce fier peuple ? On assouvissait son envie ? Pourquoi ? Qu'est-ce que cela cachait ? Cette fille n'était pas ordinaire. Malade ou sans valeur, il se devait de le découvrir. Car un trésor perdait tout son éclat lorsqu'on apprenait qu'il ne valait pas mieux qu'un bout de toc acheté au rabais. Et Lahav, clairement, n'aimait pas être trompé sur la valeur de ses acquisitions.

- Je l'emmène, Dame.

Fut sa seule réponse alors qu'il se levait enfin de sa chaise. Il poussa l'insulte à légèrement se courber, en signe de "respect". Même si de respect, Lahav n'en éprouvait qu'envers lui-même. Et peut être Loki si d’aventure il rencontrait le Dieu. Mais de ça, il en doutait. Le vampire s'agenouilla, passa un bras dans le dos de l'Amazone, l'autre au niveau de ses épaules, et la souleva comme si elle ne pesait rien. Sa peau était chaude, tellement chaude comparée à la sienne. Sentir son coeur battre, voir l'artère dans son cou battre doucement au rythme de ce puissant organe, voir presque le sang qui y circulait, ah comme se retenir de mordre était difficile ! Pourtant il secoua la tête. Allons, un peu de tenue ! Il n'avait plus rien à voir avec la goule qu'il fut autrefois, à sa naissance.

L'homme se releva avec son fardeau dans les bras, et sans plus attendre quitta ce lieu désert. Dehors la fête battait son plein. Il préféra prendre les ruelles sombres et vides, afin d'éviter d'éventuelles questions gênantes. La Völa lui avait ordonné d'effacer toute trace de sa présence. Ce serait chose faite. Lahav quitta la ville aussi discrètement qu'une ombre, comme si jamais il n'y avait pénétré, avec dans ses bras un cadeau dont la valeur restait à estimer.


***

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Sang a priori [Privé - Lahav Sakari]

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